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■\ r<s
JOURNAL ASIATIQUE
DIXIÈME SÉRIE
TOME VII
u
JOURNAL ASIATIQUE
OU
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES
ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
mioioi
PAR MU. BARBIER DE UETHARD, A. BAHTH , R. BASSET
CHAVANNES, CURMONT -6ARNEAU, HALévT, BOUDAS, MASPERO
RUBBNS DUVAL, i, SENART, ETC.
ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
DIXIÈME SÉRIE
TOME VII
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
RUB BONIPABTE, 38
MDCCCCVI
JON^V
JOURNAL ASIATIQUE.
JANVIER-FÉVRIER 1906.
UNE AMULETTE
JUDÉp-ARAMÉENNE,
PAR
M. SCHWAB.
De Beyrouth, îe R. P. Ronzevalle, professeur à
l'Université française de Syrie, a bien voulu nous
adresser un monument des plus intéressants pour
Tarchéologie, la philologie et la paléographie sémi-
tiques , imis à la disposition de notre correspondant
par le P. Giacinto des Franciscains de Terre-Sainte,
secrétaire actuel du délégué de Syrie en Europe.
Voici presque textuellement la lettre d envoi du
R. P. Ronzevalle, sauf omission de quelques lignes,
trop élogieuses pour le destinataire :
, ft Monsieur, je npie permets de vous adresser ci-
inclus la copie, aussi exacte que possible, d un cu-
rieux n)onument trouvé dans une tombe des envi-
rons d'Alep. C'est une lamelle d'argent, enroulée
dans un petit tuyau de bronze, et portant, au re-
poussé, plus dé 87 lignes d'écriture hébraïque.
« Cette amulette , -— car c'en est une , et c'est le
157548
6 . , JASVIER-FÉVRIER 1906.
mot mênàc par'lequd commence le texte, — ^ offre,
si je ne me trompe, un intérêt égal, sinon supé-
rieur, à tous les textes magiques publiés, soit dans
les Proceedings ofthe Society of biblical Archœology^ ,
soit dans les Mémoires de V Académie des Inscriptions
et Belles-- Lettres (jSàvants! étrangers^). Il s agit de ré-
soudre les, petites diilicultés quçCDre ce texte, évi-
demment apparetïté aux autres , mai^ constituant une
catégorie à part, encore peu connue jusqulci. . .
Le texte est facile à déchiffrer, malgré les fréquentes
confusions de lettres similaires ...»
Un autre religieux du même ordre, le P. Jala-
bert, a eu lamabililé de tirer deux photographies de
cette amulette, Tune de face et l'autre de revers, d'uqe
telle netteté que leur reproduction équivaudra au
texte et facilitera la lecture.
Elle intéresse d'abord l'archéologie , car si les in-
scriptions magiques des premiers siècles de l'ère
chrétienne ne sont pas rares lorsqu'elles sont écrites
dans le creux de coupes en terre cuite, on a fort peu
d'exemples de la forme adoptée pour la présente
amulette. Elles étaient fréquentes dans l'antiquité
grecque et romaine^, mais non en Orient. Pour la
première fois, dans ses Étades phéniciennes'^, C. Brus-
^ Cahiers d'ayril 1890 et juin 1891.
* Vocabulaire de tangélologie , 1" série, t. X, 1897; Supplément
am vocaJbmUûre, dam les NoilceB et extrait» des mamuerkt, t XXXVI •
i899«in-4%
' Dejixionum tabellae atticae (Corpas inscriptionum atticarum,
Appendix): Beriin, 18^7.
* n* série (P. 1904), p. 9B-97. Cfr Cam^ nnéms de tAeadé-
UNE AMULÊTTKi JDDÉO-À»AMÉENNE. 7
ton à publia tine Tahèila de^otiorth '-. punique , gravée
surHirurauleiau de piomb trouvé il y a quelques ann
nées dans une des nécropoles do Carthage. Cette
toWlo esb unie' «exédratioàrf: adressée k Elathy divi-
nitjàjdu nialheui»^ert de la mort, comme V Allât haby-
Ionienne était lai déeissedôs'régiominférie^réd, sem^
bUbleà rMKÏat'^9 ArA!>e5^ • : ^ . i j
••* >Notre teî^te^stndn moim mtéres^antpour tahV
gîlis^que^' H .présente un curieux assemblage d'erx-
presMonsoKaJ^aïques , suivies de citbtioriahébraïque*,
énapruittées à te Bible, mais déformées < corrompue^
comme estropiées à plaisir, par lin e bizarrerie peut-
être, voulue y non par ignorance , mais consciemment ,
dans le. but de dérouter les démons et d obvier à
leurs maléfices»
En outre, cette pièce a un intérêt paléographique;
selon la juste remarque faîte par le R. P. Rôn^e-
valle, on trouve dans oé textie, souvent prises i une
pcÀjr Tautre, les lettres n, n, n, le ^ et le 3, le i et
ie •), tt^op souvent 1 et s et môme n pour fi final.
On notera , à la fin de la ligne 4 et au premier mot
de la' ligne 5 , la forme bizarre H p<^^r n et n : la
ligne horizontale coupe, au tiers de la hauteur, ie^
deux hastès verticales; elle rappelle ainsi Toriginé
phénicienne de la lettre, devenue H en grec et en
mie des Inscriptions et Belles-lettres, 1899, p. 173, 179, 186,
307, article de M. Pli. Berger; ibid,, p. 490-492, article de
M. Clermont-Ganneau ; du même. Recueil d'archéologie orientale,
III, p. 3o4-3i9; IV, p. 87-97; hiDZBARSM^ Ephemeris fur sémit.
Epigraphik; Répertoire d'épigraphie sémitique, n° 18.
8 JÂNVIER-FÉVRIER 1906.
] atin. C'est une particidarité déjà notée par M. Gier*
mont-Ganneau pour Tépitaphe de Juda ben Try-
phon^ en Palestine.
Il en résulte qu'au lieu d'attribuer notre document
au vil* siècle de l'ère vulgaire, comme on le suppo-
serait de prime abord, il faut remonter au v* siècle,
peut-être même au iv* siècle. Toutefois le langage
adopté n'entre guère en ligne de compte; car, cela
va de soi , les formules arcliaïques employées par le
scribe étaient usitées , en ce cas , de préférence aux
formes plus modernes, d'un emploi courant et vul-
gaire , donc impropres aux mystères.
On le constate également pour les textes analogues
inscrits sur des coupes en terre cuite, qui depuis
25 ans commencent a anîver de la Mésopotamie
jusqu'en France; celles-ci sont ainsi réparties cbez
nous : deux au Cabinet des Médailles de la Biblio-
thèque nationale; sept au Louvre; deux au Musée
Lycklama à Cannes; une chez un numismate. To-
tal : 12^. Mais aucune d'elles n'atteint l'intérêt de
notre texte.
Sous le bénéfice de ces remarques, essayons de
lire et de traduire notre curieux document, qui par
le fond ressemble aux autres fonnules de conjura-
tion, sollicitant les bons esprits contre les mauvais.
* Procecdings of biblical Archœology, i884, t. VI, p. i a 3- 128.
^ Voir Bapport sur les inscriptions héhraï(jues en France, j). ifi.4-
181.
!|0 |w . JlkMVIIER.F£VRIIËA I90«l; i/ )
'* ^ * * *
. ::.'■:.; •<:- . . nwD p navV.n3t:;D p3 3o
. •Jn1nWl.1J^^^w'»p^1pw^ D3'»^y '»:n 32
• nwamo,]'»3>miT2'mo^iDpin 33
■■•; 1. ".:■:■•■ ; î . ... . ^Kl»V. '^H^K mN3[S 34
.. '-.-; .,^./., .... .,,1{?n-0''''n^ 35
i'^' fragment : -rpn; prih TW:f ^nK:' •
2* fragment I i5Wn pt?3D WV"
TR^PUCTION. ,
1 Bonne amulette^ dam .laquelle est gravé Ténoncé sui-
vant ; .
2 0 saint, par les grands, et parmi les saints son nom
honoré ,
3 Dieu sublime , exalté , mon secours , Ehyeh ,
4 Ahmah, Ëhyeh, Ahmab, Hasdiah (= ma grâce est
Dieu).
5 11 estDieii vivant, venu du feu; s*est agenouillée (bais-
sée) . •. .
6 mon on4)re, et comme dans les ténèbres, elle a pénétré.
7 11 est Jehoyab, je suis, Jehovah, Dieu tout-puissant,
que
8 Dieu Yâschi (?) ....... Ehyeh , et de
(? les milliers de ciéux, lé vivairrt'. . .et roi de).
9 la course des concurrents , cp^ par ea fureur
UNE AMULETTE JUBÉO-ARAMÉENNE. 11
10 a fait trembler if( terre. ainsi que ce chef, et icebienlÀt^
11 tandis que lui vivra à perpétuité, d'une génération à
Tautre, certes. . > , ' . m ' !»
12 n est là à jamais , jusqu ^u Sud et en face ( Esl) , ' •■
i3 à gaucbç (Nord) et à l'Ouest, pour saisir ie.s angles ,
i4 de la terre. Les méchants seront rejetjé^,I,9ifi|d*eUj^;,itiA9!i
1 5 sera . rejetée 1 x)mbreii&e et le souffle . vit^ , inide oui fe-
melle,
1 6 d'Akmô fille d'Amarban , de ses deux cent
17 quarante-huit membres , et même des quatre
18 cents, y: compris lés entrailles; Que lé cœur d'un bodime
vii ne sepose^pas. ,.. i- -Ui.i ., , ":- : i.-»;,!
19 sur, elle, dans sa bouche;, qu'elle brille hors de lui, à
Tooibrç .(éclat ) : . , .< ... = ,, |
30 du soleil, pomme }e style (rayon) de la luneet.coinme
les planètes, et soit
3 1-32 (? par ordre de Hafsiahj, .....•• .
23 Amen, Amen, Selah, Alléluia.
a 4 Dieu des séjours (célestes), au nom d'Ougrith (démon),
du i
25 maître Mautita (l'obscur), et par le règne de la pâle (U
lune)
26 .... . appi*opi*iée à la ventte de Tépidémie et du vide,
27 \ l*as]()ecf de splendeur ( puis , l o planètes ) . *
2 8 Je vous conjure , tous , la i^osée et le froid , *
29 et le feu, et les nuées, soit d un jour àTâutre,
30 soit d'une semaine à l'autre, soît d'une aimée
3i à Tautre, soit d'un mois à l'autre. J'impose la conjura-
tion , : ).
3i à vous, au nom de sa main droite, de son pouvoir,' dé
la force
12 JANVIER-FEVRIER 1906.
3S de sa puissance, pariJehovah, Jehbvah, Jehovah, Je-
hovah
34 Sebaoth, Dieu dlsrael. ...
35 .... Dieu de la- vie, ie saint. . . ^ . '
Premier fragment : « Eternel, agis (favorablement) en
vertu dé ton noin.»
Deuxième fragment : « . . . . smeiit assujettis. Mon salut
OBSERVATIONS.
Ligne i» -^ Le premier mot, le terme néo-hé-
breu y"'Dp « amulette » , est rarement ainsi placé en
tête du texte. -^ — Lé troisième mot est^ ou fautif de
la lettre initiale, pour mnn « scellé », ou dé la finale,
pour sirD « écrit ». — Le dernier mot suggère la ré-
marque que, le plus souvent, mais pas toujours,
le 1 angulé dififère du "i arrondi.
Ligne 3. — Peut-être '?N''n-) « Élévation de Dieu »
[Vocabulaire d'angélologie, p. 36o). Pour hmk, voir
ligne 7.
Ligne 4. — Le dernier mot nnt:?n\ moins le*»
initial , se retrouve sur une coupe à inscription ma-
gique du British Muséum (Layard, Nineveh, etc.,
p. SgS, plnXXi; Jos.Halévy, dans Chwolson , Cor.
1ns. Hebr., p. 1 15; Proceedings, S B, p. i5 et ly).
Toutefois , M. Max Seligsohn consulté a bien voulu
concourir au déchiffrement de ce texte et nous don-
ner de .prjécieuses indications. — S^lon lui, à la fin
de celte ligne Zi, il faut certainement lire "^i^ n*»,
UNE AMULETTE JUDEO-ARAMEENNE. 13
deux noms deDieu; ce sontdes nom& propres, norw
est probablement un nom cabalistique, coniposé
d'après lesystème de la 'Gema^ria.: Quant àia lettreH
à la fin de cette ligne; elle jou« le mémei rôl^ que
le K à la fin de la ligne pr'écédente; \ -
Ligne 5. M. Seligsohn est d'avis de traduire :
« Mon Dieu, il est avec moi » (lisant '»rïK) , « par suite
de son feu se met à genouît mon image. »
, Lignes 6 et xb. t^t- J'pte.pour '»3'?û, par extension
du.sensd'o/nère^, signifie; k démons de ïpmbrç»Qu du
soir, 4ont le sens est p^icisQ par le cp^texte.jians
la version cbaldée^ne du Gaptiqu^e, ,iu , , 8 et iv, 6{,
Voir Mor. Grûnbaimi , Z^iUchrift far K^ilschrijifor^
schi^ng^, t. II, p. 228. Les, 3* Qt 4' mots sont em-
pruntés au verset 2 djii psaume xi ; «Pour tireir de
Tobscurité », c est-à-dire en embuscade,, traîtreuse-
ment, de façon diabolique. M. Seligsohn lit : ^D^S,
«mon image».
Ligne 7. — L'expression n\iN «je suis» est la
première désignation de la Divinité dans le mono-
théisme biblique, telle quelle est exprimée dans
l'Éxode (iii, i/i), »lors de, la révélation mosaïque
dans le buisson jardent. .
Ligne 8. — Après le mot hi< « Dieu » , on voit un
signe bizarre 3 7 un qviqsi précvu*seur de TE grec ; ou
latin I jtourné à gauche.. Qn trouve ce.^gije ainsi fi-
guré- 32 fqjs, occupaoït te» miiieu du. cercle d'une
14 JANVIER.FEVRIBR l»oe:
eoupe à incantation au musée du Louvre, et for-
mant au loti^l une circonférence inachevée. Voir
Proceedings , ihid. , p. 4 1 * — -. Dans cette même ligne,
des points: remplacent, ks lettres non lues, figurées
par un sigle. — Après ih il y a le s^neastrologicfue
de la pjanète Vénus 9, mais un peu déformé.
Ligne 9. — Le premier mot V^'^^. laissé au sih-
gulier après le nombre mille, n est peut-être pas une
faute de grammaire, selon lusage assez fréquent de
kisser subsister le singulier après les nombres cent
ôtr mille; d ailleurs, la Bible (Ecblésiaste, ix, 11)
remploie àitisi , à Tétat abstrait. - — Le dernier mot
de cette ligne semble de prime abord être une alté-
ration de '»'»Spt5, en apposition avec le mot suivant :
« des extrémités de la terre » (Isaïe, xxvi , 1 5 ; Psaumes
xtvm, 1 1); mais la suite rappelle, quoicjuun peu
confusément , le verset dé Jérémie (x , 1 o ) :
V^xn c;ynn iDSpD D^iy ^^D1 ...
... et le roi de l'Univers ; par suite de son irritation la terre
tremble.
Le mot précédent D^nxiD^ se retrouve avec la
même acception, sauf la forme du singulier, sur
une coujpe riiagîque du British Muséum et sur une
autre du musée du Louvre [Proceedings , p. 20 et
'Ligne 10. —^ On remarque les deux variantes
pn !el »nn pour rendre le démonstratif ce, appliqué
à des indications différentes Tune de 1 autre, Tune
UNE ÂMULEirrE^FCDEO-'ARAMIEENNE. »
paursùn ôtre^ J autre pour» un fait, j — La fin de cette
iigAe4emUec6mportep la moitié dua inpt^ oomplétp
en tètetidè la ligne;suivant6; on ne saurait toutefois
dissitnuien^que la ibihiiùia ^^nira semble empruntée
à/rrw©3^;;.....v; .•;• ./.-n • ...i- :■/ ■■.^■■. ^: i'-^-'i
' Lîgrle'i'i. 7-^Le S^ipot.'se compose d'un sigle ^
sùîVi de -îâ let'tre n ; en" se référant au contexte il est
loisible 'd y lii^ lé inot nx:? «à jaimaïs». — -Dans le
mot suivant "TilD, la dernière lettre "i manque, ainsi
que l^.lettjre-iK du idernier mot m (sil est mis pour
Lignés' i3-i4l—^ Les deux derniers mots , lî^ne
i3, joints à la ligne suivante, constituent deux hé-
mistiobes d^ Jol^ (xxxvni, i3), par allusion aux
(juatre poi^ats câjrdinavix énoncés précédemn^ent, .
Ligne 18'. —-Dans le second mot, nu^»n, la
forme chaldaïque avec z est plus grammaticdement
correcte qp à la . ligne 6. — L'idée de « souffle ^ital
de mâle ou de femelle » se retrouve dans deux ooupes
magiques du British Muséum (Proceedings , p. ili
Ligne 1 6. —7 nrçiDpK gérait une mauvaise ortho-
graphe (p pour d). avec redoublement ou tëgaie-
mçnt dela'sylJabp'JD, dxjj} terme i^ité dans la vei;-
sîôn chaldéenne de TËcclésiaste (xi, 10). On ïe
retrQUVf^dan&.4e§^ textes similajures sur coupes eiji terre
cuite. 4^ la cqUççtipnDipulçifoy, au Musée duLoUjVre
{Proceedf.ngs , i^Qi., p., 9 et 17^). . ,. ,^.
16 JANVIER-FÉVRIER 1Q06.
Ligne 17. — La mention des « a 48 membres » ^
que ron supposait jadis constituer lanàtomie hu-
maine, se retrouve sur une coupe à inscription ma-
gique du Cabinet des médailles et antiques de la
Bibliothèque nationale [Revue des études juives,
188a, IV, p. i65). Seulement, lauteur du présent
texte pousse le compte plus loin , et il suppose que
ce compte atteint le chiflfre.4oo, en y comprenant
les entrailles.
Ligne ig. — L expression n^D^ n^^y, au lieu
d'être un complément indirect de la phrase précé-
dente, pourrait être une apposition : «une feuille
au bec » (Genèse , viii 1 1 )• .
Ligne 20. — Le premier mot précédé de ^Xtl
(dernier de la ligne 19), fait songer à l'expression die
TEcclésiaste (vu, 12) nDDnn bn « à Tombre de la sa-
gesse ».
Lignes 2 1-22. — Observations pour les H, déjà
faites ci-dessus , ligne 8 .
Ligne 26. — nn>w = n-):iK (litt. : fente =- nap:),
nom de démon femelle, cité par le Talmud B., tr.
Pesahim, f. 1 1 1*, et le ZoJiar, IIÏ, f. 1 1 4*. Cî, Vo-
cabulaire d'aRCjélologie, p. i33. Il est apparenté au
«Bar^Agro» de FÉvangile (Saipt Matthieu, iv, 2 4).
Lîgiie 2'5. — ^XD>ni>:D-)D=(?) ^«••ônD, Mitaji-El
ce lang'e frappeur' » ; triais si f avârif-dêriiière lettre est
un Id, on y verrait volontiers une altération de KD^ûtD
UNE AMULETTE JUDEO-ARAMEENNE. 17
Matitha « lobscur » , mot d une coupe au British Mu-
séum [Proceedings y p. i5 et 18).
Ligne 26. — Le premier mot, n'?3'?î>c, est peut-
être un synonyme du précédent.
Entre les lignes 27 et -28 sont figurées 10 pla-
nètes, dont les trois premières, bien plus grosses que
les autres, sont dessinées probablement pour re-
présenter le soleil , la lune et la terre presque égaux,
comme on les supposait avant les théories astrono-
miques de Galilée.
vu. 2
laraiiinH lAnoniui.
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 19
UNE VERSION NOUVELLE
DE
LA BRHATKATHÂ DE GUiyÂDHYA,
PAR
M. FÉLIX LACÔTE.
I
La découverte d'un texte anonyme, jusqu'ici in-
connu , contenant la première partie d'une troisième
version de la Brhatkathâ , tout à fait différente du
Kathâsaritsâgara de Somadeva et de la Brhatkathâ-
manjarï de Ksemendra, jette un jour nouveau sur
l'œuvre de Gunâdhya et permet de reprendre par
le pied les questions qui la concernent. Je me pro-
pose de publier prochainement ce texte , avec une
traduction , et de le faire précéder d'une étude d'en-
semble sur l'origine et la composition de la Brhat-
kathâ, les rapports des trois versions entre elles et
le cycle de la Brhatkathâ dans îa littérature in-
dienne.
La célébrité de cet ouvrage , attestée tant par la
difl'usion de la légende de Gunâdhya que par les
emprunts qu'y ont faits le théâtre et le roman et
les nombreuses allusions aux aventures de ses héros
20 JANVIER-FEVRIER 1906.
qu'on trouve dans les textes les plus divers, notam-
ment dans la littérature bouddhicjue, en rend éton-
nante et fort regrettable la disparition. De source
moins aristocratique que les grandes épopées, de
forme moins savante que les kâvyas , la Brhatkathâ
devait probablement sa renommée à une heureuse
association de folklore naïf et de raffinenient litté-
raire , aux mêmes qualités qui ont fait le succès du
Kathâsaritsâgara ; festime où font tenue des lettrés
comme Subandhu, Ksemendra, Somadeva, nous
garantit qu elle n'était pas complètement exempte de
rhétorique; mais, somme toute, il semble bien
quelle ait eu à se faire pardonner d'être écrite en
langue paiçâci , de donner trop grande place à Ku-
vera et aux Vidyâdharas, dont les dévots ne pa-
raissent pas s'être recrutés dans une société très
aristocratique, peut-être aussi de manquer de dis-
tinction en admettant trop de détails de mœurs
populaires. L'histoire de Gunâdhya semble inven-
tée pour l'excuser d'avoir employé un prâkrit; je ne
serais pas étonné que, tout en l'admirant, on l'ait
taxé de quelque grossièreté et que les auteurs qui
ont imité la Brhatkathâ aient voulu, en l'abrégeant,
peut-être, on le verra, en la remaniant, lui rendre
le service de la décrasser de sa roture. On s'étonne
moins alors que Gunâdhya soit resté un grand nom ,
mais que son œuvre ait été supplantée par des re-
maniements.
Notre nouveau texte montrera, je l'espère, que
je n'avance là aucune hypothèse gratuite. Le pré-
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 21
sent article ne doit être regardé que comme Tamorce
d une étude complète.
II
MANUSCRITS.
L'existence de cette nouvelle version est connue
depuis 1893, année où Mahâmahopâdhyâya Hara
Prasàd Shâstri la signalait^ dans un lot de vieux
manuscrits népalais acquis par TAsiatic Society of
Bengal. Un manuscrit non daté, et disait-il, vrai-
semblablement fort ancien, contenait une portion
d'un texte inconnu , mais qui portait , au colophon
de certains sargas, le titre significatif de Brhatkathâ-
çlokasamgraha. Il ajoutait que cet ouvrage devait
être dune étendue considérable, car le premier
adhyàya seul renfermait plus de 4i,2 0o çlokas et il
évaluait la partie contenue dans le manuscrit au
dixième du total ; il avait lu le premier sarga , qui
traitait du roi Gopàla renonçant au monde parce
que ses sujets Taccusent injustement de parricide,
et abdiquant en faveur de son frère Pâlaka , malgré
les remontrances des brahmanes; cette histoire ne
se trouve ni dans Somadeva , ni dans Ksemendra. A
la suite de ces indications, Hara Prasâd donnait les
colophons des 26 sargas contenus dans son manu-
scrit : on y lisait des noms propres dont plusieurs,
contrairement à ce qu'il croyait, se retrouvent dans
le Kathâsaritsàgara et dans la Brhatkathâmanjarï.
' J.Â.S.o/B., LXII(i893)J,n» 3.
22 JANVIER-FÉVRIER 1906.
En 1898, M. Sylvain Lévi rapportait du Népâi
un autre manuscrit du Brhatkathâçlokasamgraha ,
non daté , renfermant les sargas 1 à 1 o du premier
adhyâya, et le signalait dans un rapport à l'Acadé-
mie des Inscriptions et Belles-lettres ^
On peut espérer que la fin n'est pas irrémédia-
blement perdue; des trouvailles sont encore possibles
au Népal : la Brhatkathà y fut célèbre, comme le
montre Texistence d'une légende locale de Gunâ-
dhya dans le Nepâlamàhâtmya ^; et elle y a été
connue sous différentes versions : tout récemment
ou y signalait une copie ancienne de la Brhatkathâ-
manjari^.
Les deux manuscrits existants ont été à ma dis-
position; mais c'est sur celui de M. S. Lévi qu'a été
fondé d'abord mon travail. H avait bien voulu me le
confier, quelque temps après son retour du Népal ,
et je ne saurais assez lui témoigner ma gratitude,
tant pour le long crédit qu'il m'a fait que pour les con-
seils qu'il n'a cessé de me prodiguer avec le plus
généreux dévouement. Je n'avais aucun espoir de
pouvoir utiliser celui de l'Asiatic Sociely of Bengal,
lorsque, récemment, j'ai obtenu de cette société
qu'elle en consentît le prêt à la Bibliothèque de
l'Université de Paris. Ma publication s'en trouve un
peu retardée, mais cet inconvénient sera plus que
-compensé par l'amélioration de mon texte. Qu'il me
^ Comptes rendus, séance du 27 janvier 1899.
* S. LÉVI, Le Népal, I , p. ^87 et suiv.
^ Communication de M. S. Lévi.
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 23
soit permis de remercier ici TAsiatic Society of Ben-
gal de sa générosité et de reporter tout le mérite de
cette négociation sur M. E. Senart et M. S. Lévi ,
sans Tentremise desquels elle n*auraifc sans doute
pas abouti.
AGE DES MANUSCRITS.
Les deux manuscrits, sur feuilles de palmier,
d'une belle écriture ancienne , appartiennent au type
bien connu des manuscrits népalais du \if siècle. Il
serait diflficile d'affirmer, daprès le seul caractère
paléographique, lequel est le plus ancien. Cepen-
dant l'écriture du ms. de l'Asiatic Society of Bengal
semble plus archaïque.
Elle est fort nette, rigoureusement verticale et
ressemble beaucouj) en somme à celle du ms. de
Cambridge n° 1686 {Bendall, Catalogue, PI. Il, 3),
1 165 A. D.; pourtant l'aspect général plus carré et
le trait oblique, de gauche à droite, finement tracé ,
qui orne souvent , quoique irrégulièrement , la partie
inférieure des hampes, rappelleraient un peu les
manuscrits bengalis de la même époque, si le som-
met des lettres ne portait le crochet qui dénonce la
main népalaise. Je n'y relève rien qui se rapproche
nettement du type gupta , comme le dit Hara Prasâd.
Les caractères ont presque tous leurs similaires par-
faits dans les mss. de Cambridge n°* 1686; 1691,
Q et 1699, 1-2, qui sont respectivement de 1 i65,
1 1 79 et 1 1 98 A. D. Mais il est certain que quelques-
uns présentent un type assez archaïque : le pha ,
24 JANVIER-FÉVRIER 1900.
le dha dont la boucle fait un angle très accusé h
gauche, surtout le dlia à la boucle très longue,
étroite avec un léger renflement à la base, fort
semblable à celui du ms. de Cambridge n" 86()
[Bûhler, M. Pal T. VI), 1008 A.D. , et le ça qui
se confondrait avec le sa, si la partie gauche était
toujours jointe à la hampe par un trait horizontal
et si elle ne faisait en haut un petit crochet rentrant.
En dépit de ces indires, la consen^ation de types
archaïques à côté d(> types ])lus modernes est si
fréquente dans les manuscrits du Népal que je ne
saurais suivre Uara Prasad et admettre Thypothèse
que ce manuscrit est antérieur au xii'' siècle et à
Tépoque même où écrivait Somadeva.
Le manuscrit de M. S. Lévi , d une écriture
qui est belle, mais un peu plus fine et moins régu-
lière, ressemble assez au ms. de Cambridge
n" 1691 [Bendall, Cat, PI. HT, 1); c'est un bon
spécimen d'écriture népalaise du type du xn" siècle.
Il ne présente pas, comme l'autre, de traces d'ar-
chaïsme; au contraire il a certains types qui se rap-
prochent des modernes : le tha est largement
omert par le haut; le dha, le ija, le 11a en ligature
[iika), le lia en ligature {nca) sous sa forme la plus
fréquente, le ça sont pareils aux caractères corres-
pondants dans le ms. du Brit. Mus. n" 1/489 {Bûh-
ler, L P., T. VI), 1286 A.D.
Sans attribuer à ces indices une valeur décisive,
il serait permis d'accorder au manuscrit de Calcutta
une antériorité d'au moins un siècle. Cela ne permet
26 JANVIER-FEVRIER 1906.
A première vue on juge que A et B ont été copiés
sur le même archétype, mais B avec plus de soin.
Il faut aller plus loin et dire que A est une copie
de B. Les particularités orthographiques de B, la
forme quil donne à certaines lettres (notamment
^, f et dh), enfin ses malformations accidentelles
de caractères se traduisent dans A par des fautes
dues à des erreurs de lecture. Quelques exemples :
B écrit le plus souvent par fannsvâra toute na-
sale devant consonne; soit I, ix, 3o drcyamtam ;
A garde lanusvâra sur -c^a- tout en rétablissant
un groupe -nia- : drçyainntam.
B écrit quelquefois 1 anusvâra par un trait oblique
muni d une boucle à gauche , au-dessous d un cercle
(cf. Bàhler, /. P. T. VI, i5 x); A lit un visarga.
Le dh de B ressemble beapcoup à p ou j (voir
supra) : 1, 1 , 87 dharam B, puram A; en revanche, A
croit lire dh là où il y a j ; I, iv, 1 28 palâyitah B, /)a-
Iddhitah A.
A cause du petit trait oblique qui orne souvent
la partie inférieure des lettres , A lit un jf quelque-
fois s : I, ïv, io4 jaciannâlha B, jasannâtha A; —
quelquefois m : I, v, 34 bhujageçvara B, bhujameçvara
A. En revanche il lui arrive de lire (j là où il y a 5 :
I, v, 100 gatâsati B, gatàgati A. — D autres fois,
A confond ce petit trait avec un a, lorsqu'il est plus
épais que d'habitude ; I, iv, i 25 rosa B, rasa A.
Le V dans B porte souvent un petit trait oblique
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 27
à gauche en haut de la boucle ; A le lit dh parce que
c'est ainsi qu il a Thabitude de figurer cette lettre :
I,v, 1^7 vïnâh, dhlnâA.
Ces erreurs, qui sont fort nombreuses, peuvent
s'expliquer dans fhypothèse où A serait la copie du
même archétype que B; beaucoup d'autres ne le
peuvent pas , car elles sont dues à des malformations
purement accidentelles dans B; le copiste de A a
fait les fautes que nous pourrions faire nous-mêmes
dans ime lecture superficielle de B. Quelques exemples
parmi beaucoup :
B dra mal formé, A a : I, vni, 5 B cancadrakta- , A caiica
ukta,
B tra mal formé, A <« : I, v, 267 B trastam, A tustam,
B ntra mal formé, A /im ; I, v, 264 B yantra, Ayanu,
B no mal formé, A ma : I^ v, 282 B nodyanam^ A ma-
dyanam,
B fiu mal formé, AnçZi.'I, v, io4 B venabhil).^A veri^ibhih,
B casvi mol formé, A ramvi : I, v, 2 10 B nacamdyanti, A
naram vidyantî.
Deux exemples typiques : I, iv, 126 B dpftvây A
drsivâm; or dans B drstvd est placé au-dessous du
mot likhan de la ligne précédente; le virâma de n se
trouve juste au-dessus de IVî de drsivd; ce virâma
étant figuré par un point très apparent accompagné
d'im trait peu visible, A l'a pris pour un anusvâra se
rapportant à l'a. — Le çloka I, vu, 26 est suivi dans
A d'un çloka évidemment mal placé; le sens indique
qu'il faut le faire remonter de deux rangs (ià); or
dans B, ce çloka 2^, d'abord oublié par le copiste.
28 JANVIER-FEVRIER 1900.
a été ajouté par lui ou un reviseur contemporain
(récriture est la même) dans la marge, et il est suivi
du chiflre 2 , ce qui signifie qu il est à intercaler dans
la deuxième ligne de la page, c est-à-dire après 23;
mais, dans le texte, le signe de renvoi a été placé
par inadvertance dans la troisième ligne, après le
çloka 26; A reproduit fidèlement cette erreur; il est
difficile de trouver un meilleur indice que A est une
copie de B.
S'il en fallait un surcroît de preuve , il nous serait
fourni par la présence dans B , à partir de la feuille g
(correspondant à A 1 1), de petits traits verticaux,
d'ime encre très ancienne, au-dessus et au-dessous
des lignes, qui con^espondent exactement à toutes
les fins de page de A; le copiste de A marquait ainsi ,
avant de tourner sa feuille ou d en prendre une nou-
velle , le point de son modèle où il en restait.
Après ces constatations, ne faut-il pas laisser A
complètement de côté, sauf pour combler les la-
cunes de B, dont la première feuille est perdue,
dont quelques autres feuilles sont noircies , rongées ,
en partie illisibles.^ Ce serait imprudent. Il semble
que pour les feuilles 1-11^ (B 2-g) et à partir de la
feuille 5 G environ, le scribe ait consulté, quoique
très accessoirement, un second modèle. On note
quelques divergences, minimes il est vrai, et qui
peuvent être, à la rigueur, des conjectures person-
nelles au scribe et généralement peu heureuses,
* Voir la notel, 1, 29.
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 29
dans des passages corrompus , mais qui peuvent aussi
provenir d une autre source. Je me suis donc décidé
à donner toutes les leçons de A , aussi bien que de
B, et même, mais tout à fait exceptionnellement, à
suivre A contre B.
Somme toute, le texte de B ne serait pas encore
excellent, s'il n avait bénéficié du travail d'au moins
deux reviseurs. Je désigne le premier par B^. Il était
en possession dun bon manuscrit, car il a corrigé
beaucoup d erreurs de B' dune manière très heu-
reuse; son écriture est ancienne, de type népalais, à
peu près pareille à celle de B ^ ; mais cette revision
est cependant postérieure à la copie A, car A coïn-
cide avec BS non avec B^. Le ou plutôt les seconds
reviseurs sont plus modernes; je ne saurais dire s'ils
avaient devant eux d'autres manuscrits ou si ce sont
des lecteurs qui ont procédé par conjecture; leurs
corrections m'ont paru sujettes à caution; il est im-
possible de distinguer toutes les mains; il est visible
que le manuscrit a beaucoup servi.
En résumé je me représente ainsi la relation de
nos diverses sources :
Archétype (en écriture gupta^)
W-
^ Pour ne pas surcharger cet article , j'exposerai ailleurs pour-
quoi j'estime que Tarchétype de B était da type gupta*
30 JANVIER. FEVRIER 1900.
III
CONTENU DU BRHATKATHÂÇLOKASAMGRAHA.
Le sujet du poème , annoncé au début du A* sarga ,
après les 3 sargas d'introduction, est Thistoire de
Naravâhanadatta , fils d'Udayana, empereur des Vi-
dyàdharas. C'est en somme le même que le sujet
principal du Kathàsaritsâgara et de la Brhatkathâ-
mafijarî. Mais la disposition des matières et, en
grande partie, les matières mêmes sont tout autres.
Il ne s'agit plus ici de légères différences dans Tordre
des livres, comme celles qu'on remarque entre le
K. S. S et la B. K. M. qui, en dépit de leurs diver-
gences, laissent aisément transparaître l'original
commun. Nous avons affaire à un poème com-
plètement différent; s'il a le même ancêtre que les
deux autres, comme il me parait certain, -sa parenté
avec eux ne peut s'exprimer que par un nombre
considérable de degrés.
Il est beaucoup plus long : si toutes les parties
ont le même développement que celle qui nous est
restée, l'évaluation de Hara Prasad^ me paraît juste.
Naravâbanadatta annonce qu'il va raconter l'histoire
de ses vingt-six mariages et de la conquête de son
empire; or nous ne possédons guère que la sixième
partie de la première moitié ; le total ne devait pas
comprendre moins de 5o,ooo dokas.
* Voir supra p. ai.
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 31
li est beaucoup plus simple. Autant qu'on peut
fonder un jugement d'ensemble sur un court frag-
ment, il ne se compose pas d'une collection de contes
variés. Dans le K. S. S. et Ja B. K. M. , l'histoire prin-
cipale n'est qu'un fil ténu — souvent négligeable,
destiné à lier tant bien que mal des collections dis-
parates. Celles-ci n'ont le plus souvent qu'im rapport
fort lointain avec leur cadre, quelquefois aucun :
« Dis-nous qui te fit prendre patience quand Mâna-
savega eut enlevé la reine Madanamaiicukâ, et com-
ment il fit pour te distraire. — C'est Gomukha;
. . .il me raconta l'histoire suivante ^ v Ci, un livre
de contes qui n'avaient rien à faire avec le sujet.
C'est d'une manière aussi dénuée d'artifice que sont
introduits le Pancatantra, la Vetàlapancavimça-
tikâ , etc . . . Le roman de Naravàhanadatta est noyé
dans des flots de hors-d'œuvre; Somadeva a bien
choisi son titre en appelant son poème un « océan » ;
les « rivières » de sources les plus diverses y apportent
leur tribut, mais dans cette masse prodigieuse il
ne faut pas chercher d'autre unité que le goût et
l'art du conteur.
Tout autre est le Brhatkathâçlokasamgraha : le
souci de l'ordre et de la composition y est évident;
le sujet y est exactement limité; sans doute les héros
y écoutent des histoires, mais ce sont contes, sinon
brefs, du moins étroitement liés à l'action et mieux
fondus dans le récit. On ne risque guère d'oublier
» K. S. S., XVII, I, 6... i6.
32 JANVIER-FÉVRIER 1906.
le sujet essentiel, car ce sont les aventures propres
des héros qui sont le plus développées. Défalquez du
K. S. S. tous les hors-d'œuvre , y compris la légende
de Gunâdhya et les livres II-III , qui sont une manière
d'Udayanacarita, aisément détachable, il restera un
squelette qui, assemblé autrement et mieux, plus
complet et plus cohérent, est le bâti de notre poème.
Cela ne veut pas dire que tout conte accessoire en
soit absent; mais, outre quiis sont mieux amenés,
ils ne sont pas pris de toutes mains; on aura le
plaisir den lire d'originaux, empreints dune forte
saveur populaire, abondants en détails de vie cou-
rante. Au risque d'étendre imprudemment à l'ouvrage
entier un jugement fondé sur une si faible portion ,
je dirai que ce goût pour les realia me paraît être la
marque distinctive de cette Brhatkathà.
Elle a une forte couleur locale ; plus que le K. S. S.
et la B. K. M., elle porte la marque de cette région
de Kauçâmbi et du Pratisthâna où la tradition fait
vivre Gunâdhya : Kauçâmbi, ses environs, ses jar-
dins et ses fêtes sont familiers à l'auteur : non content
d'en savoir les légendes , il connaît les lieux : la porte
de Bhadravati * ; le square « des-peaux-d'antilopes » et
son bassin aménagé pour les jeux où, sous l'œil
effaré des gardiens , le jeune Udayana tombé du ciel
joua à la padmabhanjikâ^ ; ce « Bois-des-serpents , qui
^ I, V, 324.
2 I, V, i56. — Cf. kâç. ad Pàiiini, ii, 2 , 17; lu, 3, 109; vi.
2 , 74 : padniabhanjikâ est à ajouter à la série uddâlakapiispabhan.'
jikà, çâlablianjikâ, tâlablianjikâ : ce sont des noms de jeux chez les
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 33
ferait honte au paradis », où se dérouie la belle yàtrà
qui donnera à Naravâhanadatta adolescent sa pre-
mière occasion de connaître le monde et les ma-
nières galantes; l'auteur note les distances et décrit
l'itinéraire : la grand'rue, la route, la Yamunâ qu'on
traverse en bac, le temple, la forêt, et^ sur le bord
de la rivière, les bancs de sable déserts où les jeunes
gens cherchent, pour les interpréter malicieusement ,
les traces de pas laissés par les coureurs de bonnes
fortunes ^ Si l'histoire est fantastique, le cadre a
quelque réalité.
La langue est simple , généralement tout unie et
quelquefois un peu plate, mais en somme de très
bonne qualité, maniée par un auteur qui en sait les
ressources; il a peu le goût des artifices et ne cherche
pas à faire montre de virtuosité; de temps à autre,
il se permet une petite description im peu maniérée ,
juste ce qu'il faut pour donner à l'œuvre une allure
littéraire; puis vite le récit reprend : « Foin de l'oc-
casion de vous faire désirer mon histoire ! Si je vou-
lais achever la description , jamais le conte ne serait
conté 2 ! »
En somme l'ouvrage est estimable et se lira sans
ennui. Est-il un portrait plus fidèle de la Brhatkathâ
peuples de l'Est [prâcàni kridàyàm P. vi, a , 74). On trouvera dans
le Brhatkathâçlokasamgraha un assez grand nombre de mots qui
n*étaient jusqu'ici attestés que par les scholiastes de Pâniui ou hê
leiicographes , et plus d'une fois on notera la sûreté d'information
de Pânini.
^ I, vm.
* I, IV, i5. . . 17.
34 JANVIER. FEVRIER 1906.
de Gunâdhya que le Kàthàsaritsâgara et la Brhatka-
thâmanjarî? Je m'expliquerai ultérieurement sur
cette question. Mais il est dès maintenant certain
qu'il devient une pièce essentielle dans le procès de
la Brhatkathâ. L'étude de sa composition , comparée
avec celle du K. S. S. et de la B. K. M. , fera appa-
raître dans ces deux versions de graves étrangetés
qui en décèlent à mes yeux Torigine composite. Je
ne m'inscris pas en faux contre les affirmations de
Somadeva et j'admets ja fidélité dont il se targue;
mais je pense qu'il travaillait sur un Gunâdhya déjà
transformé , quoique encore rédigé en paiçâcî , à la
fois réduit et amplifié, amputé dune grande partie
de son texte primitif et augmenté dune masse de
hors-d'œuvre, devenu le réceptacle de tout ce qu'on
connaissait de contes célèbres. Les mœurs littéraires
de l'Inde ne s'opposent nullement à ce qu'on ait con-
tinué d'inscrire le nom de Gunâdhya sur une com*
pilation postérieure, souvent remaniée peut-être,
mais dont son œuvre formait toujours le cadre.
IV
Je donne ci-dessouç le texte et la traduction du
premier sarga; il n'est pas le meilleur, mais je n'au-
rais pu en donner un autre qu'en le faisant précé-
der d'une analyse détaillée qui serait sans utilité, en
raison de la publication prochaine de l'ensemble.
Sont en italique toutes les syllabes restituées ou cor-
rigées par conjecture.
UNE VERSION NOUVELLE DE LÀ BRHATKÂTHÂ. 35
BRHATKATHÂÇLOKASAMGRAHA.
I
OUI namo Vighnântakâya ||
mahàkhâtâ mahâsâlà pury asly Ujjayanîti yâ |
mahâmbodhimahàçailamekhaleva mahâmahï || 1 1|
prâsâdâd yatra paçyantah samtatâfi haimarà/atân |
merukailàsakûtebhyah sprhayanti na nâgaràh II 2 II
vedamaurvivipa^mâm dhvanayah pratimandiram j
yatra samnipatanto pi na bâdhante parasparam || 3 II
krtam var^anayâ tasyâ yasyâm satatam âsate j
mabàkâiaprabhrtayàs tyaktvâ çivapuram ganàl> i 4 II
tasyâm àsin Mabâseno mahâsenah ksitïçvarah |
yasya devïsahasrâni sodaça çrïpater iva || 5 II
ciram pâlayatas tasya prajâ^ çâstroktakârina^i I
Pàlako Gopâlaç ceti sutau jâtau gunâmbudhï || 6 II
La première feuille étant perdue^ B commence à 13,,.
prâmçor. namah A. — 2. prâsâdât A. — santatânahai-
marâjyatân A. — 3. vipancândvaaayah A. — 4. satanam
A. — 6. kârinali | gopsdaç A.
1-4. La description d'Ujjayinî ressemble assez à celle qui se
trouve dans K,S.S, VI, i, i35-i37.
1. Ujjayanï : cf. Gan, ia4, 43 ad Pâiu IV, 2, 127 et 206, 16
cd Pàn. IV, a, 8a (Ujjayinî Kâcikâ).
Mahâ° : cf. purîin . . . sumahâçâlamekhalâ B. Gorr. 1 , 5 , 12
(mahatîm sâlamekhalàm éd, Bombay).
2. HaimarâjaUn : je sous^eutends kûtân.
4. iCrtam varnanayâ : cf. krtam girà (= vamanayâ Mali,) Ra^h,
XI. 4i.'
3.
36 ANVIER-FEVRIER 1906.
brhaspatisa/naç càsya mantrî Bharatarohakah |
Rohantakah Surohaç ca tasyâstàm tatsamao sutau II 7 1
narendramantriputrânàm caturvidyârthavedinâm |
prayogesu ca daksânàm yânti sma divasàh sukham
11811"
atha gàm pâlayâm âsa Gopâlah pitrpâlitàm |
Pâlako pi yaviyastvâd yauvarâjyam apâlaya^ || 9 II
mantripu/rau tu mantrilvam atha bhûmir naveçvarâ |
navamantrikrtâraksâ jâyate sma punar navâ II 10 ||
gajarâjam atho râjâ dânarâjivirâjitam |
adhisthâya jagatsâram nirjagâma bahih purah II 1 1 tl
taddarçanâçayâ yâtam anekam nrkadambakam |
bibhyad vyâdâd gajàt tasmâd itaç cetaç ca vidru-
tam II 12 \\
kanyakânyatamâ tatra gi hyamânâtha hastinà j
prâmfttprâkâratah pràmçor agamyâm parikhàm
agàtlIlSIl
khâtapâtavyathâjâtasamjnânâ sa ksanam tatah |
tatasthâ hastiprsthasthain sàbhâsata rusa nrpam II 1 4 II
avadhyam avadhir yas tvain pitaram tasya kim
maya |
adhïtavedam yo hariti bràhmanain tasya ke
mrgâhiri5||
7. samâç A; tatsamo A. — 9. apâlayata A. — 10. pu-
tro A. — 13. prâiiisu A; agît A. — 15. veda A.
II. Jagatsâram : je conserve cette expression bizarre en la rap-
portant à gajarâjam ; mais je serais plus tente d y voir Tindication
de l'endroit vers lequel se dirige le roi.
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 37
iti kanyâvacah çrutvâ duhçravain çvapacair api i
cittesu bhinnahrdayah praviveça niveçanam || 1 6 II
adpravâhya Juhkhena dinaçesam samâsamam |
janavâdopalambhâya pradose niryayau grhât II 1 7 II
kâlakambalasamvîtah sâsicarniâsiputrikah |
samantâgadasamnâhah samcacàra çanaih ^anaih || 1 8 II
atha çuçrâva kasmimç cid devatâyatane dhvanim |
abhisârikayâ sârdham bhàsamânasya kâminah II 1 9 ||
hatam mustibhir âkàçam tusânâm kandanam krtam |
maya yena tvayâ sârdbam baddhâ prilir abuddhi-
nâ II 2011
iyam etâvatï velâ khidyamânena yâpitâ j
maya tvam tu grhâd eva na niryàsi pativratâ II 2 1 |i
kaumârah subhago bhartà yadi nâma tava priyah j
khaiïkrtaih kim asmàbhir vrtheva kulaputra-
kaih||22||
16. çcapacer A; pariveça A. — 17. vâhyacaduhkhena.
— 18. sanaih. — 19. kasmimddevatâ- B*; devatàyane A.
— 22. khalîkrteh A; putraitrakaih B.
16. Çvapacair : ia construction de duhçravam avec un instru-
naental n*a rien de plus extraordinaire que celle de dusprâpam;
cf. çrngam çrïman mahac caiva dusprâpam çakunair api R, Gorr,
VI, i5, 2i; et la même construction avec dustara- (prâkrtaih)
fl. Gorr. V, 86, .5.
18. Samantâgadasamnâhah : ie sens adopté est le plus vraisem-
blable; cependant on pourrait songer pour agada au sens de
«simples» en se référant aux détails donnés infra I, ix, 63 sq,, sur
les simples qui doivent faire partie de l'équipement; ce sens de
agada se justifierait par Manu VII, 218 : visaghnair agadaic
(=ausadhaih KulL) câsya sarvadravyâiii yojayet.
20. Baddhâ prïtir : cf. na babandha ratim kva cit jr.5.5. 1, 3 , 29.
22. Khaiïkrtaih : cf. kuttanyâ prasahya sa khalîkrtah K,S*S, I,
12 , 106. — khalîkâra ibidem 176, infra I, 11, 66 eiP.fF. s. u.
38 JANVIER. FÉVRIER 1906.
evamâdi tatah çrutvâ sa pragalbhàbhisârikâ |
vihadya vitam âha sma tvâdrçâ hi hatatrapàh II 23 ||
na nu citCani mayârâdhyam tasyàpi bhavatah krte |
na hi bhàrtfn aviçvàsya ramante kidatà vîtaih II 24 1|
atha nirmafoikam bhadra madhu pâtum manora-
thah I
jahi ghàtaya vâtam mepatim nity^âpramâdinam II 25 II
atha pâpâd asi trastah sphutam nâham tava priyâ |
na nu durvârarâgândhah sutâm yâti Prajâpatih II 26 II
atha vâiam vicàrena Gopâ/am kim na paçyasi |
yena râjyasukhândhena prajâpâlah pitâ hatah II 27 II
suduhçravam idam çrutvâ Gopâlo duryacam vacah |
gacchann anyatra çuçrâva dhvanim viprasya jalpa-
tah II 28 II
ayi brâhmani jâgam nandini krandate çiçu^ |
tvaritam dayite dehi stanyam kantho 'sya ma çu-
sat II 29 II
23. pralbhâbhisârikâ A prâgalbhâ- B. — trayâh A. —
24. krto B; bhartftaviçvâsya A. — 25. nirmâksakatn A
nirmâ. . B [déchirure); jahi. . . trastah lacune dans B [dé-
chirure); nitya- A. — 26. pâpad A. — 27. atha . . . kin
lacune dans B [déchirure); gopâla A. — 28. prajâpâla. . .
midam lacune dans B [déchirure); golo A; gacchanta- A; su-
cra va B. . — 29. ayibrâ. . .ndate lacune dans B [déchirure);
jàgarthi A; çiçutadehistanyankanthosyamàsusat (tadehi-
stanya sur un grattage; les 3 premiers caractères grattés impar-
25. Nityâpramâdinam : j*ai hasardé la correction, le texte
n'étant donné ici que par A; nitya- pourrait se défendre : «(Il est
facile de le tuer car) il n*est jamais sur ses gardes.»
25-26. Atha=yadi : cf. fl. II, 6o, 3.
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 30
iti çrutvâ giram bhartur vinidrâ brâhmanï sutani |
pitrghàtin mriyasveti nirdayam nirabhartsayat || 30 II
âh pape kim asambaddham pitrghâtinn iti tvayâ |
bàlo yam ukta ity enâm brâhmanah kupito 'bra-
vit II 31.11
kim âryaputra putrena yadâ râjnàpitâ hatah |
çrutismrtividety etad uvâca brâhmanï patim II 32 ||
çnitvaîvamâdi kauhnam pravijrj'ânto/ipuram nrpah |
anaya^ ksanadâçesam asanimîlitalocanah || 33 II
atha gâdhândhakârâyâm velâyàm mantrinau rahah j
aprcchat ko yam asmâsu pravâdah kathyatàm
iti II 34 II
tatas tàv ûcatU5 irastau samtrâsam nrpacoditau |
kaulïnahetuçrutaye cittani tavâvadhîyatâm II 35 II
faitement paraissent être tvaritam) A çiçutedehistanyankan-
thosyamâçusat B; en haut de la page, B^ a ajouté des carac-
tères dont les 2 premiers sont entiers, tvari (à la rigueur tva-
ma), le 3' affleure une déchirure mais se lit suffisamment, tam;
les suivants ont disparu dans la déchirure, mais il reste encore
rextrême bord inférieur de 3 caractères dont le premier parait
être da ; dans le texte il semble y avoir un signe de renvoi après
çiçu et après stanya (? la feuille est noircie); A semble avoir
hésité entre B\ évidemment incomplet, et un autre modèle ou le
pada, peut-être incorrect, commençait par tvaritaip, puis s'être
décidé pour B^ — 30. mriyaçceti A; nirabhatsayat A nir-
bhartsayat B nirarbhartsayat B*. — 32. itismrti A. —
33. praviçyatihpuram; anayata. — 35. ûcatutrastau.
35* Samtrâse nrpacoditau : pour la construction, cf. Whitney,
S. G.. i3i*6.
40 JANVIER-FEVRIER 1906.
sugrhîtâbhidhânasya Pradyotasya pitus tava |
âsann avyabhicârïny aristâny astaumumûrsatah li 36 il
uddhârye dhavaie keçe pramâdât krsna uddhfte |
uddhartâram mahîpàlah kartayâm âsa nâpitam || 37 il
bhunjânena ca pâsâne daçanâgrena khandite |
kuiakramâgato vrddhah sùpakâro/^ pramâpitah II 38 II
prakrter viparîtatvam jânann apy evamâdibhih |
prabho vidher Yidhevatvâd brâbmanân apy abâdha-
ta II 39 II
bhartur idrçi vrttânte mantri tasyâvayoh pila |
adrstabhartrvyasanah pûrvam evâgamad divam 1 40 fl
çrutamantrivinâças tu sa râjâ râjayaksmanâ |
guruçokasahâyena sahasaivâbhyabhûyata II 41 |
36. tavah. — 38. kâram.
36. Pradyota désigne Mahâsena; de même injra I, n, 49; dans
le K,S,S. et la B.K.M., le nom de Pradyota est réservé aa roi da
Magadha, père de Padmâvatï.
Sugrhîtâbhidhânasya : comme sugrhîtauâman ; formuie de res-
pect employée le plus souvent pour mentionner un ancêtre décédé;
elle implique bénédiction pour le mort et les vivants. V. S. Lévi,
J. As», 1902 , 1, p. 100 sq., et Ind, Ant, 1904 (XXXUI) , p. i63 sq.
Aristâny astau : je traduis huit et non les huit car je n^ai trouvé
nulle part qu*ils soient réduits à ce nombre.
36 sq. : les traits de férocité attribués à Mahâsena, et ceox qui
seront rapportés infra f , 11 , justiOent le surnom de canda- qa*il porte
sans qu*on nous dise pourquoi, constamment dans le K.S.S. et
souvent dans la B, K, M..
37. Kartayâm âsa : inconnu en ce sens réservé à anu- et ava-
kart-.
39. Viparîtatvam = viparitatâ «le fait (pour ses sujets prakrtch)
de lui devenir hostiles».
41. La mort de Mahâsena est mentionnée, K,S,S, XVI, 1, 55-
56 ; B, K. M. XVIII, 3o-3 1 , dans le récit des faits qui ont précédé la
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHA. 41
tatas tâte divam yâte yâtukâme ca bhùpatau |
prajàsu ca viraktâsu jâtau svah kimkriyâkulau II 42 ||
prâptakâlam idam çreya iti huddhvà prasâritam |
kaulînam idam avâbhyâm saparyantesv Âvantisu || 43 II
krodhabâdhitabodhatvâd bâdhamânam nijàh pra-
jàhi
bandhayâm âsa râjànam râjaputrah priyapra-
jah II 44 II
çrnkhalàtan^acaranah svalantràd bhrairiçitah pa-
dât I
sukhasya mahato dadhyau sa râjendro gajendra-
vat II 45 II
cintàmusitanidratvâd âhâravirahena ca |
sa ksapàh ksapayan ksinah samvatsaraçatâyatâh || 46 II
pu^enaivainavastho pi prajâpriyacikïrsunâ |
na mukta eva muktaç ca yâvat prânaih priyair
iti II 47 II
nidânam idam etasya kaulînasya vigarhitam |
itarad vâdhunâ devah prabhurity atha bhûpatih II 48 II
42. tâtreA. — 43. budhvâ. — 45. tatra; bhraçitah A.
— 46. ksayâh A. — 47. putrainaivam ; cikïsunya A.
mort d'Udayana, sans aucune des circonstances rapportées ici.
Dans K,S,S, et B.K.M.» Angâravatï meurt avec son mari; ici elle
reste vivante, comme on le verra infra I, m.
46. Dadhyau î Sur le génitif avec dhyâ- cf. Speijer, 5.5. , 120 d,
lai. Le génitif se trouve avec les verbes signifiant désirer, se sou-
venir de, penser à [Pân, If, 3, 82); cette construction est déve-
loppée en védique; Speijer doute — à tort d*après le présent
exemple — qu'il en existe en classique des exemples avec d'autres
verbes que smar-.
42 JANVIER-FÉVRIER 1906.
adhomukba^ ksanam sthitvâ talâbataniahltaiah |
drstvâ ca sâsram âkàçam anàtha idam abravït II 49 II
tuîyau Çukrabrhaspatyor yuvâm muktvâ suhrtta-
ttiauj
anapâyam upâyam kah prayunjîtaitam îdrçam || 50 ||
kim tu sa^^vavatâm esa çankâçûnyadhiyâm kra-
mahl
drstâdrstabhayagrastacetasâm na tu mâdrçâm II 51 II
tasmât pâlayatam bhadrau Pàlakam pâlakam bhu-
vab I
idam tv alîkakaulînam açakto 'bam upeksitum || 52 ||
tasyaivarn bhâsamânasya vridàdhomukhamantrinah |
kûjafi prakâ^ayâm âsa ksînâm tâmraçikbah ksa-
pâm II 53 II
atba çuçruvire vâcah sûtamâgadhabandinâm |
yaçodhavalitânantadigantodbudbyatâm iti II 54 II
dînadînani tad âkarnya karnaradânam apriyani |
pidhâya pârthivah karnàv uttamângam akampa-
yat||55||
sa càvocat pratîbârim nirvâryantâiii amï marna |
ksate ksàrâvasekena kim pbalam bbavatâm ili || 56 ||
âsïc câsyàtha va dhin màm evam.âtmâpavâdinam |
na nu praçasyaui âtmânam nâham arhâmi nindi-
lum II 57 II
49. mukha. — 51. satvavatâm. — 52. pâlayanam A. —
53. kûjana (jana sur un grattage A); tâmraçicah A. —
57. ahâmi A.
53. Tàmraçikhah (mot nouveau) =« tâmracikbin attesté unique-
ment par Jatâdhara.
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 4»
niryantranavihâre na cirajîvini râjani |
ràjaputrena laditam kenânyena yathâ maya II 58 II
samucchinnadurucchedabâhyâbhyantaravairinâ |
varnâframâh svadharmebhyah kim va vicaiitâ ma-
ya II 59 II*
avantîvardhanasamo nijâhâryagunâkarah |
putrah pumnarakât Iràlâ kasyânyasya yathâ ma-
rna || 60 1|
atlta vàstâm idam sarvam ekenaivâsmi vardhitah |
Naravâhanadevena jâmâtrâ cakravartinâ || 61 II
eka eva tu me nâsïd gunah so 'py ayam âgatah |
prasàdâTi mantrivrsayor yat tapovanasevanam || 62 II
iti niskampasamkalpaç codayâm âsa mantnnau |
sasimhftsanam âstbânam mandape dîyatâm iti || 63 II
tayos tu gatayoh keçàn vâpayitvà savalkalah |
kamandalusanâthaç oa bhûpâ/o niryayau grhàt II 64 ||
58. jïvina A. — 59. varnnâsramâh ; kivâ A. — 62. pra-
sâdâta; vrçayo. — 64. gatayo; bhûpâlau.
58. Laditam : lad Dhàtupâtha I, 38i iada vilâse; laditam = la-
litam Mahâvyutpatti.
60. Nijâhâryagunâkarah : la platitude et la composition étrange
de cette expression me suggèrent des doutes sur la pureté du texte
ou sur le sens que je me suis vu contraint d*adopter; il semble
qu'il y ait un jeu de mots sur gnna.
61. La seule allusion que j*aie jusqu'ici rencontrée à ce fait se
trouve infra I, ni, 107 : Naravàhanadatta , le cakravartin, avec ses
femmes , salue les rsis et « son beau-père » qui , dans la circonstance ,
ne peut être que Pâlaka; K,S.S. et B,K.M, sont muets sur ce
point. C'est le seul passage de notre texte où le nom du cakravartin
ioit Naravâhana (toujours Naravâhanadatti , comme dans K,S,S*:
les deux formes alternent dans B.K,M.). On pourrait à la rigueur
adm«ttre un autre sens: fj'ai été gratifié... par Naravâhana
(=^Ktiverft) d^ati gendre qui ett eakrattrtiti »,
44 JANVIER-FEVRIER 1906.
visâdavipulâksena vaksoniksiptapâninâ {
drçyaiïiâno* varodhena viveçàsthânamandapam || 65 ||
trâsamlânakapolena drstah prtliulacaksusâ |
Pâlakenâbravî^ iam ca sthita eva sthitosthitim || 66 ||
prasâdât tàta tâtasya vatsarâjasya ca tvayâ |
buddheh svasyâç ca çuddhâyâh kini nâma na pari-
ksitam II 67 II '
ato 'nuçâsitârani tvâm anuçâsati bâliçâh |
yena loke ta ucyante viyâtâh pitrçiksakâh || 68 II
etâvat tu maya vâcyam pitryam simhâsanam tvayâ |
Varnâf ramaparitrârtham idam adhyâsyatâm iti II 69 II
tac cdL\açyam anustheyam asmâkïnam vacas tvayâ |
mâdrçâm hi na vâkyâni vimrsanti bhavâdrçâh II 70 II
itîdam Pâlakah çrutvà sthitvâ câdhomukhah ksa-
nam |
uttaram cintayâni âsa nâ5âgrâhitalocanah || 71 II
65. pâninâ A; drçyamânevirodhena A. — ^ 66. caksu-
sâh A; pâlakenâbravïtanca; sthitam. — 67. prâsâdât AB* ;
kînnâmena. — 68. lokena. — 69. etâvantu A etâvamtu B'
-valu B*; vâcyaA; varnnâsrama. — 70. taccâvasyam ; nâçâ-
grâhita.
67. Allusion au séjour d'Udayana (Vatsarâja) prisonnier à la
cour de Mahâsena ; Taventure est assez connue.
69. Paritrâ : mot nouveau , d'ailleurs régulier.
70. Asmâkïnam : Pân. enseigne âsmâkîna- (IV, 3, i, 2); idem
Vopadeva, 7, 22.
71. Nàsâgrâhitalocanah : nâçâ- pourrait s*entendre • désespoir»,
mais il n'y a aucun exemple d*un composa analogue avec -âgrâhita- ;
la correction de cà en sa est insignifiante; outre que le sens obtenu
va bien avec le contexte (Pâlaka est adhomukhab), Texpression se
retrouve en d'autres passages de notre texte , sous la forme nâsâ- ;
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 45
krtakrtrimarosas tu râjâ Pâlakam abravît I
bhoh simhâsanatn âroha kim tavottaracintayâ II 72 II
kim cottaraçatenâpi t\rayâliam sopapattînâ |
vegahprâvrsi Çopasya «araneneva durdharah II 73 II
iti dvijâtayah çrutvâ purobitapurahsarâh |
visâdagadgadagirah prasrjyâçru babbâsire II 74 II
Pâlakas te niyojyatvâd âjnâin ma sma vicâraya^ |
tvanniyogân niyoktârah kasmâd vayam udâsma-
he II 75 II
dhriyamâne prajâpàle jyestbabhrâtari Pâlakah |
inrgendrâsanam âroban khatvârûdho bhoven na
*nu II 76 II
72. siiphâsanamahâroha A. — 73. conasya. — 74. pu-
rahsarà A; prasrjyâsni B. — 75. âjnâ( jnâtp B) mâsmavi-
càrayata. — 76. jyesta A; àrohana.
l'un d'entre eux est décisif : tûsnïmbhûtâ ksaiiam drstim nâsâgre
niçcaiâm adhât (I, x, 120).
73. Vegah. . .çonasya : cf. çoua ivottaramgah , Ragh, VU, 56;
laSone, quelquefois à sec pendant la sécheresse , roule jusqu'à
5o,ooo mètres cubes à la seconde pendant la saison des pluies.
76. Khatvârûdho : Ce mot n'était pas jusqu^ici attesté dans les
textes ; le sens que lui donnent les dictionnaire» • qui se conduit in-
congrûment » est trop vague. La traduction que j'ai adoptée m*est
inspirée par Patan/o/i (ad Pân, II, 1, 26, khatvâ ksepe) : khatvâ-
rûdho jâlmah | ksepa ity ucyate kah ksepo nâma adhîtya snâtvâ
gurubhir anujnâtena khatvârodhavyâ | ya idânim ito 'nyathâ karoti
sa ucyate khatvârûdho yam jâlmah | nâtivratavân iti. G*est le mau-
vais élève qui trouve toujours qu'il est assez tard pour quitter le
travail et aller se coucher, le contraire de l'élève zélé \f^ ce sera
l'homme qui ignore les castras parce qu'il a été paresseux dans sa
jeunesse; ù Pàlaka montait sur le trône, on le traiterait à juste
titre de khatvàrûdha; il pécherait, non par ambition, puisqu'il
ne tient pas au pouvoir, mais par ignorance. Il est superflu de
46 JANVIERFÉVRIER 1906.
râjyâgnim âdadhad vâpi tvayi varsaçatâyufî |
parivettâram âtmânam ayam manyeta ninditatn II 77 H
tasniàd asmân nivartasva samkalpâd atibhîsanât |
çokajâny açruvârîni bhavan^v ânandajâni nah II 78 H
baddhânjalir athovâca kimcinnamitakandharah |
alamvahpïdayitvâ mâm vacobhîr iti pârthivah II 79 H
mayàyam abhyanujnâlo raksane ca ksamah ksiteh |
khatvârûdho nabhavitâ ninditah çaddavedibhih II 80 H
asamarthe ca râjyâgne^ pâlane patite mayi |
parivettâpi naivâyam bhavisyati narâdhipah II 8 1 II
77. çanâyusi A çatôyusi B. — 78 .bhavatvâ-. — 80. ma-
yâyamabhya- sic B sur grattaye mayâmayabhyanujnâto A.
— 81. râgne A râjyâgne B.
faire remarquer la saveur vulgaire de TexpreMioii ; le fait que
Pânini lui consacre un sûtra montre combien est vivante la langue
qu'il enseigne.
77. Râjyâgnim ici et 8i paraît avoir un sens purement symbo-
lique; cependant il peut s'agir aussi du feu établi dans le hdl,
devant le palais, où le roi, par la main du purohita accomplit las
rites incombant à sa fonction et destinés à assurer le succès d'une
campagne, a attirer la malecbance sur lennemi, ete. (cf. ApasL
II, lo, a5, 4, 7*1 Gant. XI, 17).
80. Je traduis en ponctuant après bhavitâ. On pourrait traduire :
< il ne sera pas blâmé comme étant un khatvàrâdha par les çabda-
vedins*; mais, outre que ce serait plat, on serait embarrassé pour
donner à çabdavedibbih un sens acceptable ( à moins qu'on y veuille
voir « les gens habiles à imposer des sobriquets I » ) ; çabdavidyâ est
la grammaire , un çabdavedin doit être un grammairien ; je ne crois
pas trcp m aventurer en donnant ici au mot un sens défavorable
«ceux qui jugent les choses d'après la lettre des castras»; I, vu, 76
on se moquera des «sots dont Tesprit est prisonnier de la lettre»
(piistakavinyastagranthabaddhândhabuddhayah) qui ne sont que
«de la fausse monnaie de conseillers» (kiitamantrinah).
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÀ. 47
yac câpi pihitâh karnâ àkarnya patiiadhvanim |
prajâbhis tac ca na mrsâ maya hî nihatah pitâ II 82 ||
tad idani pâtakam krtvâ yusmatpîdâpraçântaye |
pràyaçcittam vrajan kartum na nivâryo 'smi kena
cit II 83 II
maya càtyakladharmena yal prajânâm krte krtam I
tasya pratyupakârâya Pâlakah pàlyatâm ayam || 84 ||
itîdam prakriïr uktvâ Pâlakam punar abravït |
Avantivardhanam putram matprîlyâ pâlayeriti II 85 II
vilaksahasitam krtvâ Gopâlam Pâlako 'bravît |
Avantivardhano râjâ râjan kasmân na jâyatâm II 86 II
satsu bhrâtrsu bhûpâla gunavatsv api bhûbhujah ||
niksiptavantah çrùyante putresv eva gurum dhu-
ram||87ir * ' '
Gopâlas tam athovâca bhavisyati yuvâ yadâ |
tvam ca vrddhas tadâ yuktam gvayam eva kari-
syasi || 88 II
evam niruttarâh krtvâ prakrtis tàh sapâlakâh |
sarvalîrthâmbiikalaçair abhyasincat sa Pâlakam || 89 II
âropya cainâm tvaritam simhâsanam udanmukhah |
nirjagâma puràt svasmâd ekaràtrosito yathâ || 90 II
82. nihitah A; pilâh. — 84. mayâcâtyakta AB" mayâ-
tyakta B\ — 85. pâlayedibhih A pâlayediti B (c/*.!, ii, 89,
oà les mêmes mots sont repris avec palayer iti). — 86. vitaksa A.
— 87. param A. — 89. kalaçer A; asincansa A. — 90. tva-
ritali B\
83. Yu^matpîjâ : Il 8*agit , je pense , des conséquences funestes
qu'aurait pour le peuple la présence d*un roi criminel.
84. Atyaktadharmena . . . krtam == Texpiation qu'il s'impose »
conformément aox castras (?).
48 JANVlEll-FÉVRIEK 1900.
atha râjani kànanâvrf^ puram âspanditalokaloca-
nâm I
nibhrtapasitàmayadhvanim mrtakalpâm praviveça
PàlakahlIQlll
Bbrhakathâyâm çlokasamgrahe prathamah sar-
gahiini ' ■ • '
i
9 1 . kànanâvrtte ; âspandita AB" aspandita B^ ; svasità ; dans
B , avant brhatkathâyâm , ^lne main postérieure a noté un renvoi
et ajouté en marge 10 caractères qui ont été ensuite effacés in-
complètement, mais restent illisibles.
91. Vrte : v^ — ; la correction est nécessaire pour rétablir le
mètre (vaitâlîya).
BRHATKATHAÇLOKASAMGRAHA.
Oin! Hommage à Celui qui détruit les obstacles!
Livre Premier.
I
PREMIER CHAPITRE DE LUNTRODUCTION.
(1-4) Il est une ville, Ujjayanï, ceinte de fossés
immenses comme les mers, de murailles immenses
comme les monts qui ceignent la Terre immense.
Là, de leur terrasse contemplant les chaînes de
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÀ. 49
clochetons d'or et d'argent, les citadins n'ont pas à
envier les pics du Meru et du Kailâsa. Védas , cordes
d*arcs et luths s entendent dans chaque maison et,
par leur assemblage, pourtant, ne se font pas tort
mutuellement. Trêve à la description : c est là qu'en
tout temps, à la suite de Mahàkâla, siègent les
Ganas, ayant délaissé la ville de Çiva.
(5-10) C'est dans cette ville que vécut Mahâsena,
puissant roi qui avait seize mille femmes, comme
l'Epoux de Çn. Longtemps il gouverna un peuple
obéissant aux lois des castras; deux fils lui étaient
nés, Gopâla et Pâlaka, océans de vertus; son
ministre Bharatarohaka, pareil à Brhaspatî, avait
aussi deux (ils, pareils à lui-même, Rohantaka et
Suroha. Le roi, le ministre et leurs enfants, versés
dans la quadruple science et adroits dans la pra-
tique, coulèrent des jours heureux. Puis Gopâla
gouverna la terre qu'avait gouvernée son père; Pâ-
laka, étant le cadet, prit le titre de prince héritier,
les fils du ministre les fonctions de ministres; et le
royaume, pourvu d'un nouveau maître, gardé par
de nouveaux ministres, sembla renaître , rénové.
(11-16) Or le roi, monté sur un grand éléphant,
élite des êtres , sur qui brillaient les raies du mada ,
sortit de la ville. Pour le voir était accourue une
foule nombreuse ; la peur de cet éléphant sauvage
la fit se disperser en tous sens. Mais il y eut une
jeune fille atteinte par lui; de la haute muraille elle
se jeta dans le fossé , inaccessible à l'animal , si haut
qu'il fut; à la suite de cette chute doidoureuse la
imKB» BATIOBAI.X.
50 JANVIER-FÉVRIER 1906.
présence d'esprit lui revint sur-le-champ; dressée
sur le revers du fossé, elle cria avec rage au roi sur
le dos de son âiéphant : « Toi qui as tué ton père,
tète inviolable, pour combien me comptes-tuP Pour
qui tue un savant brahmane, combien comptent les
gazelles?» Ces paroles de la jeune fille, blessantes
même pour des mangeurs-de-chiens , déchirèrent le
coeur du roi; en proie à ses pensées il rentra dans
son palais.
(17-27) Il y traîna dans le chagrin le reste du
jour aussi lent quune année. Pour recueillir les
bruits publics, à la brune il sortit de chez lui : un
manteau noir autour du corps , avec épée , bouclier
et poignard, équipement complet sauf la massue,
il se promena à petits pas. Or il entendit en certain
sanctuaire la voix dun amant causant avec une
gourgandine : «J'ai frappé du poing le vide, battu
de la balle, quand jai mis mon plaisir en toi, sot
que je suis! Voilà une grande heure que je passe à
me tourmenter! Mais toi, tu ne sors seulement pas
de chez toi — - par devoir conjugal! Voilà un mari
chanceux! Si tu Taimes, qu'as-tu besoin de nous,
pour nous maltraiter? On dirait que ce n est pas la
peine d'être fils de famille! » Il continua sur ce ton;
alors l'effrontée éclata de rire et dit au galant : « Les
hommes comme toi, vraiment, ont un aplomb! Ne
devais-je pas me prêter à sa fantaisie, dans ton
propre intérêt? Ce n'est pas sans avoir donné con-
fiance aux maris que les infidèles s'amusent avec les
galants! Après tout, mon cher, tu veux boire le
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHA. 51
miel sans mouches? Tue ou fais tuer ce mari tou-
jours assidu. Tu as peur du crime? Évidemment tu
ne m'aimes pas! Vois : une passion invincible
Tenivre : Prajàpati possède sa fille; sans aller plus
loin, ne vois-tu pas Gopàla? L'appétit du pouvoir
l'enivrait : il a tué son père! »
(28-33) Entendant ces mots affreux, si blessants
pour ses oreilles, Gopàla s'enfuit. AUleurs il entendit
un prêtre qui parlait : « Eh femme! Veilles-tu sur
l'enfant? Le petit crie; vite, ma chère, donne-lui le
sein; qu'il n'ait pas le gosier sec!» A la voix du
mari, la femme éveillée gourmanda violemment
son fils : «Meurs donc, parricide! — • Ah, mér
chante! A quoi rime cela? Tu as appelé ce petit
parricide? », dit le brahmane avec colère. « De quoi
sert un fils, mon ami? Le roi a tué son père, et il
n'ignorait ni Livres saints, ni Tradition! » Voilà
quelle fut la réplique de la femme ! Le roi recueillit
d'autres rumeurs analogues, puis rentra dans son
appartement et y passa le reste de ia nuit sans fer-
mer l'œil.
(34-48) L'obscurité était encore profonde à
l'heure où il tint un conseil secret : « Que signifient
ces mauvais bruits sur mon compte? Expliquez-le
moi», dit-il à ses ministres. Alors, tous deux, jetés
dans l'angoisse , lui dirent avec frayeur : « Voici la
cause de ces rumeurs. Écoute avec attention. Ton
père Pradyota — que ce soit bénédiction de le nom-
mer! — présentait huit symptômes indiscutables de
mort prochaine. Son barbier devant lui arracher
52 JANVIER-FEVRIER 1906.
un cheveu blanc, lui en arracha un noir par inad-
vertance; il le fit couper en morceaux. En mangeant
il broya un gravier sous la dent : le vieux cuisinier,
serviteur héréditaire, fut mis à mort. Bien qu'il
comprît qu'il s aliénait Tamour de son peuple par
des actes de ce genre, il alla, possédé par la desti-
née, jusqu'à torturer des brahmanes. Lors de ces évé-
nements, son ministre, notre père, venait de mon-
ter au ciel, avant d'avoir vu la dénience de spn
maître. A la nouvelle de cette mort, le rçi fut acca-
blé d'un tel chagrin que, sur-le-champ, il tomba en
consomption. Notre père parti au ciel, le roi sur le
point d'y partir, le peuple désafFectionné du trône ^
nous nous trouvâmes bien embarrassés : « Ce que
commande la situation, voilà le meilleur parti »,
pensâmes-nous , et nous répandîmes le bruit suivant
dans le pays d'Avantï et les environs : la fureur
avait saisi l'esprit du roi; il torturait ses propres
sujets; son fds l'a fait enchaîner, par amour pour
eux; comme un grand éléphant qui a la chaîne au
pied , déchu de sa liberté , il n'a fait que rêver à son
bonheur passé; l'ennui lui a ôté le sommeil, il ne
s'est plus nourri; à passer les nuits il s'est consumé,
car elles étaient pour lui conmie des siècles; mais
son fils, en dépit de cet état, par désir de faire plai-
sir au peuple, ne l'a délivré que quand la mort l'a
eu délivré de la vie. Voilà le fondement de ce bruit.
Faut-il blâmer ou louer? Maintenant le roi en est
maître. »
(49-56) Alors Gopâla demeura un instant tête
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BRHATKATHÂ. 53
baissée , frappa ia terre du pied , leva vers le ciel en
pleurant un regard de détresse et dit : « Vous
égalez Çukra et Brhaspati ; hors vous deux, excel-
lents amis, qui donc aurait usé d un stratagème
infaillible, comme celui-là? Mais cette manière
d'agir est le fait d'esprits courageux, exempts de
crainte, non celui dames dévorées par ia peur de ce
monde et de l'autre, comme la mienne. Aussi mes
amis, c'est de Pâlaka que vous protégerez désor-
mais le règne; mais pour moi, je suis incapable de
me mettre au-dessus de cette calomnie. » Tandis
qu'il pariait ainsi et que ses conseillers, confus,
étaient tête basse, le chant du coq annonça la fin de
la nuit , et ils entendirent la voix des hérauts , chan-
teurs et bardes : « 0 toi , dont la gloire fait blanchir le
bord de l'horizon infini, éveille-toi! » Triste, triste,
le roi trouva ce chant, déchirant pour ses oreilles,
odieux; il se boucha les oreilles, secoua la tête et
aria à la portière : « Eloigne ces gens ! A quoi bon
jeter du sel sur ma blessure? »
(57-62) Puis il songea : « Mais baste! Me blâme-
rai-je ainsi? Ne sont-ce pas des éloges, non des
reproches que je me dois? Sous un roi effréné
dans ses plaisirs, et dont ia vie se prolongeait, quel
autre prince s'est privé de tout amusement,
comme je l'ai fait ? J'ai détruit — tâche diJBBcile —
mes ennemis au dedans et au dehors; ai-je détourné
les castes de leurs devoirs? Avantivardhana possède
en lui-même une masse de ressources qu'on ne sau-
rait lui ravir; quel autre que moi a un pareil fils.
54 JANVIER-FEVRIER H>0(V.
pour le sauver de Tenfer? Et laissons cda. «Tai été
gratifié d*un bien unique : j'ai pour gendre le prince
Naravâhana , qui est cakravartin. Un seul mârite me
manquait, et le voici venu, grâce à mes deux excel-
lents conseillers : la vie ascétique. »
(63-73) Ferme était sa résolution; il ordonna à
ses conseillers de préparer le trône et une audience
solennelle dans le hall. Eux partis, il se fit couper
les cheveux, prit la robe d*écorce et la cruche des
ermites, et sortit de sa demeure, sous les yeux
e£Parés de ses femmes , qui se frappaient la poitrine.
Quand il entra dans le hall d'audience, Pâlaka,
pâle de terreur, le regarda en ouvrant de grands
yeux. 11 dit, sans s asseoir, à Pâlaka debout : « Père,
grâce à ton père et au roi des Vatsas, ainsi quala
clarté de ta propre intelligence, en quelle matière
n es-tu pas expert.^ Aussi te faire la leçon à toi qui
dois la faire, cest être fou; car, dit le proverbe :
t effronté qui en remontre à son père ». Je n'ai qu'un
mot à dire : monte sur ce trône paternel pour pro-
téger les castes et les ermitages. Bon gré , mal gré , tu
suivras ma parole : un homme comme toi ne discute
pas avec un homme comme moi. » Pâlaka resta un
moment tête basse, méditant une réponse, les yeux
fixés sur le bout de son nez. Le roi feignit la colère :
«Allons, dit-il, monte sur le trône! A quoi bon
méditer une réponse.»^ Même avec un cent de
réponses tu ne pourrais pas plus retourner ma
volonté qu'avec le pied remonter le courant du
Çona pendant la saison des pluies. »
UNE VERSION NOUVELLE DE LA BÇHATKATHÂ. 55
(74-84) A ces mots, le chapelain et les brah-
manes, la voix tremblante d'émotion, lui dirent en
pleurant : «Que Pâlaka, puisqu'il est ton subor-
donné, ne critique pas ton ordre! Mais, quand tu
commandes, nous à qui revient le commande-
ment, comment resterions-nous indifférents? Tu es
vivant, tu règnes et tu es le frère aîné; si Pâlaka
montait âur le trône, ce serait un homme qui na
jamais appris ses leçons, n est-il pas vrai? S'il allu-
mait le feu royal , aurais-tu cent ans , qu il croirait
encourir le même reproche que le cadet marié
avant son aîné. Reviens donc sur ce projet» trop
cruel 1 Que nos larmes de doulem* se changent en
larmes de joie! » Le roi les salua et, le cou un peu
penché : «Assez me broyer le cœur, dit-il, taisez-
vous! Autorisé par moi et capable de protéger le
royaume, il ne sera pas Thomme qui na jamais
appris ses leçons, quand même il serait blâmé par
les grimauds. Moi, incapable d'entretenir le feu
royal, puisque je suis déchu, il n encourra pas, en
devenant roi , le même reproche que le cadet marié
avant laîné. Que mes sujets se soient bouché les
oreilles en entendant le mot déchu, ce mot nen est
pas moins juste, car j ai tué mon père. Après un tel
crime commis, quand, pour apaiser votre propre
tourment, je m'en vais accomplir une expiation,
personne ne m'en doit empêcher. En reconnais-
sance de ce que j'ai fait, fidèle observateur de la loi,
pour le bien de mon peuple , accordez votre faveur
à Pâlaka. »
56 JANVIER-FEVRIER 1^06'.
(85-88) Ayant ainsi parié à ses sujets, il s'adressa
de nouveau à son frère : « Sur mon fils Avantivar-
dhana veille pour Tamour de moi. » Avec un sou-
rire confus Pâlaka lui répondit : «Sire, pourquoi
Avantivardhana ne deviendrait-il pas roi? Il est des
rois, ayant pourtant des frères capables, qu'on cite
comme ayant confié à leur fils seul le lourd fardeau
du pouvoir. • — Quand il sera jeime homme, dit
Gopâla, et toi vieillard, alors de ton propre gré tu
feras ce qui sera convenable. »
(88-91) Ayant ainsi fermé la bouche à ses sujets
et à son frère, il sacra Pâlaka avec l'eau de vases
emplis à tous les tîrthas; puis, l'ayant fait en hâte
monter sur le trône , il prit le Nord et sortit de sa
ville comme un passant qui n'y aurait logé qu'une
nuit. Quand il eut disparu dans la forêt, Pâlaka
rentra dans la ville qui semblait une mourante,,
tant vacillaient les regards du peuple, tant ses sou-
pirs étouffés disaient la gravité de son mal.
LA FEMME DANS ^ANTIQUITE. 57
LA FEMMp DANS VANTÏQUITÉ
(SECONDE PARTIE )f^',
PAR
M. E. REVILLOUT.
Il faiit distinguer devix périodes dan^ rhistoirç de
rbuin^nité : celle où les mœurs font les. lois et ceiïe
où les lois transforment les mœurs.
Noms en arrivons à la seconde», cdle des faiseurs
de codes, quinaugura en Ghaldée Hammourabi, en
Egypte Ramsès II, Bocchoris et Amasîs^ en. Grèce
Lycurgue et Solpn , à Rome les décemyirs. Nous ne
parlons pas des législateurs essentiellement religieux»
comme Nuina, Moïse, Sas^chis; car ceux-là ét^aient
s]Lirtout des traditionnalistes , s inspirant du devoir
et non du pouvoir, ,
^ Dans mon étude sur la fimnie dans V antiquité ^m, pendant
deuxans, a ^té le. sujet démon cours de droit égyptien à TÉçoie
du Louvre , je me suis servi à la fois des représentations figurées
projetées devant mes élèves , et des textes. Ces représentations figu-
rées ont été surtout excessivement abondantes dans la première
partie, dont je remets,, à cause de cela, la publication à plus tard.
Pour la seconde partie, où dles étaient moins nombreuses, j^ai dû
nécessairement les faire disparaître pour le Journal Asiatique^ et me
borner à un exposé beaucoup plus bref des textes. Je n*ai pas
renoncé pourtant k la publication intégrale de la première partie.
Si je ne puis la faire , j'en rédigerai du moins un résumé conte-
nant les documents écrits et analysant très sommairement les
autres.
98 JANVIER-FEVRIER 1906.
I
LA FEMME EN CHALDiÊE
DEPUIS HAHMOURABI.
En Chaldée , la période secondaire du droit com-
mence beaucoup plus tôt qu'ailleurs. Mais encore
faut-il faire ici une distinction; et cela en vertu
du vieil axiome de droit comparé : locus régit àctam.
C'est ce qua fort bien fait voir notre illustre maître
Oppert, dans ses documents juridiques, à propos
dés contrats remontant au roi babylonien Marduk-
iddin-akhi, c est-à-dire à Tan iioo environ avant
nôtre ère. Ce monarque, en eflFet, avait soumis à sa
puissance, au moins en partie, le pays d'Assur.
Mais il en conserva soigneusement les coutumes ju-
ridiques, totalement différentes - — nous le savons
maintenant avec certitude — des lois en vigueur
dans son pays, coutumes juridiques qui reposaient
alors foncièrement, non pas sur la propriété indivi-
duelle , comme déjà alors à Babylone , mais sur la
propriété collective de la tribu ^ — tout à fait ana-
logue à la tribu arabe. Or les documents de cette
époque — particulièrement celui d'Ada, Tun des
plus nets dans le sens juiidique indiqué plus haut
- — nous apprennent expressément que Marduk-
iddin-akhi statuait d'après lés lois « du paysd'Assur » ,
tout en se servant de l'épha du roi de Babylone
pour étalon des mesures agraires.
LA FBMME DANS LANTIQUITÉ. 59
Eh bieal ce que faisait encore le roi babylonien
Marduk-iddinr-akhi iors de ses conquêtes, son loin*
tain prédécesseur, ie roi babylonien Hammourabi, le
faisait déjà lors des siennes dans une région beau^
coup plus proche de sa capitale : les contrats de
Warka, de Larsham, de Shippara, etc., nous l'ont
démontré.
A Warka, à Ur en Ghaldée (la patrie d'Abraham,
dont la race conserva, d'ailleurs, avec tant de ^in
les anciennes habitudes traditionnelles), Hammou-
rabi avait eu à lutter longtemps , avant de vaincre,
avec le souv^ain du pays nommé Rimsin. Celui-ci,
dans les formules remplaçant chez lui, pour les
dates , les magistratures épony mes de TAssyrie , traitait
Hammourabi, qu'il combattait, « d'ennemi mauvais »
jusqu'au moment où cette qualification lui fut donnée
par son adversaire vainqueur (ainsi que mon frère et
moi nous l'avons démontré , après Smith , dans notre
notice sur deux contrats du règne d'Hammourabi et
siu* les données historiques que nous fournissent les
contrats de ce temps). Or, tant dans cette brochure
que dans le supplément babylonien de notre livre
sur les obligations en droit égyptien comparé aux
autres droits de l'antiquité , nous avons établi aussi
que le droit ne différait pas à ces deux périodes, par-
ticulièrement en ce qui concerne l'état de la femme :
et cependant Hammourabi venait de promulguer
à Babyione un code très dissemblable.
La même remarque s'applique à Larsham et à
Shippara. Dans tous ces pays , bien chaldéens pour-
60 JANVIER^FEVRIER 1^06.
tant, la législation continuait sous Hammourabi à
être, oomme auparavant, très favorable àlafemmèf
Celle i- ci se comportait, je l'ai dit dans la première
partie de ce travail, « avec une indépendance bien
égyptienne », soit comme fille, soit comme épouse,
et elle jouissait de droits égaux à ceux de ses frères et
même de son conjoint.
Au contraire, dans son code^, destiné d'abord ^
uniquem^it à la cité de Marduk, au pays propre de
Babyloné, bien que précédé dune préface et suivi
d'un épilogue où le roi se vante de ses conquêtes
et de ses travaux , tant à Shippara qu'à Warka , à
Lârsham, etc., Hammourabi se propose surtout
d'abaisser la femme et de lui enlever la plupart dels
prérogatives qui lui avaient été jusque-là conservées,
au moins dans la majeure partie de son empire.: La
première de ces réformes consiste à établir le prin-
cipe que les fils seuls et non les filles étaient les légi-
times héritiers du père.
On n'alla cependant pas jusqu'à ôter aux femmes
toute participation à l'héritage familial. Non ! le mot
participation représente assez bien la racine babylo-^
nienne qui, soit sous la forme verbale saraka^ soit
^ . Je n*ai qak peine besoin de rappeler que ce code , découvert
par M. de Morgan, a été d'abord public par le P, Scheil, notre
ancien élève et très cber ami.
^ 11 faut d'ailleurs remarquer que les lois n ont jamais d*effets
rétroactifs , et que , même en admettant qu'à une époque déterminée
le code d'Hammourabi dût être en vigueur dans ses nouvelles con-
quêtes, les femmes de ces contrées n'avaient pu voir modifier d'un
seul coup leur statut personnel.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 61
SOUS ia forme nominale dérivée «mfea, apparentées
à i arabe dsraka {sàJSA) , consortem, participemfacere,
sert à désigner et à limiter ies droits de la femme
dans rhérédité pertemelle.
La valeur jm^idiqne du verbe iaraka a été signalée
pour la première fois par notre illustre maître Op-
pert dans ses documents juridiques, p. 89- et 1 02 , a
propos de deux contrats archaïques remontant au
roi babylonien Marduk-iddin-akhi dont nous parlions
tout à l'heure. L'un est précisément Tacte d'Ada
mentionné précédemmentpar nous, l'autre le caillou
de Michau. Il s'agit, dans les deux cas , de la formule
relative à l'éviction et on prévoit celle qui résulte-
rait, soit d'une ingérence du dieu , soit d'une ingérence
du roi.
Nous avons longuement indiqué, dans notre Pré-
cis da droit égyptien ^ en traitant des périodes d'Apriès
et d'Amasis, en quoi consistait, dans le droit com-
paré antique, l'intervention sacrée dans les alié-
nations. Toutes les fois, en effet, que les droits de
propriété de l'acquéreur pouvaient être légitimement
contestés , on avait rhabitude de faire participer une
divinité au dominium , et par suite aux bénéfices , ce
qui les rendait inviolables. Cela se faisait en Egypte
par la formule suten ti hotep « royal don d'ofifrande ».
En Chaldée on avait recours à l'action appelée
saraka ^ dont le but était également de constater la
copropriété du dieu , devenu ainsi le protecteur du
^ Oppert a traduit iaraka, employé isolément, par vouer, et
qaand il est suivi de ana eli « à un dieu», par donner en don.
62 JANVIER'FÉVAIEE 1006.
contractant. C'est pour cda que fon emploie, dans
les contrats de Marduk-iddin-aklii, les adjurations sa-
crées les plus terribles contre ceux qui useraient à
Tavenir d'un pareil procédé , aussi bient que contre
ceux qui revendiqueraient au nom du roi ou âm-
planent en leur propre nom. Mais il fiiut noter que
dans ces deux derniers cas les expressions employées
sont toutes différentes, parce qu'il ne s'agirait pas
d'une participation, mais d'ime usucapion portant
sur le tout.
Dans le code d'Hammourabi iaraku, d'ailleurs
très fréquent, n'a que deux acceptions : tantôt ii
désigne encore la participation divine, mais ôelte
fois celle dont le roi bénéficie dans les pouvoirs ou
les droits des dieux ^; tantôt, pour les individus, il
s'applique presque exclusivement à la femme.
Une fois cependant, dans l'article 34« la forme dé-
rivée ei-sa-ra-ak , identique à la 8* voix verbale des
arabes , désigne l'action criminelle du préfet ou du
juge qui s'associe à un homme puissant pour frau-
der, en faveur de ce dernier, un officier des droits ou
de la solde concédée par le roi. Le préfet est dors
puni de mort.
Une autre fois, dans l'article i65, il s'agit, pour
^ Nous le trouvons avec cette acception dans les colonnes de
répilogue auxquelles on donne le n'xxiv ou xl etle n' xxv ou
XLi. La première fois , il s'agit du gonvernement des hommes dont
Bel a rendu Hammourabi participant [iaraku) et que Marduk
lui a effectivement donné {i-din)\ la seconde fois, de la rectitude
(ou la justice divine) à laqudie, Samas a fait également parti-
ciper (loroilca) HammourabL
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 63
saraka, de lassooiation dans certains biens fonciers
que ie père a établie , pendant sa vie , par écrit, en
faveur d'un de ses fiîss et c[ui après sa mort doit
grossir ia part (zit-ta) de celui-ci, dans le partage
avec ses frères (partage qui^ sans cela, doit être
toujours égal).
En ce qui concerne la femme , ie verbe iaraka
est souvent joint au nom verbal dérivé ierikta.
Dans les articles 1 78 , 179, 180, 181, 18a, i83,
18/i, rhypothèse dun père donnant ou ne don-
nant pas à sa fille une participation dans ses biens
pour la marier est toujours exprimée à la fois , avec
ou sans négation, par le verbe iaraka et par le
substantif ierikta. On sait d ailleurs combien sémi-
tique est cet usage, si constant en hébreu, et consis-
tant à répéter ainsi sous deux formes parallèles une
même action.
Ajoutous d'ailleurs que le verbe seul Saraka peut
servir pour exprimer la même idée de contrat en
participation. Par exemple , il s'agit, dans l'article 1 5o,
d'un mari faisant, pendant sa vie, participer (saraka)
sa femme à un champ , un verger, ime maison ; dans
l'article i65, d'un père faisant, également pen-
dant sa vie, participer (^arafcu) son fils à des biens
du même genre. On n'emploie pas alors le mot se-
rikta pour désigner le contrat [kanuku) qu'il rédige;
car ce mot ierikta avait pris im sens absolument
déterminé; il ne votdait dire que la participation
donnée à la fille en mariage dans les biens de son
père : ce que le P. Scheil traduit par « trousseau »,
64 JANVIER-FÉVRIER 1006. /
et ce que Ton devrait plutôt traduire par «dot».
Nous reviendrons tout à l'heure sur cette question
demande de plus amples dévdoppementsw
Ce qu'il est bon de préciser dès maintjenant, c est
que, dans lorigine, lors de la promulgation du code
d'Hammourabi , Tidée dont on partait , c était odle
des droits — bien diminués, il est vrai — mais
enfin des droits de la femme dans Théritage patemd ,
et non celle de lutdité ou de la nécessité d'un apport
pécuniaire pour lui trouver un mari.
Un mari, on pouvait lavoir d'une autre manière^.
Il y avait encore le mariage religieux ne faisant
d'abord primitivement nul état des biens donnés
ou reçus ^ mais, nous Tavons dit dans la première
partie de travail , nécessitant cependant une tablette ,
un kanaka , genre d'actes dont nous avons donné des
exemples et sur lesquels nous reviendrons.
Ce mariage religieux , comparable à celui que nous
avons trouvé en Chaldée et en Egypte, bien qu'il
laissât primitivement à la femme en Chaldée la
complète administration de ses biens, était toujours
licite et le sera encore pendant de longs siècles, avec
les modifications qu'entraînait, pour l'état des biens,
le nouveau code. Mais il se trouvait peu à peu
supplanté par l'usage des inariages civils.
Ce qu'exigeait seulement la loi, c'était un écrit.
Le contrat [duppu, kunuka, ou rikùfta) devait tou-
jouirs être écrit, du temps d'Hammourabi , pour
constituer un mariage légitime ; car, d'après l'ar-
ticle 128, que les rabbins ont textuellement repro-
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 65
(luit plus tard, toule femme prise sans contrat
[rikista, ce que les rabbins traduisent par ketaba)
n*était pas épouse. Mais des femmes libres pou-
vaient légitimement épouser certains esclaves vicdrii,
en se faisant faire un écrit et, au besoin , reconnaître
l'apport de leur serikta, qui restait à elles, en de-»
hors de leur part dans les bénéfices des esclaves en
question. Le contraire n'était, bien entendu, pas
possible. La femme esclave ne pouvait être pour
rhomme libre qu'une concubine ou la représentante
de l'épouse sans enfant, sans aucun droitpropre, sice
n'est que, quand elle était mère, elle ne pouvait être
vendue. Quant au mariage par co^mptio , e'est-à-cUre
par achat dune femme libre pour en faire une
épouse, ana assati, nous ne le trouvons jamais en
Chaldée, mais seulement en Assyrie du temps des
grandes conquêtes ninivites.
Revenons-en au mariage civil le plus récemment
employé et sur lequel s'étend surtout Hàmmourabi ;
c est-à-dire à celui pour lequel il répète sans cesse îa
mention du serïkta apporté au mari avec la femme.
Qu'est-ce en définitive que ce seriktu ?
Pour moi ce n'est pas autre chose que la quote-
part d'un associé dans une maison commerciale.
Le commerce était alors très développé et très
scientifiquement développé à Babylone; le codé
d'Hammourabi le démontre , aussi bien que la mul-
titude des documents depuis longtemps étudiés par
mon frère et par moi. Il était donc naturel de voir
la femme, qui naguère avait dans toute la Chaldée
arUIMrRIR lATIOSiLC.
66 lANVIER.FRVRIER I(r06j
la libre disposition.de ses* biem>et dé» droite «égoiuK
à\'Ceii3i;^ de :se$' frères, * réclamer encore et aj^erter
dans son idiénage* une pdrtie dû moin»;de ce qu!eUe
avait autrefdis pour^àider son ^lapi «dans son bégoce
on «sesi' opérations», quelconques.'. G 'éUi%r tellement
le»- «point de vue de tous , què^ .cette: partidipajtîpn
de la femme ^ns Une riouvelie imaison*était^ géné^
ralement garantie par un» autre rapport versée par
le «fiancé entre ilesj mains dti» père v garantie dont te
caractère est d ailleurs nettement spécifié à plusieuri
rq)rise$;; ;■ i •» '•• i.? ••• -, •. . -l'-ir.' ■■-.u ■ .;'• :' ^ .r
' » Mais ^^-^,et c est en cela îqU'Hammourabi innovait
grandement -^ le serikta , ]^tioipation*daf^â les* biens
paternels confiés à. la femme ^ n'était oependant jdas
pleinement à elle. Elle n'avait plus, le droit d'en 'dis-
poser. Si elle mourait sans enfants, il retouiTiait' à
ses frères. Elle n'avait plus même le droit de l'admis
mistrerv Si elle se trouvait isolée, on devait la nourrir
là-dessus ; mdis ladministratioa incombait 'à • ses
frère» (leS" articles i 71, 178 et 182* sont tout à fait
formels à ce point de vue). Si elle a des enfants, fe
senktu est déjà à ses enfant» et le père ou les 'frèrfes
ne peuvent plus le réclamer, pas plus que , dans anôun
cas, le mari.
- Tout ceci est foncièrement différent de ce qui
existait jusqu'alors en Ghaldée , où la femme possé-
dait, aliénait et administrait ses biens suivant s$a
fantaisie. : '. .
Mais ce serikta, cette participation en jouissance
aixx biens paternels, si limitée dans son usage ^ était*
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 67
elle au moins égale, comme quantam, à ce qu'elle
était autrefois?
Non! Certains articles (181 et 182) Testiment à
un tiers de part d'enfant. D'autres en laissent le
taux à fixer par les héritiers vrais d'après leur for-
tune : et dans ce dernier cas (art. i84), ce sont les
frères, devant doter et marier leur sœur si le père ne
Tapas fait. L'article i83 avait soin de spécifier, d'ail-
leurs, que jamais la femme n'aurait rien à réclamer,
en dehors de ce ierikta, dans les biens de son père.
Les seuls cas ou le législateur paraît un peu plus
généreux, c'est :
1° S'il s'agit d'une femme ou d'une concubine
libre renvoyée par l'époux ou qUasi époux et qui
aura consacré sa jeunesse à élever ses enfants , tant à
l'aide de son serikta qu'à l'aide de biens fonds livrés
à cet effet par le père. Quand les enfants sont élevés ,
elle reçoit une part d'enfant dans les biens en ques-
tion et elle peut alors seulement se marier (art. 1 3 7) ;
2** S'il s'agit d'une kallat ou fiancée qui n'a pu
se marier parce que son père ne lui a pas donné
de serikta : elle aura alors, pendant sa vieillesse, en
jouissance, une part d'enfant, qui appartiendra à ses
frères (art. 180).
3° S'il s'agit d'une zinnista zikra ou femme vouée,
c'est-à-dire d'une sorte de vestale ou de religieuse assi-
milée aux sal-nin-an ou prêtresses, et parmi les hommes
aux nerse^a ou religieux, voués comme elles au céli-
bat perpétuel. 11 faut bien se garder de confondre
ces zinnisia zikra avec les kadisat ou kadista et les
68 JANVIER-FëVRIER 1905.
femmes de Marduk faisant à Babylone métier de pro-
stituées sacrées. Le rôle des kadisatf qui ont été im-
portées juscjue dans le temple de Jérusalem, et, tou-
jours sous le même nom, jusqu'en Egypte, nous est
parfaitement connu ; mais il n a de commun avec la
profession des femmes vouées ou des religieuses que
Tabsence d'enfants pouvant être réclamés. On ne
donne , d'ailleurs , aux kadistay dans le cas ou un serikta
ne leur aurait pas été fourni par le père, que le tiers
d'une part d'enfant en jouissance, tandis que les
femmes vouées au célibat recevaient, en ce cas, éga-
lement en jouissance, part entière (art. 180). Notons,
d'ailleurs, que les prêtresses sal-nin-an, auxquelles on
les assimile dans d'autres passages, comme ici on les
rapproche des fiancées (/raî/aitt) , étaient très protégées
contre les calomnies mettant en cause leur pureté
(art. 129, voir aussiles articles 1 1 o, 1 78 , 1 79 , 1 80 .
1 87, 192 et 1 98 pour toute cette question).
En ce qui touche le seriktu et les dispositions assez
compliquées qui le règlent, toujours dans l'esprit
d'hostilité contre la femme que nous avons décrit,
on peut consulter les articles 187, i38, i42, i43,
1/19, 162, i63, i64, 167, 171, 172, 173, 174,
176, 177, 178, 179, 180, 181, 182, i83, i84 du
code d'Hammourabi. On y admire une logique in-
flexible et une véritable science juridique , mises au
service d'une passion misogyne accentuée. Il en est
de même d'ailleurs pour tout l'ensemble de Içi légis-
lation relative à la femme et sur laquelle nous aurons
à insister plus loin. Pour le moment, il nous faut
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 69
compléter ce que nous avons dit sur la société com-
merciale qu'était alors le mariage et parler, en consé-
quence, des apports du mari.
Au senktUf ou participation de la femme aux
biens du père fournis pendant Tunion aux conjoints
et ne restant dans la maison du mari ou même dans
la possession de la femme que s'il y a des enfants,
répond en effet le tirhata, ou l'apport que le futur
mari , encore fiancé , verse dans la main de son beau-
père en garantie et en équivalence du serihta.
Qu'est-ce que le tirhata? Est-ce une dot, comme
le P. Scheil l'a prétendu? Est-ce un ancien prix
d'achat de la femme, comme, dans l'Egypte clas-
sique, je l'ai dit depuis bien longtemps, le shep ou
don nuptial : on l'a prétendu également. On a dit
aussi (notamment un savant professeur de la Faculté
de droit de Paris) que, sans être un prix d'achat, cet
argent confié au beau-père restait h celui-ci. Toutes
ces solutions sont également inexactes.
Evidemment il ne s'agit pas d'une dot, puisque
cette dot devait être constituée par les parents de la
fille. On pourrait le comparer, ainsi que l'a fait à
la Société asiatique notre savant maître Oppert,
au don nuptial égyptien. Mais l'origine n'est pas la
même. Jamais le mariage par coemptio, usité en As-
syrie, comme plus tard en Egypte et à Rome, n'a
existé en Chaldée propre : et l'union servile n'y était
point considérée comme un mariage. Ajoutons que
le tirhata ne restait pas entre les mains du beau-père ,
comme l'a d'ailleurs très bien dit Oppert.
70 JANVIER. FÉVRIER 1906.
Qu est-ce donc encore une fois que le tirhaiu?
A notre avis , le mot tirhata se rattache à la r3cine
arabe dakhara {J^^) signifiant reposuit in faturi tem-
potismam. Il se retrouve, avec ce sens, dang plusieurs
documents anciennement connus et utilisés par mon
frère, entre autres dans un contrat de location de
fan 17 de Nabonid, que M. Strassmaier a publié
parmi les documents de ce prince, sous le n° io3/0.
La signification en pareil cas convient parfaitement
aux articles du code d'Hammourabi qui sont relatifs
au mariage.
De même que le serikta est une participation aux
biens du père laissés à la fille en dépôt, pour ainsi
dire, afin de subvenir en partie à la société conju-
gale, dé même le tirhata est aussi un dépôt fait en
vue de l'avenir par le mari dans ks mêmes conditions
et qui constitue désormais im fonds , intangible éga-
lement , parce qu'il garantit le seriktu et d'une façon
plus générale les droits de la femme et de ses hoirs.
C'est ainsi qu'à propos de la répudiation il est dit,
dans l'article i38, que, si quelqu'un veut fénvoyer
une femme qui ne lui a pas donné d'enfant, il lui
rendra ou donnera [nadin) tout l'argent de son
tirhata (que le beau-père lui avait remis entre les
mains après le mariage) ainsi que le serikta qu'elle
avait apporté dans la maison de son père.
Si le mariage avait eu lieu sans tirhata (ce qui
était aussi légitime que sans serikta), il lui donnera
une mine d'argent pour la répudiation (art. iSg).
LA FEMME DANBL'îANTrQUITÉ. ^1
' •> A propos ' de ià mort* de la femittév il ôst* dit (Jiie^di
^elquurï a' i^ousé une feininequi né lui a pas
donné d'eîîfant et s» le beàu-père lui a^rerrdii $u>m0>
ment dû mariage: son tirhata; ie x^tié réelainerà
rien ail beau^èi^ sur le ^iériik (art; 1 6*3). Si fe
béau-p'ère? ne lut a pas rendu alors iè ûrhata, le veuf
te déduira sur le imfctii e)t rendra le- reste au beali-
père (art^'TÔA-)"-' ■ •' ^S'- • -■'' ■•-•■'' ^''.'. -i -•-.''•: ''•<]
A propos des fiançailles de ces kaUat (dont le dode
pafple longuement dans les articles ii55vi S6=et i 8&,
et qui étaient déjà msentiontiées' par le caillou 'de
Michau [ documents juridiques ; * p; ô8 J J aussi bien
que par le contrat ïf 'j^ de Liverpoôli etc.)'^ les^ar-
tibles 1B9, i5o et i6i en spécifient fort bien leisicoii-
ditions. . » ts!
Si quelqu'un a fait apporter dans» la< maisoh de
son futur beau-père imiifcfai ou a' donné un tirhàtu,
et si ^isuiteii refuse d'épouser la fille; lepère dfe cetle
fille gardera tout ce qui a été apporté. Si; c'est le
père qui alors refuse, il est obligé de payerledotible
de ce qui lui a été apporté. Si c'est un ami qui; par
ses calomnies; ' a empêcfaé le mariage v* cet efmi tt^e
pourra de plus épouser la fille. 1 ; .î » n
loi'biblu est distingué du tirhaéai Ce mtot^'qtie le
Pi Scheil a traduit par « les meubles » , «© rattache' au
verbe babcdu ^qu'on retrouve dans la préface du cdde et
daris d'iautres textes^ et qui signifie k apporter » comûife
la ratine aid/a dont: il 'dérive ^ Une autre transfor-
' * Aboiile éii emplayee" d'ams la. iàn^ûi^ vèrli» àVec rer kpiss.' ' •■
72 . JANVIER.FÉVRIER 1906.
mation delà racine babala existe dans le mot bMula
signifiant les ^ produits » , par exemple ce dopt un
champ nous f^it cadeau. Par ce qui précède, on voit
qu il faut traduire biblu tout simplement par « pré-
sent», comme la dit d ailleurs M. Harper. Le biblu
est mis à part du tirkata qiiii sepcible avoir précédé,
fl s agit sîms doute des petits cadeaux, des bibelots \,
précédant les fiançailles et lapport du tirhatu.
Il nen est pas de même, à mon avis, d'un autre
versement fait par le mari et cjue Ion rencontre
dans le code spus la forme nndannu. Oppert . a
pensé qu'il s'agissait d'un apport de lepoux après le
m|iriage, apport qu'il a comparé aux paraphernaux.
Le P. Sçheil le traduit par « don » , et je crois qu'il a
raison.
Nadflnnu vient en effet du verbe nadanu signifiant
« donner nde la façon la plus large et dont les dérivés
se retrouvent en hébreu et dans toutes les langues
sémitiques avec la même signification.
Dans l'espèce, je crois que nadanna est employé
cpmnae synonyme de tirhata. Il faut remarquer en
effet qu'au lieu d'accompagner ce mot, comme bïbbi,
il le remplace.
Dans les articles 170 et suivants il est question
d'un mari qui a eu à la fois des enfants de sa femme
et d'une servante. Ce père peut reconnaître ou ne
pas reconnaître authentiquement les enfants de la
servante. S'il les reconaît par la formule « vous êtes
mes enfants » , les enfants de l'esclave partageront par
égales parts avec ceux de l'épouse. S'il n'en est pas
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 73
ainsi , les enfants de TAgar ne pourront être vendus et
seront afiBranchis ainsi que leur mère, mais ils ne par-
tageront pas aveC' ies fils légitimes. Après la mort de
son mari, l'épouse prendra son serikta et le nudunnu
(t don » que son mari lui a donné [nadanu) et inscrit sur
tablette. Elle restera dans la demeure du mari, tant
quelle vivra, en gardant le serikta et le nudunnu ^
mais sans pouvoir les aliéner. Après elle, ils sont a
ses enfants.
Si son mari ne lui a pas donné {nadanu) de don
[nudunnu) i elle reprendra son seriktu et jouira sur
la fortune de son mari d'une part, comme un fils; Si
elle veut sortir, elle laissera à ses enfants le nudunnu,
que son mari lui a donné, emportera son serikta (it
se mariera si elle veut.
Il me semble bien clair qu'ici le nudunnu n'est pas
autre chose que le ^ir^to, joint, si on le veut, au
bibla, c'est-à-dire désigne tous les apports faits parle
mari à ce titre.
Il faut noter de plus que si nudunnu se rapporte au
tirhatu dans le code d'Hammourabi , il en est venu
dans la suite à se substituer au seriktu, autrement
dit à traduire la dot de sa femme. C'est d'ailleurs à
une époque où il n'est plus du tout question , pour le
mari, de tirhatu, parce que toute sa fortime reste
pleinement entre ses mains , sans aucun de ces fonds
de garantie qui avaient été autrefois établis en vue de
l'union, pour la fortune de l'autre conjoint.
Ce nouveau sens de nudunnu « dot » a été conservé
par les juifs dans le talmudique et le rabbinique
74 JANVrBB-FÉVBIER i*06. ^
après la fcaptivîté de Babylohe: On rfk qli'àmiVrfrtto
îèbdque quelconque pour s'en assurer. Daiis le dlbâôn-
nairechaldsiïque , talmudtqueet rabbiniqufédeBuxilbrf
on lit," par exemple ; KjJnJ n^dooma 'r dos'tnttliehris
quant niarito nuptiàram tempoté affètt; eetni orfinSHis
àhianientis y inonUtbas et preciosis sp6nsàé\^éï il rétttbie
ail Talniud et à Màïmonide. * * . ' '■ ' i 'î»
Or cette signification est établie, 'àùmoiiid àxïsêi
bien, par les contrats en cunéiformes datés de'NabOr
chôdônosor bu de ses successeurs bàbyloiiietts et per-
sans, comme tnori frère et moi Favoris prouté'dejiiiis
longtemps avec im lilxe énorme de preuves; 'Au fond!,
c'est une transformation très' nattÉréUte dtt di^tt. Du
moment qtie l&tirhata n existait plus-, XéiénkiAriétimX.
plus de raison d'être sous cette fôrtlie. L'tiii" était
rél[jiii valent et la gararitie dé faùtre; nous l*atons
déjà dît. Donc lun demandait lautré, et \€ seiikta
sans tirhata perdait son caractère séparé et indépen-
dant dans la fortune du mari , à laquelle il n^pp^t-
tenait pas, pour devenir simplernerit lui &]f)^ofrt* fait
audit mari et dotit celui-ci deVaît rendi*e'tDomptë,
non plus uniquement à là fattille de lai femme ;^^si
elle n avait pas d'enfant, miais à là femme effl«-mêriie,
et, après elle seulement, à ses hoirs. C'était tin dbh
[nudannu) de la femme, comme autrefois lé tirhata
était un don [nudunna) du mari, ou plutôt (car miéti
expression est ici inexacte) c'était un» don fait pdr
les parenti de la fernme en vue et au bénéfice de
celle-ci. En effet le ntuiunntt était livré alors, comme
autrefois le serikta , pai* lé père , ou à défaut du pèi%.
LA FEMME ÙANS L'ANTIQUITÉ. IfS
par les frères de la fiancée , ctvec la femme eUe-mîêiïié',
au moment des épousailles. ' •- »
Ce n'était plus une participation àlTiéritàge, d*étaït
un don, je le repète, et par la la femme semblait
perdt-é quelque chose de ce iqui lui restait de ses
droits héréditaires. Mais cô don' était' fait sàtis'eiiprtt
de retour, et par là elle y gagnait en définitive/ Lii
femme dotée était quelqu'un bu quelque chose/EUe
s'engageait souvent solidairement avec son mari: de
nombreux actes le prouvent. Elle avait dôhc reconduis
im peu de seé anciens droits d'administration , voire
même d* aliénation. Sa ^fof tune ; plus liqliide , et non
itriniôbilîsée, comme Tâvàit comprise HammoUt^ ,
était devenue plus personnelle en quelque sorte.
N'exagérons rien pourtant. La femme , qtd c6ritihii'e
à n hériter de rien en dehors de sa dot, ne jpossèdfe
même pas alors cette dôt éri réalité, piiisque son mari
Ta reçue àVec elle-même et en a là jouissance. ■
Je le disais déjà dans ihoti volume siir La pro-
priété en droit égyptien comparé anoù anirès droits de
V antiquité y Y* ^ 9^ » *^^* ^®^^ ^® rattache plutôt à Tidèe
dune femme en tutelle, comme le fut jplus tard, à
Tépoque classique , la femme athénienne , fenimé que
lé père ou le frère dotait, qui était sous leur autorité
tàiit qu'elle n'était pas sous ceiïë d'un mari,' (q[ùi y
retombait quand elle était veuve, qui n'avait droit
(ju'à des aliments, et dont la dot représentait pour
elle l'équivalent de ses aliiiients.'
Beaucoup de tablettes babyloniennes de là période
en question ne s'expliquent bien que par cette idée.
76 JANVIERFÉYRIER 1906.
qui certainement se rapportait dans ce pays à une
couche historique du droit, à on état d'organisation
de la société , que je n'avais osé spécifier lors de mon
volume cité ci-dessus, et qui me paraissait en con-
tradiction avec les plus vieux usages de la Chaldée,
mais qui maintenant s'explique très bien depuis la
découverte du code d'Hammourabi.
Ajoutons-le d ailleurs, les droits de la famille sub^
sistaient toujours en droit civil selon les principes
d'Hammourabi. Pour en neutraliser les effets dans
une certaine limite, on était obligé d avoir recours
au droit religieux par des adjurations et par des ana-
thèmes solennels, appuyant une sorte de iioBrfKti
comparable à celle des Grecs, Ce n'était nullement
le testament romain , pas plus en Grèce qu'en Chaldée.
L'héritier du sang ne pouvait pas être dépouillé ainsi
de son titre de continuateur de la personne. Aussi
voyons-nous à Babylone, à Tépoque classique, d'une
part, un frère, après la mort de son frère, rédiger un
acte formel pour approuver les dispositions prises
par le défunt en faveur de sa femme, et qu'avait déjà
prévues, mais à titre desimpie viager, Hammourabi
dans l'article 1 5o de son code; d'une autre part, un
procès s'engager entre le frère héritier naturel et les
légataires du défunt, c est-à-dire sa femme, sa fille
et son gendre. Les juges de Nabonid ratifièrent plei-
nement, dans ce dernier cas, la Siadrfxrj, ainsi que le
faisaient, en général, les juges d'Athènes, quand une
StaOrfxri était attaquée devant eux par les héritiers du
sang. Le droit civil validait donc ce qui n'avait eu
LA FEMME DANS LANTIQUITÉ. 77
d'abord sa force qu en droit religieux. Les juges rem-
plaçaient alors les dieux.
Aussi ne faut-il pas nous étonner si , de la situation
indécise de la femme en Babylonie , avait découlé un
résultat inattendu.
A f époque classique de Thégémonie babylonienne ,
elle n'avait pas, comme les hommes, une succession
légitime bien reconnue, des successeurs de sa per-
sonne qui prenaient légalement la suite de ses droits,
et qu'on ne pouvait écarter. Aussi le droit de dis-
poser de sa fortune, droit si limité, nous l'avons
prouvé dans un autre travail , pour les hommes qui
avaient des fils ou qui avaient des frères, fut-il, au
contraire, laissé à la femme d'une façon beaucoup
plus large. Elle en disposait, reconnaissons-le, par
un acte entre vifs, comme plus tard les Egyptiens.
Mais cette donation entre vifs , avec réserve d'usufruit ,
était au fond l'équivalent d'un testament. J'ai publié
plusieurs documents de ce genre , revêtus , il est vrai ,
d'anathèmes terribles pour en assurer l'exécution.
Dans ceux de SimiUstar, par exemple, la mère,
pour enrichir sa fille, à laquelle elle transmet ses
biens malgré la présence d'un fils, usait d'un pou-
voir qu'un père n'aurait pas. Souvent aussi on voit
une mère avantager de même un de ses fils.
Notons en outre que d'après le droit babylonien de
cette époque, comme d'après la plupart des droits
de la Grèce, Isocrate TaflBrme, une SiaOrfnff ne suflB-
sait pas, quelles que fussent les imprécations dont
on la garnît, pour constituer un héritier proprement
78 JANVIER-FÉVRIER 1006.
dit, un continuateur de la personne. D fallait que
cet héritier entrât d'abord dans la famille par le
moyen d une adoption.
.. L'adoption est dans la Chaldée une institution
fort ancienne , car un vieux récit légendaire, un oonte
nation^ des anciens Accadiens, reproduit et traduit
(lans les bilingue^ du palais d'Assourbanipal , nous
montre déjà un enfant trouvé pris en adoption, en
état de fils , par Thomme charitable qui Tavait recueilli
dans la rue..
Dans les actes de Warka que noi» avons cités
au comencement de ce travail, il ca est un dans
lequel le père et la mère, agissant ensemble, brisent
par une abdication les liens légaux existant entre
eux et un fils, afin qu'il devienne par adoption le fils
dun autre. Enfin le code d'Hammourabi lui-mênpie
prévoyait l'adoption dans les articles i85 à igS, en
même temps dVilleurs que labdication du père par
le fils ou du fils par le père.
En ce qui concerne l'époque classicpie, nous avons
publié , mon frère et moi , dans les Proceedings de la
société fondée par mon vieil ami Birch , un contrat
venant de Shippara qui fait partie de notice collection
personnelle et qui est relatif aune demande en adop-
tion accueillie par les magistrats auxquels cette de-
mande est adressée. C'est le seul acte d'adoption pro-
prement dit que Ion possède jusqu a présent dans les
tablettes chaldéennes. Mais il est question d'adoption
dans d'autres documents du règne de Nabonid,
particulièrement dans celui qu'a publié M. Pinches
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 79
dans la (re,vae; américaine .appelée ifeiraica. XJn fils
émancipé, et flaarié cj^puis iprs à une veuvç y solli-
cil»i'avM:oïri$ation 4e sfon père afin d adopter, à défaut
daui. enfant né de, lui, le fils que cette veuve avait
engendré durant' sa première union. Il, indique qu'il
aui^asojin , dans . l'acte (J adoption; d assurer ses . biens ,
ajcquis pai* lai Qv^ proyejaant du père , -k celui qui , de
ç^tte . ipcianîèrç , . deviendrait sipi^ fils. ^ I^C; ,père; ref^$e
de,:vdu' entrer/ un étranger dar^s! sa famille powen
dev^r le jch^f , . l'^iéritier de . son, fils aîjaé. Il lie, les
mains ; à j xjeiui-oi par un acte formel , dans ? lequel il
d^éqjare.ïpiie^ sil. procrée; rédlemept des enfants, ces
enfants Jiériterpnjtdies biens patrimoniaux comme des
acquêts, mais que, dans le cas contraire, s'il n'a p^s
d'enfants nés de lui-même , il n'aura le droit d'adopter
|)ersôïine!, sauf son itéré, son bréritier dé sang, «le
maître de sa part », selon rexprésàion nïêmedont fl
se sert. " ■ '' ' ' , .• ^ ■ . ^ - . •
Ainsi la puissance paternelle n était encore a cette
époque pas nulle en Babylonie; un père pouvait lier
les mains à son fils , même émancipé , quand celui-ci
voulait changer, au moyen d'une fiction légale , 1 ordre
de la nature en fait de succession et de continuation
familiale. Ce n'était point, comme à Rome, le des-
potisme d'un maître qu on accordait au cbef de fa-
mille s^r ses enfants comme sur ses esclaves, niais
c'était un pouvoir qui ressemblait beaucoup à l'auto-
rité paternelle telle qu'elle existç aujourd'hui. Dans
le code d'Hammourabi, cette puissance du pater fa-
nUUçLs étçdt beaucoup plus développée , . puisqu'elle
80 JANVIER-FÉVRIER 1906.
lai permettait non seulement de modifier la trans-
mission des biens en avantageant soit sa femme, soit
l'un de ses fils, mais même de donner, s'il le voulait,
aux enfants de l'esclave, la même situation et la
même hérédité qu'aux enfants Intimes.
Le père babylonien qui, à l'époque secondaire, a
conservé son fils dans la communauté de biens fami-
liale, lui cherche lui-même une femme et fait la
demande pour lui. Un des actes dont M. Strassmaier
a publié le texte renferme une demande de ce genre
comparable à celle que nous avons citée dans la pre-
mière partie de ce travail , après l'avoir publiée dans
notre notice sur les contrats de mariage et d'adop-
tion :
« Nebonadinahi , fils de Belahi erib , parle ainsi à
Sungina , fils de Musallimu :
« Ina Essaggil manaat, la vierge, ta fille, donne-la
« en mariage à Upallitsugula , mon fils. »
Le scribe continue en ces termes :
« Sungina (le père de la fille) l'écouta et il donna
Ina Essaggil manaat, la vierge, sa fille, à Upallitsu-
gula , son fils. »
Après cela vient l'indication de la dot livrée au
père du fiancé, avec la jeune fille, par le père de
celle-ci, dot [nadnnnu) dont il est donné reçu.
Le père qui avait reçu la dot de sa bru en répon-
dait d'ailleurs, comme autrefois le mari du serïkta
de sa femme , et une autre tablette nous montre bien
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 81
les conséquences possibles de cette répondance, alors
qu'il ny avait plus de tirhata. En eflet, la dot, cette
fois , consistait en une somme d'argent , et , comme le
père de famille avait voulu céder à un tiers une pro-
priété patrimoniale qui était entrée pour beaucoup
dans son crédit aux yeux de celui qui lui avait versé
cette somme, la bini réclama : et elle obtint que cette
propriété, malgré lacté formel d'aliénation, conti-
nuerait à constituer son gage jusqu'au jour où, après
la dissolution de l'union conjugale, on lui aurait
rendu en entier son argent; que jusque-là aucun
possesseur autre ne pourrait y mettre la main. Cela
ressemble singulièrement à notre hypothèque légale;
car il n'est pas dit qu'avant cela il y ait eu conven-
tion formelle d'hypothèque établie au profit de la
femme sur cet immeuble de famille; on tendrait
donc à croire que quand le tirhata, c'est-à-dire le
dépôt spécial fait par le mari en équivalence du se-
rikiade la femme, avait été supprimé, il avait élc
remplacé par un dfoit abstrait, par une hypothèque
légale , s'étendant cette fois sur la totalité des biens
du conjoint en question ^
' Sous Nabuchodonosor le Grand cl sus successeurs, la l'eumic
chaidéenne a repris à peu près la siluation qu'elle occupait dans la
famille deux mille ans plus lot, au moment où Hammourabi fil
son code. Cesl Tégale, l'associée, la compagne fidèle de son époux.
Que celui-ci soit un commerçant ou un fermier, sa femme, nous
l'avons déjà dit, s'oblige avec lui, le plus souvent d'une fa«,-on so-
lidaire, relativement aux conséquences de son fermage ou de son
négoce. Comme en France , le régime de la communauté est le ré-
gime matrimonial le plus babiluel, celui qu'on suppose, à défaut
de conventions autres. Aussi, dans les ventes, a-l-on soin de faire
VII. 6
iHnilNCME JlATIOSALC»
82 JAiNVlEU-FEVRIER 1906.
Nous savons d'ailleurs par la requête de Bunani-
tum que , durant le mariage , la femme babylonienne,
intervenir la femme, soit comme co-vendeusc, soit au moins comme
assistant à la confection de lacté et lapprouvant par sa présence.
En effet, l'acheteur ne pouvait pas entrer dans 1 étude des conven-
tions matrimoniales qui avaient pu intervenir dans la famille de
son vendeur. Mais l'intervention de la femme , sa coopération à la
vente, ou, pour le moins, l'approbation quelle manifestait en as-
sistant à la confection de cet acte, — où sa présence était men-
tionnée avec soin , — suffisait pour le garantir contre toute éven-
tualité,
Si le régime matrimonial était celui d'une communauté portant
à la fois sur tous les biens des deux époux , on n'eût point admis
en droit babylonien, où tout était basé sur la bonne foi, que la
femme vînt invoquer ses droits de co-propriétaire pour attaquer
ensuite un acte auquel elle avait participé.
Si le régime matrimonial était, au contraire, un régime dotal,
et si la femme avait acquis des droits réels sur cet immeuble, soit
en garantie de sa dot, soit en échange de quelque bien faisant
partie de cette dot ( car, ainsi que nous le verrons en étudiant par-
ticulièrement les régimes matrimoniaux dans la Chaldée, toutes
ces hypotlièses étaient également possibles] , le consentement formel
de lu femme donné au contrat d*aliénation , lorsqu'il se faisait, suf-
fisait pour valider cette aliénation.
Le droit babylonien admettait bien qu'on vendit par mandat sa
cbose. L'adhésion à l'acte valait un mandat formel.
D'ailleurs uiêmc dans le droit romain de la dernière ép(Mju<*,
([uand le droit des gens y eut introduit l'hypothèque, cette insti-
tution y tut admise n>cc les principes par lesquels les Babyloniens
Taxaient réglée. Tout créancier hypothécaire qui assistait sans
réclamation , sans opposition , à la vente faite devant lui , par son
débiteur, du bien engagé, était censé avoir renoncé, par cela
même, à son hypothèque. Il n'était nullement nécessaire que
cette renonciation fût indiquée dans l'acte ou même qu'elle fût
formulée d'une manière quelconque; la présence du créancier
ne contredisant pas suffisait. C'était par excellence le cas où Ton
appliquait le proverbe i « Qui ne dit rien consent. » On peut même
trouver que les Romains allèi*ent trop loin; car, par excès de ron-
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 83
quand elle croyait sa dot en danger, avait le dix)it
de réclamer et d^obtenir ainsi des garanties réelles
spéciales pour remplacer Tancienne garantie du
tirhata.
Nous rappellerons également un acte curieux cité
plus dune fois par nous, le procès-verbal des obser-
vations faites par le beau-père d'Iddina Marduk,
dont le père était sur le point de faire faillite, au su-
jet de la dot qu'il n avait pas versée et qu'il ne vou-
lait pas verser sans garantie réelle, de peur qu'elle
ne fût saisie par les créanciers du failli, comme
faisant partie du capital de la famille. Iddina Marduk,
que son père avait certainement émancipé dans
fiance clans la preuve teslimoniale , ils n'exigèrent pas la mention
pour le contrat de la présence du créancier ainsi dépouillé de ses
droits réels : et ce dut devenir chez eux l'occasion de fraudes fré-
quentes ; car, ne jouant aucun rôle dans l'acte et n'étant pas in-
terpellé à son sujet, le créancier pouvait ne prêter aucune attention
à cet acte, réduit souvent à des stipulations ou conventions ver-
bales. Sur la plupart des points , le droit babylonien se montre
beaucoup plus savant , beaucoup plus juridique à proprement parler,
que ne le fut jamais le droit romain.
Ce que nous avons dit déjà sur les circonstances dans lesquelles
se trouvaient les Babyloniens du temps de Nabuchodonosor nous u
fait sentir quelle difficulté leurs jurisconsultes devaient rencontrer
pour établir une jurisprudence un peu cohérente en ce qui tou-
chait les situations relatives du chef de la famille, de ses frères cl
de ses enfants.
L'égalité entre les deux sexes continuait à être un peu sacrifiée
lorsque les droits des filles se trouvaient en conflit avec les droits
des frères. Mais il y avait remède à cela dans le pouvoir accordé
au père de fixer la dot de sa fille au moment où il la donnait
en mariage à un étranger. Nous avons vu aussi le jeu des quasi
testaments basés sur le droit religieux et qui étaient accordés
même aux mères.
84 JANVIERFEVRIER 1906.
rintervalle, affecta des esclaves qui lui apparte-
naient en propre et le reste de ce quii regardait
comme sa fortune particulière en garantie spéciale
de cette somme d'argent versée par son beau-père à
cette condition.
Mais il est temps d'en venir maintenant à l'examen
attentif de la question de la dot à l'époque classique ,
dot que nous avons dit s'appeler alors naàanna, c'est-
à-dire du nom même qui servait de synonyme à rir-
liait dans le code d'Hammourabi. Cela est d'autant
plus urgent que, dans les derniers exemples cités par
nous à propos de la situation de la femme ^ l'époque
secondaire , il est sans cesse question de la dot , c'est-
à-dire du nadanna.
Nous avons dit que, comme autrefois le seriktu,
le nadannu était livré au mari avec la femme.
Un très bon exemple s'en trouve dans le n° i 1 5
de Liverpool daté de Nériglissar et portant :
« Marduk-sar-uzur donne [itdin) 5 mines d'ar-
gent, plus tant d'esclaves et de bêtes de somme, avec
[itti) la femme Suma-ibrisa, sa fille, comme dot
[ana nadunnie) à Nebokanzir, fils de Bel balit. Nebo-
kanzir reçoit sa dot [nadiimma) des mains de Mar-
duk-sar-uzur. »
Je pourrais citer un grand nombre de textes ana-
logues.
Parfois c'est le frère qui remplace le père.
Il en est ainsi dans le n° 2 58 de Nabonid et dans le
n^'jg de la collection de Liverpool. Dans ce derrjîer,
Musallim Marduk , fils de Nebosumaiskun , donne une
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 85
propriété foncière en dot [nadunnaa) de la femme
Habaranatam, fille de Nebosuma-iskun. Mussalim
Marduk donne cela dans la satisfaction de son cœm^
avec la femme Habaranatum, sa sœm% à un fils de
Marduk Nazir dont le nom est elTacé. Dans le n° 990
de Nabonid ce sont encore les frères qui dotent leur
sœur.
Nous avons aussi parlé de femmes contribuant
à doter leurs filles ou leurs petites filles : les n"" 363
et 368 de Nabuchodonosor en fournissent de bons
exemples.
Parfois la dot [nadunmi) n est pas payée en entier;
il y a un reliquat. Dans le n° i3o de Cyinis, la dot
est en partie en nature d'immeubles , en partie dans
la caisse du père. Le n" 9*7 de lâverpool (ou 3/i8
du nouveau numérotage) renferme aussi un reçu
relatif au reliquat de la dot de la femme Sukaitum.
Il en est de même du n" 1821 du Louvre, égale-
ment relatif à un reliquat de dot.
Parfois il ny a eu quune dictio dotis. Le n" 2 1 4 de
Cambyse porte ainsi : « Sur ce que Itti-marduk-baladu
en dot [ana nadunnie), avec sa fille Tasmitum, à Itti-
nebo-baladu avait dit [iqbuu), tout largent, à savoir
10 mines, 5 esclaves, un mobilier de maison, Itti
nebo-baladu n'a pas reçu d'itti-marduk-baladu. «
Les n°' 2 1 5 , 2 1 6 et 2 1 y sont relatifs au règlement de
cette aflaire.
Il est aussi question d'une dot en paroles dans
le n° i54 de Liverpool déjà visé plus haut, relatif
il une garantie donnée pour une dot, et on y lit :
80 JANVIER-FÉVRIER 1900.
(tZiria, fils de Neboibni, à Iddina Mardiik, fils de
Bazaa, a dit à savoir : 7 mines d'argent, 3 esclaves
et la jouissance d'une maison, sans compter 3 mines
d'argent qui en paroles [ina (jabba), avec la femme
Ina Esiggai ramat, ma fille, en dot {nudanna)^ si je
te remets, les créanciers gagistes, qui se sont précipi-
tés sur Bazaa , ton père , feront être cela en compte. »
Iddina Marduk répondit qu'en représentation (feanm)
de la dot [nudnnnie] en question, il engage [iknuuk]
tels ou tels biens meubles et immeubles et qu'il
confie ces choses par devant la femme Esaggil
ramat, sa femme.
C'est, on le voit, l'équivalent de l'ancien tirhata.
Le procès de Bunanitum , publié d'abord par Pin-
ches, et dont j'ai donné une traduction rectifiée
dans mes obligations, p. 358, est très intéressant à
consulter sur l'emploi des fonds dotaux. J'y reviens,
bien qu'y ayant déjà fait plus haut allusion. Voici la
requête de Bunanitum fille d'Harizaia, qui parle
ainsi aux juges de Nabonid, roi de Babylone :
« Binaddu Natanu m'a prise pour femme et a reçu
ma dot [niidunna) de trois mines et demie d'argent. 11
m'a fait engendrer une fille. Moi et mon mari Bi-
naddu Nataim nous fîmes vente et achat sur l'ar-
gent de ma dot et nous achetâmes l'un et l'autre, en
l'an 4 de Nabonid , huit perches d'une maison bâtie
sur le territoire d'Ahougalla dans Borsippa, pour neuf
mines et demie d'argent, que nous avons eues à titre
de prêt de Tddina Marduk, fils de Bazai, de la race
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 87
de Nursin, et que nous donnâmes sur le prix de
cette maison. Gomme je réclamais sur ma dot à
Binaddu Natanu, mon mari, Binaddu Natanu, dans
la satisfaction de son cœur, fit un acte scellé sur les
huit perches formant cette propriété qui est dans
Borsippa et il me les confia pour les jours futurs.
Dans mon contrat il s'exprima ainsi : Deux mines et
demie d'argent que Binaddu Natanu et Bunanitum
de la face de Iddina Marduk avaient empruntées et
en prix de cette maison avaient données ensemble ,
ils les payeront. Il scella cette tablette et y écrivit
ladjuration des grands dieux. Dans Tannée 5 de
Nabonid, roi deBabyione, moi et Binaddu Natanu,
mon mari, nous prîmes Bînaddu-amara à Tétat de
fils, nous écrivîmes la tablette de son adoption et
nous assignâmes deux mines dix sekels d argent et la
possession d'une maison, en dot à la femme
Nupta, ma fille. Le destin emporta mon mari, et
par la suite Akabi-ilu, fils de mon beau-père, fit des
revendications sur la maison et tout ce qui était
garanti par son sceau et confié à moi , et sur Nebo-
nurilani que nous avons acquis pour argent de
Nebo-ahi-iddin.
« En votre présence j'ai apporté cela. Faites être
son jugement. »
Le procès-verbal du jugement est ainsi conçu :
« Les juges écoutèrent leurs paroles. Ils se firent
lire les tablettes et les obligations que la femme Bu-
nanitum apportait en leur présence; et ils ne mirent
88 JANVIER-FKVRIER 1906.
pas en possession Akabi-îiu sur ia maison de Bor-
sippa qui avait été confiée, pour représenter sa dot, à
la femme Bunanitum et à Binaddu-amara d'après
leurs contrats.
«En conséquence Iddina Marduk comparut et
reçut deux mines et demie, son argent donné
pour prix de cette maison , et ensuite Bunanitum
reçut trois mines et demie de sa dot et la moitié
quelle possédait sur Nebo-nurilani. Nupta reçut
aussi selon le contrat de son père. »
Nous n'énumérerons pas ici la multitude de
documents que nous avons recueillis sur la dot ^
toujours .traduite par le mot nudunnu, Quil me suf-
fise de signaler encore : le n° i65 de Nabonid relatif
à la reprise de la dot sur le père du mari; le n** 3 69
(le Nabuchodonosor sur une autre dot reprise et
transmise; le n" i83 de Cyrus contenant une
demande en mariage qui n est pas faite par le père
du fiancé, comme celle que nous avons reproduite
précédemment, mais par le futur mari lui-même.
Celui-ci , après le consentement du père de la jeune
fille et la fixation de la dot, s engage à payer six
mines d'argent le jour où il abandonnerait sa femme
ot en prendrait une autre. La répudiation ici prévue
se trouve effectuée dans d'autres actes de la même
période. Je citerai aussi les n" 359-860, datés de
Tan lio de Nabuchodonosor et constatant d'ailleurs
* LiVERp, i5, 55, 42, ^, 98, 162, 160; N«ibonid, 70, 3 '18,
387; Nabuchodonosor, 869 , 2^i5; Cyrus, l'n , 129. i3o, etc.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 89
l'absence d enfants nés de 1 union, depuis le mariage
qui avait eu Heu en Tan 28; enfin ie n** 1 13 deNa-
bonid relatif au contraire à un mariage qui n'avait
pas été stérile.
Cette tablette est rédigée en présence d un magis-
trat de Tétat civil, le scribe de la ville de Shippara.
La vie commune va cesser entre le mari , d une
part, et, dune autre part, sa femme et son fils. Il est
convenu que le mari payera désormais à titre de
pension alimentaire , tant à sa femme qu à Tenfant
qu'elle gardera avec elle, par jour, quatre mesures
qa de céréales , trois mesures ka de boisson ; par an ,
un epha d'huile, un eplia de douceurs (probable-
ment de miel ou de confitures), et en outre quinze
mines pesant (c'est-à-dire environ i5 livres) de
laine pour fabriquer leurs vêtements. Désormais l'au-
torité soit maritale, soit paternelle lui est enlevée:
a il n'ordonnera plus » ni itsibie , il ne pourra plus
effectuer aucun prélèvement, c'est-à-dire qu'il ne
pourra plus rien enlever ni à la femme ni à l'enfant
de ce qui sera leur pécide. Ce n'est pas un divorce;
car il n'y aurait pas besoin de dire qu'il n'aurait plus
le pouvoir d'ordonner à qui ne serait plus sa femme.
C'est la séparation de corps, motivée certainement
parles fautes du mari, sans doute par sa brutalité;
cardans ce cas, il est naturel que la garde de l'en-
fant soit donnée à la femme, comme on le fait
encore chez nous dans de semblables circonstances ;
mais l'union conjugale subsiste.
H ne paraît pas en avoir été de même dans le
90 JANVIER-FEVRIER lOOft.
n" 'iyS de Gambyse. I^ femme, épouse de Belbalit,
scribe de Samas , qui lui envoya le dappu , assistée
de ses trois fds, s'adresse alors à son mari Belbalit,
pour fixer ses obligations personnelles à dle-même,
à partir de ce jour.
Qu'était d'abord le dappii qu'elle avait reçu de son
mari?
Le mot dappa a des acceptions très larges. D'une
façon générale, il désigne un acte authentique; par
exemple, dans l'article i yy du code d'Hammourabi,
l'arrêt d'un juge; dans l'artide 171, l'arrêt du père
dérogeant à l'hérédité légale en faveur de son épouse;
dans les articles 1 78 et 179, l'arrêt du père permet-
tant à sa fille de léguer, contrairement à la loi, ce
qu'elle détient, à qui elle voudra ; dans l'article 1 5 1 ,
l'acte authentique par lequel le mari, avant le ma-
riage, protège sa femme contre les créanciers qu'il
peut avoir; dans les articles 87 et 48, le titre qui
doit être brisé ou qui ne recevra pas ses effets. Dap-
pu a donc une valeur authentique plus accusée que
rikistu (de la racine hébraïque rakas « lier ») signifiant
une obligation ^ 11 ne se confond pas, non plus, avec
knnnuka^ venant de la racine hanaku « sceller »^ dont
' Voir les articles 7, 47, 6a, 132, iâ3, ia8, 96^ du code
d'Hammourabi. Conf, Liverp, 38, 7; 61, 12; 95, 17; 98, 89 et
•j 9 ; Darius , 1 65 , Cyrus ,293, etc.
* Voir les articles 5, 150,179, 182,183 du code d^Hammourabi.
Conf. LiYERP, 8, 20; 18, 3i; 29, 28; 6a, 39; 67, 4o; 69, 28;
71, 39; i36, 26; et pour la locution kima hanakisu «seloQ son
contrat» , Livkrp, 87 , /|6 ; 175, 43.
^ LiYKRP, i5, 7; 42, 2i; A2, 12; 87, 7; 55, 8; 61, 12; 98,
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 01
on retrouve un autre dérivé dans hanihi « consigna-
tion d'argent ». Kunnaha est proprement un scelle-
ment un document scellé. Il peut s'identifier soit avec
un rikistvL , une obligation ordinaire ^ soit avec duppa,
même dans le sens d'arrêt du juge^ ou du paterfa-
milias^, magistrat dans sa famille.
H me semble certain que l'acte authentique, le
duppUy délivré par le mari à sa femme et qui est
l'occasion du document actuel, n'est autre que le
repadiwn.
Continuons l'étude de notre tablette.
La femme de Belbalit , s'adressant à son mari , le
scribe de Shippara, a la suite de ce dappa, lui dit
donc : « Je n'entrerai pas avec mes fils dans la de-
meure des hommes. J'habite avec mes fils. . . Ils
grandiront... jusqu'à ce qu'ils demeurent avec les
hommes. » Ensuite il est dit que le jour où cette
femme irait dans la maison des hommes pour y
entrer, selon l'écrit de l'acte qui est à la face de
Belbalit, scribe de Shippara, elle lui remettrait ses
trois enfants.
Ceci est une application — déjà un peu lointaine
— du code d'Hammourabi.
L'article 1 3 7 portait : « Si un homme se dispose
à renvoyer soit une concubine , qui lui a donné des
2 et 17; iSa, 16; iS^, i5; i54; 1^; 157, 3. Nabiichorlonosor,
iibzyik, etc.
' Art, 179. 182 . i83.
- Art. 5 du code.
^ Art. i5o et 66.
92 JANVIER-FEVRIER 1906.
enfants, soit une épouse que a produit des fils, il
rendra son serihiu à cette femme et lui donnera l'usu-
fruit de champ, verger, ou autre bien. Elle élèvera
ses fils. Après qu'elle aura élevé ses fils, une pai't
lui sera donnée, comme à un fils, de toutes les
choses qui seront k ses enfants, et elle épousera
répoux de son choix. »
L'article i38 ajoute que, s'il s'agit d'une femme
qui n'a pas donné d'enfant a son mari , celui-ci lui
laissera tout l'argent du tirhata ou don nuptial offert
par lui , ainsi que le serikin ou la dot qu'il a reçue
de la maison de son père , et qu'il pourra ensuite la
renvoyer.
Enfin , d'après les articles i Sg et i /io , il est dit que ,
s'il n'y avait pas de tirhatu, il lui payera une mine
d'argent pour son uzubba, l'action de la mettre
dehors, ou le repudiam, quand il s'agit delà fille d'un
homme libre ; et seulement un tiers de mine , quand il
s'agit de la fille d'un masenkak, ce que M. Koehler a
traduit avec raison par ministena/^, c'est-à-dire, d'après
la comparaison des articles 8, i5, i6,i4o, lyS,
176, 177, 198, 201, 20A, 208, 211,216, 219,
2 2 2 du code , d'un homme employé a l'administra-
tion, comme les affranchis ou les esclaves publics
des Romains.
Le maJ^nfcafc jouissait, a ce titre, d'une situation
intermédiaire fort curieuse. Il en résulte :
1*" Une aggravation de peine par rapport à
l'homme libre si on lui vole ou on lui détourne ses
bestiaux, sa barque, son esclave.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 93
2° Un abaissement , au contraire , dans 1 amende ou
les tarifs, sH s'agit, soit d'un divorce dont il prend la
responsabilité , soit des violences exercées contre lui-
même , contre sa fille , etc. , soit des soins à payer au
médecin. Il se trouve pour ce dernier article classé à
côté de l'esclave. Dans certains cas spécifiés, un homme
libre paye i o sicles, un masenkak 5 sicles, xm esclave
2 sicles. Dans d'autres cas moins graves, l'homme
libre paye 5 sicles, le masenkak 3 sicles, l'esclave
d'un homme libre 2 sicles. En revanche on coupe
les mains au médecin qui n'a pas réussi, s'il s'agit
d'un homme libre; s'il s'agit de l'esclave d'un masen-
kak, le médecin rend esclave pour esclave.
Une remarque encore : les articles i-yS et 176
permettent à un esclave actor ou vicarias de masen-
kak d'épouser la fille d'un homme libre aussi bien
qu'à un esclave du palais. La situation était donc
analogue et elle s'explique fort bien quand on se rap-
pelle ce que nous avons développé longuement dans
notre ouvrage sur « la créance et le droit commercial
dans l'antiquité. » En somme il nous paraît probable
que le masenkak éttiit un tarbana, c'est-à-dire, nous
l'avons développé longuement dans un autre travail
spécial, un affranchi. Les affranchis chaldéens qui,
comme ceux de Rome, pouvaient être réclamés par
leur ancien maître pour cause d'ingratitude , occu-
paient, par conséquent, une place intermédiaire
entre les hommes libres et les esclaves. Mais , comme
les masenkak étaient des affranchis publics, on ga-
94 JANVIER-FÉVRIER 1900.
rantissait d'une façon spéciale les biens qu ils étaient
chargés, d administrer .
Quant à leurs propres esclaves , associés par eux à
ladministration , ils avaient une situation, somme
toute , bien préférable à celle des esclaves ordinaires.
Mais nous voilà bien loin de la question du di-
vorce — entraînés que nous avons été par i article
relatif à lamende de divorce imposée au masenkak
ou à sa progéniture mâle.
Quant aux femmes, bien entendu, elles ne pou-
vaient envoyer le répudiant h leur mari, d'après le
code, si dur pour elles, d'Hammourabi.
La législation promulguée par lui est , à ce point
de vue, fort curieuse.
Voici d'abord les articles relatifs au désir de la
femme de s'en aller,' qui suivent immédiatement
ceux relatifs au repadiamde l'homme que nous avons
i^produits plus haut.
Vrticle ifn, La femme demeurant dans la mai-
son d'un homme qui dispose sa face pour sortir,
produit division, ruine la maison, laisse son maii,
sera citée en justice. Si le mari dit : « Je la fais sortir » ,
il lui laissera le chemin libre et ne lui donpera rien
pour prix de son renvoi. Si le mari dit : « Je ne la ren-
voie pas » , il pourra épouser une autre femme , et la
première restera comme servante dans la maison de
son mari.
Article i /12. Si une femme hait son mari et dît :
« Tu ne me posséderas pas » , on examine son affaire;
LA FEMME DANS LANTIQUITE. 95
si elle est ménagère, sans faute, et que son mari sorte
et la laisse, cette femme nest pas coupable. Elle
prendra son ierihtu. et s en ira dans la maison de son
père.
Article i43. Si elle n'est pas ménagère, mais
coureuse, ruine sa maison et néglige son mari on la
jettera à 1 eau.
Ainsi le divorce qui est laissé à la pleine disposi-
tion de rhomme , sans qu'il soit besoin d'alléguer au-
cun motif, n'est, au contraire, point licite dans ces
conditions pour la femme. Le juge seul peut le pro-
noncer pour les fautes graves du mari. Mais cette
instance est bien dangereuse , puisque , si la femme
ne réussit pas dans son procès, elle est, ou bien ré-
duite à l'esclavage dans la maison même de son
époux remarié, ou bien punie de mort, alors même
qu'elle n'est point du tout accusée d'adultère.
Il va sans dire, que la femme qui a trompé son
mari est punie de mort , comme d'ailleurs son com-
plice, sauf le bon plaisir du mari pour la femme et du
roi pour l'homme (art. 129). Le fait seul d'avoir été
montrée au doigt à propos d'un autre homme est
puni pour elle seule, tandis qu'on condamne sévè-
rement, nous l'avons vu, celui qui a montré au
doigt une prêtresse. Cependant, si la femme inno-
cente prête serment , elle peut retourner chez elle
(art. i3i et i32).
Les articles suivants concernent un cas dont il
fut souvent question plus tard dans le jus gentiam
96 JANVIER-FEVRIER 1906.
grec ou romain , celle de la captivité des ingénues
et du post liminianit avec ses effets légaux.
Art. i33. Si un homme a été lait captif et s'il
y a de quoi manger chez lui , et que la femme sorte
de sa maison pour entrer dans une autre maison —
parce que cette femme n a pas gardé son corps et
est entrée dans une autre maison — on la jettera à
feau.
Art. 1 34. Si alors il ny a pas de quoi manger et
qu elle sorte, il n y a pas de faute.
Art. i35. Si dans ce dernier cas elle a enfanté
des enfants dans une autre maison, et si le mari
revient à sa ville, la femme retournera vers son
mari et les enfants suivront le père.
Art. i36. Si un homme a abandonné sa ville et
s est enfui , et si sa femme est entrée dans une autre
maison , sa femme ne le reprendra pas s'il revient ,
el restera où elle est.
Au fond, de la volonté propre de la femme il
n'est nullement question dans tout ceci. La femme
est une sorte d'esclave qu on peut revendiquer ou
non.
D'ailleurs, on ne suppose pas plus chez elle de
sentiments affectueux cpie de volonté agissante.
A-t-elle faim ou non ? Est-elle délaissée ou violen-
tée pai' son mari , alors cpi'elle est pleinement inno-
cente et dévouée à ses devoirs ? tout est là. Si Ton
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 97
répond dans ces deux cas par rafiirmalive , on Tex-
cuse. Dans le cas contraire, on s'en débarasse de la
façon la plus brutale.
PourThomme, on est, au contraire, plein dm-
dulgence. Si un homme a connu sa fille , on se bornera
aie chasser de la ville (art. 1 54); s'il a connu la
fiancée de son fils , il lui donnera une demie mine
d'argent et tout ce qu'elle a apporté de la maison de
son père, et elle pourra épouser qui elle voudra
(art. i56). De l'adidtère dans la maison conjugale,
adultère puni de mort s'il s'agit d'une femme , il ne
peut être question pour lui.
Sa femme n'est d'ailleurs là que pour avoir des
enfants et remplir ses devoirs conjugaux. Si elle est
malade, et que le mari veuille en épouser une autre ,
il le peut ; mais il ne renverra pas sa femme. Elle
restera chez lui et sera nourrie pendant sa vie
(art i48).
Si cependant elle veut s'en aller dans ces condi-
tions, on lui rendra son serïktu (art. lAg).
Si la femme, bien portante, n'a pas d'enfant, et si
son mari veut prendre dans sa maison une concu-
bine, il le peut (art i/i5).
Si , pour éviter ce résultat , la femme a choisi elle-
même une servante qu'elle a donnée à son mari pour
en avoir des enfants , comme Sara fit pour Abraham ,
ilne pourra pas prendre de concubine. Mais si
cette servante , devenue mère , rivah'se avec sa maî-
vn, 7
XATtOXiLJI.
98 JANVIEH-FEVRIER 1900.
tresse, on la marquera et on la comptera parmi les
servantes , sans pouvoir pomtant la vendre (art. 1 4 4
et 1 46). Si cette Agar na pas d'enfant, sa maîtresse
pouiTa la vendre pour argent (art. i 47).
Nous avons déjà dit plus haut que la concubine,
sagetim (mot qui se retrouve dans le chaldaïque de
Daniel sous la forme sugela ou sugelet et qu on a
alors traduit par nxor), était assimilée à Tépouse
[assata) en ce qui concernait le repadium, si Tune
ou lautre était mère (art iSy). Il en est sembla-
blement ou à peu près pour la fille de la sage^-
tim. ou la fille de Tépouse. L'ime et l'autre doivent
recevoir un ierikia du père ou, à son défaut, des
frères, seriktu (ormant son unique part dans fhéri-
dite paternelle (art. i83-i84).
Quant aux enfants de la servante , ils peuvent de-
venir héritiers, même quand cette servante n'a pas
été donnée au mari par sa femme dans le but de la
remplacer. L'article 170 décide, en effet, que, si à
quelqu'un , son épouse a donné des enfants et aussi
sa servante, et si le père, de son vivant, a dit à ces
derniers : « Vous êtes mes enfants » et les a comptés
avec ceux de l'épouse , ils partageront par égale part
avec eux; s'il n'a pas fait cette déclaration , les enfants
de l'esclave ne partageront pas, mais ne pourront
être vendus.
Ceci rentrait dans la puissance du pater famitiu ^
pouvant, aussi de son vivant, donner un bien à sa
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. M
femme, à sa fiUe ou à son fils, donation qui, pour ce
dernier, n'empêche pas son droit de partager à égales
parts avec ses frères, dans ce qui reste de Thérédité.
Mais ceci prouve aussi que l'union charnelle de
l'homnie marié avec sa servante, non désignée par
sa femme , était licite et n'était point comprise dans
les interdictions relatives , en certains cas , à la con-
cubine et dont nous avons parié déjà.
La pauvre épouse était donc obligée à supporter
bien des choses. Elle avait beaucoup de devoirs et peu
de droits; un des derniers privilèges quon lui laisse
c'est de se faire garantir, avant le mariage, contre
les créanciers du mari et d'éviter ainsi d'être livrée
à l'état d'esclave ou de nexa [sirt. i5i). Il est vrai
que si elle n'avait pas pris cette précaution , son es-
clavage temporaire cessait, comme pour tous les
ingénus, au bout de quatre ans : ce qui a fourni plus
tard à Moïse l'idée du jubilé septennal , et à Amasis
celui du cens quinquennal et de ses effets, également
rdktifs à la libération des nexi.
L'article la-j spécifie, en effet, pour le père, le
droit de livrer sa femme, son fils ou sa fille pour
une dette — sujétion dont ils sont affranchis la
quatrième année.
Quant à l'esclave qui a donné des enfants au
maître, celui^i est obligé de la racheter, tandis
que les esclaves ordinaires sont aliénés pour toujours.
Notons que l'usage de vendre pour un temps, en
garantie d'une dette, son fils ou sa fille, a subsisté
à Babylone jusqu'à l'époque classique.
100 JANVIER. FEVRIER 1906.
Le n° 70 de Nabuchodonosor concerne ainsi un
fds vendu par ses parents pour prix compensé.
Le contrat 1812 du Louvre est un acte de gage
conçu d'après le même principe :
« 5 sekels touchés en argent, capital de Nebokinziru,
fils de Nebokinabal , sur la femme Ziraa , fille de Be-
lahierib. La femme Riniut-nana, fille de la femme
Ziraa, a été prise en gage de Nebokinziru. Possesseur
autre sur cette femme ne mettra pas la main. La
femme Rimut-nana habitera en présence de Nebo-
kinziru à titre desclave, jusqu'à ce que Nebokinziru
ait reçu son argent. La femme Ziraa donnera par jour
5 sahia h la femme Rimut-nana. Elle rendra l'argent
à Nebokinziru, tel mois de telle année de Nériglissar.
L'argent produira par mine 1 2 sekels à sa charge. »
Ce fait de confier une jeune fille à un homme à
titre de gage paraît peut-être un peu dangereux.
Mais la femme, son honneur et ses goûts com^p-
taient pour si peu de chose sous l'empire du code
d'Hammourabi que la mère, agissant ainsi sous
Nériglissar, paraît seulement un peu trop conserva-
trice de vieilles coutumes qui tendaient de plus en
plus à s'adoucir.
Déjà, à l'égyptienne, des contrats de mariage du
temps prévoyaient pour les interdire le mépris de la
femme ou, l'adjonction d'une nouvelle épouse.
R se passait alors ce qui se passa quand, du
temps des comiques de seconde période, l'épiclère
d'Athènes était devenue une héritière.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 101
Mais avant den arriver à ce retour aux vieux
usages il faudra de longs siècles.
En effet, à partir d'Hammourabi et longtemps
encore, dans les dififérents pays, tous les législateurs
se plaisent à qui mieux mieux à abaisser la femme.
[La suite au prochain cahier.)
NOTICE SUR DADtSÔ' QATRAYA. 103
NOTICE
SUR LA VIE ET LES OEUVRES
DE DADÎSÔ' QATRAY4,
PAR
M"" ADDAI SCHER,
ARCHRVROUË CHALDBEN DR SlîlRT.
I
Kbec^ésus de Nisibe dans son Catalofine des Écri-
vains syriens ^ s'exprime ainsi : i^\-ju.Mw=3 .b^Ajc»^-^
« Dadîsô* l*habile , annota le Paradis des Moines
Occidentaux, et expliqua (le livre de) Tabbé Isaïo;
il écrivit un livre sur la vie monastique, des traités
sur la sanctification de la cellule, et des discours
pathétiques dé consolation^; il composa aussi des
lettres et des questions sur la paix du corps et de
l'esprit. M
* Apud AssKMANï ,B.O,, t. TU, pari, ï, p. 98-99.
2 Discours funèbres.
104 JANVIER-FÉVRIER 1906.
Assemani, après avoir reproduit le passage d'Ebed-
jésus, ajoute en note : «Dadjesu, Abrahami disci-
pulus et in praefectura Cœnobii Izlensis successor,
cujus vitam Thomas Margensis in Hist. monast.
part. I, cap. 4, describit bis verbis. • . [suit le pas-
sage de Thomas de Marga^ et Assemani poursuit:]
In Epitome Canonum Sobensis , part, vn , cap. 4 ,
post undecim Abrahami, cujus supra facta estmen-
tio, Régulas, referuntur tredecim ejusdem Dadjesu
Canones, quospro laudati cœnobii regimine condi-
dit. Titulus : i^S.2oaSk.=3^ .^^ojt»':v^ >\20':v i^'oxn
.•^jcn'vrDr^ ^-x-so-^ cnnVura -^xjotv : i^raS Canones
Mar Dadjesu Abbatis Cœnobii Magni, qaiMar Abra-
hamo successit. »
Assemani, ici, comme en d'autres endroits, iden-
tifie deux écrivains syriaques du même nom ^.
Dadî§ô* , successeur d'Abraham dans la direction
du monastère d'Izla , était originaire du Bêth Ara-
mayê ^ et vivait à la fin du vf siècle ; il devînt supé-
rieur du grand Couvent en Tan 899 des Grecs (588)*,
^ Dans BuDGE , The Book of Governors ^ t. II , p. 4 a et suiv. ( ch. v ).
^ J*ai déjà redressé cette erreur et d*autres dans mon ouvrage
chaldéen intitulé : Jardin des Ecrivains, qui est sous presse; et dans
mon opuscule arabe sur l'Ecole de Nisibe [Beyrouth, igoS).
^ Le Livre de la Chasteté, n" 38. Babai le Grand, dans la vie de
Guiwarguis martyr (édition Bedjan, p. 424), dit que ce DadSSô'
était de ia contrée de Bétli Darayê. Mais le Béth Darayé était une
partie du pays de Béth Aramayé.
^ Date fournie par le livre d'Ébedjésus de Nisibe intitulé : Règles
des jugements ecclésiastiques (cf. Labourt, Le Christianisme dans
l'empire Perse, p. 817 ). D'après le même livre où on lit : 8* année de
llormizd, la date coïnciderait avec le 8 janvier 58fi.
NOTICE SUR DADlàÔ* QATRAYA. 105
Cette même année , au mois de janvier, il composa
les canons monastiques, dont parle Assémani^ Il
mourut en 60 4*. Sa vie a été écrite par son suc-
cesseur, Babai le Grand ^. Thomas de Marga^ et
Isô^dnah de Bassorah^ nous ont transmis une
notice sur cet auteur.
Dadîsô* Qatraya, dont les ouvrages sont men-
tionnés par Ébedjésus de Nisibe , dans le passage que
nous avons cité, vivait environ un siècle après
Dadî§ô* d'Izla. Quelques passages de son Commentaire
sur le livre de labbé Isaïe de Scété, ne laissent
aucun doute à ce sujet.
1 ° Dans le Traité XV, chap. v, Dadîsô' Qatraya cite
Barhadbsabba*Arbaya®,qui vivait au commencement
* Ces canons , avec ceux de son prédécesseur Abraham , ont été
publiés avec une traduction latine par M. Tabbé Chabot : Regulae
monasticae ah Abrahamo et Dadjesn conditae, Rome , 1 898.
^ Date fournie par une compilation historique anonyme (voir
A. ScHER , Catal. des manuscrits etc, , conservés dans la bibliothèque
épiscopale de Séert , cod. 127]. Il y est dit que Babai le Grand,
successeur de DadiSô', mourut la 38' année du roi Chosroès ( II ) ,
après avoir dirigé le couvent d*Izla 24 ans.
^ P. Bedjan, Histoire de Mar Jabalaha etc., 2* éd., p. 424-/126.
* Hist, Monast., liber I, cap. 5.
* Livre de la Chasteté, n° 38.
^ Barhadbsabba était originaire de la région de Bêth 'Arbayô ,
comme Tindique son surnom ; il était disciple de Henana d*Adia-
bène , ainsi qu*il le déclare lui-même dans son traité sur les Écoles ;
il a été consacré ensuite évéque pour Halwan , et c'est en cette qua-
lité qu'il assista en 6o5 au concile de Grégoire (voir ChabcT',
Syndicon Orient, , p. 479]. La chronique anonyme publiée par
Guidi , mentionne aussi pendant la vacance forcée du siège patriar-
cal de Séleucie (609-628), Barhadbsabba de Halwan comme un
écrivain célèbre.
106 JANVIER. FÉVRIER 1906.
du VII* siècle. «De même, dit-il, BarhadbSabba, le
docteur, dans son livre des Trésors, dans le long dis-
cours qu'il écrivit sur la connaissance de Tâme, après
sa sortie (du corps), dit beaucoup de choses qu*îl
prouve par des témoignages tirés des ss. Livres et
des Docteurs de l'Eglise . . . i i^*^ y*n^v^\^ A^
2" Dans le Traite^ XIII, le même Dadi§ô' cite
Babai le Grand et dit : « Une telle multitude d'hymnes
et d'antiennes n'était pas en usage au temps des
Pères anciens ; il est prouvé que cet usage n'etistait
pas même au temps de nos ss. Pères de la géné-
ration précédente. Ainsi le b. Mar Babai le Grand,
supérieur du couvent d'Ida, qui vivait au temps du
roi Chosrau, fils d'Hormizd, dans le livre qu'il com-
posa pour l'instruction des novices, n'impose pas au
frère de réciter des hymnes dans sa cellule dans l'of-
fice des Gomplies. » i^Wio^. Vordii^^ ^n vÀm-rv
i^V\m-.i.=3i^ »— soR % -1 \iam i<lA x^ ïni no
•Vvocn ^2L«^ n^cn Kf'K-^ *^nA^ ••t^je»*^\i3 ^obcat^
en I *n\-=3 i^ôcn-^ ô<n : t^-Av.^1^^ r^\jsn<\»\m^
NOTICE SUR DADtSÔ* QATRAYA. 107
Or Babai le Grand , dont parie l'auteur du livre ,
fut le successeur de Dadl§ô* dans le couvent dl2^a^
qu'il gouverna depuis la mort de celui-ci , cVst-à
dire depuis 60 4 , jusqu'en 628^.
3® Dans le Traité XV, il cite encore Babai le
scribe, auteur qui vivait au vn* siècle^. « L'heure de
la mort est comme la vision que vit au moment
de sa mort un des vieillards négligents, que men-
tionne Mar Babai le scribe , dans son livre ^ : Un des
Père», dit-il, qui était un peu négligent, vit à l'heuro
de sa mort les démons qui s'emparaient de lui . . . »
r^SDjDo ^sn AM t^vMn t^ou» ^t^\^ t^^oso X^jco
k" Dans le même Traité, chap. ix, il cite aussi
le patriarche iSô^yahb III d'Adiabène , qui monta sur
* Voir Hist, Monattica de Thomas de Marga, lib. I, cap. 6,7,
a8, 35; Livre de la Chasteté, n" Sg; B.O., t. III, i" partie, p. 9/1 ;
Cbaaot, PÉeoU de Nisibe, ton Hiitoire, etc. , p. 44 , 45-d7.
^ Voir ci-dessus, p. 106, n. 2.
^ Voir ie Livre de la Chasteté, n" 76, et la compilation historique
anonyme de Séert.
* Le titre de son livre était : De distinctione prteceptorum (Ebkd
JÉSUS deNîsibë, apud Assemani, B,0.. t. lïï, part, i, p. 188).
108 JANVJER-FEVRIER 1906.
le trône patriarcal en 65o et mourut en 660 ^ : « Voici ,
dit-il , queMar Jsô yahb le Catholicos , fils de Bastouh-
mag , issu d'une famille riche et illustre , homme docte
et érudit, porta dès sa jeunesse le joug du mona-
chisme. Elu patriarche, pour mettre fin à la lutte
que lui livraient les envieux 2, il fut obligé de prendre
la liberté de parler de ses bonnes œuvres, de se
glorifier devant toute la foule de ces deux choses, à
savoir : du sang cjuHl tirait aux frères , et de sa foi
orthodoxe : « Deux choses , disait-il devant tous , sont
requises de celui qui est élu pour gouverner l'Église ,
c est-à-dire la connaissance parfaite de la vérité et la
pratique de la vertu. Or, si vous voulez, vous pouvez
vous rendre compte de 1 étendue de mon savoir, par
mon livre intitulé : Réfutation des opinioiw (hérétiques);
quant au témoignage de ma conduite, je n'en invoque-
rai pas d'autre que les ventouses par lesquelles je tirais
le sang des frères , et qu'on peut voir encore main-
tenant dans ma ceUule au s. couvent de Bêth-^Abê. >»
^ B. 0. , t. in , part. ï , p. 1 1 3 et suiv.
^ On sait qu'Isô*yahb se fit élire patriarche par ruse (voir Liher
Tnrris, *Amr etSlîba; textus, éd. Gismondi, 1896, p. 56).
NOTICE SUR DADÎSÔ* QATRAYA. 109
AjoJL^ i^jso^ira .y^.yrxr% cvA^ yy^\xy \<nr:àyyL\^
..x^
A.ju^n..^^ô •• i^li^i^A i^:=o-^ Vvscicn .Yn ^oxri'^v
Tout ce que nous savons de la vie de ce Dadîsô^
Qatraya nous est appris par un passage de ses
œuvres. Il était originaire du Bêth Qatar, comme
rindique son surnom. 11 embrassa la vie monastique
dans le couvent de Rabkennarê , ainsi que le montre
le titre de son ouvrage, li habita également dans le
couvent de R. Sabôr ^ et dans celui des Apôtres :
« La cause , dit-il dans l'introduction du traité XIIl,
qui m'a empêché de réaliser votre ordre sublime,
ô moines christophiles et mes frères en N.-S. , Mar
Zekaîsô^ et Mar lazîdost, ce n'est pas, à Dieu ne
plaise! la négligence, mais mon état continu d'infir-
' Peut-être le couvent de R. Sabôr et celui de Rabkennarê ne
faisaient-ils qu un. Les deux couvents de Rabkennarê et des Apôtres
paraissent avoir été situés dans les montagnes du Bétb Houzayé;
celui de R. Sabôr était situé aux environs de la ville de §oustar.
110 JANVIER-FËVRIËR 1006.
mité. Quand j'étais au s. couvent de Kabkennaré ,
les vénérables et charitables moines, Mar Ahôb et
Mar Âbkôi m'ordonnèrent de leur écrire dans un
livre l'explication des sens contenus dans le livre
d'Isaïe le grand. Par obéissance à leurs ordres, j'ai
expliqué les six premiers traités. Ayant été ensuite
gravement malade, je n'ai pu expliquer les autres
traités. Étant v enu chez votre révérence , au s. couvent
des BB. Apôtres, vous m'avez ordonné d'accomplir
ce qui avait été déjà commencé. Confondu par vos
prières amicales, j'obéis à votre ordre sublime. Et
quand, grâce au secours de vos pures prières, j'eus
encore expliqué sept discours, je fus empêché pour
la deuxième fois d'accomplir l'ouvrage, à cause de la
maladie et d'autres obstacles qui survinrent. Main-
tenant que le Seigneur a voulu que j'aie un peu de
répit, je me propose d'accomplir avec le secours
de Notre-Seigneur votre commandement avanta-
geux. » — Dans ce même traité XIII, il dit encore :
a Et même quand j'étais (au couvent de R. Sabôr) , il
se trouvait là de nombreux frères , qui accomplissaient
les règles ...»
Aâ^ .i^cnHo^Q rdrbi^a.rp'^ i^^\ijC731^ y^Vvo^cujso
><; y t^ .n ttfv i?ao<\ \h ta «v^oos 9«\.^iC *v % ^^
NOTICE SUR DADÎàÔ* QATRAYA. 111
^sp yA Vuxi^ %i<^wnv»>^, i^mnoajs ^^r^Vvt^-^
■V \;r^73 ;Kli\.;ibii,a cv> ^.m ^(vitÀ é=30^ zn^vsot^o
KÎjcKr^ 1 >A i^ôcnô :»^j\.m r^^^-rv ^-rv t^jccn
^^^ '^ i^^iactA ^CL-sOi^^^ V\ ^ n \| Vk^ ? A, i> \ n
. . .•:*«ÔP^^ ciM^-sic^v^D t^SVvom
v^SaoOÀ.S3\ ViKiôs^ i^i£3\ ôcnca «ssx^ aà i^^cnci
yi^JÂr<i ^^mVx ^^ Mm V\-»v^ : /no ^ y. ^-raS^
C'est donc dans la seconde moitié et vers la fin
du vn* siècle qu il convient de placer notre auteur.
Outre les données précédentes nous pouvons en-
core ajouter ceci: d'après un passage du traité XllI de
son ouvrage, il aurait vu Rabban Sabôr /«sajy^ ajsl
€r
112 JANVIER-FEVRIER 1906.
•7>'vmc3). Et dans le traité XV, chap. ix , il men-
tionne Rabban Khoudawi et Rabban Sabôr « de
sainte mémoire ». (,^^oa-i\-^<i"^ t^'i*-vk^ »^^cn
i<2l»^ rAsooiw). Or, KôMenab de Bassorah nous
apprend^ que R. Sabôr était contemporain de
R. Khoudawi; et nous savons par ailleurs que celui-
ci était contemporain du patriarche Georges (66 1-
68i)^, et mourut sous le calife Mo Wya (662-680)^.
II
Le seul des ouvrages de DadîSô^ Qatraya qui soit
parvenu jusqua ce jour à notre connaissance est son
Commentaire sur le livre de TabbélsaiedeScété*. Il
^ Livre de la Chasteté^ édit. Bbdjan, n°' 55, 79.
* Liber Tarris, ' Amr et Slîba , textus, édit. Gismoxdi, p. 57.
^ Compilation historique anT)nYme de Séert.
* [Isaîe de Scété passe pour avoir vécu au milieu du iv* siècle.
Le texte grec de ses ouvrages est encore inédit, sauf quelques
fragments publiés par Possinus dans son Thésaurus cuceticns (Paris,
1684), et reproduits dans la Patrologia Graeca de Migne, t. XL.
Ces fragments sont tirés d*un ouvrage plus considérable, qui paraît
être celui que Dadîsô' Qatraya a commenté , et dont une traduction
latine a été réimprimée dans le même volume (Patr. Gr., t XL,
col. 1 io5 et suiv.j. Les homélies ou discours [Orationes) sont au
nombre de 29. Elles sont en général assez courtes et occupent en
moyenne une ou deux pages, quelquefois moins. En voici les titres ;
nquelques uns peuvent servir d'éclaircissement aux titres syriaques :
1. Praecepta adjratres qui cam ipso vivebant (cf. syr., tr. VUI).
— 2. Démente secundum naturam (syp. IX), — 3. Ad frcUres ju-
niores institutio (syr. X). — 4. Quid în itinere observandam (syr.
NOTICE SUR DADisÔ' QATKAYA. 113
est conservé dans un manuscrit qui se trouve dans
notre biblothèque de Séert; ce manuscrit mesure
1 7 centimètres sur 12; il est composé de 2 2 cahiers
de 10 feuillets; un dernier cahier manque. Le titre
est : Explication des Traités^ du livre de Vahhé Isaïe,
faite par Dadîsô^ Qatraya, [moine) du couvent de Rab-
XI]. — 5. Quœ observanda sant lis qui simul in fyacc hahitarc
cupiunt (syr. XII). — 6. Qui honcstam qaietem cunplecti volnnt eos
esse curiosos non oportere , neqne omissa peccatorum suorum considc-
ratione tempus in rébus inutilibus consumere (syr. XIII ]. — ']. De
virtntibas (syr. XIII). — 8. B, Isaiae abbatis apopktegmata. — 9. Ad
cos qui mundo rennntiarunt (syr. V). — 10. Ejusdem curgumenti, —
11. De grano sinapi, — 12, De vino. — i3. Ad eos qui initiantur
et lendunt ad perfectionem. — i4. B. Isaiae abbatis luctus et lamen-
tatio, — ib. De mundi renantiatione, — 16. Ejusdem argnmenû,
— 17. De gaudio animœ Deo servienti [syr. W), — 18. De inju-
riarum oblivione, — 19. De morbis animi. — 20, De hnmilitatr
(syr. IV). — ai. De pœnitentia (syr. XIV). — 22. De operibus
hominis novi, — a 3. De perfectione. — 2/1. De tranquillitate, —
25. Ejusdem ad Petrum abbatem discipulum suam (syr. VII). —
36. B. Isaiae dicta, quœ Petras abbas, discipulus ejus, ex illo accepit
etlibris commendavit. — 27. In illud : ii Attende tibi», — 28. De
malitiœ ramis, — 29. Ejusdem lamentationes.
On a encore publié sous le nom dlsaïe de Scélé, et en latin
seulement : Prœcepta sive consilia LXVIII posita tironibus in mona-
ckatu, reproduits dans la Patr. lat,, t. CIII, col. 4 2 7.
II semble résulter de la comparaison de ces titres avec ceux du
commentaire de Dadîsô* , que ce dernier lisait les œuvres d'Isaîc
dans un ordre différent, et que les longs développements renfer-
més dans le commentaire du XV* Traité doivent contenir Texpres-
sien de la théologie nestorienne au tu' siècle. Un ms. syriaque du
firit Mus. (add. 12170), daté de lan 6o4 , contient les œuvres
d*Isaïe dans Tordre suivi par Dadiso*. Un autre ms. (add. 17262]
contient des fragments d'un commentaire qui parait différent de
celui-ci (J.-B. Chabot.)].
^ KfÂzm^SO signifie proprement Discours; mais il semble
préférable de traduire ce mot par Traité pour éviter toute équivoque.
VII, 8
• ATM^ALK.
114 JANVIER-FÉVRIER 1906.
hèkhat^. 1r<l=lvd'•^ vdrakj^k-^ Kf*S..:»¥il3ô^ KfltixeA
L'ouvrage est divisé en quinze traités, précédés
d*un avant-propos, dans lequel hauteur déclare qu'il
écrivit cet ouvrage à la demande de Mar Àhôb et de
Mal" Abkô§. En voici l'analyse sommaire :
Premier Traita. A. Iniroduction. /«n^-^ f^^^^^^i^
n^Abonjo ii\±ryf^jsn'\) divisée en deux chapitres :
I. Origine et vie de i abbé S«Isaïe /M^i^so^ua x^jêts
II. But du trâdté ^oA*^ n^ma JL^k^ ••^n^^ \^jêj\
1<lî75^^J^ r^?V:a3Ki>i^). — B. Explicâtîôti du pre-
mier traité /lilm^aa r^Ksfair^a^'^ ca\»^ r^jâjnoa^,
Ih Traité. Sur les œuvres bonnes et par&ites
IIP Traître. A. Introduction en délix cbiàpitrès :
I. Comment les frères doivent saimer les uns les
autres. j^^^jMMto^n yi<LiAT^ ^^j^m^ v^^\ vÛJk»v^-^
\^"^w T^xi^ «iraornaV ii. Comment les moines
doîvetit combattre dans les pensées^ |fi<^î%*Mà\ ^a^ân
t<!2^âtfti\ ;^-:\ V!:i6\^ ,\\- y — B. Explication.
ÏV* Traité. De rhumîmè \ (K? W ^^^-^ Ai^)
' Le tommièntàlire est divi^ tn èeux pM^s i A. IhtrtMWlioii;
NOTICE StIR D\DÎàÔ' QATRAYA. Il5
V. Explication da cinquième traité de l'abbé Isaïe :
Règles ptnir ceux qui séloignent du monde
VI. Explication du sixième traité de Tabbé Isaïe :
Sur ce qu'il vit et apprit des vieillards ^.V \^ -n
Vil. Explication du septième traité de l'abbé
Isaïe, qu'il écrivit pour son disciple Pierre. [VoA^
€fr\»so\ycK t<fv!^V A. Introduction. — B. Expli-
cation de ce qui est obscur dans le traité ^i^cacu
VIII. Explication du huitième traité : Conseils de
l'abbé Ifiaïe aux fin^^es qui étaient avec lui /K^ï^^Doa
dûQCk»^ «..^oi t<SÂi<l!i r^K^^jcr^ 11^=31^-^^.
IX. Explication du neuvième traité intitulé :
Touchant l'intelligence dans son état natureL /,\\^no
nâjâb£3^ x^am\.
X. Explication du dixième traité intitulé : Règles
pour les novices, f tcUâk^h r<l ,m ."j^l-^ \,^ry>
XI. Explication du onzième traité intitulé : Tou-
chant le but de ceux qui habitent les cellules ^ ( \\j*y^
Xn. Explication du douzième traité intitule :
* Division : A. Introduction. B. Explication de ce qui est obscur
dans le traité.
8.
116 JANVIER-FÉVRIER 1906.
Préceptes fidèles et édification de ceux qui veulent
habiter ensemble en paix^ /«UJ'i— joclJ^ A \^ *ia
I^V.Mf *1'gV ^jJ&-=3^ «^.^<»':\ I^JjOJraCI 1^JL=F3L»03aO
XIII. Explication du treizième traité intitulé :
Touchant ceux qui veulent être en bonne paix ;qu ils
doivent distinguer ce qui est utile pour leur ame, et
ne pas passer mal leur temps et dans un amer escla-
vage, ceux cjui sont convaincus que ces choses ne leur
conviennent pas et qui se repentent de leurs péchés ^.
**Kf*"à\^ 1^JJL=3 I^ÔOQlSoA >i>\Tg\ w^^OQ ■\\^*lo\
^xTbX^ •^^ô-ictxA «."SÀro^ «^^âcnjtSim ^^^âôaxki
■ Tfc vV \ T^A'^ ^-kAo» T^^oia^ «^^«cnVvaraAA
XIV. Explication du quatorzième traité intittdé :
Touchant la contrition, au sujet de laquelle l'abbé
Pierre Finterrogea. ox-At^l-jc^ i<f^a-=3L^^ ,\\^no
t<?0^ i<i3r^. — A. Apologie adressée aux solli-
citants. (rdV.^^Ar73 )^oA^ r^ô\:3 pA=n). — 6.
Introduction. — C. Eclaircissement de ce qui est^
obscur dans le traité.
XV. Explication du quinzième traité intitulé :
Touchant la joie que ressent i ame qui veut servir
* Division : A. Introduction. B. Explication de ce qui est obscur
dans le traité.
NOTICE SUR DADÎàÔ' QATRAYA. 117
Dieu. (i<V\"n^ ym r^xAiA rc^cK»-^ i<f^ô^\M •^^«^^^'s
r^osAi^A oAn^Xifyxi). — A. Introduction. —
B. Explication du discours.
Ce traité développe longuement la question de
Tétat des âmes après la mort; il est subdivisé en
neuf chapitres:
I. Jusqu'où s*éleva, selon le bienheureux Athanase, Tàme
de Tabbë Antoine et les autres âmes qu'il vit? y^L^xrs
II. Pourquoi S. Antoine, au moment, de l'ascension de
son àme, vit de nombreux démons qui l'en empêchaient,
tandis qu'au moment où une grande foide montait, il vit
un démon seul les en empêcher? /^avrs i<âao .W^no^y
III. Pourquoi un seul ange garde chacun de nous , ici et
après notre sortie du monde jusqu'à la résurrection, pour
honorer la ressemblance de Dieu , et pourquoi dit-on encore
que plusieurs anges nous conduisent? /\^Lx..20 JL^-^O'^v
n.._v\,l r^oA ^<uA=3' i^rdXso ^30 am ^u& A^
U8 4ANVIEK.FKYHIER U06.
IV. Pourquoi rhpmme est-il oombattu tantôt par un seul
démon, tantôt par plusieurs démons? {r^v m A\^*73tv
V. Quelle est la situation des âmes des pécheurs après la
mort? Sentent-elles, souffrent-elles, s'attristent-elles, ou
non? ^^Vx—r» r^ V \j v\^ r^Vv» ^ \ ^Rx i^â^ai^^
YI. Où habitent les âmes des justes après la mort? Sen-
tent-ellet, glorifient-elles, on non? /^H.,jit^ x^j^^yid^
Vn. Les âmes des justes , qui sont au Paradis, voient-elles
N.-S. par une manifestation de lumière, et glorifient-elles
EHeu pour les mystères qui leur sont révélés , ou non ? f^^^r^^
■\. y i^oiL-li^A ^vrajcjsoci si^moi^ v^u\\p
VIII. Les âmes des saints , qui sont en Paradis , prient-elles ,
et leurs prières aident-elles ceux qui ont recours à dles, ou
non? ^:t<Jùû^'3V'\Sk3-^ vdx»^U3^ t^Vx^ ^Vm «..^A
IX. Les âmes des justes jouissent-elles ou non en Paradis?
N0gY«l4fcRS ST MÉLANGES. U9
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SÉANCE DU 12 JANVIER 1906.
La séaQçe est çmyerte à 4 heures et depiie sous U prési-
sidence de M. Barbiei\ ps M^tnabd.
Etaient présent» :
MM. Senarï, vice-président; Al lotte de la Fuye, l*abbé
BouRDAis, BouvAT, Cabra DE Vaux, Tabbé Chabot, Dus-
SAUD, Rubens Duval, Faïtlovitch, Farjekel, Finot,
Halévy, Ismaël Hamet, Qémept Hvart, Leroux, Sylvain
LÉvi, Magler, Mangeaux-Demiau , Mayer-Lambebt, Mbrsibr ,
Schwab, Speght, Vinson, membres; Çha vannes, secrétaire.
hw procèft-yerbaux d^A ^é<IQces du \0 Qpveinl)r9 e( du
8 décembre igo5 sont im et aidopté^.
M. Allottb de la Fuif'E est nommé membre du Conseil
sons réserve de la ratification de TAssemblée générale.
M. LE Prwp^nt annonce que, ^pri^ avoir ponsulté la
commission des fonds , il est d'avis d'accorder 3oo francs à
la fondation de Goeje et aoo franos à V Orientalische Biblio-
graphie; ces deux propositions sont açceptée3,
M. Al LOTTE DE LA Fuf E présente un mémoire dont il est
Tauteur sur les Monnaies de VElymaîie (Extrait du tome VIH
des publications de la Mission Morgan).
M. HALBvy ^xpose quelle méthode ilft suivie daps ses re-
cherches sur les alphabets berbères; iJ poncjut q^^ces alpha-
bets sont dor^ine phénicienne etqnil n'iP^t ppini nécessaire
de les expliquer par \\n alphabet ^afaïtiqne oij désertiqne.
U2 JANVIER-FÉVRIER 1906,
Par lb MinistIësb de l*Instrugtion publique
ET DBS Beaux-Arts :
Bibliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome.
Fasc. 93 : G. (jOlin, Le Culte d'Apollon Pythien à Athènes^
— Fasc, 94 : G. Colin , Rome et la Grèce de 200 à iiô avant
Jésus-Christ, — Paris, 1905 ; in-8".
Journal ^ savants^ décembre 1905. — Paris, 1906;
Archives marocaines^ IV, 2-3; V, i. — Paris, 1906; in-^*.
Sylvain Lévi. Le Népal, étude historique d'un royaume
hindou, t. II. — Paris, igoâ; ini-8*.
Revue de l'histoire des religions, LII, 2, — Paris 1906;
in-8\
J. DE Morgan. Mission scientifique en Perse, III, 1 : Études
géologiques, — Paris, igoS; în-8*.
Recueil de mémoires orientaux. Textes et traductions pu-
bliés par les professeurs de l'Ecole spéciale des langues orien-
tales vivantes à l'occasion du XIV* Congrès internationid des
Orientalistes. — Paris , 1 906 ; in-8*.
Musées et collections archéologiques de l'Algérie et de la Tu-
nisie. — Musée de Tlemcen, par W. Marçais, — Paris, 1906;
in-folio.
Bulletin archéologique , 1 906 , 2 * livr. — Paris , 1 906 ; in-8".
Par lb Gouvernement indien :
District Gazetteers, Statistics, 1901-1902 (Districts de
Chittagong, Malda, Dacca, Mymensingh, Bogra, Faridpur,
Backergunge , Pabna , Rajshahi , Rangpur, Noakhali , Tippera,
Dinajpur, Japalguri, Chittagong Hifl Tracts), — Calcutta,
1905, i5 vol. in-8\
H.-R. Nbvill. Sitapur, a Gazetteer (t. XL des District
Gazetteers of the United Provinces of Agra and Oudli ). —
Allnhabad, i9o5; in-8%
W. Francis, Anantapar (Mudras District Gazetteers), —
Madras, igof); 2 vol. in-8\
NOUVELLES ET MÉLANGES. 121
Le Maséon, nouvelle série, VI, 3-4. — Lou vain , 1906;
m-8°.
A Commentary on the Book of Joh , from a Hehrew Manu-
script in ihe University Library, Cambridge, translatée! by S. -A.
HiRSH, Ph. d. — London, igoS; in-8°.
Bulletin de Littérature ecclésiastique , décembre igoS. —
Paris, 1906; in-8*.
The Indian Antiquary, october 1905. — Bo^ay, 1906;
in-4".
N.-N. Pantousoff. Matériaux pour l'étude de la langue
kozake-kirghize (en russe), 6* fasc. — Kazan, 1903*, in-8*.
Zeitschijt fàr hehrœische Bibliographie, IX, 6. — Frank-
furt a. M., 1906; in-8°.
Par la Société :
Journal asiatique, septembre-octobre 1905. —Paris 1906;
in-8'.
Mémoires de la Société de linguistique de Paris, XIII , 6. —
Paris , 1 906 ; in-8*.
The GeographicalJournal , XXVI , 6 ; XXVII , 1 . — London ,
1906-1906; in-8°.
The Asiatic and Impérial Quarterly Review, January 1906.
— London, 1906; in-8%
Journal of the Straits Branch of the Royal Asiatic Society,
n" ào-iA, — Singapore, 1904-1905; in-8°.
Comité de conservation des monuments de l'art arabe. Exer-
cice 1904, fasc. 21. — Le Caire, 1906; in-8".
La Géographie, XII, 6. — Paris, 1906; gr. in-8*.
M AHÀMAHOPÀDHYÀYA Hara Prasad Sastri. A Cutulogue of
Palm Leaf and Selected Paper Mss. belonging to the Durbar
Library, Népal, With a critical introduction by Professor
Cecil Bendall. — Calcutta , 1906; in-8*.
Revue des études juives , n" 101. — Paris, 1906; in-8*.
Revue biblique , ^Sinyier 1906. — Paris, 1906; in-8*.
Revue africaine, n" 258 269. — Alger, 1906; in-8°.
U2 JANVIER-FÉVRIER lftQ6.
Par lb Miifisiiu de lInstrugtion PUBLiQim
ET DB6 Beaux-Arts :
Bibliothèque des Écoles françaises d'Athènes et de Rome.
Fasc. 95 : G. Colin , Le Calle d'Apollon Pytkiem à Athènes^
— Fasc. 94 : G. Colin , Rome et la Grèce de 200 à iM avant
Jésus-Christ. — Paris, 190^; in-8'.
Journal dfis savants^ décembre igo5. — Paris, 1906;
Archives marocaines^ IV, 2-3; V, i. — Paris, 1906; in-^*.
Sylvain Lbvi. Le Népal, étude historique tun royaume
hindou, t. II. — Paris, igoâ; in-8*.
Revue de l'histoire des religions, LU, 2, — Pari* 1906;
in-8-.
J. DE Morgan. Mission scientifique en Perse, m, 1 : Études
géologiques, — Paris, 1906; în-8*.
Recueil de mémoires orientaux. Textes et traductions put-
bliés par les professeurs de l'Ecole spéciale des langues orien-
tales vivantes à l'occasion du XIV* Congrès international des
Orientalistes. —Paris, 1906; in-8*.
Musées et collections archéologiques de l'Algérie et de la Tu-
nisie. — Musée de Tlemcen , par W. Marçais, — Paris , 1 906 ;
in-folio.
Bulletin archéologique , 1906, 2* livr. — Paris, 1906; in-8^
Par lb GonvBRNBMBirr indien :
District Gazetteers, Statistics, 1901-1902 (Districts de
Clnttagong, Maida,Dacca, Mymensingh , Bogra, Faridpur,
Backergunge, Pabna , Rajshahi , Rangpur, Noakhali , Tippera,
Dinajpur, Japalguri, Chittagong HiÛ Tracts), — Calcutta,
1905, i5 vol. in-8°.
H.-R. Nkvill. Sitapur, a Gazetteer (t. XL des District
Gazetteers of the United Provinces of Agra and Oudh ), —
AHaliabad, 1906; in-8*,
W. Fnwcis. Anantapar [Mvdras District Gazetteers), —
Madras, ic^oï}\ 2 vol. in*8\
NOUVELLES £T MÉLANGES. m
Madrés Dhtrkt GrazêUeer*. &flti$tiad Appwdiaifof Cnàda-
pah District. — Madras, igoB; in-8'.
Kamal bd-Din Ahmad and Abdu *l-Muqtadir. Catalogue
of Arabie and PersianManascripts in the Lihrary ofthe Calcutta
Madrassah, With an Introduction by E. Dbnison Ross. —
Calcutta , 1 goS ; în-8*.
Arekaeologica} Survey rf Wêsiem India, vol. VIII. — The
Sâmhammadim Architectare of Ahmadahad , fstri, II, by Jas.
BviiGBf». — LoQdon , 1 goS ; gr, in4*.
Par la Bibuotuèque nationale csiitiuix db Fi/)Iiibncb :
Bolktiino deU^ puhblicazioni italiane ricevute per diritto di
sUimpa^ num, 60. — Firenie, igo5; in-8**.
Par l'Université Saint-Joseph , À Beyrouth :
Al-Maçhiq, VII, aS, a4. — Beyrouth, 1906; în-8*.
Par l*Uiiitbrsité Harvard, X Cambridge (Massachusetts) :
The liittle ClayÇari (Mrcchakatika) ^ a hindu Drania, attri-
buted to Ring Shûdraka, translated. . . by Arthur William
Rydbb, Ph. D. — Cambridge (Massachusetts), igoS; in-8\
SEANCE DU 9 FRVWER 1906.
La séance est ouverte à 4 heures et demie, sous Ja prési-
dence de M. Barbier de Meynard.
Etaient présents :
MM. Senart, vice-président; Allotte de la Foye, Bas-
MADJIAN, BOURDAIS, BoUVAT, CaBATOX , J.-B. ChABOT, de
Chabbngey, Rubens Duval, Fargenel, Finot, Graffin,
Gdimet, Haliévy, Ismaël Hamet, Victor Henry, Clé-
ment HuART, Labourt, Manceaux-Demiai) , Meillet, Mer-
siER, Nau, Revillout, Schwab, Specht, Tamamchef, Vin-
son, membres, Ch aw aunes ^ . secrétaire.
124 JANVIER-FÉVRIER 1906.
Le procès-verbal de la séance du 12 janvier est lu et
adopté.
Est reçu membre de la Société :
M. Fevrbt (André), attaché à la Bibliothèque Nationale,
8, rue Renault; présenté par MM. Moret et Schwab.
M. r.E Président donne lecture d*une lettre dans laquelle
M. Gabriel Ferrand sollicite une subvention pour une publi-
cation relative à des documents arabico^malgaches de la Bi-
bliothèque Nationale. Cette demande est renvoyée à la Com-
mission des fonds qui statuera.
M. GuiMET présente le tome XVII des Conférences faites
au Musée qui porte son nom; M. Guimet est Tauteur de
toutes les conférences contenues dans ce volume.
M. Tabbé Nau présente en son nom un article extrait de
la Revue de ï Orient chrétien et intitulé Le Chapitre sur les
saints anachorètes et les sources de la vie de saint Paul de
Thèhes, — M. Nau dépose ensuite sur le bureau les épreuves
du premier fascicule de ï Histoire des Patriarches d'Alexandrie,
publiée par le D' Evetts.
M. Sylvain Lévi, qui était inscrit comme devant faire une
communication , s'est excusé par letlre de ne pouvoir assister
à la séance. La parole est donnée à M. Tabbé Chabot qui
propose diverses corrections de texte élucidant des gloses de
Bar Bahloul et du Thésaurus syriacus,
M. Rubens Du val approuve ces restitutions.
M. DE Charengey signale des indices de parenté entre
r ancien susien des Achéménides et divers idiomes caucasiques,
notamment le géorgien.
M. Senart propose une traduction nouvelle d une petite
inscription trouvée près Je Kapilavastu et déjà étudiée par
plusieurs indianistes. — Ces deux communications paraîtront
dans le Journal,
La séance est levée à 6 heures.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 125
OUVftAGES OFFERTS X LA SOClÉïÉ.
Par les autecrs :
Allotte de la Fuyb. Monnaies de VElymaîde. — Chartres ,
1906; in-4*, avec adas.
Sri Kalinath Murer ji. Popular Hinda Astronomy, —
Calcutta, 1906; in-16, avec atlas in-^".
M'hammed Bel Khodja. Roznémé Tounsié ou Annuaire tu-
nisien pour Vannée 1323 de Vliégire. — Paris, 1906; in-8".
A. Wiedbmann. Jacob Kraal (Extrait). — Paris, 1906;
in-8-.
— Die Anfànge der dramatischen Poésie im allen Àgypten
(Extrait). — Genève, 1906; in-S**.
Comte de Charencet. Epreuves et châtiments de Vautre vie
d'après les Mexicains et les Boaddliistes. — Caen, 1905,
in-8^
0. Olufsen. a Vocabulary of the Dialect of Bokhara. —
S. 1., 1906; gr. in-8°.
Ch. Clermont Ganneau. Recueil d'archéologie orientale,
VII, 8-12. — Paris, i9o5; in-8^
K.-J. Basmadjian. Les Ecritures cunéiformes ^ chaldéennes et
assyriennes (en turc). — Constantinopie , i3i2 ; in-16.
F. Nau. Le Chapitre sur les saints anachorètes et les sources
de la vie de saint Paul de Thèbes (Extrait). — Paris, 1906;
in-8".
Edouard Chavannbs. Fables et contes de Vlnde extraits du
Tripitaka chinois (Extrait). — Paris, 1906; in-S".
Emile GuiMET. Conférences faites au Musée Guimet, tome
XVIL -^ Paris, 1906, in- 18.
Par les Editeurs :
Revue critique, 39* année, n° Sa. — Paris, 1906; in-8°.
— 4o' année, n*' i-4.. — Paris, 1906, in-8''.
The Korea Review, V, 10. — Séoul, 1906; in-8".
126 JANVIER-FEVRIER 1906.
i^o/j6i6/io7i, janvier 1906 (parties littéraire et technique).
— Paris, 1906; in 8*.
Victor Chauvin. Bibliographie des ouvrages arabes, IX. —
Liège et Leipzig, 1906 ; in- 8*.
7%tf Journal <f ihe Bombay Brandi of tke Royal AsitUic So-
ciety, n** LX. — Bombay, 1906; in-8"*
Kekti Szemle, VI, 2-3. — Budapest, 1906 , in-8'.
Antoine Dard. Chet les ennemis d'Israël, — Paris, 1906;
in-i8é
Bbba-Ullah. Lés Préceptes du Bekaisme, traduit du persan
par Hippolite Dreyfus et Mirza Habib-UUah Qûraû. •—* Paris ,
1906; in'8.
Joseph Darian (Mgr.). Grammaire iyria^ae (en airabô). —
Beyrouth, 1906; in-12.
ThelniismAnii^aary, November and December (Part I),
1906. — Bombay, i905; ifi-4°*
Revue archéologique , nov.-déc. 1 906. — Paris , 1 906 ; in-S®.
Par la Société :
Tijdschrift voor Indische Taah» Land- en Volkesikmnée,
XLVllï, a. -- Batavia, 1906; in*8'.
iVot«fai« . .tan het Batammasck Genootxchâpy XUU^ i-3.
— Balavîa, 1906; in^\
TferilHmsdi Wetbodt (PëpaUm Tjérbon) van 1^ Jaar
1768, in tekst en vertaling uitgegeven door Dr. G.-A»4.
Hazcc (Verhanddkigen. . . ., LV, 2). --*« Batavia^ 1906;
gr. in 8'.
71e loamsd rftke Royal Asiaiic Sodêly rf Great Brùain
and Irelandj January 1906. — London, 1906^ iii*8°.
Bulletin de littérature ecclésiasticiue , janvier 1906. — Pa-
ris, 1906; in-S".
Mitteilungen der Deutschen Gesellschaft jur Naiar- and Vôl-
kerhunde Ostasiens, X, 2. — Tokyo, 1906; in-S®.
The American Journal of Philology^ XXXVI, 4- — Balti-
more, 1906; in-8*.
NOOVÊLLfcS Et MÉLANGES. 127
American Jiamfmi of Àrchétolo^, Octob. ând Decemb.
1 906. — Annual Reporta , 1 gôi*- 1 9a5. -— Norwoord Masè . ^
1905, m*8'.
The Jfapm Setiety, Tfèïisactbns and Pfoceédiftgs, VI, 3.
— Booklet, 12. — London, 1906; in-8".
The Joamal tif the Siam S&cietj, Il , h. — Bangkok , 1 906 ;
in-8«.
La Giofràfkie, XIII, 1. — Paris, 1906, in-8^
JokrnS, mUiaiique ^ ïiov.-déc. 1906. — Paris, i9o5; in-8*.
Zeitschrift der Deatschen Morgenlàndischen GrtseUschafi ,
LIX, 4.. — Leipzig, 1905; in-8% — Bibliotheksordnung der
D. M. G. S.Ln,d.; in.8\
The Geo^a^hical Journal , XX VII, a, — London, i9o5;
in-8.
The American Journal of Seniitic Languages and Littéra-
tures ^XS.11, a. — ^ Qitcago and New York, 1906, in-8".
Par le Ministère de LlivsTRuctiON PtJBLit)UE Et des Bfe\tJX-ARts :
BiUioMque de lÉcole des H<aut€s Études > 1 54* fMc. ^, l * par-
lie. — Les Assemblées du clergé de France , par L. Serbat. —
Paris , 1 906 ; in-S**.
Ecole pratique des Hautes Etudes. Annuaire 1906. — Paris,
i9o5; in-8\
Archives marocaines , \ ^ 2, VI, 1-2. — Paris, 1906; iii-8"'.
Biiiliothèque des Ecoles françaises d'Athènes et de Rome
Fasc. 96. : Ch. Samanan et G. Mollat. La Fiscalité pontifi-
cale en France au xiv* siècle, — Paris, 1906; in-8°.
Joamal des savants, janvier 1906. — Paris, 1906, in-4°.
Par le Gouvernement indien :
G.-A. Bell. Manual of Colloquial Tibetan, — Calcutta ,
1905, in-S*.
The Indian Ai&ifBiaryy December 1904, Part IL -^ Bom-
bay, 1904; in-4*.
E. HULTZSGH. Report on Sanskrit Manascripls in Southern
Indian, û* ïîî. — MlBidras, i9o5;în-8*.
128 JANVIER-FEVRIER 1906.
J.-F. Blumhabdt. Catalogue of the Library of the India
Office, II, IV. — London, 1906; in-8°.
List of Sanskrit, Jaini and Hindi Manascripts. . , in Sanskrit
Collège, Benares, daring theyeav 190 U, — AUahabad, 1906;
in-8'.
H.-R. Neyill. District Gazetteers of the United Provinces.
Vol. XLIII iFyzahad, — Allahabad, 1905; in-8'
Madras District Gazetteers, Statlstical Appendis: for South
Canara District and for Tinnevelly District. — Madras , 1905 ;
2 vol. in 8".
Par lb Rritisu Musbum :
ll.-R. Hall. Coptic and Greek Texts of the Christian Pé-
riode . . in the British Muséum, One handred Plates, —
London, i9o5; in-fol.
Par L*l)>ii?KRsrrK d'Upsal :
Sphina;, IX, 4. — Upsid, 1906; in-8".
Par la Ribliothbca Nazionale Centrale di Firbnse :
Bollettino délie pubblicazioni italiane ricevutc pcr diritlo di
stampa, num. 61. — Firenze, 1906; in-8**.
Par l'Umvkrsitk Saint-Joseph à Beyrouth :
Al-Machriq^ IX, 1-2. Beyrouth, 1906; in-8'.
ANNEXE AU PROCES- VERBAL.
(Séance du 9 f<*vrier 1906.]
1. Sur une glosb de Bar Bahloul : i^xdoi^- A^aoooi^.
On trouve dans le Leadqae de Bar Bahloul, éd. Du val,
col. 55 , 1. 1 5 , la glose suivante :
NOUVELLES ET MÉLANGES. 129
et col. 76, 1. 8 :
Ces passages ne sont évidemment que la répétition d'une
même ^ose, mal transcrite dans lun ou Tautre cas. M. Imm.
Loew, influencé sans doute par l'explication , avait suggéré ,
comme simple conjecture , de voir dans le premier cas le mot
latin exsaL Cette hypothèse suppose une mauvaise graphie
à cori'jger en ^^CLùty^r^; cette supposition serait assez plau-
sible paléographiquement ; mais elle se helirte à plusieurs
diflicultés : 1® L'emprunt direct d'un mot latin; passé en
syriaque (à une époque ancienne) sans l'intermédiaire du
grec , est un fait presque sans exemple qui ne doit pas être
admis sans des preuves solides; 2® t^ScLûo^l^ ne signifie
pas exsttl, mais exUium; 3" la seconde glose (qui paraît iden-
tique à la première) peut difficilement être ramenée à la
lecture AgfA^M^; tandis qu'au contraire, dans l'écriture
jacobite surtout f'^uvoo) peut facilement être une corruption
de U^o] ; enfin , 4* la seconde glose est vocalisée : ce qui
suppose plus d'attention de la part du copiste, et lui donne
à priori plus de chances d'être la leçon correcte.
Je crois avoir retrouvé le texte même qui a servi de base
au lexicographe , dans une lettre du catholicos Isô yahb III ;
il en résulte : i* que la bonne leçon est bien r^ùùCkX^*
2° que ce mot est synonyme d'exilium, dans le passage in-
diqué; et 3° que le lexicographe ne paraît pas avoir compris
l'étymologie du mot, qui n'est autre chose que le nom
même de la ville d'Egypte Oasis , en grec >; Ôaais ou ^ A^ijacris.
Le texte auquel je fais allusion se trouve dans la dernière
lettre du recueil épistolaire de 'Isô'yahb '. Elle est adressée
au clergé et aux fidèles de l'Eglise d'f^desse (jtw'Hai^-^).
On y lit (p. 283, 1. 22) : rd— » ^orcf orcf A -A . ■■aki
* R. Du VAL, Isû*yahb Liber Epistularuni [Corpus Scr, Chr. Or.,
Script. Syri, ser. II, t. LXIV, p. 283 etsuiv,).
draiMr.uiB aATloaALKï
130 JA>V1KR-FÉVR1KR lyUH.
Et un pea plus loin (p. a84, L 4) : ^^-=^^ \jiX^<à^
. t^-MuiL^^ r^\>xnf ^ sSiàiM^ .^^^^% i^ito^ttf^
Le mot K^iLfiooi^ est en syriaque U transcription du
grec owtU Si on ]ui donne ici cette signiGcation « on n'ob-
tient aucun sens satisfaisant , dans ces deux passages paral-
lèles. Mais si on lit avec Bar Bahloul r^iopoir^^ et si on re-
connaît là le nom de la ville d'Oasis, qui était sous les
empereurs byzantins un lieu habituel d*cûl"« surtcmt pour
le clergé d'Egypte , on obtient un sens très précb et très clair,
et les deux passages parallèles sVipUquent mutucdlement.
|ja traduction servile serait la sni vante :
Et pro Oasifamosa in Edrfsa dilccta n\<ini rommirtavit nMs
Deits exiHam ( in ) hcam qaiefis
/'ro cnim Soba ' nostnt, qaar fit if nobis Oasis per pkrrs
mr/r.ccy, m Ktlrssa rcstra commntttfas est nabis locms tpii^iê. . .
< jue le patriarche nesiorien ait pris le noA d*Oasia pour
symboliser Teiil, cela est d'autant moiifs surprenant que
T^estofHis lui-mémo avait été eiilé eif cet endroit.
La seule difttcuUé réelle porte non sur le sens^ qui paruil
indubitable^ mais sur la lecture matérieUe. On Kt en effiEfi
' kSs^ax. L*uuteui% qui a employé ><M'Slt1^ dans te iHre, em-
ploie irr le nom grec à cause de la consoimaiMT entre YisierW^
' Le tente du ms. porte l^^^ki^n y^\caxM^f^ fCf'îîkll^,
luais le sens el le second passage paraissent iadiquer qu*il y a eu
transposition.
^ Cf. Zos., V, i\; D'uj,, MI, 5; Jlstin., 9, 17, 26.
^ ( '/e»t-à-chre Nitilie [hébr. : r017); il l'appelle AwriiM»» parc;»
«ju'il axait l'-ti' l'Icxr à rKrole 4e rettc rille.
NOUVELLES Et MÈLAMOftS. i^l
f^^kfitfoh^ ar^i Que faire des lettres 01^? On peut cunjdc-
tiirôr qnc nous avons Jà Tartide grec ^ , qui aurait été tran-
scrit cifw ou li^u de 9^1 ou bien réunir le tout en un seul
mot et lire l<lûfiôttfcW^. Cette dernière forme ne s'écarte
pas beaucoup des différentes orthographes connues du nom
d'Oasis. Ori le trouve écrit «iûboi^ (ZiHIHah., éd. Mai,
Seripté Vet, N, CoU»i p. 332$ éd« Land, p. 100, 119);
i^x»rdcir^ (liici., p. 1^4, 217); «ouLûordor^ (Athana»«,
EpUt.i Ij 18). Mais y quelle que soit la lecture quon pré-
fère, il semble bors de doute qu'on doive reconnaître sous
cette graphie le nom propre Ai;a<T«.
On atira reoiârqiië que ce nom est appliqué métaf^ri-
quefifênt k )« ViUe de Nisibe; Or, d'après une note citée dans
le Thesaaraê syriacas, col. 1670, Nisibe serait appelée à'nû
nom d'apparence très étrange : oôt^ofÀufioitmAy N'y aurait-îl
pas là une déformation maladroite de éùtKÙàcoi^ ><n ? C'est
une simple hypothèse que j'émets, sans y attacher plus d'im-
portance é[tl'élle ne comporte.
II. KfXsACi^Vy. [Thés, syr,, col. 4197).
Ce mot signifie vessie, gr. k^xtIis. Parmi tes exemples
cité* sot» €5« nlot dan* le Thësaarus syr* ^ on lit ? « //i média
€adà siia est terra mI i^&tààj^ v4^VvMèA\se. » i. e^ ^ ut vesica
if^ata.
Cette locution stngulièie n'est poini exacte* La phrase est
tirée du Cbmmentaire de Bar Salîbî sar les Evakgiles, on le
cotitcctte donné un sens tout différeht; Voici le passage en-
tk» ^ et âa traduction mot h moi :
• »^"^•H t^vv^in rr\ \ y^ '^\ \ ^^\^ • \'^ • ^\tnHfél
^ Bar Saîïhï, Ccntm. ifi ktancfelia. ctl. Sedîafcek, {Corfms Scti
Chr. Or. . Sriipl. S\ii, Scr. Il, t. XCVIIÎ, p. 99).
o
132 JANVIER-FÉVRIER 1906.
Ils disent (les Chaldéens, en pariant des astres) quil y en a
sept qui vont de l'Occident à l'Orient, et douze de l Orient à
V Occident, avec le corps des deux qui entoure, comme le cercle
d'aune roue, le circuit de la terre, et la terre se trouve au milieu;
comme une vessie goiiflée , et au milieu d'elle (de cette vessie)
un grain de millet.
Nous avons ainsi une explication plausible et très natu-
relle. La terre occupe le centre des corps célestes; ceux-ci
l'entourent conmie une roue; tout cet ensemble peut être
comparé à une vessie gonflée au milieu de laquelle se trou-
verait un grain de millet figurant la terre.
J.-B, Chabot.
NOTE SUR L'INSCRIPTION DE PIPRAWA.
Les services qu*a rendus M. Fleet et Tautorité quil
s*est acquise en matière d'épigraphie indienne sont trop
connus pour que rien de ce qui vient de lui paraisse négli-
geable. Le Journal* Asiatique de Londres nous a apporté
récemment (oct. 1906 et janv. 190G) deux notes qu*il a
consacrées au vase de Piprâwâ. Avec une observation très
précieuse et tout à fait décisive , elles contiennent des inter-
prétations et des commentaires que j'estime moins heureux.
La haute compétence de M. Fleet risquerait de les accrédi-
ter. Je croîs .bien faire de résumer rapidement qu^ffoes uns
de mes scrupules. Je n entends pas (*ntrer dans une discu^:
sion étendue ; je voudi*ais simplement essayer de fournir une
petite contribution a Tintelligence de ce texte eourt, mais
curieux.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 133
J*en rappelle d*abord les termes :
Sukitibliatinam sabhaginikanam saputadalanam iyam salilani-
dhane budhasa bbagavate sakiyanam.
11 ne semble pas que la lecture laisse place à aucun doute
grave. Elle avait, pour tout l'essentiel, été d'abord parfaite-
ment établie. Mais M. Fleet a eu le grand mérite de démon-
trer que l'épigraphe commence, non par iyaik, mais par
sukiti", que sakiyanam en est le dernier mot. Ceci posé, il s'en
déduit des conséquences importantes.
1* Et d'abord si sakiyanam a été ainsi soigrneusement
séparé des génitifs pluriels qui ouvrent la phrase, c'est
évidemment de propos délibéré et pour bien marquer que
la relation grammaticale n'est pas la même dans les deux
cas. Il n'est donc pas permis de prendre sakiyanam comme
un qualificatif de 5iiAri<i6/m^inam. *
2** Quant k la fonction du génitif initial, elle est précisée
par d'abondantes analogies. Les dédicaces comparables sont
nombreuses, notamment dans les grottes de l'ouest. Tou-
jours, autant qu'il m'en souvienne, quand l'objet de là
donation est exprimé et qu'il l'est sans addition de dànam ou
deyadharma, le génitif par où elles commencent désigne le
donateur. Pourquoi en serait-il autrement* ici? C'est d'autant
plus improblable que les épithètes sabhaginika, sapntadala,
des équivalents ou des similaires , reparaissent plus fréquem-
ment dans les formules pour associer les parents dénommés
au mérite delà fondation pieuse. Ces considérations sont, je
pense, péremptoires. Mais, même a priori, ne sèrait-on pas
fondé à s'étonner que — comme ce serait le cas si l'interpré-
tation de M. Fleet était exacte — on eût , dans une urne d^
là dimension ordinairement affectée à des reliques indivi-
duelles, prétendu enfermer les restes d'un tel nombre de
défunts ? que , les honorant d'une inscription funéraire , on
les eut enveloppés dans un commun anonymat?
y L'expression salilanidhana est d'ailleurs incompatible
avec lidée de simples restes morUiaires. Nous retrouvons
J34 JAWVIBH-FKVRiKIi lilOÔ,
hrîra dans inscription àp T«|^fa#|{â, df|9|l ripiisrip^ÛHi do
vase de Bimaran; comme ici il y est rapproché da nom
de bhagavat; ici comme là il s'applique à des «relicpes» do
Bouddha. Le mot nidhâna implique une Idée de trésor,
de dêpdt précieux. Assurément éarîra a d*||^ort} ^^dji la
langue commune le sens général de « eorps ». Mm jp doute
que , dans la Ungue tKmddhique , il fat posnilile , MM vçl pç^t
de vue des idées , soit nu point de vue de TeiqpreMion , d^ jus-
tifier par dei analogies 4uflSsante4 Temploî supposé de
Sarîranidhâna pour désigner dei restes oiOFtels boq non-
sacrés par le cuite, Certainement nous «omm^f en présence
d*nn «dépôt de reliques du Bouddha bienbenrau^ »,
i^ Reste $akiyanam. J'ai dit pourquoi nou» ne le pmvens
construire en apposition a suHiihhaiintm et que la positûm
même des termes e^^clut cette hypothèse. M* V\^ a*est
donné beaucoup de peine pour présenter le mot comme «
non pas sàkya» ainsi que lavaient tout liatnrpilement
entendu ies précédente interprètes, mais^i?^^; U ny
aurait en eflet nulle impossibilité formelle. En revanche, s*il
faut, comme je viens de rétablir, rattacher le génitif ^a^oM
bhagavaie à saliknidhm0» fvakfya employé absolument me
présenterait ii;i aucun sens défini, H y a plus. Faisoni abs-
traction de cette «diffîcnlté et des observations ^nt^rieurea;
je serais bien surpris qu'aucun philologue tint pour admis-
sible une locution bhayHvaliib ù'akïya pour dire hhag^vtHo
JHâtayali, SvakivQ « les siens », se peiit bien employer, fliomme
équivalent de f> parents >• , dans une pbraie où , comnie dans le
vers du MBh« cité par M- Fleet , il f st question des pafents
du sujet : svaktyân nijfiyknuh «ils ont tué les leurs» ; pe n*est
pas une raiion pour qu'il soit loisible d'écrire ffoidhasya ive-
kîye pour dire «parents du Bouddha», pas pli}< qn'on ne
pourrait en français dire • les siens di) Bouddha ». Sakija est
bien = iàkya, tout simplement.
r.a fonction de ce génitif n'est pas plus my&iéneiise *.
^ .raurais, pour rraiitres raisons, bien d'autros r^senos à frife
NOUVELLES ET MÉLANGES. 135
Dans ma notice iur les inscriptions de Karie (Epigr. Jnd^,
VU , p. 5o ), J*ai fait allusion à Tusage en vertu duquel up
génitif pluriel est parfois attaché a un nom d^homme poiir
définir la popidation , le clan , la seote a laquelle il appar-
tenait. Il serfiit aisé de multiplier les exemples (comm^
Bedsa , n' 3 ; Kuda , n* 3 ; Kaiie , n" 8^9 , dans Cave iempk^
Inscript,). Il en est de même ici, et sakiyanam «des Sâl^yasi,
désigne le Bouddha comme un rejeton de la race des
Sâkyas. La mention est particulièrement naturelle en une
inscription gravée peut-ôtre par des gens de sa race, en
tous cas posée en une région voisine de Kapilavastu et où le
nom de Sâkya était en honneur. La littérature bouddhique
du Nord a généralisé Tapi^cation au Bouddha du nom de
Sâky^muni ; c'est donc que de vieille date on rappelait volon-
tiers r origine ethnique du maître. 11 est vrai que , dans les
exemples que j^en puis alléguer, le gépitif ainsi employé pré-
cède le nom; mais rien ne s'oppose à ce que, placé après, il
remplisse le n^ème rôle, et Ton voit as-ez que, dans ce cas
p^rtipuUer, le déplacement était inévitable,
5° Une seule obscurité demeure ; c'est celle qui enveloppe
le mot sukitibhatinarh. Etant établi que les génitifs du com-
mencement doivent viser le ou les donateurs, i^t le sens
des épitjiètes suivantes ét^nt parfaitement limpide, siMi
doit-étre un nom propre. Sakitibhalinam ne se peut en-
tendre que t Sukiti et ses frères ». Si on a pris la peine
d'inscrire ce vase, cest que l'on prétendait perpétuer
le souvenir de ceux qui avaient eu l'honneur de la fonda-
tion ; il serait paradoxal d'imaginer que Ton ait tenu à sign.Q-
1er des soeurs, des fils, des fenimes sans mém^e donner un
nom auquel ces parentés se pussent référer. Qu*un cerUiin
doute subsiste sur U forme étymologique sujtîHi, mkjii <W
toute autre , il importe assez peu puisque , de tonte fliçQn , et
sur la thèse générale de M. Fieet qui dans le nom des Sâkyas
ne veut voir qu'une restitution erronée en sanskrit du prâkrit
sahiyn pour svalnya. Mais je serais i)ien surpris si cette conjerturr
Taisait beaucoup d'adeptes, et je m'en tiens à mon objet immédiat.
136 JANV1£H-FKVH1ËK 1906.
comme ii arrive d*ordioaire pour les donateurs non princiers
qae nous révèlent les inscriptions, le personnage, quel
qu'il soit, ne nous est pas connu par la littérature, Smiârti
semble, a tout prendre , la restitution la plus probable. Ce n*est
pas à dire que Ton le puisse prendre, ainsi que le proposa
M. Flect, comme un appellatif du Bouddha : «rUliisIre».
Indépendamment des raisons préjudicielles que je viens
d'indiquer, une pareille conjecture serait singuUèrement
suspecte. G)mment supposer qu'une formule consacrée
comme celle-ci ait aux noms et aux titres connus du Boud-
dha substitué une épithète arbitrairement choisie et d'ailleurs
bien peu significative? Comment croire que les auteurs
du don se seraient désignés eux-mêmes en des termes si
imprécis, si peu en harmonie avec le caractère simple et
sobre de l'épigraphe ?
La traduction en parait en somme certaine et satisfai-
sante :
« Ce dépôt de reliques du bienheureux Bouddha [de la
race] des Sâkyas est [l'œuvre pieuse] de Sukitî et de ses
frères , avec leurs sœurs , leurs fds et leurs fenunes. »
Dans quelle mesure cette fondation se ratt^iche à cette
première distribution des reliques du Bouddha qu'atteste
la tradition , nous n'avons aucun moyen de le contrôler.
Ce qui est sur c'est que notre monument n'a rien à voir
avec la légende — quelle qu'en puisse être la valeur histo-
rique — qui relate la destruction partielle ou totale des
Sâkyas.
J'ajoute que , autant qu'il m'est permis d'en juger par les
reproductions qui me sont accessibles, je ne vois aucune
raison solide qui assigne à cette inscription une date anté-
rieure a l'époque d'Asoka.
£. Senart,
NOUVELLES ET MELANGES. 137
LE SENS DU MOT HEBREU ^DÇf .
La traduction admise presque universellement par les
lexicographes et les traducteurs modernes de l'Ancien Testa-
ment est « hauteur dénudée » . On dérive le mot de nstî^ « être
]isse, chauve». Cette étymologie est exacte, mais ne justifie
nullement l'idée de haatear. Nous croyons que la significa-
tion de ^DC^ est «un chemin battu, une piste». En admet-
tant ce sens, tous les passages où se trouve le mot ^DC^
s'expliquent sans difficulté, tandis que le sens de «hauteur
dénudée » se heurte parfois à une véritable impossibilité. Les
anciennes versions sont dans Tensemble favorables au sens
de «chemin battu». Enfin le parallélisme et le contexte four-
nissent en faveur de ce même sens des probabilités très
fortes, si fortes que plusieurs diront certitude.
Passons eu revue les neuf passages ( en omettant Job, jaxui ,
2 1 : texte corrompu) où ^DC^ se présente :
Is., XLi, i8 :
Je creuserai des fleuves le long des pisteÈ
et des sources au miheu des plaines;
Je changerai ie désert en iac,
les terres desséchées en eaux jaillissantes.
LXX : èiri t6ôv ôpéaûv; Pesh.: )>a^; Targum: pl^i; Valg.:
in supinis collibus.
Le Prophète décrit le retour des exilés par le désert. Dieu
poussera les soins affectueux jusqu'à transformer le désert
aride en une terre abondante en eaux. Les images sont ex-
trêmement hardies, mais il est injuste de prêter au poète
la métaphore grotesque de fleuves creusés sur des mon'-
tagnes \
' Au verset Is. , xxx , 2 5 , je lis D^DI sang, au lieu de Q^D eau. Cette
138 JANVIER-FÉVRIER 1906.
Le ïargum a bien vu qu'il s'agissait de chemins, 11 tra-
duira toujours par ce même mot KIHJ {bslqî Nombres, xxiii, 5) qui
sij^niûe selon les cas o chemin» ou o cours (d'eau)» (cf. Jas-
trow, A Dîctionary of the Targamim., . s. k. v.). Le sens
de «montagne» est d*autant plus inadmissible que le dé-
sert sera miraculeusement nivelé pour le passage des exilés
(XL, 34).
Is. , XLix, 9 h'C :
Le long de tous leurs chemins (d^5*^t) ils pourront paître,
le long de toutes les pistes ils auront des pâturages.
LXX : <f«r9 rpi€ott; Pesh.: nua*.; Vulg, : in omnibus
planis.
Ici, les versions sont d'accord pour traduire : «chemin,
chemin battu, piste. » Dans ce texte et dans tous les suivants,
sauf Nombt^s, xxiii, 3, la Peshitta traduit fort bien par^V^A*
« chemin , semita ».
Le parallélisme avec 0^3*11 «chemins» est parfait. Le
sens « hauteur dénudée» est insoutenable , car i*le désert que
doivent traverser les exilés pour revenir dans la Terre pro-
mise ne consiste ni exclusivement • ni principalement en
correction, que je ne trouve nulle part, me semble impérieuse-
ment exigée, par le contexte :
Alors, sur toute haute montagne,
(»t sur toute colline élevée,
il Y oura des puisseaux, des «fleuves de sang»,.
au JQur du grand ma£sacre ,
(juand les tours tomberont.
Lq prophète représente les collines couronnées de tour» fwti-
fiées : i'fnnf^pii jes renverser» at )e massacre sera tel que le sang
coulera en ruisseaux sur les pentes. Les «fleuves d'eau» sont donr
à rejeter.
Au Ps. civ, 10, les fleuves « niarrlient entre les monta<;nos»,
■coinmc il convient» •. -..•..
NOl)Vt:L.HîiS ET MÉLANGES. J39
hauteurs (dénudées) , et 2" les pâturages que Dieu prorpet ne
peuvent pas se trouver sur des collines pelées.
JÉR. , III , a :
Lève les yeux vers. les pistes (du déserl)
et vois où tu ne t'es pas accouplée.
Tu t'asseyais le long des chemins pour les (guetter) ,
comme ùâ\. TArabe dans ie désert,
Israël infidèle est comparée ici à une fi^mme de mauvaise
vie épiant les passants près des grands chemins, dans des
endroits écartés, «comme fait l'Arabe dans le désert». Jé-
rémie semble penser à l'épisode de Thamar [Getu, xxxviii,
i4 sq.). C'est donc bien h tort qu'on a voulu voir ici le ta-
bleau si fréquent de l'idolâtrie , tel qu'on le rencontre, par
exemple au v. 6 : «As-tu vu ce qu'a fait l'infidèle Israël?
E^e est allée sur toute montagne élevée et sous tout arbre
vert, et là elle s'est prostituée.» Même en donnant à *Dt^ la
signification de «hauteur dénudée» , on ne peut pas y voir
facilement les collines boisées où se pratiquaient les cultes
idolâtriques.
LXX : eis eiSeîav. Ont-ils songé à un chemin dtvit, ou
bien ont-ils lu un autre mot, par exemple : D>*1tf>D ? Vuly. :
in directum. Remarquer encore ici le parallélisme avec che-
min (D>3-n).
JéR.,''iii, 21 :
Une clameur* se fait entendre sur les pistes (du désert) :
ce sont les pleurs suppliants des enfants dlsraêL
Car ils. avaipnt perverti leur ijoic (d^^t), -
ils avaient oublié Jéhovab leur Dieu.
Les exilés sont représentés comme errants (iv, i) dans up
désert (m, 12, 22), mais invités à revenir : ils sont inôine
déjà en route (v. 23).
Encore le parallélisme avec 'ÎJ'IT «chemin, roinn,
ïi\\ ont lu à tort Ç^PSfc* -)($i}^é(ûVi
140 JANVIER-FKVRIKR 1906.
JÉR. IV, 1 1 :
Un vent brûlant (souffle) sur les pistes, dans le désert,
(sur) ie chemin ('H^l) <le la (ille de mon peuple.
Ce vent brûlant représente la marche rapide des armées
(v. 7 sqq.) se dirigeant par le désert contre Jérusalem (cf.
ijifra, XII, la).
LXX omettent; Valg. : in viis. Le Targain prend ici ie
mot Nl^i^ bien arbitrairement, au sens de cours d*eau : h^*
p>Dl pirii ^^1 «près des sources des cours d'eau».
Encore le parallélisme avec Ipl,
JÉR. VII, 29 :
Coupe ta chevelure vierge et jette-là :
entonne sur les pistes (du désert) (ta) lamentation.
C'est le seul passage où il ne s'agisse pas expressément
du désert. Mais comme dans tous les autres cas ^DI2f désigne
frun chemin battu dans le déseit», il n'est pas téméraire
d'admettre qu'il s*agit é<>alement ici du désert, Israël, comme
une femme esclave , coupera sa chevelure et sera emn^enée
captive par le désert.
LXX ont encore lu ici D^rStT = ^eiXéœv. Vnlg. : in direc-
tum.
JÉR, XII, I 2 :
Sur toutes les pistes, dans le désert, arrivent les dévastateurs;
oui , le glaive de Jéhovab dévore le pays d'une extrémité à l'autre :
aucun vivant n'est sauvé.
LXX : heK^oXijv « passage , défilé » ; Valg, : omnes vias.
Il s'agit, comme dans iv, 1 1 (sapra), des armées arrivant
par le désert pour ravager le pays.
JÉR. XIV, 6 :
Les onagres se tiennent immobiles sur les pitiés (du désert),
ils aspirent fair comme des « dragons » ,
leurs yeux s'éteignent, car il n'y a plus d'herbe.
NOUVELLES ET MÉLANGES. I4l
11 s'agit encore du désert ou steppe syrien (v. 5 : Dlfe^).
LXX : vàiras t vallon boisé î » ; Valg. : in nipibus(î).
Remarquer Talll té ration : ^S5<^ D^St^.
Lire probablement D>:>^ri. Le TM (— chacals) donne un
sens difficilement justifiable.
Nombres, xxiii, 3 :
et ( Balaam ) . . . partit sur un chemin.
LXX : eiSetav; Pesh, : J^LBjk, « avec sincérité I » ; Targum :
^l>n> « seul » ; Vulg. : velociter.
On le voit, il n'y a ici aucun accord entre les versions.
Les modernes font monter Balaam sm^ une hauteur dénu-
dée, parce que, dit-on ingénieusement. Dieu s'y révélait de
préférence. Le sens est beaucoup plus simple. Balaam
demande a s'écarter afin de « rencontrer » Dieu dans la soli-
tude. Et pour s'écarter, il fit ce que tout le monde aurait fait
à sa place, il s'engage dans un chemin , il se met en route
sur une des pistes battues qui sillonnent le désert ou le
steppe. Pour la construction, comparer l'emploi analogue
de 1]")T Nombres, xx, 17 : « nous irons (par) la grande route »;
II Rois, m, 8; /s./xxxv, 8 (si le texte est correct); Jéi\,
XVIII, i5.
En résumé, le sens «chemin battu, piste» convient par-
faitement à tous les passages. Il a pour lui le témoignage
des anciennes versions qui ont admis ce sens ou un sens
voisin dans la plupart des cas : LXX: 2 (ou 4) fois; Pesh, :
7 fois; Targum : 'j fois; Vulg,: 3 (ou 4) fois. Le mot se
trouve A fois en parallélisme avec Ipl «chemin».
Quant à l'étymologie , on a raison de rapprocher ^92^ de
nDtCf «être lisse», racine qui a du reste iin développement
plus considérable en araméen qu'en hébreu. Le ^9t^ est un
chemin battu, rendu lisse par le fréquent passage des
antnaux ou des hommes. L'oiiglne du mot r ssemble donc
à celle de notre mot fdste, emprunté de l'italien pista.
142 JANVIER^FKVHIKK PJ06.
variatste de pestai substantif verbal de pislare, pesiaret « pres-
ser, piWr» (Darmesteter)j Cette étymologie est confirmée
par l'emploi de Tadjectif ^Dtf en aram<^en dans des phrases
comme : K^DC^ '♦snm KnniK »le cbemin des justes est
lisse (bien aplani, bien battu)», Targam : Prov,, xv^ 19.
L'origine des traductions « montagne , hauteur, sommet
dénudé » , ne serait- elle pas un rapprochelnefît âtèiitliî'èux
quon aura fait entre ^^}^ et nDt2fiJ"")n «montagne chauve •,
dlsaïe XIII, 2 ?
Paul Joùœi.
Les linguistes qui se sont occupes spécialement du vieil
idiome dit « Médique » , mais auquel conviendrait mieux sads
doute TappéUation de « Néo-Susieti», semblent aujottrd^hui
asse^ d'accord pcrur le rapprocher^ non pas des dildeetes
^taïques ou Ougro-Finnois , malgré sa structure aggluti-
nante , mais bien de ceux qui se parlent danf le CàucMè et
que Ton désigne parfois sous le nom de » DioscUriens ».
Âutamt qu il est permis de former des cofvjetftures au 9tijet
de langues encore imparfaitement étudiées, nous nous ra»-
gérions volontiers à cette manière de voir, du moins jusquà
noovel ordre. A Texem^ide de M* J. Hdévy, baa^ crains,
retrcrciTer entre le pétendu Médique et les psiters da Geo-
emm qnel^aes pmnts de cicmtiKt qoe Fon ftttriiniennt diffîri-
lement soit au pur hasard , soit à un eriiprafit. H est vrai que
nos rechercher ont porté à pett prè» exclusivement sur la
grammaire, non sur lé lexique. Quoi qo'il en mt, voici les
ressétÉiblances que nous croyons pouvoir fme ressortir.
Le fduriei du Mèdè (voir Jides Ofprrt, Le ptufle et Ut
langue âéi Mèdes, Paris, 1^79) est formé géneralemeiit par
Fadjonction d'un p oU d'une syllabe pê finale. El. : t:=f K=f
^Knf ^<*— tclni ncirvfftier*^ el td^ip tfdavsHefS»; -^^ sak
« ftlnis *, et êâkpe t fdii #j - ^^ Madtt # k Mède * , €t MAdapé * les
NCJDVÊLLKS ET MELA?CGES. Ii3
Mëdfs». Cep, signe de piaraiisation, se reûcortlre parfois
même dan» le yerbe; es^ : tiriki ttti disx^ et tïtikiff^ yaû»
dites ». Souvent, toutefois, il se ircfwré intercalé, ex. : çaktird
«in adlais», eiçaktipfa « tous aUiez ».
Un phénomèile tout sèÉnblabie se itianifeste dans les
iangnes du Caucase , au moîtis dans celles du groupe loiéré-'
thien. G*est la désinence hi ou ébi qui le plus souvent, mai»
non tox^ours, se trouve indice de pluralité en Géorgien; ex. :
^^i> mamà * père <►, et ^i*"^^» mamébi « pères» ; on^^rf thawi
«têtéf, et <w»g3Ïw ihawéhi ê iéiesii ; j^i^ hiho «écre visse*, «ît
^#>V3^« hihaébi «écrévisses» (voir Brosset, Éléments de là
Utngae géorgienne, PkA», 1887).
La ressemblance serait plus étroite enèore entre le Mède
et eertains idiomes, du reste apparentés de près au Géorgien.
C'est, par etemple, la sylinhe finale pe en Laie, eiphi en
Mlngféiien, qm marque normalement le pluriel.
D^kilportaiites âtffîmtës peuvent également étte signalées
entre les pronoms de ces différents parlers. Ainsi c'est , eii
Mède, r=: llf u qui indique le singulier du protiom de Ici
première personne. Le Géorgien, de son côté, emploie let^
mm èên de marquer celte personne dans le verbe; ex. :
g*(5i uar <« je suis», et ^tn warth « nous sommes «, par oppo^
sition à Mî kkar « ttt es *, et b(^^ ors « il est ». Sauvent, d'aiUeursy
ce w se trouve intercalé ; e\. î^33"g3^<^3^ chewiqwareb «J'aime »,
à côlé de '^<jj|j*^D^ cheqwareh «tu aimes». La labiale préfixée
ou intercalée joue le même rôle en Laze ; ex. igieisch « battre »,
ei giebtschare «je bats»; ehaschk «travailler à la bêche», et
bchaschkare «je trav aillé k la bêche ».
Quant à la gutturale , son rôle dans les dialectes ici étu-
diés, c'est de marquer la deuxième personne du verbe, et
cela tant au singulier quau pluriel. Le Mède, par exemple,
dira rf/a «j'écrivis», et riliiki «tu écrivis». Parfois cette syllabe
ki sera intercalée, ex.: rilnkip «vous écrivîtes», à côté de
ri/ttva^ «nous écrivîmes».
La gtittar.*lé, sort préfixe^ soit infixe, rempdit parf<Hs le
même fô^e chesi les Géoi^erts, eomme nous l'avofis vu p€Fr
144 JANVIEK-FEVRIER 1906.
lexempie de khar «lu es», par opposition à war «je cuis».
On peut citer également celui de *§fl»g5snr> mowal «je viens i,
à côté de *>ï«nlj«^5çnr> mokkooal « tu viens ».
La troisième personne, en Géorgien tout comme en Mède,
a s fmal ou intercalé pour caractéristique. Le dernier de ces
idiomes , par exemple , nous offrira d'une part rilu , riluva
«j'écrivis» , rilaki « tu écrivis », et , de Tautre , ri7a5 « il écrivit» ,
rilavas, rilus «ils écrivirent», rilura «j'écrivais» eirilasra «il
écrivait». De m^me en Géorgien, g^^-^^a^ walchoukeh «je
donne, je fais présent de», et ^^-^j^^'» atchoukehs «il donne,
fait présent de»; gogo» wiqo «je serai», et «g<nlj iqos «il sera ».
Celle sifflante est, sans doute, en relation directe avec le
pronom géorgien «jt es ou ol» is « il, celui ».
Terminons en signalant une dernière coïncidence et qui
vraisemblablement ne saurait être tenue pour purement for-
luitf, c'est celle de la finale di ou ii marquant Je plus-que-
parfait en Susien, l'imparfait en Géorgien; ex. : Médique
lurnati ou turnata «j'avais su», du radical turna «scire?, et
Géorgien '^3gj<^32ço chewk'rewdi «je liais», à comparer avec
'^«)2j<^52 cAewÂrVao; «je lie».
Bien que limités en nombre, ces rapprochements nous
ont paru valoir la peine d'être signalés. Nul doute qu'un
examen plus approfondi ne nous eût permis d'en augmenter
le nombre.
De Charbngey.
BIBLIOGRAPHIE.
Tbe Naka*id of Jarir and al-Farazdak» edited by Anthony
Ashley Bevan. Vol. I .part i; grand in-d", xxra-i56 p. — Leiden,
laleE.-J. Brill, 1905.
Les luttes poétiques de Djérîr et de Férazdaq sont con-
nues de toute personne tant soit peu au courant du dévelop-
NOUVELLES ET MELANGES. 145
pement de la littérature arabe. Le regretté William Wright
s'était proposé de publier les Naqâîd, et en i883 il avait
fait insérer dans le journal de la Société orientale alle-
mande un avis annonçant son intention et sollicitant Ten-
Yoi d'informations au sujet de manuscrits de cet ouvrage,
déjà signalé dans le Fihrist, Malheureusement son décès,
survenu en 1 889 , fit avorter ce projet. Les copies qu il avait
faites du manuscrit de la Bodléienne et de celui do Spitta-
bey, qui est aujourd'hui dans la Bibliothèque de Strasbourg,
ont été remises à M. Bevan, de Trinity Collège (Cambridge),
qui en a entrepns la publication. Renonçant toutefois au
plan primitif de Wright, qui voulait publier à la fois la re-
cension de Soukkarî , la plus longue , et celle d'Abou-'Obéïda,
plus abrégée, et profilant d'un manuscrit récemment acquis
par le British Muséum , il s'est donné la tâche de constiniire
un texte basé sur la copie de la Bodléienne , qui est la plus
complète, en profitant des renseignements et éclaircisse-
ments que fournissent les deux autres ouvrages. C'était une
œuvre difficile , et on peut dire que M. Bevan s'en est tiré à
la satisfaction du public savant.
L'éditeur, grâce aux textes qu'il nous fait connaître , a pu
fixer quelques dates qui ne sont pas sans importance. Ainsi
la première indication de ce genre qu'il rencontre est une
allusion au siège de la Mecque en 64 de l'hégire (683) et
aux troubles de Baçra peu de temps après. Aucune mention
n'étant encore faite de Férazdaq dans les trente premiers
poèmes du recueil, qui paraissent appartenir à la première
moitié de la vie de Djérir, l'éditeur en tire avec raison la
conclusion que le fameux échange de satires entre les deux
poètes ne peut avoir commencé avant la mort du Khalife
Yézid. De même la célèbre anecdote rapportée par VAghâni
(xix, 6) au sujet du vœu de Férazdaq de ne plus composer
de satires et de porter des chaînes, comme un prisonnier,
jusqu'à ce qu'il eût appris le Qoràn par cœur, doit être re-
portée, non à sa jeunesse, mais au début de son âge mûr,
puisque, d'après son propre dire, il avait dépensé trente ans
vn. 10
lurmiiriiIK HATIOIALti
146 JANVIEH-FÉVRIER 1906.
d^ (m vie i la poursuite de sottises (amâya = djahàla , p. 1 37,
D'autres dates ont encore été réunies par M. Bevan
(p. XVIII ) Y qui fait remarquer une pièce de vers de Féraxdaq
consacrée à Téloge du Khalife Hichâm, dans laquelle le
poète s'attribue Tàge de 80 ans; que ce soit un nombre rond,
comme ie veut i éditeur, ou que le poète, suivant lusage des
musulmans, ait compté en années lunaires, ce qui lui ferait
à peu près deux ans et demi de trop d'après notre manière
de calculer, il ne s'ensuit pas moins que Férazdaq a dû
naître vers Tan 35 de Tbégire (6^5-6d6). Les Naqâïd em-
brassent une période d'une quarantaine d'années. M. Bevan
a établi également d'une manière indiscutable que Tédition
du divan de Djérir publiée au Caire en 1 3 1 3 de l'hégire a
été faite en grande partie d'après le manuscrit des Naqâïd
de Spitta-bey.
En dehors des remarques philologiques , le commentaire
est intéressant par les renseignements qu'il fournit sur
les journ^ef ou batailles fameuses des Arabes, par exemple
sur celle de Qochâwa (p. 16) où la tribu dp Chéïbàn vainquit
celle de Témim , récit plus complet et plus clair que celui
d'Ibn-el-Athlr (I, 446), sur l'histoire d'Ël-^aufeitân , qui se
rattache à la bataille de Dhoû- Toloûl.i (p*47); sur la bataille
de Dhàt-Kahf ou de Xikhfa (p. 66) où les Benoû-Yarbou*
défirent les troupes réglées d'Ël-Moundhir III , 61s de Ma*
es-Sémâ(et non d'En-No'piân , comme le dit Ibn-el-Atbir);
Ton y remarque des détails sur lu ridâfa à la cour dç
^ira; sur la journée d'Ël-:Marroùt (p. 70) et celle d"Acb-
châch ou de Sahrà-Feldj, appelée aussi de Ghablt, où
fut fait prisonnier Bistâm ben Qaïs , de la tribu de Chéï-
bàn (p. 76); sur la fameuse guerre de Dàhis (p* 83) et sur
la mort d'EzrZobéïr (p. 80). Nous trouvons aussi (p. ii3)
un récit dp la journée d"Obéïd-ailah ben Ziyâd ben Abiht,
sous le règne de Yézid I*^ où l'on remarque ui^e conversa-
tion en langue persane entre MâhParwardin , chef des
quatre cents chevaliers rencontrés sur ]a route* et cinq cents
NOUVELLES ET MÉLANGES. 147
oavaiien des Bénûû -Riyàb de Téoum ; « Braver gem , dit \^
chef perse, qu avez-YOus à ne pa» partir ?9 -^ « Ils ne nou^
laissent pas eombattre» (le ms. de Londres » m{jS kanêm),
-7- «Donne -leur des pendjagàn9, cest^Mire des suives de
oinq flèches par personne, ainsi que l*e](plique le commen^
tateur; ef. aussi le glossaire de T^i"); ^ rapprocher de
fatteredjân = pendj père dans le Livre de la Créaiion ^t de
^histoires t. III, p. 19^, note a; et en effet deux mille
flèches furent lancées par les Perses.
Page 5, ligne 1 C&JU^ et ligne a ^Uj^^l sont deux
leçons contradictoires; il fallait choisir Tune ou Tautre. h^Li-
sân-el-Arah , viii , 1 70 donne ce mot avec un ^ , mais il indique
qu'on le rencontre aussi avec un ^ ; une annotation dans cet
ordre d'idées n'aurait pas été de trop.Le sens n est pas douteux :
« Gratter avec ses pattes le tas de sable où û se dresse , en
parlant du coq; se gonfler, en parlant de la grosse couleuvre
du Yèmâma houffâtk (i£>\liL 1. is et 3 sont des fautes dUfn-
pression, cf. Lisàn, II, MS) quand elle est en colère. »
Nous nous abstiendrons d'apprécier les mérites littéraires
de la lutte entre Djérir et Férazdaq ; notre jugement sera
mieux assis quand nous posséderons Tœuvre en son entier.
Néanmoins , dès à présent , il est aisé de se rendre compte
que ces vers sont intéressants par les mots rares cju'on y ren-
contre. Il faut faire abstraction de la grossièreté de ces satires;
Tatticisme n'est point né dans les sables du désert; squs la
tente , l'injure doit être violente pour porter.
Cl. HUART.
Dmm vom Hbmmml oMFALLMfis UiiiEf Qn^sfi ia sçifieii morgen-
lândisçheii Yeniiia^ii und Hecenzioae^ voa Prof, Maxiauiiaa
BiffîKEa mit 8 TllfcdQi Denkschriftep der Kaiserlichen Akademie
dor Wiss(msç)|çitea in Wien , philosophisçh-historische liasse ,
Baod LL Vienne , igoS, in-4% 2^0 pages.
La légende de la lettre du Christ tombée da ciel pour
recommander l'observance du dimanche est relativement
148 JANVIER-FEVRIER 1906.
moderne , elle ne remonte pas plus haut que le viii* siècle de
notre ère. Cependant celte légende acquit promptement un
développement inconnu aux anciens livres apocryphes, juifs
ou chrétiens. Elle se répandit en Occident et en Orient dans
de nombreuses recensions, qui diffèrent tellement entre
elles qu'il est difficile aujourd'hui de reconnaître la source
primitive.
M. Bittner a étudié cette légende pendant de longues an-
nées, et il vient d'éditer les textes grecs et orientaux qu'il a
recherchés et recueillis avec un soin minutieux. Sa publica-
tion jette un jour nouveau sur le processus de la légende ,
mais les conclusions qu'il a tirées de l'examen des textes ne
sont pas, nous semble-t-il, aussi définitives qu'il le croit.
Les obscurités ne disparaîtront que le jour, qui n'est peut-
être pas proche, où l'on aura réussi à déterminer à quelle
occasion, dans quel lieu et à quel moment s'est formée la
légende. C'est là le point essentiel, que M. Bittner n'a pas
élucidé, et sur lequel on ne peut faire actuellement que des
hypothèses. Le grand mérite de l'éditeur, c'est d'avoir mis
sous les yeux des historiens de l'Eglise une importante col-
lection de textes en grande partie inédîis, qu'il a publiés
avec une exactitude et une méthode dignes de tous éloges.
Pour faciliter la comparaison des nombreuses recensions,
l'éditeur a divisé les textes en trois paragraphes : le premier
comprend le prologue de la lettre; le second, la lettre elle-
même; et le troisième, l'épilogue. Chaque paragraphe est
subdivisé en numéros de correspondance , qui permettent de
se reporter d'un document à un autre.
Voici le processus admis par M. Bittner : la légende ne
comprenait d'abord qu'une seule lettre écrite en grec, mais
l'original ne s'est pas conservé intégralement dans les recen-
sions grecques qui nous sont parvenues. On trouve cet ori-
ginal mieux reproduit par la version arménienne et la ver-
sion svriaque, mais ces deux versions n'ont pas été faites sur
le même manuscrit grec. Le manuscrit qui a servi pour la
version arménienne était plus près de l'original grec que le
NOUVELLES ET MÉLANGES. 149
manuscrit utilisé par le traducteur syriaque. De la version
arménienne procèdent les différentes recensions arméniennes
que nous possédons. En Syrie s*est ensuite développée la
légende, et sur le terrain syrien est née la recension qui
porte le titre de deuxième lettre et quelquefois de troisième
lettre. Celte nouvelle recension a lait fortune en Orient; on
la retrouve en carschouni , en arabe , en éthiopien ; mais elle
n a pénétré ni en Grèce ni en Arménie.
Ce qui rend ce processus vraisemblable , c*est que le lieu
où la deuxième lettre tombe du ciel est différent de celui où
descend la première lettre. Celle-ci est suspendue au-dessus
de l'ég^e de Saint-Pierre à Rome; celle-là est gravée sur
une pierre qui tombe à Jérusalem ou dans les environs de
cette ville, parfois même à Constantinople. Cependant les
recensions et versions des deux lettres sont actuellement
trop mêlées les unes dans les autres pour qu on puisse établir
entre elles une ligne de démarcation bien nette.
En effet, si la recension de la deuxième (ou troisième)
lettre a été écrite en syriaque et ne s'est répandue qu'en
Orient, à l'exclusion de l'Occident , on se s'attendrait pas à
la trouver mentionnée dans les textes grecs. On est surpris
de lire dans a, p. 1 1 : Ôri èvt<TloXii /xou y' «ma troisième
lettre » , voir note 1 1 ; malheureusement ces mots suivent une
lacune regrettable. Dans a^, p. 22, 1. 5 : oOx othare rffv
"Sfpérrfv èvioloXiiv, ifv èirét/JetXa ^apàs (*(iaç, xai ovh èirt-
(rleycrare. Dans le groupe |3, où la lettre tombe à Jérusalem,
il est fait mention de la deuxième lettre qui a suivi la pre-
mière, p. 27, |S et (S^ : xai viàXiv èiturloX'ifv aléXXûû tarpôç
ècràs TOUS àvdpdyjrovs, htÔTi adis èaleikoL tyjv ^apdnrjv éir<-
(/JoXijv xai oihe oUtûjs èfieravoijfTaTe ovhè èititrleùtTare. De
même, p. 26, jS* (Bibl. Bodieiana) : éalsiXa jspàûra Ttfv tni-
(rloXriv xai isàXiv ievrépav èittaloXr^v (rléXXeÊ) ^pos
vfiàs; et |S* (Ambros.) : Ôri 'apeiyrrjv xai hevjépav èitialoX'ilv
^Tre/x^st "opàç vfias.
D'autre part, si la recension de la deuxième lettre est
syriaque et ne procède pas du grec , comment expliquer les
150 iANVlËRFÉVRIER 1906.
heliënismes t|u*on y constaté? P« 106, col. ^i(i\ Cm lit «mI
il|y» qui n'est pas syriaque 4 il faudrait Hk^>^ li^^m^; ^ est
là traductioil dti grec ris; p^ 107, note i4f f»}g»^o^P\
p. 1 1 a , n" 6 , dans a et S , ^àl;«fio*èi II "^^^m est une cou-
stniction grecque et non syriaque = ««i hà rr^ èïïî&1idiv^ rtfv
êX^rif dàiis a^, p. aa < L 8.
On ne devrait pas non plus rencontrer des iidlénismeà
dans les versions arabes de la deuxième lettre, si cet YCtrsiotis
procèdent du syriaque. Or^ dans y, p. 196, >^>i4|») est la
iranscription de 1) èirt&lbM « qui ne peut venir du syriaque
ni du eopte, puisque lusage du copte avait cessé à cette
basse époque, coinp. p. 196, note 4 « et p. a 1 7^ L id et kiiv.
Il n*est donc pas évident que là première lettre sevde ait
été bomposéë en grec« et que là deuxième (ou tréisième)
lettre ait été écrite en syriaque. La question reste encore ou-
verte. Cette légende tardif e mérite-t-elle de fixer si Ibhglemps
Tattention deû criticpiés ?
M. Dittneri en éditant ces documents, a montré une don-
naissance profonde des langues dans lesquelles ils sont ré-
digés. Il s*est révélé comme Un phiicdogue distingué par lefc
notes dans lesquelles il signale les particularités dialectaleè
de ces textes merdernes^ Oh lui saUra gré de la tifadnctioh
alleiUande qu*il a faite de quelques-unes des recensions ou
versions les plus inipôrtantes , mais le savalit qui voudra de
nouveau étudier à fond la légeiide, devra posséder les mêmes
connaissances linguistiques que Téditeur.
En appendice, M. Bitlner a ajduté une intéressante Lettre
hébraïque sur le Sabbat, composée au xtr siècle par analogie
de la légende chrétienne. '
R.D.
Persian H/storical Texts. Volume IÎI. Part I of thfe Tadhkirà-
tu*l-Awliyà [Meiïiôirs of the Saints] of Muhatnmad ibn IbrâU^
Faridud-Din 'Attâr, edited in the original Persiah , l^ith Wèfftcé,
Iridiceë atid Variants, by Reynold A. NiQlÉotS02f, Mi A.^ Lécturer
in Persian in the University of Cambridge 4 and toiHe time Fd-
NOUVELLES ET MELANGES. 151
low of Triniiy Geliege , with a critical Introduction by Mmsi
MuuAMMAD B. 'ÀBt>u'L-WAiiuAB-i QÂzWiifi. Loiidon, Luzao add
C°\ Leide, Librairie et imprimerie ci-devant E.-J. Brill, 1900,
in-8", 66-357 P*gcs.
Noilè ne reviendrioiis pas sui* ce qui a été dit ici de la coi-
ieciion des Pérsiàn Historical Teœts, dont il serait superflu
de faire un nouvel éloge. Bornons-noUs à constater^ une fois de
plus, i*heureux choix des texteë qui la composent et le soin
avec lequel ils sont édités.
Le Tèzkèrè'i Ëvliyâ ou Mémorial des Maints de Ferîd ed-
Din 'Attar, dont Pavet de Courtéille publiait et traduisait ^ il
y a dix-sept ans , la version turque conservée dans le fameux
manuscrit ouïgour dé la Bibliothèque nationale , est d*uhe
importance capitale pour qui veut comjprèndre i*èsprit dès
Persans ou étudier leur littérature. C'est le pltis ancien do-
cument que nous possédiotis sur le mysticisme en Perse;
c'est en méUie temps Tun des plus anciens ouvragée peï*sàhs
en prose ; il a de grands mérites littéraires et attire l'atten-
tion des philologues par de curieuses particularités linguis-
tiques. Sachons donc gré à M. Nicholson de nous en avoir
donné une édition correcte et d'un emploi commode.
Ce premier volume comprend quarante biographies de
saints musulmans, de DjaTar As-Sàdik à Mansoûr *Ammàr.
Le second volume comprendra, avec les trente-deux der
nières biographies, le supplément, écrit à une époque an-
cienne , que l'on trouve dans quelques manuscrits du Tèzkèrè,
Pout établir sbn texte « M* Nicholson à utilisé six manuscrits.
Le plus inlportânt de tous , et celui qui a servi de base à cette
publication, est conservé à Leide (n" îi8i du Legs Wàrrie-
rien, ^9^9 du catalogue actuel); de date àneiehne, il se
fait remarquer par sd belle exéeiltibn et la pureté de son
texte. Viennent efasuite les Uianuscrits 19,806 du British Mu-
séum (Rieu, h° 34Â)f remontant au xiv* siècle et d'une
élégante calligraphie; 678 de Beiiin (en voir la description
dans Pertzsch, Verzeichniss , p. 548), ancien, mais défec-
tueux; 1108 du supplément persan de la Bibliothèque na-
152 JANVIER-FÉVRIEU 1906.
tionale , qui remonterait à la fin du vu' ou au commencement
du viii' siècle de riiégire ; io5i de Tlndia Office (voir le
catalogue de M. Ethé) comprenant, avec son supplément,
un total de 97 biographies; auxquels on peut ajouter un
beau manuscrit copié à Constantinople en 1809 de Thégire
par 'Abd Ei-Hoseïn Kermâni pour le compte de M. Browne.
Toutes les variantes de ces manuscrits ont été relevées
avec le plus grand soin; elles ne tiennent pas moins de
5o pages.
M. Nicholson a tenu à conserver au texte sa physionomie
archaïcpe. On y trouvera donc des formes telles que ji^^
pour tf*>^, ^U*>^et ^b^^pour ^^^et ^^o<^,>^au con-
ditionnel passé ; osî pour jsî À la deuxième personne du plu-
riel ; (^ ( forme dialectale ) pour ^^. Moins respectueux des
manuscrits, les éditeurs précédents, celui de Lahore sur-
tout, avaient par trop modernisé l'ouvrage de Ferid ed-Dln
*Attâr. Trois index : des personnes, des lieux et des tiibus,
des ouvrages cités, complètent l'édition du savant anglais.
Lucien Bouvat.
W. Caland et V. Henry. f/ÂGNis^roMA. Description complète de la
forme normale du Sacrifice de Soma dans^le culte védique. Tome
premier. — Paris, 1906.
En 1897, dans le Grundriss der indo-arischen Philologie
(lil, 2 : Ritaal-Litteratur; Vedische Opfer und Zauber, p. a4),
M. Hillebrandt, après avoir signalé son étude sur le sacrifice
de la pleine et dé la nouvelle lune [Dos altindische Nea-und
VoUmondsopfer, Jena, 1880) et celle de Schwab sur le sacri-
fice animai (Dos altindische Thieropfer, Erlangen, 1886),
ajoutait : «11 ne manque plus qu'une description du sacrifice
de Soma et nous aurons alors un aperçu général de ce qu était
le sacrifice védique. »
Ce vœu est aujourd'hui comblé, du moins en partie, par
NOUVELLES ET MELANGES. 153
la publication du premier volume de ïAgni§ioma de MM. Ca-
land et V. Henry.
Dans les cathédrales immenses, aux jours de grande fête,
îors d*un office solennel, il arrive à plus d'un fidèle d'admirer
la pompe et Tordonnance magnifique des cérémonies, sans
en comprendre ni le sens ni la portée. Il ne devait pas en
être autrement du sacrifice de soma aux yeux des anciens
Indous : c'était pour eux un spectacle à peu près inintelli-
gible. 11 est même douteux que Haug, malgré sa science
consommée , lorsqu'un jour il fil célébrer à ses frais un service
de ce genre, en ait saisi tous les éléments et tous les rites.
Le sacrifice de soma était en effet une solennité extra-
ordinaire. Suivant certaines règles, tardives pour la plupart,
on devait le célébrer au retour de chaque printemps. Mais,
en fait, il n'y avait sans doute rien d'absolument fixe dans
cette prescription, et c'était plutôt au gré et suivant le bon
vouloir de quelque personnage riche et puissant qu'on pro-
cédait à la cérémonie.
G*était une cérémonie compliquée. MM. Hillebrandt (iîi-
iual-Litteratiir, p. i24-i34) et Oldenberg [La Religion du
Véda, trad. franc., Paris, igoS, p. 385-394) en ont donné
une description résumée et synthétique, qu'il ne sera pas
inutile de relire — surtout celle de M. Hillebrandt — avant
d'aborder le livre de MM. Caland et Henry.
L'agnistoma était un ekâha, cest-à-dire un sacrifice d'un
seul jour, car les trois pressurages de soma qui en constituaient
les opérations essentielles et fondamentales avaient lieu la
même journée, le matin, à midi et le soir. Mais ce jour
solennel était précédé d'une série de cérémonies qui s'éten-
daient sur au moins quatre journées, employées à l'achat du
soma et à ce qu'on pourrait appeler les rites introductifs et
préparatoires.
Le premier volume de MM. Caland et Henry est consacré
à la description de ces rites et à celle du premier pressurage.
Le lecteur est conduit de la sorte jusqu'aux préliminaires du
pressurage de midi.
154 JANVIER.FÉVRIER 1906.
CW M. Calftnd qui s'est chargé de k dlMcriptioD géné-
rale des opérations liturgiques. Il Ta fait diaprés rénsemfale
des ifauta-sûtras. H n*en a laissé qa*nn seul dé côlé, le Vai-
khénésa-iranta'SÛtm , appartenant au Yajur-Yéda nmr« et dont
on connaît foft peu de manuscrits.
La tâche de M. V. Henry a consisté dans la tradactîon des
mantrns , c'est-à-dire des formules et des stances empnuitées
aux différents Védas et dont la récitation on le chant accom-
pagnent les opérations liturgiques. Il a donné en outre à la
rédaction de rouvrage sa forme définitive.
Cet ouvrage, comme il fallait s'y attendre, est hériitéde
termes techniques, qui trop souvetit résistent à une traduction
française pi'écise. Un répertoire de ces mots a été |dacé en
tète du volume, dont il facilitera la lecture, non ssnlonent
aux non indianistes, mais aussi à plus d'un initié» 11 y aurait
quelques remarques n faire sur l'économie de ce glossaire.
11 eût été possible de le réduire dans une certaine mesitfe. Il
n'était pas très utile , par exemple, d'y insérer le mot amft. «
tige [de soma], puisque ce mot est rendu partout, si je ne
me trompe , ))ar son équivalent iVançais t tige ». 11 en est de
même de dhûnya, exprimé pat* le français ■ foyer • partout
également où il en est question , mais dont oïl chercherait
en vain la signification n son ordre alphabétique.
Ce premier volume renferme quatre planches. Trois
d entré celles-ci consistent en des reproductions d'ustensiles
liturgiques, accompagnées de brèves notices descriptives.
(jCS phototypics complètent ou rectifient de la plus heureuse
façon les trop rares documents du même genre dont on pou-
vait disposer jusqu'ici. La planche IV est d'un intérêt jUxëè
considérable encore : c'est un plan du terrain sacré qui
permet de se rendre compte d'un coup d'œil de la place
occupée par les autels ou les foyers et par les divers prêtres
ou officiants.
Il coUvieht de tne borner à cette description sommaire et
tout extérieure du livre de MM. Caland et V. Henry, et de
laisser à de plus autorisés que moi le soin de l'étudier «i|
NOUVELLES ET MÉLAÎ^GÊS. J65
pbihi de rué du fofid. Miiis il n'e^t pas dcmieiit qti*on tie mb
plaise à j>Monhaltré dâtid cet oiirra^e, eu même tempi
qu*ùne très grande daiié datiê reipolition , la icience et
l'autorité deê deux vëdlsânts (|ui Tout ftigdé.
A. Ou^RlNOT.
G. Lb Strangk. The Lands of tue Eastern Cauphate. Meso-
POTÀMIA» PeESIA and CeNTRÀL AsIA FROM THE MoSLEM CON-
QUEST TO THE TIME OF TiMVR. Cambridge, at the University
Press, igoS, pet. in-8' de vii-536 pages avec lo cartes.
Vôioi la contiiitiation dé la iiéHe d*ëttides inaugurée en
1890 par M. Le Strarige àVec sa Pateitine under the Mosléms,
suivie dix anspltts tard de Baghdâd uhder the Abbaêide Cali-
phate. Dans sa préface Tauteur, avec une modeétie qui nous
semble excessive , se défend d'avoir voulu écrire autre cliosc
qti'nti esitti, qil'uti aperça de la géographie historique de la
Mésopotamie, de ia Perse et d'ttrte partie de l'Asie centrale
aux premiers siècles de là domination musulmane. Jugeant
qtie nous n*avons paii encore une base asëez solide pour trai-
ter à fond de pareilles questions, M. Le Strange n'avait
d'autre intention que de préparer les voies aux savants futui^.
En dépit deë déclarations du savant anglais, nous estimons
que son livre, fruit d'un travail des plus considérables, de-
viendra le vode-mecum obligé de quiconque abordera l'étude
de la géographie des provinces orientales du khalifat abbaside
et qtie, quels que soient lés travaux futurs publiée sur le
même sujet, on le constdterà toujours utilement.
M. Le Strànge a composé son livre d'après des sources pu-
rement musulmanes , ce qui a dû ehtrainer quelques erreurs
dont il s'excuse dès le début. La lotigite liste de gëogfaphes
et d'historiens qu'il a dû dépouiller va d'Ibn Rhourdadbeh
(864) à Aboû'l-Ghâzî (i6o4). Il a renoncé, pour plus de
concision, h donner la traduction intégrale des itinéraires,
et omis la géographie historique de l'Arabie ainsi (pe la
156 JANVIER-FKVRIER 1906.
description des deux villes saintes au temps des Abbasides.
11 se propose , du reste, d'aborder plus tard ce sujet.
Le premier «bapitre est une introduction consacrée surtout
aux sources utilisées. Ayant , dans sa Palestine under tke Mos-
lems, longuement parlé des géographes arabes, Tauteur s'est
borné, cette fois, à dire sur eux Tessentiel. Puis viennent
quatre chapitres consacrés à Tlrak. La Mésopotamie est dé-
crite dans les chapitres vi et vu. Viennent ensuite le cours
supérieur de TEuphrate , le pays de I\oum , 1* Azerbeïdjan , le
Guilan et les provinces du Nord-Ouest, le Djibal ou Irak
Adjemi, le Khouzistan, le Fars (chapitres xvii-xx), le Ker-
man , le grand désert de Mekran , le Seïstan , le Kouhistan ,
Koumis, le Tabaristan et le Gourgan. Les chapitres xxvii
à XXX sont consacrés au Khorassan ; les quatre derniers à la
région de TOxus , au Kharezm , à ]a Sogdiane et aux pro-
vinces du Jaxarte.
Ce volume , qui est un résumé fait avec autant d'intelli-
gence que de soin des données géographiques fournies par
les auteurs musulmans, donne des détails historiques et
archéologiques , les divisions politiques et administratives et
aussi la situation économique de chaque région jusqu'à la fin
du XV* siècle. Tout ce qui concerne le commerce, l'agriculture
ou rindustrie y a été indiqué d'une manière sommaire , mais
exacte et suffisante. Dix cartes et un index complètent cet
utile manuel.
M. Le Strange se propose de publier, dans la suite, des
monographies consacrées, l'une à l'Egypte et à l'Arabie sous
les Fatimites, l'autre à l'Afrique du Nord à Tépoque des
khalifes espagnols. Ces deux ouvrages formeront, avec ceux
édiles jusqu'ici, une véritable encyclopédie géographique
des pays musulmans, et M. le Strange aura, de la sorte,
bien mérité de l'orientalisme.
Lucien Bouvat.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 157
A.-W. Ryder, The little cliy Cart (MncCBAKATiKA). A hindu
Drama translated from ihe original sanskrit and prâkrits into
english prose and verse. [Harvard Oriental Séries, vol. IX.) —
Cambridge, Massachusetts, igoS.
Grâce à Tinfatigable activité de son directeur, M. Ch.-R.
Lanman, la Harvard Oriental Séries est arrivée en peu de
temps à son neuvième volume.
Ce volume consiste en une traduction , par M. A.-W. Ryder,
Instructor in Sanskrit à la Harvard University, d'un drame
indou bien connu, le Mrcchakatika.
L'édition sur laquelle M. Ryder a établi sa version est à la
fois la plus récente et la meilleure : c'est celle que M. K.-P.
Parab a publiée à Bombay en 1 900. Le texte y est accompa-
gné du commentaire de Prthvîdhara.
Cette nouvelle traduction du Mrcchakatika est précédée
d'une introduction dans laquelle M. Ryder analyse la pièce,
apprécie la valeur littéraire de l'auteur à qui elle est attri-
buée, le roi Sûdraka, et donne enfin quelques éclaircisse-
ments sur les principes qui l'ont guidé dans sa tâcbe.
11 admet volontiers qu'une traduction sous forme métrique
ne saurait être aussi littérale qu'une version en prose. Pour-
tant il n'a pas hésité à traduire en vers, voire même en
stances rimées, les parties versifiées du drame indou. C'était
s'imposer — bien gratuitement, il faut l'avouer — un sur-
croit de difficultés auquel il a vaillamment fait face. Nul ne
se refusera sans doute à reconnaître la puissante harmonie de
vers tels que ceux-ci (p. 62) :
Those men are fools, it seems to me,
Who trust to women or to gold;
For gold and girls, *t is plain to see.
Are false as virgin snakes and cold.
La plupart des stances sont aussi savamment élégantes
et contribuent, on le conçoit, à faire de la traduction de
M. Ryder une œuvre d'un très grand mérite littéraire.
Cette qualité d'ailleurs n'est pas obtenue au détriment de
158 JANVIEfl-FÉVRIDR lOOÙ,
1 exactitude. M. Ryder a toajours eu le souci de rester fidMe au
texte, et, sauf quelques écarts, on peut affirmer qu*il y a
réussi.
En résumé, ce volume de la Harvard Oriental Séries, sans
offrir au lecteur l'appareil scientifique qui caractérise certains
volumes précédents, mais qui n'était pas de mise en cette
circonstance , n*en sera pas moins apprécié et tiendra digne-
ment sa jdace dans la collection.
A. GUBRINOT.
NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES.
Coumiencée en 189 a , la Uibliogrt^hie des ««vrajfei «iwief
ou relatifs aux Arabes, puUies dans l'Europe chrétienne de 18 iO
à 1885 de M. Victor Chauvik en est maintc»mt à son neu-
vième fascicule , dont voiei le sommaire : Pierre Alphonse.
— Secundus. — Recueils orientaux. — Tables de Henning
et de Mardrus. — Contes occidentaux. ^^ Les Maqàmet.
Dans ce fascicule, qui ne compte pas moins de i36 pages,
nous retrouvons , au même degré , toutes les qualités qui
ont assuré le succès de cette excellente publication.
Le Gibb Mémorial F and, auquel noqs avons consacré
quelques lignes dans un de nos précédents comptes rendus ,
a déjii publié deux volumes de textes ou de traductiop^* Le
premier est une édition , la seconde, du Baber-Nameh» ou
mémoires du sultan Baber, reproduisant en fac-similé un
précieux manuscrit conservé actuellement à Haîderabad et
qui, de Tavis de M"' Bbvbridgb, à qui nous devons
cette édition , serait le meilleur des manuscrits actuel-
lement connus. Une longue préface et deux index, Tun
historique , l'autre géographique , ouvrent ce beau volume
(The BàbarNàma, being fhe Autobiegraphy of ihe Rmperor
Bàbar thefounder ofihe Moghol Dynasty in India, wriiten in
Chagatày Turkish; note reprodaeêd in fac-simiU jrom t^ Ma-
nascript belonging io the late sir Sâlar Jang of Hmydaràbàd,
NOUVELLES ET MELANGES. 159
and edited with a Préface uni Indexes hy Ana^ta S. 6|iVi^-
RiDGB. Leyden, E.-J. Brill, an4 London, Bernard Quaritoh,
1906, în-8°, XX- 107 pages et 38a feuillets de texte). Depuis
i'iqfipreMion de ce volume M"" Beybjvipge a fait paraître ,
dans le Journal of the Royal Asiatic Society (Oetober igoô,
p. 741*762, et January 1906, p. 79-93), une étude dé-
taillée sur ce manuscrit. Le second volume, du à M. Browoe,
Féminent professeur de Cambridge , est la traduction abré-
gée d un important texte historique persan du commence-
ment du XIII* siècle, THistoire du Tabaristan d'ibq Isfendiar
(An abmged Translation ofthe Hislory of Taharistdn compiled
about A, H. 613 (A, D. 1216) hy Muhamnmd h. Al-Ifasan
h, Isfandiyàr, based on the India Office Ms. compared with two
Mss, in the British Muséum, hy Edward G. Brownb, 1906,
xiVr356 pages). D autres textes arabes et persans, publiés
et traduits par MM. Browne, Blochet, Eilis, Le Strange et
Mare^oliouth , continueront cette série. _ ^
" Lucien Bouvat.
UN ÉPITROPE ROYAL NABATÉEN X MILET.
M. Mordtmann vient de faire connaître [Sitz.-her, Akad.
Berlin, 1906, p. 260) un très intéressant fragment d'in-
scription bilingue, nabatéenne et grecque, découvert d'une
façon bien inattendue ... à Milet 1 11 le lit :
î'ïjD'^niD ND^DHN ihpl
n3]iD m^2 KD^Dmnv vn ^y nd-iid.?
, ? ZoL^Çjq^m dis)<^àç ^cunX[é(k)s
.,.,,,..,.. .avédïfxev ^U ^Qv[(ràp$t
Jl s'agirait donc en somme d'une dédicace faite au grand
dieu national des Nabatéens, Dusarès, identifié ici avec
Zeus ( au lieu de Dionysos ) , par «... klû , frère du roi , fils
de Taim(ù) ? pour le salut du roi Obodas (I"), au mois de
Tebet. . . •. La Içictiire et le commentaire de M. Mordtmann
160 JANVIER. FÉVRIER 1900.
prêtent à plus d'une critique. Je me bornerai pour l*instant
à l'essentiel . Le personnage, à mon avis, n'est autre chose
que le premier ministre; c'est ce qu'indique ce titre de
« frère du roi » qui, ainsi que je l'ai démontré jadis à propos
du C. /. 5. , IT , n" 35 1 ( Rec. d'Arch. OrienL , 1 , 6 1 , II , 38o) t'),
revenait de droit aux épilropes nabatéens , et ne répondait
pas à une parenté réelle. Peut-être faut-il lire ^7[^] ^*^ au lieu
de 1?p ? (cf. l'erreur évidente VU pour "'^D 7^ = virèp <t«t>;-
pioLs), et, parlant, restituer [2uAA]aro5 au lieu de [Za€€]oLToSy
restitution de M. Mordtmann qui, de toute façon, est en
désaccord avec la leçon nabatéenne. Nous aurions affaire
alors à un personnage vraiment historique , le fameux Syl-
iaeus, épitrope d'Obodas II (25-9 av. J.-C; cf. les passages
bien connus de Nicolas de Damas , Josèphe et Strabon). Nous
savons que ce Syllaeus, ennemi acharné d'Hérode, avait fait le
voyage de Rome pour plaider sa cause devant Auguste. Il a
pu parfaitement, pour une raison ou pour une autre, faire
un crochet, toucher à Miiet et y élever un monument votif
pour le succès de sa mission — acte de piété qui ne lui réus-
sit guère , car fmalement il fut condamné à mort par l'em-
pereur. Après la mention du mou de Tebet devait venir celle
de l'année du règne du roi. Le patronymique peut être un
théophore quelconque avec D^D pour premier élément. Espé-
rons qu*on nous donnera prochainement de ce texte d'un si
rare intérêt une copie figurée qui nous permeltra peut-être
d'en pousser plus loin la restitution.
Clermont-Ganneau.
(') « *Onaicho«i , frère de Chouqaiial reine de Nahatène, fils de. . . ■
On remarquera qu'ici aussi le titre est placé avant le patronymique,
ce qui indique bien qu'il ne s'agit pas d'une parenté réelle.
^^^ La confusion paiéographique de t? et p est facile dans un texte
mal conservé, comme l'est celui-ci.
Le gérant : RuBENS DuVAL.
JOURNAL ASIATIQUE.
MARS-AVRIL 1906.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ
(SECONDE PARTIE),
PAR
M. E. REVILLOUT.
( SUITE ^.)
II
SOLON
ET SON CONCEPT DE LA SITUATION DE LA FEMME.
Parmi ces législateurs , au point de vue spécial où
nous nous plaçons , nous ne mentionnerons que pour
mémoire Sésostris et Bocchoris qui se sont surtout
occupés de Tétat des biens. Sous Bocchoris encore ,
Ja femme paraît avoir à peu près la même situation
que sous les dynasties amoniennes. Nous la voyons
acter seule dans les transmissions de propriété. Il
n en est pas de même sous Amasis qui , par esprit
de réaction contre la dynastie éthiopienne, s'inspira
surtout de Bocchoris , en ce qui touche la propriété ,
en accentuant encore ses réformes dans un sens
plus révolutionnaire. Mais, nous le verrons, en ce
* Voir le numéro de janvier-février 1906, p. 57-101.
VII. 1 1
iHraiHrBiK iatiosalb.
162 MARS-AVRIL 1906.
qui touche la femme, il alla chercher ailleurs ses
modèles. Ce roi, proclamé tel par suite d'un mou-
vement national contre les Hellènes, trop protégés en
Egypte depuis Psammétique, était, une fois arrivé
au trône, « devenu fort ami des Greos », ainsi que
nous la dit Hérodote.
C est donc par la Grèce qu'il nous faut com-
mencer, ce qu'indiquait d ailleurs la simple chrono-
logie, plaçant Solon avant Âmasis^
Or, depuis Tinvasion dorienne si brutale, les
vieilles institutions ioniennes qu'a chantées Homère
avaient été singulièrement transformées. C'était l'âge
de fer succédant à 1 âge d'or. Certes je ne veux pas
dire que tout était parfait dans l'antique Hellade.
Toutes les fois que la guerre intervenait, par exemple
— et elle était fréquente, — la femme libre, der^
nue esclave, éprouvait pire destin. Mais, à l'état de
paix, les mœurs étaient douces et la femme très
considérée.
Dans les coutumes légales, nous constatons dès
lors une pénétration orientale ou chaldéenne. Cela
est tout naturel, car l'hégémonie qui se fit tout
d'abord le plus sentir dans cette région fat d^orighie
chaldéenne; aussi voyons-nous les Grecs des pé-
riodes archaïques revêtus toujours de ces longues
robes auxquelles fait encore allusion Thucydide, et
' Voir mon Précis da droit égyptien, p. di^-ÂaS.Lv code^AiMi*^
sis, promulgué en 554, est à peu près contempwtu de k oMurt
(le Solon arrivée environ cinq ans auparavant, mais le code de Scdon
est bien antérieur (ôgS).
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 1Ô3
quUs n abandonnèrent que quand, à une période
secondaire, à Timitation de leurs nouveaux alliés,
les Egyptiens , ils prirent Tusage de se dévêtir.
De même trouvons-nous dans Homère , à part cer-
taines exceptions {Iliade, IX, i45, XVI, 178-190)
à la base de Tunion matrimoniale, 1 argent, spécifié,
jusque pour les dieux — cela est dit dans ¥Ody$$ée
poui' Vuicain et Vénus (voir aussi Iliade y IX, 46,
288) — soit à titre de don nuptial analogue au
tirhata, soit à titre de dot, comparable au ierikta
ou au nadunnUf et que la famille de fépoux était
obligée de rendre — cela est prévu par Télémaque
pour sa mère — en cas de dissolution du mariage
ou dune nouvelle union, absolument comme cela
se pratiquait, tant d'après le Code de Hammou-
rabi^ que siutout d après celui qui était pratiqué sous
Nabuohodonosor.
Mais combien maîtresse d elle-même, combien
honorée était Tépouse, la Pénélope que l'immortel
chantre des Grecs a si bien peinte, et les autres
femmes de la même période! Quon relise dans
Y Odyssée l'arrivée d'Ulysse chez les Phéniciens et sa
réc^[^n où la reine tient autant de place que le roi^;
^ Notons d*aUieurfl q«e > comme cUos ia Gbaldée àe Uêmmonr^hi
et dans TEgypte de la XII" dynastie , à côté de Tépouse , en Grèce
aussi bien qu'à Troie (Athénée, LXin) les concubines esclaves pou-
vaient esisler. Priain , Achille , Nestor même en eurent.
^ Ulysse dit alors à leur fille Nausicaa : «Que las dieux, ea v4M1s
donnant un époux , répandent entre vous et lui cette tendresse qui
fait le bonheur des familles. Il nest pas de bien plus graod que
celui de deux époux qui, n'ayant qu'une même pensée, goaversent
16'4 MARSAVRIL 1906.
1 arrivée de Télémaque dans la ville de Sparte où il est
accueilli par la célèbre Hélène; Tapparition de Péné-
lope dans la salle où les prétendants s'inclinent devant
elle, etc. Certes la femme alors est libre. De cette
liberté elle pouvait sans doute abuser, comme la belle
Hélène ou comme la femme d'Agamemnon, dont le
veuvage se prolongeait trop à son avis. Mais cet abus
lui-même prouve le droit : et d'ailleurs les poètes tra-
giques, s inspirant des mêmes traditions antiques que
le vieil aveugle, nous ont aussi peint des Ântigones
et d'autres héroïnes non moins aimables et non
moins courageuses.
Tout autre et bien autrement triste est le spectade
que nous offre la période ayant suivi l'invasion do-
rienne.
Il y a des choses qu'on ne peut exposer en détail
publiquement. Aussi glisserai-je légèrement sur la ci-
vilisation qui se substitua à celle à laquelle apparte-
nait Ménélas, dans sa propre patrie, c est-à-dire à
Lacédémone ou Sparte, quand toute lancienne po-
pulation fut transformée en Ilotes, et quand, après
cela, en pleine paix, le jeune Spartiate fut autorisé,
pour s'exercer aux armes , à traquer et à tuer, en par-
lie de chasse, celui qu'il voulait des sujets ou plu-
tôt des esclaves de sa race. Le droit de la gtterre
avait purement et simplement amené avec lui, d'une
façon continue , le droit du plus fort. Aussi la femme
perdit-elle toute dignité , même chez les vainqueurs.
avec sagesse leur maison et leur famille. » L'Iliade fait tenir à
Achille un langage très analogue.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 165
Le ménage ne fut quun vain mot pour des familles
dont chaque individu vivait à part, bien qu'avec une
table commune soit pour les hommes, soit pour les
femmes, où les enfants étaient la propriété de TEtat,
qui choisissait et élevait les plus beaux individus en
jetant les autres dans TEurotas, et oii un beau gars
pouvait choisir, pour en avoir une progéniture,
même ime femme mariée dont il faisait la demande
aux magistrats. Aussi ne faut-il pas nous étonnor si ,
à Tépqque romaine, on venait encore curieusement à
Sparte pour voir lutter des femmes entièrement
nues, ayant laissé toute la pudeur de leur sexe.
Tirons le voile sur ces choses et, laissant les Do-
riens et Lycurgue, venons-en à ce qui restait des
Ioniens eux-mêmes, libres encore, c'est-à-dire aux
Athéniens et à Solon.
Solon avait longtemps séjourné en Egypte. Il en
avait admiré les institutions ; et , pour fétat des biens ,
il imita en très grande partie dans son code celui de
Bocchoris, en le développant à sa manière.
Mais, en ce qui concerne la femme, il fut forte-
ment scandalisé par la grande liberté qu on lui laissait
encore en Egypte : ce qui s'expliquait fort bien par
suite du mouvement général qui entraînait dans un
sens tout opposé les gens de même souche que lui.
En effet, chez les différents peuples de la race gréco-
latine, la plupart des législateurs, sinon tous, dans
leurs imaginations si diverses d'ailleurs, s'accordaient
sur un point : celui d'abaisser, d'annihiler, d'avilir
la femme d'une façon quelconque, mais beaucoup
166 MARS-AVRIL 1006.
plus bas encore que ne l'avait fait Hammourabi.
Imbu des mêmes idées, Solon avait donc enlevé aux
femmes toute part d'hérédité quand elles avaient des
frères; et quand elles n'en avaient pas, il en avait fait
un accessoire, une charge de l'hérédité. Le père qui
laissait après lui des fils ne pouvait tester sur quoi
que ce fût. Ses biens appartenaient en entier à ses
fils à l'instant même où il mourait, comme ils lui
avaient appartenu jusqu'à ce moment à lui-^méme. S'il
n'avait point de (ils, mais seulement une fille ^ Solon
lui permettait de tester^ aussi bien que s'il n'avait
pas eu d'enfants. Seulement il était obligé de ne pas
séparer la fille de l'héritage. Il devait donner l'une
avec l'autre. Son héritier ne pouvait pas ne pas être
en même temps son gendre.
Si le père n'avait pas testé, l'hérédité allait aux
parents les plus proches , mais avec la fille. Poiu* en-
trer en possession des biens auxquels la parenté lui
donnait droit, l'héritier devait s'adresser aux magis-
trats qui , après avoir fait demander solennellement
par le héraut si personne ne se présentait pour invo-
quer une parenté plus proche , lui donnait le droit
de posséder à la fois les biens et la fille.
' Pour toutes les questions relatives à rhërédité non testamen-
taire dans le droit de Solon, voir ce que j'ai dit dans mon volume
sur la « propriété » p. 221 et suiv. On distinguait entre la branche
paternité et la branche maternelle. L'héritier m Aie ou l'épiclère
était pris jusqu'au degré de cousin germain dans la première, ou,
à défaut de celle-ci, dans la seconde, en donnant même la pré-
férence au mâle plus éloigné qu'une femme d*un seul degré.
Ensuite un en revenait définitivement à la première.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 167
Cette adjudication n était que provisoire. Dès le
lendemain, un autre pouvait se présenter; un procès
s'engageait alors , et le nouveau venu, s'il l'emportait ,
prenait à la fois la fille et le bien. Il n y avait pas
d'ailleurs de limite pour ces réclamations successives,
car Solon avait établi, de la manière la plus for>
melle, que le possesseur d*un héritage ainsi adjugé
par le magistrat ^ et de l'orpheline, attachée comme
* Avant d'adjuger la possession à un héritier prétendu , le ma-
gistrat faisait demander par le héraut si , parmi les personnes pré-
sentes, ne se trouvait pas de compétiteur; et après cela l'adjudication
n'était encore que provisoire , tous ceux qui le voulaient pouvaient
agir contre le possesseur de l'héritage et le revendiquer sur lui.
Tel qui ne s'était pas présenté d'abord ou qui , présent , n'avait rien
dit lors de Tappel fait par le héraut, n'en pouvait pas moins, se
ravisant, faire valoir ses droits à son tour après des semaines ou
des mois. A défaut d'actes de l'état civil, avec cette donnée que les
témoignages avaient plus de force probante que l'inscription sur
les registres soit de la phratrie , soit du dème, il n'était pas toujours
facile d'établir nettement les degrés de parenté ; et , quand il s'agis-
sait d'une succession riche, il ne manquait pas d'intrigants qui se
forgeaient une généalogie, appuyée sur des témoignages facilement
prêtés pour un bon prix ; parfois les héritiers sérieux ne venaient
qu'en dernière ligne, quand la malheureuse épiclère, adjugée à l'un
puis à l'autre, avait passé de main en main. Et celui qui la con-
servait en définitive , qu'était-il souvent ? Un viveur, perdu de dé-
bauches , qui , après avoir dissipé avec des hétaïres ses biens person-
nels , s'était souvenu un beau jour d'une parenté négligée et d'une
épiclère richement pourvue. Il devait avoir l'usufruit des biens
jusqu'à ce qu'un enfant né de l'épidère fût parvenu à l'âge
d'homme et délivrât ainsi de son tyran sa mère , la pauvre victime.
D'après cela , une loi de Solon , que Plutarque rapporte en s'en in-
dignant fort, nous paraît être le complément bien calculé,
presque indispensable, de toute celte législation contre nature sur
les épiclères. Quand cette femme, qui soupirait après la naissance
d'un enfant, se trouvait frustrée de cette espérance par l'homme
168 MARS-AVRIL 1906.
épiclère à cet héritage, resterait toujours exposé aux
revendications des tiers.
On ne s était pas occupé le moins du monde de la
dignité, de la pudeur^ des sentiments intimes, répid-
avide qui la possédait , elle pouvait appeler à son aide , sans être
accusée d'adultère, un parent quelconque. L'important était que
son choix ne s'égarât pas hors de la famille, puisque le désir de
resserrer le plus possible les liens de famille avait inspiré toutes
ces lois (comme celles qui réglaient le lévirat des Hébreux et dont
le livre de Ruth nous a conservé un bon exemple).
^ Selon n'avait d'ailleurs pas estimé à un taux élevé la pudeur
de la femme. L'homme qui violait une femme libre était seulement
condamné à une amende de dix drachmes, tandis que cdui qui en
abusait sans violence, après l'avoir séduite, avait à payer le
double : vingt drachmes. Hâtons-nous de dire que les lois de
Dracon sur le meurtre, lois plus anciennes, impliquaient une
sanction tout autre pour l'adultère et le stnprmn. Ces lois , qui res-
taient en vigueur à l'époque de Démosthène, couvraient d'une excuse
légitime celui qui , emporté par une juste colère , tuait sur le fait
le coupable surpris avec sa femme, avec sa fille, avec sa sœur, avec
sa mère , ou même avec une «raAAaxYf d'une certaine catégorie. De
leur côté , les lois religieuses interdisaient l'entrée des temples aux
femmes adultères et donnaient à quiconque les y trouvait le droit
de les punir corporellement , comme ils l'entendaient , la mort ex-
ceptée. L'indulgence de Selon n'en est que plus choquante, et
l'explication que l'orateur Lysias dans son plaidoyer sur le meurtre
d'Ëratosthènes a donnée au sujet de la punition plus forte pour la
séduction que pour le viol montre mieux encore , s'il est possible ,
le peu de cas qu'on faisait de la femme et de sa pudeur. Suivant
lui , ie viol ^ peu de conséquence , puisque la femme irritée de la
violence qu'elle subit n'en appartient pas moins à son mari , à son
x^ptos*y tandis que, les séducteurs, en corrompant les âmes de leurs
maîtresses, les rendent plus attachées, plus domestiquées à eux
qu'aux maris, etc. Toutes ces considérations, se rapportant exclu-
sivement à l'homme, à sa maîtrise, à son intérêt, ne sauraient
d'ailleurs expliquer la loi de Selon comparée à celle de Dracon.
L'explication est que les lois de Solon résultiiient d'un nouvel état
LA FEMME DANS L^ANTIQUITE. 169
sîfs ou tendres, de la pauvre femme, qui passait ainsi
de main en main.
Peu importait d'ailleurs qu'elle eût été mariée par
le père lui-même de son vivant, si le père avait ou-
blié, ou, pour une raison quelconque, n'avait pas
voulu instituer son gendre héritier. Dans ce cas,
rhéritierdu sang, à défaut de testament formel, in-
voquait ses droits sur les biens et sur la femme, Tar-
rachant ainsi aux bras de son époux. Et n'allez pas
croire que c'était là un cas très rare , une de ces lé-
gislations contraires aux mœurs, et qui ne s'ap-
pliquent pas en pratique. Au contraire, l'orateur
Isée, qui lut, dit -on, l'un des principaux maîtres
de Démosthène, signale expressément, dans un de
ses plaidoyers, la grande fréquence de ces ruptures
de l'union conjugale, malgré l'affection la plus sin-
cère et la plus profonde de part et d'autre, parce
que le mari n'était pas l'héritier du sang, ni l'héri-
tier testamentaire du père de sa femme.
C'est même pour cela que les Athéniens avaient
contracté l'habitude d'épouser toujours leur plus
proche parente , celle qu'ils auraient pu revendiquer
d'après la loi même de Solon, si leur beau-père
n'avait pas testé.
Hs allaient même très loin dans ce sens; car on
avait admis qu'un frère pouvait épouser sa sœur de
père quand elle n'était pas en même temps sa sœur
de choses, coïncidant avec un changement de gouvernement, et
dans lequel la femme était abaissée autant que possible, à l'inverse
de ce qui existait en Egypte.
170 MARS-AVRIL 1906.
de mère^. Aussi les proches parents, pour plus de
sûreté , se faisaient-ils encore adopter par leur beau-
père de son vivant. Us devenaient ainsi le frère de
père de leur femme; et nul ne pouvait jamais invo-
quer une parenté plus proche que celle-là,
La femme était d ailleurs toujours dans une dé*
pendance absolue d après les lois de Solon.
Soumise d'abord à son père, elle Tétait ensuite à
ses frères, si elle n'était point encore mariée, à son
époux, si elle Tétait.
Ce n est pas tout. Si Torpheline qui n avait point
de frère, et qui par cela même était attachée à ITié-
ritage de son père, engendrait un (ils dun de ceux
qui Tavaient légitimement possédée avec Théritage,
ce fils, dès qu'il atteignait Tâge de la majorité lé-
gale, devenait le maître, le xvptoç^ le propriétaire,
Théritier de tout. Jusque-là les maris de Tépiclère, de
la femme attachée à cet héritage, nen avaient joui
que pour le lui passer le jour où il deviendrait un
citoyen. Ce jour-là, cette femme, sa mère, avait en-
core à suivre Théritage , car elle tombait sous la puis-
sance de son fds , qui lui mesarait désormais la noor-
ritare, suivant les termes mêmes de la loi de Solon.
* Le même désir qui avait fait permettre à Athènes le mariage
entre frères et sœurs consanguins , avait rendu extrêmement fré-
quents les mariages entre oncle et nièce. Cest à ce point qu*an
orateur, pour montrer Tâpreté de Tanimôsité régnant entre deux
frères , insiste beaucoup sur ce fait que , le plus âgé ayant des filles ,
il n'y avait pas eu de mariage entre une de ces filles et leur oncle.
11 rappelle complaisamment combien souvent les haines de famille
s'étaient apaisées à Toccasion d'unions semblables, qui étaient de
règle pour ainsi dire.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 171
H ny avait donc jamais d affranchissement pos-
sible pour ia femme sous cette loi. Fille, sœur,
épouse ou mère, elle ne jouissait jamais d aucun des
privilèges de la condition libre ^
' Dans les récits de Démosthène, la femme est entièrement
passive. De ses désirs , de ses affections , nul ne s'occupe. En effet ,
la femme à Athènes — et chez ceux des Greci qui avaient adopté
un droit analogue — avait toujours un rôle complètement effacé.
On n'admettait pas qu'elle pût manifester par elle-même une vo>
lonté efficace. Il fallait qu'un maître l'eût livrée au mari pour que
son union fût légitime : et son mari devenait son maître , si son
père ne Tétait plus. C'est pourquoi on voit des maris , jouant le
rôle de xipioSy livrer eux-mêmes leur femme à d'autres comme
épouse, ou la leur léguer par testament. Un banquier d'Égine,
Strimodore, pour mieux s'attacher un serviteur qui était en même
temps son mandataire et son caissier, lui fit épouser, de son vivant,
sa propre femme, et, après que celle-ci fut morte, il lui fit épou-
ser sa fille. De même, pour des motifs semblables, plusieurs ban-
quiers d'Athènes cédèrent aussi leurs femmes à des commis qui
faisaient leurs affaires, tenaient leurs livres, maniaient leur ar-
gent et qui avaient été affranchis par eux : Socrate à Satyros , So-
dés à Timodéme , etc. Le célèbre banquier Pasion , père d'Apol-
lûdore , avait disposé testamentairement de sa femme au profit de
son ancien caissier, de son successeur dans sa banque, de Taffran-
chi Phormion pour lequel plaida Démosthène. Le père de Démos-
thène lui-même — dans l'intérêt, non point de sa caisse, puis-
qu'il ne possédait pas de banque , mais de ses enfants en tutelle —
légua à un de leurs tuteurs sa femme , avec une bdle dot , et à un
des autres sa fille.
Ces sortes de dispositions entre vifs et testamentaires paraissaient
toutes naturelles. Quelquefois elles étaient dictées par une intention
bienveillante pour ia femme que l'on cédait et la famille de cette
femme. Isée, par exemple, raconte comment un vieillard, n'espé-
rant plus avoir d'enfants d'une femme qu'il aimait beaucoup , la fit
marier à un autre homme afin de pouvoir en adopter le frère,
qu'il voulait avoir pour héritier. En effet, une loi de Solon annu-
lait tous les testaments faits par l'influence d'une femme.
Il avait espéré qu'en éloignant de lui celle qu'il avait surtout
172 MARS-AVRIL 1906.
Si c'était une femme honnête, elle devait rester
renfermée dans un gynécée, dans un quartier de
la rtïaison fermé à tous les visiteurs. Elle ne devait
jamais paraître à aucun repas où se trouvait un
homme, quelque ami fût-il. C'était là, disait-on, le
fait des courtisanes.
Les courtisanes étaient généralement des étran-
gères, souvent des affranchies, et elles avaient pris,
à Athènes, d'autant plus de place dans la vie pu-
blique, dans la vie sociale — et souvent aussi dans
la vie privée — que la femme honnête en avait
moins.
Ce n'était pas là sans doute ce qu'avait dû vouloir
le sage Solon. Je le pense du moins, quoique des
poésies amoureuses, d'un genre bien léger, aient été
mentionnées ou textuellement citées comme de ce
grave législateur par un grand nombre d'auteurs
classiques. Suivant Plu tarque, Solon, qui d'ailleurs
se défiait des femmes à un tel degré qu'il annulait
tous les testaments ou les actes faits sous leur in-
fluence , Solon , dis-je , interdit qu'elles fussent dotées ,
comme cela se pratiquait aux temps homériques, ou
en vue lorsque, par affection, il en choisissait le frère pour maître
(le ses biens après sa mort et pour son fils , il pourrait craindre par
là qu'on annulât le testament fait en faveur de celui-ci. Il y eut
pourtant procès et c'est ainsi qu'Isée nous a conservé cette histoire.
A Athènes, les droits du mari disposant de sa femme sans la
consulter, et même ceux du père rompant sans motif Tunion con-
jugale de sa fille, malgré l'amour des deux époux l'un pour Tautre,
choquaient d'autant moins que le jeu des institutions relatives
aux héritages et aux épiclères amenait natarellement des résultats
semblables quand le père s'était abstenu.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 173
qu elles eussent un trousseau qui comptât. 11 voulait
que, pour être complètement à la merci de Thomme,
1 épouse qui n'était pas livrée à Théritier par-dessus
rhiîritage en qualité d'épiclère, n apportât rien à son
mari, nen reçût rien en propriété, ne devînt maî-
tresse de rien. Craignant qu elle n allégeât ce joug , il
se défiait avec raison des dots.
Ce fut en effet par les dots, rétablies bientôt à
Athènes sous finfluence du droit des gens et en imi-
tation des mœurs chaldéennes de la période clas-
sique qui se répandaient de proche en proche, ce
fut par les questions d'intérêt que les femmes , mal-
gré les lois , reprirent comme autrefois une certaine
influence.
Nous aurons à revenir bientôt sur toute cette ques-
tion des dots et sur la situation relativement plus
favorable et le franc parler que Tépouse richement
dotée finit par avoir toujours et partout. Peu impor-
tait d'ailleurs que la dot ne dût pas lui être remise à
elle-même en cas de divorce, quelle dût revenir à son
père ou à ses frères. Le mari n'en avait pas moins la
crainte d'être alors dépouillé de sommes importantes
qu'il lui faudrait rendre aussitôt le mariage dissous.
D'ailleurs, une fois la dot admise dans les coutumes,
elle fut sauvegardée à Athènes, comme partout où
elle exista, par un ensemble de règles spéciales. Ceux
qui la détenaient indûment devaient en payer les
intérêts à un taux élevé. Ils étaient en outre exposés
à une action en pension alimentaire et, de plus,
comme cela se faisait en Chaldée, ils devaient
174 MARS-AVRIL 1006.
donner en garantie une hypothèque sur leurs
biens. La rondeur de lapport dotal — son im-
portance proportionnelle relativement à la for-
tune du mari — était donc ce qui pouvait le mieux
— bien que d une manière indirecte — relever la
dignité de la femme. Mais la plupart des dots qu on
trouve mentionnées dans les plaidoyers d'Isée, de
Lysias, de Démosthène, sont encore très faibles; et
la fenune, du moins d'ime façon générale, parait
rester à cette époque singulièrement avilie. D fallait
qu'elle le fut bien , que les mœurs publiques fussent
tombées bien bas, pour quon pût faire licitement,
sans rougir, rédiger et signer en (pialité d'arbitres,
accepter en qualité d'intéressés , lire en public devant
cinq cents juges, des transactions telles que celles
qui sont rapportées dans le procès contre Néréa,
dans laffaire parallèle de Phano et dans certains
plaidoyers de Lysias.
Nous ne saluions citer ici le texte de ces transac-
tions et nous renverrons pour les deux premières à
la traduction qu en a donnée M. Dareste dans sa
publication des plaidoyers civils de Démosthène.
Ce que nous pouvons dire seulement, cest qaom
disposait de la femme, sans la coosuiter, axnme
dun animal, comme d'un être absolument passif;
que le père ou le Kupios ne s engageait pas seulement
pour des mariages proprement dits; et qu entre
plusieurs compétiteurs on tenait compte à la fois des
prétentions rivales.
Après cda , faut-il s'étonner de voir des femmes
LA FEMME DANS L*ANTIQUITÉ. 175
libres, tombées entre les mains de pirates ou d'en-
nemis et rachetées par des Athéniens — au lieu
d'être aussitôt rendues à la situation de femmes libres
par leffet immédiat d'un post-Uminiam , au lieu d'être ,
au moins, protégées dans leur dignité et dans leur
vertu — rester au même titre que des esclaves vérita-
bles, en la possession de leurs rédempteurs. Jusqu'à
ce qu'elles les eussent remboursés, elles n'avaient,
par rapport aux esclaves véritables , d'autre privilège
que celui de n'être pas mises à la torture pour
prêter témoignage, même par la volonté de ceux
qui les possédaient. £t encore un client de l'orateur
Lysias trouve-t-il que cette distinction est abusive et
déraisonnable. En effet, si les Athéniens avaient eu
le moins du monde le respect de la femme, ils
eussent certainement préféré mettre son corps à
la torture, que sa pudeur à ia merci de libérateurs
prétendus.
Au point de vue moral, mille fois mieux valait
la liberté , excessive sans doute , toujours labsée à la
femme par les mœurs en Egypte, que cette dépen-
dance perpétuelle qu'on lui imposait à Athènes. Même
quand, par suite des réformes juridiques qui se suc-
cédèrent, aura disparu le mariage religieux essentiel-
lement monogame que nous avons décrit dans la
première partie de cette étude , la fenune égyptienne,
habituée à traiter elle-même ses affaires , à aller chez
le notaire y débattre ses intérêts , acquerra une |)ré-
voyance, un savoir-faire, un esprit de conduite qui
l'empêchera d'être victime et lui fera transformer
176 MARS-AVRIL J906.
une séduction possible en une union solide et durable.
La science des contrats fera ainsi pour elle, plus
efficacement encore peut-être, ce que les coutumes
et les lois font en Angleterre pour les jeunes filles qui ,
là aussi, peuvent s unir en mariage —*• et par consé-
quent être courtisées — sans le consentement, ou
même Tavis , d'aucun membre de la famille.
Nous vous montrerons en elfet bientôt comment
les Égyptiennes, parle simple jeu des contrats, par-
viendront alors à abolir en fait la polygamie existant
en droit et dont les familles de choachytes , etc. , —
si bien connues dans leur histoire par Tensembie
de leurs papiers — ne nous ofiFrent aucime trace.
A Athènes, au contraire, la pluralité des épouses
et des ménages, permise par une loi du peuple,
suivant le témoignage d'Athénée et d'Aulu-Grelle,
était non moins admise en fait, par les mœurs,
qu'en droit, par la législation. Certains détails des
plaidoyers des orateurs de la grande époque nous
en donnent la preuve évidente.
Quand, après les lois d'Euclide, les Athéniens
devinrent le plus exigeants sur les conditions d'une
filiation légitime, tout ce qu'ils demandèrent au
père, ce fut le serment que le fils, présenté par lui
à la phratrie, était né d'une Athénienne, garantie
telle par un KÔpios, Athénien lui-même. Nous ne
pouvons pas entrer ici dans l'exposé des variations
de la législation sur ce sujet. Mais il est certain que,
pendant tout le temps où Athènes fut organisée
comme une cité guerrière ayant des aspirations
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. J77
pour la conquête — c est-à-dire depuis Soion jus-
qu'à Alexandre, — la femme y tint si peu de place
qu un maris^e ne relevait guère sa dignité.
Elle ne tenait pas, d'ailleurs, beaucoup plus de
place dans les autres contrées de la Grèce.
Athènes n'était pas, en effet, la seule ville qui fît
des épiclères une annexe de l'héritage et appelât les
parents les plus proches k recueillir à la fois le tout.
S'inspirant peut-être de ses lois, alors qu'elle avait
l'hégémonie , d'autres cités et états grecs avaient
établi un droit semblable. Les épiclères y étaient
également attribuées par sentences — sans être con-
sultées en rien — à ceux que Ion jugeait venir en pre-
mier rang dans les successeurs du défunt. La preuve
testimoniale^ — avec l'incertitude et les contradictions
qui peuvent en résulter — y était , du reste , égale-
ment ' prépondérante en tout ce qui touchait l'his-
toire des familles , les alliances et les parentés. Par suite
donc, naturellement, dans une revendication d'hé-
ritage avec épiclère, ceux qui voyaient leurs compé-
titeurs l'emporter sur eux pouvaient prétendre qu'on
leur avait fait injustice en le sachant bien , par inimitié.
Une guerre acharnée n'eut pas d'autre cause, à
ce que prétend Aristote au livre v de sa Politique.
Le représentant, le consul, ainsi qu'on dirait au-
jourd'hui, d'Athènes, ^pé^vns rris vrSXecjs, à Mity-
lène, Mitylénien de race, du nom de Dixandre,
n'avait pas pu faire reconnaître les droits de ses
fils sur l'héritage d'un nommé Timarque et sur
les filles de ce Timarque qui, en qualité d'épiclères,
vu. 1 2
IMtBIHCKIK ■ATIOXALR.
178 MARS-AVRIL 1906.
devaient suivre cet héritage. 11 se crut lésé, et il
parut croire qae sa situation de représentant at-
titré d'Athènes avait indisposé les esprits contre
lui. G était une injure faite à TEtat qui lavait choisi
pour proxène. Les Athéniens, excités par lui, en-
trèrent en campagne et Mitylène finit par être prise
par Pachis, un de leurs généraux. Os y tenaient
encore garnison quand, dans la aS"" année de la
guerre du Péloponèse , à ce que rapporte Xénophon
dans son histoire grecque, Gallistrate, général lacédé-
monien, s'étant emparé de cette ville de vive force,
vendit comme esclaves les gamisaires athéniens* Peu
après, Gonon reprit Mitylène, et il y était assiégé par
Gallistrate lorsquç fut livrée, par la flotte quon en-
voyait à son secours , la fameuse bataille des Arginuses.
— Mais je me laisse entraîner trop loin. Ge n est
pas le lieu de raconter toutes les conséquence^ éloi-
gnées de cette guerre de Mitylène, née à Toocasion
dune épiclère; ni comment Ly sandre établit dans
cette ville, suivant le système général des Spartiates
pour tous les États soumis par eux, un gouverne-
ment décemviral , ni comment elle fut le théâtre des
derniers exploits de Thrasybule.
Revenons-en au droit athénien sur le mariage et
sur les femmes.
Quand, après l'avoir étudié dans les plaidoyers
— c'est-à-dire dans les plus certains des documents
contemporains, — on en vient à lire le traité des
Lois de Platon , on est frappé de voir à quel point
le philosophe, dans sa conception tout artificidle.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 179
avait su refléter l'esprit des lois de Soion et des
autres lois de la démocratie athénienne. C est en
cda que Cicéron Ta merveilleusement imité dans
son propre traité des lois — bien que leurs con-
ceptions, dans tous les détails, soient absolument
dissemblables. Lun et Tautre, ils ont pris pour
bases les vieilles lois de leur pays et, dans leurs
innovations mêmes, ils en tiennent le plus grand
compte. Aussi leurs œuvres ont-elles une haute im-
portance, chacune pour Thistoire d'un droit natio-
nal. Elles ont leur place dans un milieu et dans un
temps déterminés. Victor Cousin lavait du reste
déjà soupçonné et indiqué, dans sa préface du
traité des Lois de Platon.
Platon fait parler un Athénien vivant sous une
démocratie libre et puissante encore , mais déjà bien
déchue. 11 n'a en vue que la cité grecque, égalitaire,
étroite et fermée. Ses rêves sont semblables à ceux
de la plupart des législateurs de ces petites répu-
bliques. Ses souvenirs sont ici de droit athénien.
Lorsque, par exemple, il veut qu'on excuse le mari,
le père, le frère ou le fils qui tuent l'honune surpris
avec sa femme, sa fille, sa sœur ou sa mère, il ne
fait là que reproduire les dispositions principales de
la loi de Dracon sur les excuses du meurtre, —
encore en vigueur de son temps. 11 se montre aussi
imprégné de droit athénien lorsqu'il traite du xôpios
de la jeune fille, de son mariage par ëxSoms, de
l'hérédité assurée par l'adoption, etc.*
Cicéron, lui, a soin de mettre en scène un noble
180 MARS-AVRIL 1906.
Romain d'une époque où Rome était devenue sans
rivale pour ia domination du monde. 11 légifère en
songeant au monde à absorber dans le nom romain.
Mais il se garde bien de faire table rase des tradi-
tions et des lois des Quintes. Dans ce livre — qui
nous est parvenu malheureusement mutilé — il
cite fréquemment les lois des XII Tables; et il a
soin de faire remarquer qu'en formulant certaines
règles, notamment en ce qui concerne le droit reli-
gieux, il a conservé, pour le fond, sans modification
notable, ce qui existait alors à Rome. Cependant,
tout en s appuyant sur les lois romaines , Cicéron ,
voyant dans le monde une annexe de Rome, se
rappelle en même temps celles des peuples nom-
breux dont le prêteur pérégrin avait dû tenir
compte pour appliquer le droit des gens, suivant
l'expression en usage.
Platon, au contraire, ne sort pas des cités
grecques. En méditant sur les lois d'Athènes , il en
rapproche exclusivement celles des hommes qui
organisèrent — dans quelque autre démocratie — un
gouvernement analogue : les lois égalitaires du vieux
législateur de Corinthe, Phidon; celles du Corin-
thien Philolaûs, portées à Thèbes, etc.; lois mention-
nées par Aristote , fixant les limites étroites entre les-
quelles pouvait osciller la fortune de chacun; dé-
terminant le nombre des maisons, celui de^ citoyens,
les moyens d'assurer ce nombre, d'activer ou de
ralentir la prolifération, de manière à maintenir
toujours le cadre, tel qu'il était à jamais fixé. Dans
LA FEJVIME DANS L'ANTIQUITÉ. 181
ces combinaisons artiticielles , la communauté deve-
nait le régulateur et le maître de chaque individu dans
tous ses actes.
Chez les Spartiates, les lois de Lycurgue, aux-
quelles nous avons fait allusion , faisaient également
litière des sentiments individuels dans Tîntérêt de la
communauté, oblitérant même ce que l'homme
a de plus précieux; la conscience; ordonnant le vol
et le meurtre comme exercice préparatoire en vue
de la guerre; enlevant la pudeur aux femmes
dans leurs gymnases, dans leurs casernes où les
maris ne les visitaient que par accident et où les
magistrats pouvaient intervenir de la façon qui
nous paraît la plus révoltante du monde. L'idée
qui domine dans toutes ces lois, celle qui les
explique et les exigeait en quelque sorte, c'est celle
de la communauté pensant, possédant, agissant,
voulant, ayant vie complète et se substituant partout
à l'homme.
Platon a su s'en rendre compte en véritable juris-
consulte : et, par une formule saisissante, il a fait
ressortir l'esprit de toutes les vieilles législations des
cités et surtout des démocraties grecques. SeiJement ,
il faut suivre sa pensée dans ses développements
successifs, pour la pénétrer sans méprise et pour
interpréter dans leur vrai sens les expressions dont
il se sert.
Tandis que, dans la République, où il s'est inspiré
des lois de Sparte , il veut — comme dans cette
ville — au moins pour la classe des guerriers, un
182 MARS-AVRIL 1906.
réel communisme , une mise en commun , un partage
en jouissance de tout, — dans ie traité des Lois,
au contraire, où il prend pour base la législation
athénienne, le mot commun ne signifie plus qu*ap-
partenantàla communauté, sous le pouvoir de la
communauté, et non livré à 1 usage de tous. La
communauté, c'est un être à part, formé par l'en-
semble des citoyens, mais prenant personnalité, pos-
sédant ses biens et ses droits, en dehors des biens
et des droits individuels.
Dé même qua Rome, le pater fajmUas,^évi- in-
vesti de toutes les capacités, de tous les pouvoirs
dans Ia/ami7ia7maître de ses enfants et de ses e^
claves, comme de ses biens meubles et immeubles,
pouvjait assigner à lun d'eux — sans en perdre la
possession ou la libre disposition si la fantaisie lui
prenait d'en disposer, — une partie de ses biens à
titre de pécule, de même la communauté grecque
du traité des Lois — sans en perdre le domiaimn
compris dans toutes ses conséquences plus ou moins
éloignées — livrait à chaque individu une partie de
ses biens à titre de quasi-pécule.
Quand donc Platon dit que les femmes sont com-
munes, les enfants communs, il faut se donner la
peine de voir un peu plus loin ce qu'il entend par
ces expressions.
Ce qu'il veut dire, c'est que la communauté ne
perd jamais ses droits sur les femmes et sur les en-
fants. Elle pourrait marier elle-même les jeunes
filles ; et si elle laisse ce soin au père ou au xtiptos.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 183
c est par une sorte de délégation , qui n'empêche ni
la surveillance, ni Tintervention en cas de besoin;
Les femmes — dans les Lois de Platon, comme
à Athènes ~ ont des époux qui les possèdent lé-
gitimement et les gouvernent. Seulement, quand
Tintérêt de la communauté , de la conservation des
familles, etc., veut qu'on les reprenne à ces époux,
pour les donner à d autres, il ny a pas à hésiter;
elles sont biens de communauté , dont la communauté
dispose. De même, tout enfant né en mariage a un
père désigné. Mais si , dans l'intérêt de la commu-
nauté, il vaut mieux qu'il soit attribué à un autre
père— pour que celui-ci ait un successeur, qu'une
maison ne reste pas vide, que le cadre soit au com-
plet— cette attribution se fera en vertu du pouvoir de
maître appartenant à la communauté. Entre toutes
les paternités , naturelles ou non , reconnues par la
loi, il ne sera pas fait de différence, puisque le père,
par rapport au fils, n'est que le délégué de la com-
munauté.
Non! Platon, dans le traité des Lois, n a. rien
édicté de plus monstrueux que les lois d'Athènes — -
dont nous ne pouvons exposer ici les applications les
plus choquantes — connues de nous par les récits des
orateurs. Au contraire, il a présenté la théorie la
plus savante pour faire excuser par un principe ce
qui nous révolte dans celles-ci.
Même en ce qui regarde les biens , dans la Répu-
blique d'Athènes , ne voit-on pas invoquer sans cesse
l'intérêt public : à propos d'une attribution d'héri-
184 MAKS.AVRIL 1906.
tage, dune succession légitime ou teslainentaire,
d'une permutation de patrimoine demandée par qui
doit subir, au profit de la communauté, des appels
de fonds trop considérables, parce quil est classé
parmi les riches ?
«Tu me payeras cela cruellement, dit le déma-
gogue Gléon, dans les Chevaliers d'Aristophane, à
un charcutier qui Tinsulte; tu seras écrasé sous les
contributions : car je trouverai bien le moyen de te
faire inscrire au nombre des riches! »
En pareil cas, même lorsqu'il s'agît, ce qui n'est
pas rare , d'une confiscation poursuivie par un syco-
phante, les avocats font toujours ressortir les sommes
dépensées pour la communauté, les avantages que
la communauté pourra retirer de l'usage des biens
laissés à celui qui les possède, ou, au contraire, soit
transférés à un autre qui les demande , soit rentrant
dans la masse de la communauté.
Les fonds de terre abandonnés à la possession in-
dividuelle ne constituent pas des domaines dont le
maître ait le droit d'abuser. Ce /usatatendi— qui en
droit romain caractérise la propriété et la distingue
de l'usufruit simple — la communauté , dans la cité
grecque, ne le concède jamais à personne. C'est elle
qui fixe, par des règlements, la ^manière dont le sol
doit être cultivé; et, dans un texte du Corpus inscrifh
tionnm atticarum , on voit des inspecteurs spéciaux
vérifier, chaque année deux fois, la manière dont
ces règlements sont appliqués dans chaque ferme.
L'acquéreur n'en peut faire disparaître un oliviei',
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 185
un plant de vigne, etc. Il nen peut couper même un
tronc sec, sans tomber sous le coup des lois qui
édictent contre lui les peines les plus graves.
Mais nous aurons Toccasion de revenir sur tout
ceci dans un autre travail et nous nen avons dit
quelques mots que pour faire entrevoir comment,
le principe de Haton une fois bien saisi, le droit
athénien devient un système où chaque détail prend
sa place.
Si l'héritage ne passe point aux fdles , c'est que ce
n est pas un héritage, proprement dit, mais la conti-
nuation d'une délégation qui ne peut revenir qu'à
des hommes. Cette délégation, la communauté l'a,
pour ainsi dire, assurée d'avance au fils agréé déjà
par elle pour être le continuateur de son père. Nous
disons « agréé par elle ». En efifet, en droit athénien ,
il faut que le père présente son fils à la phratrie et la
fasse voter sur son admission. La phratrie pouvait
repousser cet enfant qu'on lui proposait, ne pas le
reconnaître pour un fils légitime; et, même quand
elle l'avait admis, le peuple — représenté par la
grande assemblée de cinq cents héliastes tirés au
sort — pouvait encore refuser ce fils à ce père.
Aussi quand on a , sans opposition , définitivement
inscrit ce fils sur les registres et de la phratrie et du
dème, est-ce le cas unique où les héritages ne sont
pas soumis à jugement , ne sont pas èitlSixot c'est-à-
dire « à adjuger » ; où ils passent directement du mort
à celui qui lui succède, sans que la communauté ait
à intervenir par aucim de ses représentants.
186 MARS-AVRIL 1906.
Au contraire, à défaut de fds, quil y ait ou non
des épiclères , il faut une formelle attribution pour in-
vestir des biens quelque autre homme appelé à sup»
porter les charges à son tour.
La communauté primait tout dans ces petites cités
grecques où souvent une guerre malheureuse abou*
tissait à l'esclavage pour Tensemble des individus^.
On n avait rien qui ne fût détruit le jour où la
communauté était atteinte dans son existence. L'in-
dividu, en tant qu'appartenant à l'espèce humaine,
n'avait aucun droit reconnu. H ne peut y avoir de
droits de l'homme indépendants des droits de la
communauté quand la communauté seule protè^
contre l'imminence de l'esclavage. Le salut public
est alors la loi suprême ; et les droits de la commu-
nauté deviennent d'alitant plus absorbants que la
cité est à la fois plus petite et plus belliqueuse. Tout
y doit être calcidé pour l'attaque et pour la défense,
pour ime classe prépondérante qui, s exerçant à l'art
de la guerre, en fait son étude exclusive et «e veut
que de bons soldats. En elTet, à tous les instants ^
pose la question d'existence. Tel fut le cas de Sparte
dont la théorie se trouve dans la République de Haton.
Athènes, ville plus vaste, plus florissante, plus
avancée au point de vue intellectuel, ne poussa ja-
mais aussi loin l'annihilation individuelle ; et, à
mesure que son importance militaire devint moins
grande, les applications tyranniques de ces principes
de despotisme collectiviste s'y firent de moins en
moins sentir.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 187
Quand Alexandre eut soumis les Barbares contre
lesquels les Grecs étaient en lutte , quand , en présence
des nouvelles monarchies qui étaient sorties de cette
conquête, les villes grecques, cessant d aspirer iso-
lément à rhégénionie, songèrent d abord a se grou-
per au moyen de fédérations égalitaires, dans cha-
cune d'elles, la communauté primitive lut rejetée au
second plan par une nouvelle communauté , celle de
la ligue, et ce quelle y perdit de terrain fut autant
de gagné pour les individus.
Bientôt d'ailleurs la paix romaine devait enlever
toute raison d'êti'e au système de concentration des
forces actives dans les minuscules démocraties
grecques.
Mais la transformation des mœurs ne devait pas
tarder jusque-là. Déjà, bien peu de temps après les
victoires d'Alexandre , dans les comédies de l'Athé-
nien Ménandre, comme dans les écrits d'Aristote
le Macédonien, le mot épiclère se présente avec
un sens tout à fait nouveau : il signifie bien cette
fois et signifiera désormais une héritière propre-
ment dite, comme les lexiques le traduisent, traduc-
tion critiquée avec tant de raison quand il s'agit des
plaidoyers d'Isée, de Lysias, de Démosthène, etc.
Maintenant, l'héritage appartient bien à celle qui,
jusqu'alors, en faisait partie en quelque sorte comme
un accessoire surajouté.
Pour opérer cette révolution, il avait suffi d'ac-
corder un peu de libre arbitre à cette épiclère , de
lui permettre de repousser l'homme qui, d'après les
188 MARS-AVRIL 1906.
liens de parenté , la réclamait, elle et ses biens, de
ne pas borner son recours contre le mari imposé à
la licence accordée par Solon quand il n'avait pas
d autre but que de conserver les héritages dans les
familles.
C'était venu graduellement; et la galanterie des
archontes avait peut-être influé beaucoup sur ce-
résultat , comme la galanterie des prêteurs sur la situa-
tion des femmes à Rome.
Vous vous rappelez sans doute combien Cicéron
plaisantait agréablement sur ce quêtait devenue, à
Rome, la tutelle des femmes, quand les magistrats,
en intervenant, en vertu de leur imperium, avec les
pouvoirs souverains du peuple, pour leur désigner
un tuteur, eurent pris Thabitude de choisir les
tuteurs mêmes qu'elles leur indiquaient, et de les
changer toutes les fois qu'elles le désiraient.
Les magistrats athéniens qui , de leur côté , inter-
venaient dans les familles, qui pouvaient rompre
une adoption, rompre un mariage, au nom du
peuple , sur la requête des intéressés , s'inspirèrent
bientôt davantage du droit des gens que de ceux des
lois athéniennes : et l'affranchissement des femmes
fut en très grande partie leur œuvre.
Le fait est que, dans les comédies de Ménandre,
les épiclères sont, par excellence, des femmes riches,
dominant leurs maris du haut de leur richesse, des
héritières, ayant leurs biens à elles et faisant souvent
cruellement sentir à leurs maris pauvres le poids
lourd du joug supporté pour la possession d'une dot
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 189
relativement considérable. Il en était exactement de
même en Italie, du temps de Caton lancien, quand
celui-ci , pour faire cesser cet abus contraire au
code des XII Tables, proposa une loi dont nous
aurons à parler en traitant de la femme à Rome.
Pour le moment restons en Grèce et notons, pour
fmir, que, même dans les contrées helléniques qui
ne s'inspirèrent pas soit d'Athènes, soit de Sparte, le
même mouvement législatif, tendant à l'abaissement
de la femme, se remarque partout à l'époque classique.
Dans les pays du nord de la Grèce , nous voyons
que la femme fut soumise à un système de tutelle
perpétuelle, et que quand beaucoup plus tard on
la fit figurer dans les actes, à titre de partie contrac-
tuelle, ce ne fut jamais sans l'assistance d'un xvptos,
d'un homme complétant sa personnalité juridique et
portant encore par rapport à elle le titre de maître,
alors même qu'il ne jouait même plus pour elle le
rôle de tuteur.
Mais je m'aperçois que j'anticipe sur les événe-
ments , et j'en reviens à Tordre purement historique
du droit comparé , en passant de Solon à son imita-
teur Amasis, cet ami des Grecs, dont nous avons
parlé plus haut.
190 MARS-ÂVRlL 1900.
III
AMASIS ET SES RÉFORMES
RELATIVEMENT À LA SITUATION DE LA FEMME.
Qu Amasis ait connu les législations grecques sur
la femme, cela me paraît indéniable.
Tout en s'en inspirant pour rabaissement de celle
qui, jusque-là, avait été en Egypte si puissante, il
ne voulut pas pourtant faire œuvre de plagiaire.
A ce point de vue, son code , que paraissent avoir
copié plus tard les décemvirs romains, bien qu in-
spiré de diverses sources , a une originalité incontes-
table.
L'objectif était lasservissement de la femme. Mais
cet asservissement dut avoir une base volontaire.
Pour cela Amasis s'inspira d'un vieux contrat du jus
gentium, d'origine ninivite, dont mon illustre maître ,
Oppert , a publié un excellent exemple , et sur lequel
nous reviendrons dans la suite. Seulement ce ne
furent pas les parents qui vendirent leur fille, ce
fut la fille elle-même qui se vendit, dans ce que les
Romains ont appelé une coemptio. Par le même pro-
cédé de la mancipation se substituant à l'adrogation
par loi autrefois employée en Egypte, on se pro-
curait un fils adoptif, absolument comme par le
même procédé on acquérait un bœuf ou un im-
meuble. Bref, comme en Chaldée et en Assyrie,
c'était l'argent, si abhorré jusque-là par les législa-
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 191
teuTs égyptiens, alors qull s agissait soit de ietat des
biens, soit de l'état des personnes, c était l'argent,
dis-je, qui devenait contractuellement la base de
tout.
Le code de Soion avait également proclamé que
le contrat, l'expression de la volonté libre, faisait la
loi entre les parties. Mais Sol on avait enc-ore réservé
les droits de la famille pour les propriétés déclarées
inaliénables, tandis que, pour Amasis, rien n'était
mis en dehors de la volonté de l'homme. Je dis de
l'homme, car aux yeux d' Amasis la femme ne devait
pratiquement compter pour rien, sauf quand son
consentement primitif était lié aune abdication d'elle-
même et des siens. Celle qui se vendait à son époux
vendait en même temps sa progéniture : et une loi
sévère frappait d'une amende arbitraire ceux qui ré-
clamaient, soit parents, soit même juges voulant
décider autrement. La même loi s'appliquait, du
reste, à l'adoption par mancipation , à la mancipation
du débiteur, devenant un nexus, bref à toutes les
aliénations quelconques, aliénations pour argent
jusque-là interdites en droit égyptien.
Le but était de faire du mari, du père de famille,
un paier familias conçu comme on le concevra plus
tard à Rome lors des Xll Tables : c'est-à dire Un
maître despotique possédant tout et réglant tout.
C'était le chef-d'œuvre de l'égoïsme masculin , du
possesseur de la force, encore plus féroce qu'en
Grèce , puisqu'en Grèce , du moins , les fils étaient
traités en hommes libres.
192 MAHS-AVRIL 1906.
Mais , pour arriver à ce résultat, il fallait lutter, car
dans la vallée du Nil on avait affaire à forte partie :
les temples et un corps sacerdotal puissamment or-
ganisé.
La plus grosse difficulté consistait donc, non à
faire un code , mais à laïciser le droit.
Cela ne se fit pas en im jour.
Jusque-là les prêtres étaient à la fois les législateurs
et les juges. Les législateurs , puisque , même après le
code des contrats deBocchoris, tout avait été remanié
sous leur influence par une dynastie prétendant des-
cendre des prêtres- rois de la vingt -et- unième; les
juges , puisque les contrats individuels qu avait per-
mis le réformateur, tout limités aux arrangements
in tra-familiaux qu ils étaient devenus, devaient en-
core , pour être légaux , être soumis à lapprobation
du prêtre d'Amon , prêtre du roi , chargé de dire le
droit ; et puisque les procès résidtant soit de ces actes ,
soit d'autres litiges, étaient décidés à Thèbes par les
juges prêtres d'Amon , et , dans la cour d'appel , par
les trente juges élus dans les trois plus grands sanc-
tuaires de rÉgypte. On ne s'étonnera pas après cela si
Amasis commença par enlever sa juridiction au prêtre
d'Amon, prêtre du roi, qui n eut plus à intervenir
dahs les contrats , mais seulement dans la cérémonie
du mariage religieux, et si, dune autre part, il frappa
plus tard les juges eux-mêmes des amendes arbi-
traires dont nous avons parlé , dans le cas où ils ren-
daient des arrêts, dans les litiges, autrement qu*il le
voulait.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 193
Mais cela ne suffisait pas encore. Il fallait , autant
que possible, ôter aux prêtres tout prétexte d'inter-
venir dans les unions matrimoniales, car, d après les
anciens formulaires, ils réglaient Tétat des personnes
d'une manière bien différente de celle que rêvait le
roi. Nous avons dit que le principe adopté par lui,
comme par Solon, était que la volonté des parties déci-
dait de tout. On devait donc à tout prix ôter aux
prêtres leur influence. Pour cela le moyen était bien
simple : dune part, proclamer Imutili té de toute
cérémonie religieuse ou même civile pour établir la
légitimité du mariage; d'une autre part, charger des
censeurs laïques du service des constatations.
C'était une nouvelle révolution, cette fois sur le
terrain administratif. En effet, ainsi que la noté
d ailleurs Hérodote, le temple principal du nome
avait jusque-là centralisé toutes les indications rela-
tives soit aux terres , soit aux gens. Nous nommons
les terres d'abord , car c'étaient les terres auxquelles
les gens du nome étaient attachés et non , comme
maintenant dfiez nous, les terres qui étaient atta-
chées aux gens.
Le registre officiel des terres, le journal ou. herit^
était encore soigneusement tenu à jour sous les
Ethiopiens. Toutes les mutations d usage y étaient
soigneusement indiquées , ainsi que dans le registre
officiel institué par le nouveau code allemand et fai-
sant seule preuve. Mais on y joignait aussi Tétat des
familles, les unions, les naissances, etc., ainsi que
dans notre état civil actuel , mais avec cette différence
VII. i3
turmiirair iitrioi*i.r..
194 MÂHS-AVRIL 1906.
que, comme les personnes étaient liée^» à ieur
nome, cet état civil faisait dénombrement de la
population.
Âmasis changea tout cda. Les registres des t^nj^es
perdirent tout caractère officiel. Ils n eurent plus
d effets quau point de vue des liturgies religieuses,
et il fut ordonné que, tous^les cinq ans, un censeur
laïque viendrait dans le palais , le hat, ou la grande
maison de chaque district, peut-être même de
chaque bourgade, inventorier la population en no-
tant la situation exacte des membres des diverses
familles.
G est lors du cens quinquennal que , par suite de
leur déclaration , les ingénus , devenus des neai en con
séquence d'une dette ou de tout autre engagement
volontaire, reprenaient leur situation primitive, à
moins d'une renonciation formelle de leur part, —
nous en avons des exemples.
G est lors du cens quinquennal que les mariages,
condus par la seule volonté des parties et compor-
tant dès lors tous leurs efiets légaux pour les enfants,
etc. , étaient officiellement constatés à ia suite dWe
question analogue à celle que posera plus tard le
censeur romain : Hahesneexanimi tnisententiauxormi,
Uberoram procreand(frum caasa? Nous en avons aussi
des exemples.
Évidemment le délai de cinq ans fixé ainsi par
Amasis pour le cens avait été inspiré , non par aucune
loi grecque (car il n'en existe aucune analogue) , mais
par ie jubilé septennal de la loi de Moïse, qui, en
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 195
ce cpii touche les nexi de race ingénue, produisait
des effets identiques à ceux du code d'Amasis et
analogues à ceux que produisait, dans le code de
Hammourabi, non un cycle officiel fixe, mais le
terme de quatre ans depuis la vente. Notons d'ailleurs
que le législateur égyptien avait fortement agrandi
et transformé le cadre légal mosaïque en ce qui touche
fétat des personnes. Notons aussi que Imstitution
nouvelle ne venait (comme les dispositions de Ham-
mourabi sur le délai de quatre ans dont bénéficiaient
les nexi) rien changer à Tétat des biens immeubles,
ce que faisait, au contraire, le jubilé septennal mo-
saïque, et ce que ferait plus tard en Egypte une loi
d*Amyrtée et de Mautrut essayant d*en revenir, par
des moyens détournés , au vieux principe de copro-
priété familiale. Pour Amasîs , en effet, la propriété
foncière était devenue pleinement individuelle et ses
aliénations, effectuées par un simple contrat, étaient
définitives. L'état civil intermittent, et validant , d'ail-
leurs , les faits accomplis dans fintervalle , était donc
réglé tout à fait à part, à la différence de ce qui
se pratiquait autrefois.
En ce qm touche la femme , elle avait encore la
latitude de pouvoir, pour son union religieuse,
s'adresser au prêtre d'Amon et du roi. Mais cette
cérémonie était inutile au point de vue civil , et la
déclaration au censeur comptait seide.
C'est ce que nous voyons dans un acte de l'an 1 2
d'Amasis et dont le formulaire est semblable à celui
de Psammétique II, que nous avons reproduit dans
i3.
196 MARS-AVRIL 1906.
la partie précédente; sauf une phrase surajoutée fort
significative. Le voici :
«An 12, méchir, 5 du roi Ahmès; — à lui vie!
santé! force!
« En ce jour, entra dans le temple le choachyte
Téos , fils du gardien Ekhepratuf , vers la femme Hatu-
set, fiUe de Petuèsé, laquelle lui plut en épouse, en
femme établie en conjonction, en mère apportant
les droits de famille à leur filiation, en épouse depuis
le jour de facte.
« Pour le bien dont il a dit : « Je le lui donnerai »,
elle la reçu en mains, cette femme, tout terrain en
part établie. Le prêtre d'Amon , prêtre du roi floris-
sant, à qui Amon a donné la puissance, lui a dit :
« Elst-ce que tu l'aimeras en femme établie en conjonc-
«tion,en mère transmettant les droits de famille,
« ô mon frère? »
« Lequel répond : « Moi, je lui transmets par don de
<c donation, leur transmission, lapport de ces choses,
« dans le plan d'amour dans lequel je Taime. Si, au
« contraire , j aime une autre femme qu elle , à f instant
« de cette vilenie, où Ton me trouvera avec une auti^
« femme, moi, je lui donne à elle (à ma femme), mon
« terrain et rétablissement de part qui est écrit plus
« haut, à l'instant, devant toute vilenie au monde de
« ce genre!
« Tous les biens que je ferai être (que j'acquerrai)
« par transmission ou par hérédité dans les biens de
« père et de mère seront à mes enfants que j'engen-
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 197
« drerai et que cette femme enfantera , comme épouse
« depuis Tan 1 2, 5 méchir ci-dessus (la date mention-
« née dans le protocole), jusqua la fin dé magénéra-
tt tîon d'épouse que cette femme fera. »
Tout ceci, est identique à ce que nous connaissons
déjà d'après les documents de la dynastie précédente.
Mais ensuite on Ht cette addition , se référant à Fobli-
gation de la déclaration lors du cens quinquennal ,
trois ans après , ce qui n'empêchait pas les enfants nés
dans l'intervalle d'être légitimes :
« En l'an 1 5 du roi Ahmès , à qui , vie ! santé ! force !
je dirai ceci dans la grande maison. »
Deux prophètes et plusieurs témoins signent à cet
acte, essentiellement différent comme style des con*
trats contemporains du règne d'Amasis , parce que ,
suivant les anciennes coutumes, il était rédigé dans
le sanctuaire. Mais c'était la déclaration faite au
censeur qui comptait seule pour la constatation du
Hen conjugal — d'autant plus qu'elle se référait tou-
jours à un fait accompli. Or, dans une loi spéciale,
faisant dès lors partie de la législation égyptienne, et
que le Corpus juris des Romains cite , à ce titre ,
parce que ce genre de lois était entré dans le droit
coutumier régional , Amasis avait déclaré que toute
union constatée par écrit, mais qui n'avait pas été
suivie, ou était censée n'avoir pas été suivie de la
consommation physique du mariage, était nulle.
On pouvait, en tout état de cause, prétendre la chose
198 MAKS-AVRIL 1906.
quand on n avait en main que lacté religieux de
mariage, toujours antérieur à cette consommation.
11 n en était pas de même pour la déclaration au
censeur contenant Taveu formel du chef de la fa-
mille, et répondant à une question très précise, alors
même qu'aucun enfant n'était encore né.
C'était là, en définitive, une machine de guerre très
efficace contre le mariage religieux. Aussi ne faut-il
pas s'étonner si , peu à peu , il tomba en désuétude
et ne fut bientôt plus conservé qu'en vue des sacer-
doces — absolument comme cela se pratiqua plus
tard à Rome pour le mariage par confarreatio. ^
Le roi poussait d'ailleurs très énergiquement vers
un autre mode d'union qu'il protégeait, nous l'avons
vu, comme d'ailleurs tous les autres usages de la
mancipation, par des lois et des clauses pénales très
sévères.
Encore ici, nous constatons, pour l'origine, un
emprunt fait au. jus gentium.
En Chaldée (comme en Egypte, comme en Grèce,
comme généralement dans tous les pays antiques) , on
commença par la propriété de la race et en dessous
d'elle par la propriété de la famille. Quand ensuite,
avec certains consentements, on admit certaines
aliénations pour payer les dettes ou subvenir à des
besoins pressants, ces aliénations furent tempo-
raires. Le retrait lignager fut de règle , et nous le
voyons d'abord d'un fréquent emploi; puis il cessa
^ Aniyrtée et Mautriit le réintroduisirent plus tard en Egypte,
nous l'avons vu.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. lî>9
d'être d'usage habituel : et la vente définitive s'intro-
duisit. Mais, même aux basses époques, du temps de
Nabuchodonosor, le contemporain et le patron
d'Amasis, et du temps de Nabonid, lantiobrèse, la
cession temporaire de Tusage contre largent , : — ori-
gine première de l'idée de vente, — continua à être
très largement employée. On pourra consulter à ce
sujet le chapitre intitidé « antichrèse, location , gage »,
dans le supplément babylonien de mes Obligations
en droit comparé.
Elle remontait très haut, cette antichrèse chal-
déenne. On la trouve dans les vieux bihngues de la
bibliothèque d'Assurbanipal , remontant aux origines
mêmes du droit chaldéen^
« n a établi l'équivalence entre sa maison et de
l'argent; il a établi Téquîvalence entre son champ et
de l'argent; il a établi l'équivalence entre son esclave
et de l'argent; il a établi l'équivalence entre sa ser-
vante et de l'argent. . .Quand il rapportera l'argent,
il rentrera dans sa maison ; quand il rapportera l'ar-
gent, il sera remis en possession de son champ;
quand il rapportera l'argent, etc. . . »
Je l'ai dit ailleurs, il est impossible de mieux ré-
sumer le droit qui ressort de tout l'ensemble des
actes de Warka : et, dans les transformations néces-
saires qu'a éprouvées la législation de la Babylonie,
on sent toujours l'antique empreinte.
^ Voir mon livre intitulé : La propriété en droit comparé ^ p, a6
et suivantes.
200 MARS-AVRIL 1906.
En ce qui touche la femme , elle en subit le contre-
coup. La servante esténumérée parmi les biens sou-
mis à lantichrèse et par suite à la vente. Or, la ser-
vante devint souvent épouse , même dans le droit
mosaïque , fils du droit chaldéen , — et f épouse née
libre devint servante dans le mariage par coemptio.
Nous avons dit que ce pas, que les Bab^oniens ne
voulurent jamais franchir ^ , Tétait déjà chez les
Ninivites et que Ton y vendit Tépouse aussi bien
que le champ ou la maison.
Cette conception secondaire étant inconnue aux
fondateurs de la civilisation chaldéenne, quoi qu'en
aient dit certains spécialistes , cités encore tout der-
nièrement par le professeur Cuq, et qui veulent voir
dans le tirhatu une transformation du prix dachat
de la femme. Nous avons démontré plus haut que
cette opinion (dérivée de celle que nous avions, depuis
longtemps , exprimée à propos du sep ou don nuptial ,
usité dans certains mariages égyptiens, certainement
sortis de fancienne coemptio égyptienne) était abso-
lument fausse en Ghaldée pour le tirhatu. A fin-
verse de M. Cuq^, nous croyons même que la cœmp-
^ Les Babyloniens purent avoir une concubine ou des servantes
maîti^ses , mais Thomme n*y épousa jamais une servante ou une
femmô achetée par coemptio,
^ Dans la lecture qu'il a faite à l'Académie des Inscriptions, le
vendredi 34 marsigoS, une discussion sW engagée à ce sujet avec
M. Oppert : et M. Cuq a été obligé de renoncer à ses condusions.
Bien qu ayant assisté à mes lectures du Congrès de Thistoire du
droit en 1900, M. le Professeur Cuq semblait, d'ailleurs, vouloir
ijçnorer mes découvertes (tout autant que cd!es de mon frère dans
le droit babylonien, dont il parlait, sans en bien connaître l'en-
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 201
tio, loin d'être une forme de mariage en usage chez
les peuples primitifs, nest, dans toute Tanliquité
connue, quun abus de période secondaire.
Mais il n'en est pas moins vrai qu'à Ninive,
pendant la période de brutalité sauvage de l'empire
assyrien , elle était d'un fréquent usage. Dans un acte
inédit de Londres, copié par mon frère à Londres,
et qui est daté de l'éponymie de Sennachérib, roi
d'Assyrie, nous voyons ainsi une femme acheter,
pour une mine d'argent, prix complètement payé ,
une autre femme qu'elle destine à son fils et qu'elle
s'est fait céder ana adsaati, comme épouse. Le for-
mulaire de ce fragment est du reste fort analogue à
celui d'un autre acte , beaucoup mieux conservé , que
mon savant maître Oppert a publié dans la partie
surajoutée à la thèse de mon élève Paturet et que
nous avons déjà visé plus haut. En voici le texte
accompagnant les cachets des parties :
«Cachet de Nabu-rikta-usur, fds d'Akhardise, le
Haséen , qui assiste Ardu-Istar , dans la ville
Cachet de Tebitaï, son fils, Cachet de Silim-Bin,
idem, maîtres de leur [sic) fille vendue qui est Tavas-
hasina, fille de Nabu-rikta-usur.
semble). En ce qui touche la vente par coemptio dont il ne voulait
faire qu'une institution des peuples sauvages, j*ai dû lui rappeler
aussi la coemptio égyptienne du temps d'Âmasis, qu^il oubliait de
parti pris. Quant à la coemptio romaine , dont il a essayé de se
débarrasser, ses assertions étaient tout aussi inexactes ; nous revien-
drons là-dessus. Pour tout le reste de sa communication relative au
mariage babylonien, il se bornait à répéter et à commenter ce que
M. Oppert, nous-même et d'autres savants, nous avions dit.
202 MARS-AVRIL 1906.
« Et Ta acquise, la femme Nikht-eqarrau (Nitocris)
pour 18 drachmes d argent (67 fr. 5o). Elle la ache-
tée pour son fiis Siha (Tachos); elle sera la femme
de Siha.
« Le prix a été définitivement fixé.
« Qui que ce soit, dans un avenir quelconque , con-
testera : soit Nabu-rikta-usur , soit ses fils et ses petits-
fils, soit ses frères ou les frères de ses frères, soit
quelqu un des siens , soit son ayant droit , et qui vou-
dra faire annuler le marché contre Nitocris ou fun
des fils ou ses petits-fils , payera dix mines d'argent
(2,2 5o fr.). Il aura réclamé en justice et néanmoins
il n'acquerra pas la chose.
« Sahpi-mayu, le marin , Bel-sum-idin , Gis deYu-
danani,Rimtavat, fils d'Até le kapar: voilà les trois
répondants de la femme pour le liement des mains ^e
mariage) et pour l'intérêt du nantissement. ELarmeom
lui aussi est répondant (pour gai'antir facquéreuse).
« En présence d' Akhardise , de ... Nepiqalanti-
kar, de Mulhumhepu , de Halbaa, de (cinq noms
manquent), d'Ululaï.
« Le premier élul de Tannée Assur-sadu-sagil.
« Par-devant Nur-Samas, Puthu(an)païli, Até, Nabu
idin-akhé, président. »
Ce contrat est de la grande époque assyrienne.
Il est presque contemporain d'un contrat égyptien
de l'an 1 o de Shabaka que j'ai publié dans mon Prém ,
p. 2 4 '2 et suiv. Ce contrat offre du reste, avec lui et
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 203
les autres contrats assyriens de ce type, les plus grandes
analogies de formulaire, en ce qui concerne les actes
parallèles de celui qui aliène et de celui qui acquiert,
en ce qui concerne la clause relative aux cautions , etc.
Mais, dans les actes égyptiens de cette époque,
tous réduits d'ailleurs à être des arrangements intra-
familiaux par voie d'échange, avec exclusion d'un
prix en argent, il ne pouvait être question que da-
liénations de biens immeubles et non de personnes
libres et ingénues, ce que Bocchoris avait interdit
formellement dans son code. La vente par coemptio
était donc aussi impossible que la vente des nexi et
que ladoption per aes et libram ou par mancipation
dont nous parle Suétone, comme certains textes
égyptiens.
Tout cela ne lut introduit que par Amasîs , d'après
un jus gentium qu'il connaissait d'autant mieux que les
Egyptiens emmenés captifs à Ninive par Assurbani-
pal s'en étaient servis , nous le voyons par le document
même que nous venons de reproduire, puisque c'est
une Egyptienne, Nitocris, qui y achète, pour son fils
au norn également parfaitement égyptien, Tachos,
la fille ninivite qui doit devenir l'épouse de celui-ci.
Ajoutons que les textes chaldéens et égyptiens , aussi
bien que les prophètes hébreux, l'historien Josèphe ,
etc., nous ont prouvé, ce que nous avons essayé de
bien démontrer dans un autre travail, qu'Amasis
était devenu roi comme client de Nabuchodonosor,
qui a fait en Egypte deux expéditions successives.
Comme Bocchoris et plus que Bocchoris, ce nou-
204 MARS-AVRIL 1906.
veau réformateur était donc un admirateur et un
imitateur des Orientaux, parmi lesquels ii choi-
sissait ses modèles. Mais son imitation, nous Tavons
dit, fut très savante: et elle s appliqua autant aux
institutions des Grecs, dont, en dehors même de
la colonie de Naucratis, le roi s'était entouré, qu'à
celles de ses bons amis les Orientaux. On peut aflir-
mer qu en tout ce qui touche l'organisation des effets
légaux de la mancipation et du cens, imaginé par
lui, ce fut un véritable chef-d'œuvre, que n'eurent
plus qu'à copier les décemvirs.
Mais il est temps d'en venir au formulaire de l'acte
de coemptio, tel qu'il fut introduit dans le droit égyp-
tien. Le voici :
« L'an tant, tel mois et tel quantième du roi. . .
« La femme une telle, fdle d'un tel, dit à un tel,
fils d'un tel :
« Tu as donné — et mon cœur est satisfait —
mon argent pour me faire à toi servante (pour deve-
nir ta servante). Moi je suis à ton service.
« Point à pouvoir homme quelconque du monde
(personne au monde ne pourra) m'écarter de ton
service. Je ne pourrai y échapper.
« Je ferai être à toi, en outre , jusqu'à argent quel-
conque , totalité de mes biens au monde : et mes en-
fants que j'enfanterai et totalité de ce que je possède
et les choses que je ferai être (que j'acquerrai) et
mes vêtements qui sont sur mon dos, depuis telle
date (la date de l'acte) jusqu'à jamais et pour toujours.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 205
« Celui qui viendra à toi (l'inquiéter) à cause de moi
en disant : « Ce n'est pas ta servante encore » , de-
puis père, mère, frère, sœur, fils, fiiie, hir,hirt, jus-
qu'à grande assemblée de justice ou moi-même , il
te donnera, celui-là, argent quelconque, blé quel-
conque qui plairont à ton cœur. En ta servitude
sera ta servante encore. Et mes enfants tu seras sur
eux en tout lieu où tu les trouveras.
« Adjuré soit A mon ! Adjuré soit le roi !
« Point n a à te servir servante autre : ne prends
pas servante quelconque en outre. 11 n y a point à
dire : « 11 me plaît de faire en toute similitude que
« ci-dessus. » Il nya point à m' écarter, par cette simi-
litude de ces choses. Il n y a point à dire que tu
prends femme pour le service de ton lit dans lequel
tu es.
« A écrit un tel , etc. »
Il faut remarquer que cette aliénation est faite
par la femme elle-même et non par les parents de
la jeune fille comme celle que négocia Nitocris. On
s'adresse également au fiancé et non à ses parents.
De plus, la partie acceptante na pas à intervenir
comme à Tépoque assyrienne et éthiopienne. En effet ,
dans le nouveau droit égyptien, tel qu'il était promul-
gué par Amasis, les actes n étaient plus bipartites
dans leurs formes, à la façon de leurs prototypes
chaldéens et plus tard des cessions gréco-macédo
niennes. Le vendeur seul parlait : et comme la vente
206 MARS-AVRIL 1906.
était toujours faite au comptant, 1 acheteur n'avait
qu'à payer.
Toutes ces règles, et même toute la première
partie des formules que nous avons reproduites , on
les retrouve également dans les actes d adoption par
mancipation , et jusque dans les mancipations d'im-
meubles. Toujours alors la clause pénale contre les
tiers évicteurs est à taux arbitraire au gré du preneur,
au lieu d'être fixée d'avance et de iie concerner
que le vendeur seul. En eflPet, une loi d'Amasis dont
nous avons déjà eu l'occasion de parler, loi ayant
pour but de protéger des contrats introduits par lui
et qui répugnaient aux usages reçus , avait introduit
obligatoirement cette sanction, que n'auraient pu
fixer les parties , telles que celles qui interviennent
dans l'acte de Nitocris.
Dans l'espèce du mariage par coemptio, le mari,
recevant la manus sur sa femme , se trouvait donc ga-
ranti au même titre que les acheteurs égyptiens <»dî-
naires. Mai» Id pauvre épouse ne l'était en aucune
façon. Son époux ne pouvait acter à son égard par un
contrat parallèle pour lui assurer cette monogamie
à laquelle les Egyptiennes tenaient tant et qui était
si bien protégée par le formulante de l'acte religieux
de mariage. En effet, réduite à la condition d'es-
clave, elle devenait incapable d'être, à n'importe
quel degré , partie civile. C'est pourquoi , une fois
l'aliénation sans condition, seule légale, alors effec-
tuée , la fiancée , dans la seconde partie de l'écrit de
coemptio, est-elle oWigée d'avoir recours, non au
LA FEMME DANS l/ANTIQUITE. 207
droit civil, mais au droit sacré, par une adjuration
aux dieux.
Misérable ressource en vérité et qui montre com-
bien la femme était déchue dans cette Egypte qui lui
avait fait autrefois la part si grande et si belle 1
Il ne parait pas qu'il y ait eu, du reste, à cette
époque, d'autres actes authentiques faisant preuve, par
écrit, du début de l'union conjugale que le vieil acte
public du mariage religieux , dépouillé dès lors de son
caractère oflBciel d'acte de Tétat ciAâl, et que le contrat
privé de coemptio. Le contrat dotal n'existait certaine-
ment pas encore, à l'imitation du droit chaldéen, tel
qu'il se pratiquait à cette époque à Babylone; car, en
donnant à la femme une personnalité inquiétante, il
aurait été à l'encontre de toute la législation d'Amasis ,
ayant pour but d'imiter les Grecs et particulièrement
Solon, hostile, nous l'avons va aussi, aux dots, dans
l'abaissement auquel il voulait semblablement la
réduire.
Mais dans les mariages qui, plus tard à Rome, de-
puis les XII Tables, devaient avoir pour seule con-
statation légale et officielle le cens quinquennal, on
devait faire la triple distinction des unions: i"* par
une confarreatio y privée aussi de ses anciens effets
légaux , en ce qui touche , soit l'égalité du Gains avec
la GaiUy soit la copropriété des biens, dont témoigne
Denys d'Halicarnasse, comme nos documents relatifs
aux mariages sacrée égyptiens ; q° parla coemptio, dont
l'essence était de soumettre la femme à l'homme,
possédant h mamu, puisqu'il possédait la femme
208 MARS-AVRIL 1906.
elle-même; 3° par 1*0505, c esl-à-dire par i usucapion ,
prescription annuelle de la femme, acquise ainsi
comme les autres biens , quand elle n avait pas eu la
précaution d'employer le trinoctium, en découchant
trois nuits.
Le nouveau code des décemvirs devait, dans ce
dernier cas aussi, donner la manas au mari, dont la
déclaration faisait, d'ailleurs, preuve lors du cens
quinquennal.
Tout ceci me paraît évidemment emprunté au code
d'Amasis, qui n avait dû reconnaître, lui aussi, que
ces trois formes, non pas de mariage, car les deux
premières sont les seules qu'on puisse traiter ainsi,
mais de modalités pour acquérir la puissance mari-
tale. Quant au mariage, le cens quinquennal seul
le constatait d'une façon tout à fait officielle et
tout à fait exempte de préjugés , puisqu'en Egypte
comme à Rome, les enfants, même nés d'unions
libres, étaient légitimes, si le père, au moment de
cette union , avait bien eu ce but.
Nous aurons bientôt l'occasion de voir que, dans
les deux pays, à une époque plus secondaire, ces
unions libres, laissant aux femmes leur liberté civile,
devinrent les mariages les plus en usage , — ce qui
n'avait pas été du tout le but cherché ou même prévu
par Amasis et par les décemvirs , partisans déclarés
de l'omnipotence maritale ou virile.
Evidemment, dans l'origine, ils comptaient que
les maris feraient rechercher par les gendarmes les
femmes voulant user du trinoctium. Il n*y a guère de
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 209
doute qua Rome, sous Tempire du vrai droit civii,
alors que le pater familias usait volontiers de son
droit de vie et de mort sur sa femme et sur ses enfants ,
comme sur ses esclaves , il devait en être ainsi. Mais , en
Egypte , les mœurs étaient beaucoup plus douces et
elles devaient, bien plus tôt qu'à Rome, faire tomber
en désuétude les mesures trop brutales de la légis-
lation qu'avait rêvée Amasis.
Cette législation pourtant resta longtemps en
usage , au moins en apparence , protégée qu'elle était
par les lois pénales que nous avons décrites.
En ce qui touche le cens quinquennal et ses effets
relatifs au mariage, nous pouvons le constater, en
Egypte, au moins jusqu'à l'époque des décemvirs
romains. Ceux-ci l'adoptèrent, ainsi que beaucoup
d'autres articles du code d' Amasis , après une mission
dans les différents pays grecs que nous ont décrite
les historiens latins et qui avait pour but de cher-
cher des modèles pour la législation qu'ils rêvaient.
Aussi peut-il être intéressant de relever ici quelques-
uns des jalons historiques qui attestent la continuité
des traditions légales.
En l'an 9 de Darius, correspondant à l'an 2 36
deNabonassar et à l'an 60 d' Amasis, année de cens
quinquennal, qui a commencé en l'an 5 d'Amasis,
nous avons ainsi cet extrait du registre du censeur,
authentifié par les greffiers royaux :
a An 9, épiphi, du roi Darius. Le choachyte Pete-
nofré hotep, fils de Nesamen hotep, ayant pour
vu. i4
lUrmlMEMB lATIOaAtB.
210 MARS-AVRÏL 1906.
mère Seiteirbon , dit à ia femme Tahei , fille d'Un-
nofré, dont la mère est Khasuosor :
« Je Vai établie pom* femme. Je n'ai aticime pà^
« rolé à t opposer à ce sujet. Toute chose au monde
« relativement à mon faire à toi mari (c est-à-dire à
« cet état de mari que j'ai par rapport à toi), je te
« l'abandonne depuis le jour ci-dessus à jamais. »
«A écrit (un tel),
A écrit Pethorsuten nt pa,
Petuamenapî, fils de Pnofré,
Penekht, fdsd'Ahemudja. »
Notons que, dans le langage juridique du temps
(nous aurons Tocoasion de lé prouver dans la suite),
rétablissement pour femme désignait la consomma--
tion physique dû mariage. Or, cet établissement pour
femme est mis ici au passé, tandis que, dans les
contrats de mariage faits d'avance, en vue de f Union,
il est toujours mis au futur.
Ce dont il est ici question, c'est donc bien cette
déclaration faite après coup au censeur, lors du cens
quinquennal et qui était prévue comme obligatoire
dans l'acte de J'an 12 d'Amasis, spécifiant d'ailleurs
que les rapports conjugaux commenceraient à
partir de Tan 12 avec leurs conséquences relatives
à la légîtiniité des enfants.
Tout ceci est attesté par la signature de cinq fonc-
tionnaires, au bas du document, comme dans toutes
les pièces officielles, tandis que, dans les céntrats
privés, les noms des témoins sont écrits au revers.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 211
En Tan 3 3 d'Artaxerxès , correspondant à Tan 3 1 6
de Nabonassar et à l'an i ko d'Amasis , année du cens
quinquennal, nous trouvons un extrait du même
genre :
«An 33, épiphi, du roi Artaxerxès, le choachyte
de Içi nécropole occidentale Petirum, fils d*Amen
hotep, dont la mère est Seteirban, dit à la femme
Taba, fille du choachyte de la nécropole occidentale
de Thèbes, Ounnofré, dont la mère est Khasuèsé :
a Je Vai établie pour femme. En ce jour, je n*ai
« plus aucune parole au monde à t'objecter à ce
« sujet. C'est moi qui donne à toi le faire à toi mari
« en tout lieu où tu iras. Personne n a à en connaître
« depuis le jour ci-dessus. »
Ceci est encore attesté par cinq fonctionnaires.
Quand il en exista, les contrats de mariage rela-
tifs aux biens , et faits soit avant l'union , soit long-
temps après, sont aussi différents de ces déclarations,
lors du cens , que les deux actes , seuls d'abord au-
thentiques , de mariage par coemptio ou par confar-
reatio (nous nous servons ici du terme romain pour
désigner le mariage religieux et cela d'autant plus
qu'une communion nous paraît avoir clos la céré-
monie, comme à Rome).
Mais ce n'est pas encore le moment de parler de
ces contrats de mariage relatifs aux biens qui se
référaient à une nouvelle transformation du droit.
De l'Egypte, nous passerons donc, dans ce mo-
ment , à Rome. C'est d'autant plus naturel au point
a.
212 MARS-AVRIL 1906.
de vue chronologique, que le dernier exennple qui
nous soit parvenu du cens quinquennal, c'est-à-dire
lextrait de l'an 33 d'Artaxerxès , correspondant à
Tan 3 1 6 de Nabonassar, 43 1 av. J.-C. , est postérieur
de 2 G ans à la proclamation du code des XII Tables
de Fan ASi av. J.-C, tandis que, nous lavons vu,
celle-ci est postérieure de plus de i 20 ans à la légis-
lation d'Amasis et de plus de 160 ans à celle de
Solon, à laquelle les décemvirs firent aussi de larges
emprunts. Toutes ces lois font évidemment série.
IV
LES DÉCEMVIRS ET LA FEMME.
Nous ne voulons pas nous prévaloir de l'axiome
« Post hoc , ergo propter hoc ». Non ! nos raisons sont
plus sérieuses et nous les avons longuement déve-
loppées lors du Congrès de l'histoire du droit de 1 900,
dans V Intermédiaire des curieux et dans notre livre
intitulé : Les rapports historiques et légaux des Qui"
rites et des Egyptiens depuis la fondation de Rome
jusqu'aux emprunts faits par les décemvirs au code
d'Amasis^.
Lai discussion sérieuse des faits nous paraît ap-
puyer d'une façon incontestable nos conclusions.
Mais enfin le «post hoc» est certain, alors même
qu on n'admettrait pas le « propter hoc ». Je suis résolu
Ml a été édité par Maisonneuve.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 213
à m'en contenter aujourd'hui, dans cette histoire de
la femme, qui ne nous permet pas de longs dévelop-
pements étrangers à ce sujet spécial."
Sur ce terrain , d ailleurs , Tanalogie est frappante
entre les institutions d'Amasis et celles des dëcemvirs
ou, si Ton préfère, celles que nous trouvons depuis
cette époque à Rome. Dans les deux législations, le
mariage sacré se trouve complètement transformé.
Il na plus d'importance, plus de valeur au point
de vue civil. C'est la réponse faite à cette question
du censeur lors du cens quinquennal : Habesne ex
animi tai sententia axorerriy liberornm procreandorum
causa? qui décide de tout. La manus du mari rem-
place l'égalité entre les deux sexes, telle qu'elle
était si énergiquement rendue par la vieille formule :
ubi tu Gains et ego Gaia, «où tu es le maître, je
suis, moi aussi, la maîtresse», dans des conditions
identiques.
Il n'y a pas de doute que , pour les vieux compa-
gnons de Romulus, pour les vieux citoyens dont
Numa a été le législateur, pour le popalus distribué
en gentes ou phratries et tout différent de la plebs, c'est-
à-dire des étrangers domiciliés, que les Athéniens
appelaient les métèques et pour lesquels avait été in-
stitué le praetor peregrinus à côté du praetor urbis, le
mariage sacré par confarreatio était primitivement
le seul en usage. Ce mariage sacré , symbolisé par une
commimion des époux , et qui les unifiait tellement
qu'il fallut plus tard une sorte de cérémonie funèbre,
la diffareatioy pour les disjoindre, idée dont lapossi-
214 MARS-AVRIL 1006.
bilité n'était même pas admise par les vieux Romains;
ce mariage sacré, dis-je, comportait, selon Taffirma^
tion formelle de Denys d'Halicamasse , la commu-
nauté de biens entre les époux. Il en fut tout autre-
ment après la retraite de la plebs ou des métèques sur
le mont Aventin et la révolution qui avait pris pour
devise : aequanda libertcLs. Au nom de ce principe
d'égtdité, on appliq[ua au mariage par confarreatio ,
devenu facultatif et qui fut surtout conservé par les
familles aspirant aux vieux sacerdoce, les règles
propres au mariage par coemptio et particulièrement
la manas , c est-à-dire le pouvoir despotique du mari
sur sa femme.
Ce mariage était, d ailleurs, le seul que put bien
comprendre la plebs des métèques, les vainqueurs du
jour. C'étaient les quirites, les hommes de la lance,
ne croyant bien à eux, nous dit Gains, que ce qu'ils
avaient acquis par cette lance : ce qui leur fit même
donner le nom de inancipatio , manu captio « prise avec
la main » , lacquisition per des et libram avec prix en-
tièrement payé d avance, qu'ils avaient empruntée,
comme la plus grande partie de la loi des XII Tables
(excepté la part prise à Solon , etc.) au code d'Amasis.
Il va sans dire que la ma/iiw, sortie de l'idée de co-
emptio y et étendue déjà abusivement à la confarreatio,
fut appliquée également aux mariages sans cérémo-
nies initiales , par simple usage [asus) et que validait
légalement seule la question faite par le censeur et
dont nous avons parlé précédemment.
Au fond, ce mariage per usam était une consé-
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. S15
quenoe naturelle de la brutalité de la plebs romaine
— brutalité qu'à un degré plus ou moins accentué
nous retrouvons hélas 1 chess toutes les plèbes dans
les moments de révolution , surtout si cette révolur
tion, toute puissante au dedans, devient guerrière
et victorieuse au dehors. Le Quirite qui ne croyait
bien à lui que ce qu'il avait pris avec sa lance, mb
hasta^ ^t qui, même dans sa patrie, avait établi le
principe de YasuGopion par un usage d'un an des hé-,
redites, etc., trouvait tout naturel dusuoaper sa
femme comme le bien d autrui. Ce bien d'autrui ne
pouvait pas résister à sa main violente. Il en était
souvent de même pour celle dont il voulait faire sa
femme : la légende des Sabines en fait foi; et, une
fois prise, il lui était bien difficile de s échapper,
même pour découcher trois nuits.
Notons d'ailleurs que, comme en Egypte, sous le
code d'Anoasis, lors du cens quinquennal, le censeur
ne la faisait pas venir pour la consulter. Le mari
seul était interrogé et il répondait ce qu'il voulait. Il
lui était même &cile de dire que cette femme qu'il
détenait, ce n'était pas pour en avoir des enfants,
mais à titre de concubine.
Seuls désormais les hommes comptaient, seuls ils
étaient écoutés par le magistrat, comme par exemple
l'ingénu qui , lors du cens quinquennal, faisait valoir
ses droits d'homme libre, après avoir été réduit
à l'état de nexas pour payer ses dettes, et par suite
d'une vente , et cela à Rome aussi bien qu'en Egypte.
Quant à la femme , en tutelle perpétuelle, soit de son
216 MARS-AVRIL 1906.
père, soit de ses frères, soit de son mari, elle devait
être sans doute réclamée par eux en cas pareil , sans
avoir personnellement rien à dire. Si Tingénu ou Kn-
génue avait encore son père, il ou elle retombait
sous sa puissance. Ce n'était qu'au bout de trois
mancipations successives, suivies d affranchissement,
que le fils —r- et le fils seul — • se trouvait émancipé.
A Rome, après les XII Tables, comme en Egypte
depuis Amasis, s'était aussi introduit, et cela très tôt
sans doute , l'adoption par mancipatio, per aes et libram,
dont usait encore Auguste pour un de ses petits-fils ,
au dire de Suétone, tandis qu'il adoptait l'autre par
adrogation , c'est-à-dire par une loi curiate — genre
d'adoption en usage en Egypte avant Amasis. Mais
l'adoption ne paraît pas avoir été employée pour les
filles sous l'empire du code des décemvirs.
Au point de l'état des biens, la loi desXU Tables,
suivant en cela l'exemple d' Amasis, n'avait pas, comme
la loi de Solon , enlevé à la femme sa part d'héritage
dans les biens du père, quand elle se trouvait en
concours avec des frères, mais elle l'avait placée
en perpétuelle tutelle ^
Tant que le père vivait, la question n'avait pas à
se soulever puisque le pater familias romain était,
comme le pater familias égyptien rêvé par Amasis,
un despote ayant tout pouvoir, et même droit de vie
et de mort sur ses fils comme sur ses filles.
Mais quand il mourait, tandis que ses fils deve-
^ Pour toutes ces questions, voir mon ouvrage intitulé : La pro-
priété, p. 2 24 et suiv.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 217
naient à leur tour des despotes, maîtres sans con-
trôle, possédant chacun sa famille dont il était paier
familiaSy les filles, ayant reçu leur part, ne pouvaient
disposer de rien sans Xaactoriias de leurs firères, et
sous cette tutelle familiale — très efficace alors , —
elles ne jouissaient pas du moindre atome de libre
arbitre. i
Quand elles se mariaient, c'était, nous l'avons vu,
sous un des modes qui les mettaient à l'instant
même sous la puissance despotique de leurs maris ,
puissance si grande, si abusive, que, s'il faut en
croire le censeur Caton , les vieux Romains — ces
sages ancêtres dont il admire tant les mœurs, —
mettaient aussitôt leurs femmes à mort s'ils s'aperce-
vaient par leur haleine qu'elles avaient bu un peu de
vin. Eh bien! le censeur Caton lui-même , dans le
discours prononcé à l'occasion de la loi Voconia, en
se plaignant amèrement de la décadence de son
siècle, nous trace, des femmes héritières telles qu'on
les voyait alors à Rome, un tableau analogue à celui
du comique Ménandre pour l'ancienne épiclère^
^ A Athènes , il y eut à ce sujet des hauts et des bas pour ainsi
dire. Nous avons plus haut décrit ce qu'était à ce point de vue ]a
législation solonienne. Mais, déjà du temps de la première hégé-
monie de cette ville , quand les Athéniens avaient pour sujets , sous
le nom d'alliés « la plupart des autres peuples de la Grèce, quand
les étrangers y affluaient en nombre immense, quand un de ces
étrangers, le métèque Aristophane y faisait jouer ses inimitables
comédies , Tesprit public tendait à s*écarter un peu de Tesprit des
lois de Solon.
Puis vinrent les désastres.
Sparte, la brutale, après avoir habilement excité toutes les ja-
218 MARS-AVRIL 1906.
devenue rhéritière greccjue de son temps, flçst ia.
maîtresse dç la maison. Elle tient le mari sous son
lousies, toutes les envies basses contre la superbe ville d'Athènes <
devenue la plus belle, la plus riche, la plus brillante, à toiis
les points de vue, de toutes les cités du monde, Tisola, sou*
leva contre elle ceux mêmes qui lui devaient d*étre libres, la vaia^
quit à divers reprises au inilieu des péripéties d'une résiataiice
héroïque, puis après un siège où la famine avait joué le rôle prin- '
cipal, d'après le récit de Lysias qui était alors dans la vîUe, et
enfin lui imposa la capitulation la plus douloureuse.
Quand les Athéniens se ressaisirent, quand le gouvernement im<
posé par l'ennemi eut été renversé, quand la garnison étrangère
eut abandonné l'Acropole, quand les patriotes, revenant pat le Pi-
rée, eurent rétabli la démocratie, la première choae qu'on fit, ee
fut de proclamer à nouveau les lois de Solon. On abolissait tout
ce qui s'était fait dans l'intervalle. On en avait assez pour le mo-
ment d'un panhellénisme qui avait abouti à de teUes déceptions:
On voulait redevenir Athéniens , Athéniens purs. Et dans les dames,
dans les différents bourgs dépendant d'Athènes, dans les différents
quartiers dé cette ville, toutes les listes de citoyens furent revisées
avec soin. Ceux (ju'on en rayait confime n-étant pas de race athé-
nienne et comme n'ayant pas été créés Athéniens par décret du
peuple — après le vote des gens de leur quartiers qui les excluait,
— pouvaient en appeler devant le grand jury des hélîastes. Mais,
s'ils échouaient dans ce pi^ès, on les vendait aussitôt comme esclaves:'
tant on tenait à se débarrasser de toute . cette masse d'étrangers ,
frères de ces alliés , de ces protégés de la veille , si ingrats aux jours
des défaites , qui, dans la période précédente de bienveillance univer-
selle, s'étaient glissés un peu partout, usurpant tous les privilèges^
les droits civils et politiques des citoyens.
Dans ces conditions , il est évident que ia femme devait retomber
sous la dépendance la plus étroite. Et, en effet, c'est à cette époque
que se rapportent les témoignages les plus certains, les plus ex-
plicites sur l'application effective des lois de Soion dans toute leur
rigueur.
Un peu plus tard, déjà vers la fin de la seconde hégémonie,
certains plaidoyers des grands orateurs nous laissent une impres-
sion tout autre. Les lois de Solon existent encore. Mais dans la
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 219
joug. Elle lui fait faire ce quelle veut, tant il a peur
qu elle ne divorce et qu elle n'emport€j son argent.
Cela s est fait malgré les lois, malgré cette loi,
dont j'ai déjà parlé, qui donne au mari, après im an,
lusucapion , la prise de maîtrise sur sa femme par
possession ininterrompue, si pendant ce. laps d'une
an^ée elle n'a pas couché dehors trois nuits de
suite. S'il avait jamais obtenu cela pendant un an,
il devenait par ce fait même, nous lavons vu, non
seulement le maître absolu de sa femme — ce qui
lui importait plus ou moins, — mais à jamais le do-
minas, le propriétaire de ses biens. C'était lui qui
était l'héritier de son héritage, et le lendemain il
pouvait, si cela lui plaisait, se débarrasser de sa
femme par une mancipation, par une vente fictive
pour, un sou de cuivre dont on frappait une balance.
Eh bien! Rome était devenue une des villes où
les femmes riches avaient habituellement le plus de
liberté — trop de liberté souvent peut-être.
On voit combien est puissant l'exemple des peuples
voisins et quelle influence il exerce par les mœurs et
l'esprit public. En effet, un nouveau courant légsd
pratique on tient plus de compte de la femme. Cest elle qui est
devenue la question principale. L'héritage n'est plus que l'acces-
soire, tandis qu autrefois Tépiclère était l'accessoire de l'héritage.
Encore un peu et cette épiclère sera la riche héritière des co-
médies de Ménandre, maîtresse de la maison, dominant son mari
par la crainte d'une rupture, ayant le divorce facile et emportant.
ses biens avec elle.
C'est le nouveau mouvement juridique contre lequel voulut
réagir à Rome la loi Voconia , comme nous le disons dans le texte
au-dessous duquel est placée cette note.
220 MARS-AVRIL 1906.
S était produit , analogue comme épanouissement à
celui qui avait abaissé la femme, courant dont nous
pouvons percevoir les effets aussi bien en Egypte
quen Babyionie et quen Grèce. C'est en Egypte,
par esprit de réaction contre le code d'Amasis, si
contraire aux vieilles traditions, quil s accentua le
plus, si même ce ne fut pas là qu'il prit son origine,
ainsi que j'ai tendance à le croire. C'est donc en
Egypte que nous allons l'étudier encore.
LE DERNIER CODE ÉGYPTIEN
ET LA FEMME.
Si le mouvement qui allait aboutir dans tout le
monde civilisé antique à relever la situation de la
femme fut égyptien d'origine — fondé qu'il était
sur la vieille morale toute de charité ou de protection
des faibles, tant en honneur à toute époque dans
la vallée du Nil, et sur les traditions primitives
mieux conservées dans les mœurs , — il faut bien re-
connaître que les prétextes qu'on employa pour arri-
ver à ce résultat, en Egypte même, furent souvent
asiatiques.
Il y eut, à ce point de vue, choc en retour; car
continuels furent les rapports entre l'Egypte de la
XVIII* dynastie, d'une part, et, d'une autre part, l'Asie,
la Chaldée, le Naharain, dont les rois occupent tant
de place dans la correspondance d'Aménophis IV et
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 221
qui, bien peu de temps auparavant, sous la XVIP dy-
nastie, avait été lune des conquêtes des grands
monarques égyptiens, tels que Thoutmès III, vain-
queur de Babel et des pays circon voisins. Puis encore,
après la XVIIP dynastie , les Ramessides et les She-
shonkides — Ramsès II, Sésostris et Sheshonk P' sur-
tout — recommencèrent des exploits analogues , soit
à regard des Chetas ou Hétéens , qui avaient eu leur
heure d'hégémonie orientale, soit contre les autres
peuples asiatiques que dominèrent bientôt les ter-
ribles rois d'Assur, envahissant TEgypte même.
Cette ère de guerres réciproques fut généralement
peu favorable, je ne dis pas au développement, mais
au maintien complet de la civilisation — toujours
pacifique d'allure. Elle eut cependant ses effets utiles
en faisant se bien connaître des peuples également
éclairés alors. Au moment de la décadence de
l'Empire des successeurs d'Assurbanipal , TEgypte
fit , avec Babylone et les Mèdes , partie de la confédé-
ration des vaincus de la veille , qui , arrivant par les
routes mêmes qu'avaient établies leurs oppresseurs,
en finirent avec eux en détruisant Ninive.
C'était du temps de la seconde dynastie ammo-
nienne, qui avait succédéà la première branche des
pharaons éthiopiens.
La femme jouissait en Egypte de cette situation
priviligiée, de cette prépondérance qui devait encore
tant choquer Solon pendant les dix ans que, selon
Aristote, il passa à Naucratis. Mais l'impression ne fut
évidemment pas la même pour les Babyloniens, chez
222 MARS-AVRIL 1006.
lesquels Hammourabi avait cependant autrefois tant
abaissé la femme; car une multitude de preuves, dont
je ne puis donner ici rémunération trop détaillée,
m ont fait voir des emprunts directs des Babyloniens
de cette époque au droit égyptien. Je citerai seule-
ment : 1*^ la mention des contrats de mariage inter-
disant de mépriser sa femme ou d'en prendre une
autre , sous peine d une grosse clause pénale; a*" la fa-
culté, de plus en plus grande, donnée à la femme
d*agir en communauté, même pour les aliénations
d'immeubles , avec son mari , et la liberté plus éten*
due déjà décrite précédemment par nous et qui lui
fut accordée.
Nous avons dit qu'Amasis était une créature de
Nabuchodonosor, et qu'à son tour il s'inspira en partie
de ce qui , dans les droits orientaux , restait encore
dans le sens de rabaissement de la femme, comme il
s'inspira — encore plus il est vrai — de son modèle
grec contemporain Solon.
Ce fut sous Amasis que la guerre fut déclarée
entre l'Egypte et la Perse, qui avait succédé à Baby-
ione et à la Médie dans l'hégémonie orientale. Gam-
byse l'emporta et mit à mort Psammétique lU. H ne
changea rien au code alors en vigueur, tel que l'avait
proclamé l'assemblée nationale convoquée par Ama-
sis — la chronique démotique elle-même a soin de
nous le dire. Mais les mœurs commencèrent à réagir
contre les lois — surtout quand on n'eut plus afiaire
à la volonté de fer du réformateur et au prétoire
formé par lui.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 223
C'est à ce moment que, pour en revenir presque
aux vieilles coutumes d'entente familiale et cTëgalité
des deux sexes, on saisit tous les prétextes : même
ceux qui étaient tirés de ia législation propre aux en-
vahisseurs.
Un de ces prétextes fut celui que fournissait Tar-
tiçle du code de Han^mourabi qui était relatif à la
reconnaissance des enfants naturels faite par le père
par acte authentique, avec la formule: «Vous êtes
parmi mes enfants », ce qui leur donnait le droit de
partager avec les fils légitimes.
Eh bien! nous voyons, dès le commencement du
règne de Darius, un Egyptien procéder absolument
de même.
Voici lacté en question.
« L'an 5 , athyr, du roi Darius.
« Le choachyte de la nécropole Psénèse , fils de
Herirem, dont la mère est]Beneuteh, dit à la femme
Ruru, fille du choachyte de la nécropole Psénèse -—
laquelle a. pour mère Tsenhor :
« Toi , tu es la compagne de partage de mes en-
« fants que j'ai engendrés, de ceux que j'engendrerai ,
« pour moi, pour totî^lité des choses qui sont à moi et
« de celles que je ferai être (de tous mes biens présents
« et à venir) : maisons, terres cultivées, esclaves, ar-
« gent , airain , étoffes , bœufs , ânes , bestiaux, contrats
« quelconques , totalité de biens au monde. A toi ime
« part de ces choses — à toi en plus de mes enfants
« qui seront à jamais — ainsi que pour mes liturgies
224 MARS-AVRIL 1906.
« dans le hat de la montagne. Â toi aussi une part de
« ces choses. »
L'enfant ainsi reconnu par un contrat dujas gen-
tiam et associé aux enfants légitimes antérieurs, on
songea à reconnaître également, et cela aussi par un
contrat imité de ceux dujas gentium, celle qui jusque
là n'avait été qu'une concubine, gardant comme
telle, sans aucune manas, toute son indépendance.
On écrivît donc , sur la même feuille de papyrus,
un acte dans ce but , acte certainement inspiré par
les contrats dotaux constituant un nudannu versé au
mari par la femme, et qui étaient si usités en Baby-
ionie sous le règne de Darius; seulement le nudannu
en question n'est point une dot, puisqu'il est donné
bien longtemps après « l'établissement pour femme »,
c'est-à-dire, selon l'esprit du code d'Amasis, après la
consommation physique de l'union. C'est une cré-
ance comparable aux créances babyloniennes, por-
tant intérêts fixés d'avance, pesant sur [ina eli) le
débiteur, créance dont l'origine est d'ailleurs ici
toute psychique, reposant imiquement sur le pré-
judice fait à la femme qu'on a rendue mère.
Voici le contrat en question tout à fait distinct de
l'autre, bien que réuni matériellement :
« Au 5 athyr du roi Darius.
« Le choachyte de la nécropole Psénèse, fils de He-
rirem, dont la mère est Beneuteh, dit à la femme
Tsenhor, fille du coachyte Nesmin, dont la mère
est Ruru :
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 225
« Tu mas donné trois argenteus du temple de
« Ptah . . . quand je t ai établie comme « femme ».
« Que je te méprise (c est-à-dire si je te répudie),
« moi je te donnerai en argenteus fondus du temple
« de Ptah que tu m as donnés et qui sont indiqués
« plus haut.
«Prélève le tiers de la totalité des biens que je
«ferai être (que j'acquerrai). En les recevant que
«je te les donne. »
Le tiers des acquêts ou des revenus en question
remplaçait l'intérêt de la somme qui était censée
prêtée. Aussi la trouvons-nous plus tard, dans les
actes analogues qui ne cessèrent plus désormais
d'être en usage en Egypte , et cela très tardivement
jusqu'à l'époque romaine, fréquemment remplacée
par une pension alimentaire à payer annuellement
ou mensuellement en partie en argent , en partie en
nature (blé, huile, etc.). 11 était naturel en effet de
nourrir la femme à laquelle on avait imposé des
charges nouvelles et qu'on avait rendue incapable
d'un travail continu.
Au fond, c'était l'union libre qui l'emportait, tant
sur le vieux mariage religieux que sur le mariage
civil réglé par Amasis tout à l'avantage du mari et
qui réduisait la femme en servitude , en tout état de
cause, soit qu'il ait été contracté par coemptio, par
confarreatio ou par usus. Cet usus entraînant la ma-
nus, les femmes n'en voulaient plus. Elles ne repous-
saient pas Viisus autrement compris et qui les rendait
iinrikir. xiTiniii
220 MARS-AVRIL 1906.
mères. Mais, comme les Romaines, elles savaient se
servir de quelque trinoctium. Par suite, elles avaient
eu soin de refuser la déclaration au censeur, décla-
ration qui aurait constaté la prise en mains du
mari. Elles préféraient, je le répète, nêtre que con-
cubines, puisque la loi d'Amasis ne donnait plus
aucun privilège à la chaste épouse et qu'elle portait
même expressément, d'après le témoignage de Dio-
dore , confirmé par les documents contemporains ,
que les enfants, quels quils fussent, même nés de
lesclave, étaient légitimes et avaient des droits
égaux à ceux nés dans le mariage s'ils avaient été
reconnus.
Le code de Hammourabi avait autrefois, dans les
articles iSy, i44, i45, etc., fait de la sugeiim ou
concubine, quelque chose d'intermédiaire entre
Yassata ou épouse et la simple maîtresse de ren-
contre (ce que les Romains firent égalemefit plus
tard pour la concubina). C'était devenu une sorte
d'épouse de seconde catégorie — à ce point que le
même mot sous la forme shegal {b^^ ^) , plur. shegalai
[nb^v) , est traduit par axor dans le livre chaldaïque
de Daniel (5, 2; 3, 28), En hébreu, le mot cor-
respondant à sugetim est pilegesh (c^.J^B«- uroÛlXaÇ),
^ Au pluriel avec Taffixe de la 3* pers. DP/^C^, et avec Taff. de
la 3* ^Pv^lS?. Les ialmndistes ont encore grossi la forme en
n^lv^^. On attribue 7^^ «concubina», k la racine v^JÛ tcon-
T V - T
cubuitcura muliere , compressit eam » (Deuléronome, 98, 3o;l8a{e,
1 3 , 1 6 ; Zacharie , 1 4 , ^ 1 ).
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 227
qui dans la Genèse (35, aa), dans Ézéchiel (q3,
2"»), etc., est traduit tantôt par concubina, tantôt
par pellex.
Les Rabbins, s inspirant d'une loi chaldéenne
qu'on retrouve également dans le code de Hammou-
rabi , citée précédemment par nous , ont fait une dis-
tinction bien simple entre l'épouse et la concu-
bine/laûfta biketoubah pilegesh bila ketoubah [n^Vin
n^^n:^ nh^ ^^bs na^npn) « Tépouse est avec un con-
trat dotal, la concubine sans contrat dotal »^.
^ li faut remarquer que la première forme du mariage hébreu
est celle dont le symbole était le 17)12 ou don nuptial comparable
au Sep du droit égyptien secondaire (voir Genèse, 34, n; Exode,
22, i6^ I Sam., i8, 2 5). Gesenius fait à ce sujet une très judi-
cieuse constatation; c'est que inD est tout à fait di£Pérent comme
sens de Tarabe L^ désignant, non pas le don nuptial fait par le
mari , mais la dot constituée par les parents de la femme ( alors
que ,^^0k4o désigne le don nuptial). Evidemment, comme le éep,
le mohar est la trace d'une très ancienne coemptio, bien qu'il ne
faille pas voir dans inD (dont Tunique sens est celui de festinavit
en dehors de celui de « constituer un don nuptial ») un adoucissement
de intD IDtD avec la valeur de émit iixorem. Mais c'était une forme
usée , comme le iep lui-même , et dont Torigine doit être cherchée
ailleurs, peut-être en Assyrie ou dans un pays qui, comme laPhé-
nicie « le pays d'arrière » , ne nous a pas laissé ses archives. Ce qui
est certain , c'est que les textes déjà cités ne prouvent pas que les
parents qui mariaient la fille gardaient Targent. Dans le droit rab-
binique le mohar, comme le Sep dans le droit égyptien , est donné à
la femme elle-même pour sa virginité (quelque chose d'analogue
à ce que nous trouverons eu Egypte sous Darius). Selden [Uxor
hebraîca , p. 96 ) a reproduit le formulaire du contrat de mariage par
simple mokar dont le taux est toujours fixé à 200 drachmes ou
100 sekels. Comnie en Egypte aussi , on trouve (Selden , ibidem ,
p. 119) un formulaire intitulé n!}in3n DD1tD « type de &eton6a •, et
d'après lequel le mohar ou don nuptial était associé : 1° à la dot
228 MARS-AVRIL 1906.
On pourrait dire exactement le contraire en
Egypte. La concubine était celle qui se prévalait d'un
contrat dotal emprunté au jus gentiam. L'épouse
était celle qui n'avait pas de contrat dotal.
Ajoutons-le d'ailleurs, si le mariage par créance
nuptiale continua toujours à être employé toutes les
fois qu'il s'agissait de valider un mariage déjà, ac-
compli matériellement, et de légitimer des enfants
déjà nés (on prit seulement l'habitude de réunir en
un seul les deux actes primitifs), le contrat propre-
ment dotal, constatant, avant l'établissement pour
X^^ll^ nedounia, 2° à la pension alimentaire, pouvant chez les Juifs
se payer en tout lieu , puisque les domiciles des époux pouvaient être
distincls, comme dans le droit égyptien d*époque secondaire, mais
absolument obligatoire, puisque dans les deux droits le mari de\ait
subvenir à lentretien de sa femme ; 3** à Thypothèque générale sur
les biens du mari , hypothèque prévue aussi en Egypte , mais dont les
rabbins savaient fort bien annuler les effets ( voir mon livre sur la
Propriété, p. a3o). Cet écrit de ketoubah, écrit en chalda!que, est
pourtant chaldéen d*origine. Le nedounia a exactement la valeur
du niu£unna babylonien d'époque secondaire , dans le sens de dot, et
na d'ailleurs pas d'autre origine philologique, comme le p3Ç*P
ou K^3l^P pignvu des rabbins, dont mon frère a indiqué aussi
Torigine dans le maskanu « gage • des Babyloniens de même pénode ,
pour la première fois compris et identifié par lui. Peut-être est-ce
aussi à une influence babylonienne qu'il faut attribuer l'origine du
libellum repndii riH^'ID "ÎDD du chapitre a^, i, du Deutéronome
— livre très postérieur à l'Ëxode — libellum repudii sans cesse men-
tionné à l'époque des prophètes , et qui n'est accordé qu'à l'homme
(sauf l'exception des femmes impubères; v. Selden, p. ici). Encore
aujourd'hui, à Paris, une Juive autrichienne s'est vu refuser le droit
de divorce , par cette raison , d'après son statut personnel. En ce qui
touche le mari , xvptos de sa femme chez les Juifs , voir aussi mon
livre sur la Propriété» p. q Q9. — En somme , en dépit des formulaires
LA FEMME DANS L*ANTIQUITÉ. 229
femme , l'apport réel de Tépouse , ne fut emprunté ,
sous la forme chaldéenne, que beaucoup plus tardi-
vement surtout à Memphis et dans la Basse Egypte.
Comme Je mariage par créance nuptiale, dont il
était issu, il comportait également, soit la part de
commimauté du tiers dans les acquêts , soit la pen-
sion alimentaire — et généralement toutes les for-
mules dont lusage s'était introduit pour le contrat
primitif, avec quelques additions dont nous aurons
à reparler.
La communauté du tiers dans les acquêts se re-
trouve également, d ailleurs, mais retournée, dans
un contrat daté de Darius et qui a également pour
but de constater un mariage , cette fois avant Tunion
charnelle.
Ce contrat nest pas emprunté au jus gentinm,
mais dérive de celui qu'Amasis avait lui-même établi
dans son code, c est-à-dire de la coemptio. Seulement,
au lieu de se vendre elle-même, la femme ne vend
plus à son mari que le neb himt, c'est-à-dire le
droit de maîtrise de femme qu'il doit exercer sur
elle. On peut donc comparer cette vente à une vente
d'usage. Qu'on me permette de citer ici ce que je
disais à propos de cet acte dans mon Précis de droit
égyptien y p. 5/45 et suivantes, après Favoir enseigné
depuis bien des années dans mon cours de l'Ecole
du Louvre :
(les contrats de mariage , tout différait entre le droit égyptien , même
d'époque secondaire, et le droit rabbinique, qui lui a pourtant tant
emprunté, comme au droit chaldéen, et d'ailleurs au droit grec.
230 MARS-AVHIL 1906.
« Nous avons déjà vu des actes dans lesquels le
mari pariait et s engageait envers sa femme. Nous
en avons vu dans lesquels il assurait à sa femme un
tiers dans ses acquêts. Ici , dans un contrat daté de
Tan 3o du roi Darius, ce n'est pas le mari qui prend
la parole ; c'est au contraire la femme , comme dans
le mariage par coemptio , écrit sur une assiette sous le
règne du Bis d'Amasis.
« 11 est vrai que la nouvelle épouse, en Tan 3o de
Darius, ne déclare pas avoir reçu le prix même
de sa liberté et ne se livre pas à son mari à titre
d'esclave, en lui livrant, en même temps, ses biens
présents et futurs et jusqu'aux vêtements qu'elle a
ou aura sur son dos , ainsi que ses enfants à naître.
Tout cela aussi est passé de mode. La femme est rede-
venue l'égale du mari. Elle conserve dans le mariage
— alors même que ce mariage a eu pour base une
sorte de mancipation , le versement par le mari
d'une somme d'argent comme s'il achetait sa femme
— elle conserve, dis-je,même alors, sa liberté d'ac-
tion absolue , son individualité civile indépendante ,
tous les droits qu'elle aurait si elle ne se vendait
pas.
« La domination du mari est peut-être ce qui a
dure le moins longtemps de toutes les œuvres légis-
latives dAmasis. De cette maîtrise conjugale, du
pouvoir du chef de famille sur sa femme , le nom
seul se conserve dans la forme de mancipation ma-
trimoniale que nous avons ici.
«La femme, dans notre acte comme dans Taçte
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 231
de coemptio imaginé sous Amasis , déclare avoir reçu
une somme d'argent à titre de prix de quelque ohose.
Mais ce quelque chose, ce n'est pas elle-même,
cest le titre tout honoraire de neb, de maître, de
seigneur, qu elle cède en qualité d'épouse à celui qui
deviendra son mari :
« Tu m as prise pour femme aujourd'hui , dit-elle.
« Tu m'as donné un kati fondu de la double maison
<c de vie pour mon neb himet (c'est à-dire pour le droit
«de maîtrise d'un mari sur sa femme) en t'établis-
« sant mari ».
« Mais ce droit du mari sur sa femme , ce neb
himet ne ressemble guère à ce qu'il était sous Ama-
sis. En effet, la nouvelle épouse peut abandonner
son époux quand elle voudra :
« Que je te méprise, dit-elle dans cette prévision,
«que j'aime pour moi un autre homme que toi,
« c'est moi qui te donnerai 9 katis fondus d'argent de
« la double maison de vie , en plus de ce kati que tu
« m'as donné pour mon neb himet ci-dessus. »
« Ainsi l'amende pour l'infidélité de la femme ,
pour la répudiation qu'elle ferait par caprice, sera
dix fois plus forte que la très petite somme par
laquelle le mari achète son droit de neb himet, son
droit de maîtrise. Il est vrai que ce droit de maî-
trise était si peu de chose que franchement il ne
valait pas davantage.
« Comme dans beaucoup de nos anciens contrats
de mariage, Ja partie qui porte la parole, assure à
232 MARS-AVRIL 1905.
Tautre une part déterminée de communauté dans
ses biens :
«J'abandonnerai pour toi, dit la femme dans la
ftdernièi*e clause du contrat, le tiers de totalité de
K biens quelconques au monde que je ferai être; sans
« alléguer aucun acte, aucune parole au monde ».
[La suite au prochain cahier.)
CULTE DES ROIS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 233
LE CULTE
DES
ROIS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS
SOUS L'ANCIEN EMPIRE ÉGYPTIEN.
PAR
M. E. AMÉLINEAU.
L'un des plus grands étonnements des dix der-
nières années , dans le clan peu nombreax des Égyp-
tologues , a été causé par lapparition soudaine à la
réalité historique de rois qu'on s'était doucement
habitué à regarder comme des êtres chimériques,
n'ayant aucun droit à revendiquer dans l'histoire
scientifique et qu'on devait traiter comme des êtres .
vaporeux qu'il suffisait d'un souffle pour faire
évanouir dans l'air. Quand, dans la séance du
a 9 mai 1896, j'annonçai à l'Académie des Inscrip-
tions et Belles-Lettres, que je croyais avoir retrouvé
les rois dont je parle, il n'y eut guère que des signes
de surprise significatifs , et je vois encore un acadé-
micien que la mort vient, hélas! d'emporter, lever
les bras au ciel pour le prendre à témoin de ma
témérité. Cette témérité, comme celle de l'agneau,
ne devait pas tarder à être châtiée. Quand le châti-
ment eut été longuement expliqué, il ne me resta
234 MARS-AVRIL 1906.
plus guère qu!'d courber le dos sous le flot ... et à
continuer mes découvertes. C'est ce que je fis pen-
dant deux années , et c'est ce que fit , après moi ,
M. FI. Pétrie , sans réussir à trouver des noms de
rois nouveaux autrement que dans son imagination.
Ayant retrouvé les rois que j avais fait sortir à la
lumière, il admit que certains d'entre eux avaient
précédé toute histoire, c est-à-dire avaient vécu avant
Menés, qu'on les nomme préhistoriques ou qu'on les
désigne sous le nom de rois antéhistoriques. Moins
téméraire que je ne l'avais été, il n'admettait que
trois ou quatre de ces rois. Depuis, la question a fait
son chemin.
Jusqu'à présent on s'est contenté d'argumenter
avec des raisons plus ou moins convaincantes prises
de la question même en litige, je veux dire des
documents fournis par les fouilles d'Abydos, car,
sauf le monument connu sous le nom de Pierre de
Païenne, et sauf aussi la stèle célèbre de Schera,
aucun autre document n'a été versé aux débats. Par
une malencontreuse aventure, ces deux documents
n'étaient d'aucim secours et ne produisaient aucune
lumière pour éclairer la question : la Pierre de Pa-
lerme, quelle qu'en soit l'interprétation, ne men-
tionne que le nom de Kha-Sekhemoui, et la stèle de
Schera ne contient que le nom de Perabsen placé
après celui d'un roi de la IP dynastie, Sent, ce qui a
paru suffisant pour motiver son entrée dans cette
dynastie à la suite de ce roi, jusqu'au jour où M. FI.
Pétrie découvrit, en son caprice, de nouvelles raisons
CULTE DES ROIS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 235
qui l'incitèrent à le déplacer pour en faire le dernier
roi de cette même dynastie.
Parmi les auteurs qui, ayant droit de cité en
égyptologie, se sont occupés de la question des deux
ou trois premières dynasties égyptiennes, nul ne
s est donné la peine de chercher si, d'aventure, les
noms de certains de ces rois d'Abydos n'auraient pas
survécu dans des monuments connus, se trouvant
ou pouvant se trouver entre les mains de tout Je
monde, servant de thème aux plus doctes leçons.
Cependant M. Pierret , dans les leçons qu'il professe
à Y École du Louvre ^ a expliqué les monuments qui
sont en question , mais il n'a pas su les reconnaître
et il ne le pouvait guère , puisque la publication de
ses leçons date de l'année 1890 et que les do-
cuments d'Abydos n'ont été découverts qu'en l'an-
née 1896.
Les monuments dont je parle sont publiés dans
l'ouvrage de la Commission prussienne connu sous le
nom de Denkmàler aus Mgypten und jEthiopien,
édités sous la direction du grand savant qui eut nom
Lepsius. Je les ignorais comme tous mes autres
confrères en égyptologie, ne possédant pas l'ouvrage,
et, quand j'eus pu me le procurer, pressé que j'étais
de courir à ce qui m'intéressait tout d'abord, je
m'absorbai presque tout entier en d'autres travaux ;
mais, du moment que je dus entrer dans la lice, me
devant à moi-même et devant aussi à mes lecteurs
d'être armé de pied en cap pour affronter les combats
auxquels m'appelait cette discussion , et de plus pour
236 MARSAVRIL 1906.
d'autres études que j'ai entreprises et que j'espère
mener à bonne fin, j ai voulu, la plume à la main,
chercher tout ce qui pouvait me servir d'arme dans
la discussion afin d'afiSrmer et de prouver mon bon
droit. C'est ainsi que j'ai été frappé par les docu*
ments que je vais faire passer sous l'œil du lecteur,
I
De la IV* jusqu'à la XP dynastie , on rencontre firé-
quemment dans les tombeaux de cette époque, de
grands personnages, ayant rempli de hautes chaînes
à la cour du Pharaon pendant sa vie et la leur, qui
mettent au nombre de leurs plus glorieux titres celui
de "^ J. On traduit d'ordinaire ce titre par prophète,
parce que les premiers égyptologues, l'ayant trouvé
et n'en sachant pas le sens , ont saisi avec empresse-
ment l'application qu'en avaient faite les Grecs à une
série de prêtres dénommés par eux prophètes, quoi-
que leurs fonctions ne semblent se rapporter en rien
à ce qu'exigerait l'étymologie du mot grec. Le mot "]
se traduisant par Dieu et le mot J signifiant serviteur
et esclave, le mot d'origine grecque hiérodule me
semblerait avoir autrement de droit à traduire l'ex-
pression égyptienne "^ J. Cette expression, qui, sous
l'Ancien Empire, s'applique aussi bien aux o£Bciers
attachés au culte des Dieux proprement dits qu'à
celui des rois , est bien plus fréquente dans le premier
cas que dans le second. Quand il s'agit des Dieux ou
des personnes auxquelles on accole ce qualificatif
CULTE DES ROIS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 237
Diea^, on le trouve, dans les Mastabas de Mariette
et dans les tomes III et IV des Denkmàler de Lepsius ,
employé environ deux cent vingt fois; quand il 5 agit
au contraire des rois ou des pyramides royales, ce
qui pour nous revient au même , on le trouve seule-
ment une centaine de fois. Les Dieux qui ont des
hiérodules spécialement attachés à leur culte sont
indistinctement : Ekhnoum , Seb, Safekh, Jjt , Hathor,
^-j-^, 1|J, Toiseau Doscher, lepervier de Ra, les
deux Dieux dans khenti her, . . [[ffî ''''^ n i i Ptah,
Sokar, Tanen, le Dad vénérable, Ra dans Rasche-
pou, Khenti-Aanoutef, Emkhentou, Ra dans le
double horizon, Horkhentiour, Ra dans le lieu de
son cœur, c est-à-dire dans les temples d'Héliopolis ,
Maït, Kherbaqef (celui qui est sans son arbre baq),
Khentimiritef (celui qui est dans ses deux yeux, tra-
duction ordinaire, mais qui est loin de me paraître
satisfaisante), Thot, le Taureau en rut, le dieu ^,
Horus, Anubis dans la salle divine, Ra0O, j^®
© n (c'est-à-dire Tépervier de Ra0 o), Heqet, la
déesse grenouille, Renentou, Nekhabit ^ , Ra dans
I, Anubis dans Scheset, Hor- Anubis dans le château
de Scheset , Ra dans Schephati , Horus ouserkaou (c est-
à-dire Horus, ou mieux Tépervier riche en doubles),
Senbet dans la maison de Thot, le Dieu grand,
Khenti-Tanen (celui qui est dans Tanen), Khenti-
emtef(?), Hathor dame d*Ont, Khentiemtotef (celui
* Si c'était ici la place, je pourrais démontrer que le mot |
désigne les hommes s'étant acquittés de la vie et parvenus à celte
qualité à la suite d^avatars non encore signalés.
238 MARS-AVRIL 1906.
qui est dans sa main), son Chacal, Osiris, 4a#0^
(peut-être le bois de la montagne de vérité, c est-à-
dire les arbres qui ombrageaient les tombes de la
nécropole), Hathor dans le lieu de son cœur (c est-à-
dire dans le temple d'Héliopolis), Mehit, Âpouaï-
tou, Anubis, KJienti Sap (c'est-à-dire Anubis dans
la ville de Sap) , Neit Touvreuse de chemins.
Pour les rois et leurs pyramides , on trouve men-
tionnés : Khoufou, Ouserkaf, Ranouser, Ounas,
Khafra, Menkaoura, Tépervier Qa, le roi Nebka,
Arnoferkara, Tépervier Sekhem et Fépervier Kheper,
Sent , Perabsen ; parmi les pyramides sont nommés :
Isiou, la pyramide de Ranouser, un autre endroit
nommé le lieu ^ n P î ^ ^^ pyramide de Sahoura ,
la pyramide de Noferkara , celle d'Assa , celle de Ra-
nofer, celle de Teti, celle de Dadkara, celle de
Rameri, celle de Menkaouhor et enfin le château
du double dun roi Pepi, auquel était attaché un
hiérodule qui se dénommait hiérodule réel, cest-à-
dire remplissant réellement les fonctions d'hiérodule,
et qui se distinguait ainsi de ceux qu'on nommait
hiérodules à la suite J "] ^ ^ .
11 y avait donc sous l'Ancien Empire, et j'entends
par là de la IV*' à la VP dynastie , un culte établi en
Egypte avec im clergé spécialement attaché à ce
culte, et parmi les prêtres en relevant — il y a
d'autres fonctions religieuses s'y rattachant, notam-
ment les fj, c'est-à-dire les purificateurs, mot qui
plus tard, dans son évolution séculaire, a fini par
CULTE DES ROIS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 239
devenir le synonyme de prêtre — les | "]. Ce culte
s'adressait aussi bien à ceux qu'on est convenu d'ap-
peler les grands dieux de l'Egypte , aux dieux locaux
de certains centres réputés , à certaines personnalités
divines qui devaient plus tard être rangées parmi les
génies funéraires, qu'à des êtres réputés inférieurs,
le taureau, l'oiseau Doscher, l'épervier, le chacal,
les arbres, ou à des hommes ayant réellement vécu,
comme les Pharaons des I V , V® et VP dynasties , ou
aux monuments énormes qu'ils avaient ou qu'on
avait élevés pendant ce même laps de temps pour
leur servir de tombeaux après que la vie aurait fait
place à la mort^ De ce fait, je pourrais déjà con-
clure à la parité de condition entre les Dieux d une
part et les morts de l'autre; mais il faudrait élargir
la démonstration et les développements seraient
hors du sujet que je veux traiter.
Pour m'en tenir aux noms des rois des IV% V* et
VI* dynasties, je dois dire qu'ils sont tous écrits dans
l'ellipse du cartouche si connu même en dehors des
égyptologues de métier. Il n'y a pas d'exception à
cette règle, ou du moins je n'en connais pas; on fait
même plus en certains cas spéciaux, on allonge dé-
mesurément l'ellipse pour y faire entrer tout entier
ce qu'on nomme le protocole des Pharaons. Cet
usage s'est conservé jusqu'à la dernière période de
* Je n'examine pas ici s'il y avait identité complète entre le Pha-
raon et sa pyramide dans le culte qui m'occupe, et par conséquent
entre le prêtre du Pharaon et celui de sa pyramide. Il me suffit de
constater que le culte des pyramides existait avec ses | I .
240 MARS-AVRIL 1906
Tempire égyptien, puisque sous les Ptolémées on
trouve un monument du Sérapéum de M emphis au
nom dun prêtre de Menés, ( j!!!!!!J 1, et deM 2! 1 *• De
même le nom du roi delà IP dynastie , Sent , est écrit
M^<^J au dedans de l'enroulement ellipsoïdal
dans la stèle célèbre de Schera, au musée du Caire,
stèle qui remonte jusqu a la III* dynastie. Aussi ne
serons-nous pas étonnés que, dans les dynasties sub-
séquentes , les Pharaons auxquels sont attribués des
hiérodules, J"], aient leurs noms écrits dans un
semblable enroulement, comme Khéops, Khafra,
Menkara, Assa, Sahoura, Ranouser, etc. Lliabitude
en était si bien prise, même dès les plus anciennes
dynasties, que le graveur de la stèle de Schera, ayant
à joindre au sacerdoce de Sent celui d un roi plus
ancien à mon avis et dont j'ai eu la chance de trouver
la tombe dans mes fouilles d'Abydos, Perabsen, en a
fait entrer le nom dans \m semblable enroulement
r^ f- 1 A--^ 1 ^ alors que, dans les très nombreux mo-
numents sortis de son tombeau, ce nom se trouve
toujours inscrit dans le rectangle dit rectangle da
nom de double, et cela sans, aucune exception. H
faut conclure de ce fait que, dès la III' dynastie,
on s'était habitué à écrire les noms des Pharaons
qui avaient régné sur TEgypte dans l'enroulement
* E. DE RotJGÉ, Mémoire sur les monuments qum pemt
aux slv premières dynasties , p. 3o.
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 241
ellipsoïdal qu'on appelle cartouche. Quant à Perab-
sen , nous verrons plus tard s'il est de la IP dynastie
ou s'il ne faut point le ranger parmi les rois ayant
précédé Mènes.
II
Parmi les noms de Pharaons ainsi dotés de prêtres
hiérodules, le lecteur aura remarqué les trois noms
de TépervierQa, de Tépervier Kheper et de l'éper-
vier Sekhem. Ces noms se trouvent dans les Denk-
màler de Lepsius, deuxième partie, aux planches 27,
29, ^8, 83 et 89. A la planche 27, première men-
tion du roi Qa , dont Samnofer, le propriétaire du
tombeau, était J"] ou hiérodule. Cette mention est
ainsi faite j^ J^ | J , et le culte de ce Pharaon est
allié à celui de la déesse grenouille | j^^^ J et à
celui du dieu Arbre dans la nécropole \a|iJ^. A
la planche 29, dans le même tombeau, le nom de
Tépervier Qa est précédé d un signe ^ ^ jL^ 1 » ^'
le sacerdoce de ce roi est accompagné du sacerdoce
d*Anubis et des deux autres précédents. Dans les deux
planches, ces divers sacerdoces sont précédés de la
cha^aei.i,avecl.diffé„„ce,r.Wfo«-
c'est à la planche 27 — le rectangle a la porte Q
et que dans l'autre il ne l'a pas , ce qui est plus favo-
rable à la thèse que je soutiendrai plus loin. A la
planche 48, la mention, par deux fois, est faite de
VII. 16
242 MARS-AVRIL 1906.
la m^me façon avec les même» divinités } ^^^ |«
W#î' ^\i^lî- ^ '• planche 83 «t men-
tionné un hîérodule de Sekhem f | f- A la planche
89 enfin, nous retrouvons l'épervier Qa deux fois
mentionné sous cette forme ^^ ^1 \ » '^ âgne ^
suivant Tépervier au lieu de le précéder comme aux
planches 39 et 48, ce qui, surtout si Ton ûdt atten-
tion à son absence à la planche 27. nous permet de
condure en toute sécurité que c'est ud signe adven-
tice, ayant sans doute sa raison détre, mais nulle-
ment nécessaire à la mention de f épervier Qa.
\L Pierret, dans 1 explication qu'il a donnée des
planches de Lepsius aux cours qu*il a professés au
Louvre, rencontrant la mention de Tépervier Qa, y
a cru reconnaître un surnom donné au dieu Honis ^.
LVrreur lui était permise . quoique la comparaison
do ct^ titre a>ec celui de ^ 1|[ eut pu fan indiquer
une aulnî explication ; ma» aujoardlnii* el même
dès iî^96« après la découverte de la stèle et de la
toud>e du ivn Q;i. on ne peut raisonnablement
douter q\i*î! s a4:isse du Pliaraon qui avait nom Qa.
J*aî en oflet ivm\>ntrt* une grande stèle de granit
jjris au nom de ^v ivî . on double exemjjaire : le pre-
mier, ivntonant le nom et la maison du roi. est resté
au mu>e^ du C«miv ; ht second , constrtant en quelques
fragments où Ton jHHnait cependant lire encore le
nom du l^araon . a^ ait oie laissé dans Tan^ sud-
CULTE DES ROI» PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 243
est du tombeau^ où M^ Pétrie n a pas eu grand'peine
à le rencontrer, ce qui lui a donné lieu d'enregistrer
Tun de o6S crimes épouvantables qaé j'ai cOnnnis
en si grand nombre pendant mes fouilles d'Abydûs.
11 y a en effet identité d'appellation ;
ffl
«tV^-
H s*agît bien du même persotinage ; Ton tie petit en
douter, malgré toute la bonne volonté possible.
Il en est sans doute de même des deax autres,
Sekhem et l'^pervîer fcheper. Le fait que j'ai trouvé
dans la tombe de Perabsen un nom de rôi ou de
double du roî -^ je n'examine pas ici cette question
— nommé Sekhemab ; cet autre que M. Qulbdî , k
Hiérakonpolis, a trouvé un autre roi du nom de
Khâ-Sekhem ; enfin ce dernier fait que M. Quibell
et moi, à Hiérakonpolis et en Abydos, avons trouvé
le nom de Kbâ-Sekhemoui , quil attribue à un roi
pendant que j*en fais la désignation de Set et de
Horus^ tout cet ensemble montre bien, je Crois,
que le tiom de Sekhem peut avoir été celui d un roî
préhistorique ou autre, car aux dynasties historiques
il n*esl pas rare de voir plusieurs rois porter le même
nom, avec quelque addition qui empêche de les
confondre. Cette conclusion peut auSsî s'appliquer a
Tépervîer Kheper; mais je dois dire que c*est ici le
seul exemple de ce nom âùttné à tm rot, quoiqu'il
^ QoiBiLL, Hiéraeo n polis , pi. 58-5^. — Ë. AUbLinuau, Les
nouvelles fouilles d'Abjdas, 1 896- 1^9 7 « p. Soi^
lO.
244 MARS-AVRIL 1906.
y ait des exemples de particidiers nommés Kheper
ou Khepra. Cependant la présence de l'épervier
dans le Q et devant le signe qui se lit kheper est à
elle seule une preuve qu'il y eut bien \m roi ayant
eu ce nom^ puisque cet épervier ne se met en
Egypte que devant les noms de rois à toutes les
époques ^ La présence de ce nom dans l'hiéroglyphe
[~J me semble une preuve de plus qu'il s'agit d'un
nom très ancien , car le roi Nebka , le troisième de
la IP dynastie, avait une sépulture qui s'appelait le
Château, Q^. A plus forte raison, si le signe Q
est fautif et s'il faut lire Q , le rectangle dans lequel
est enfermé le nom du roi Kheper apporte un argu-
ment de plus en faveur de mon raisonnement.
III
Mais le nom Qa est-il le seul nom que portait ce
roi, ou bien en avait-il d'autres? En d'autres termes,
ce qu'on appelle le protocole des rois égyptiens
était-il déjà connu? Ce protocole, je le rappelle ici
pour le besoin de ma démonstration, contenait
d'abord le nom d'épervier (c est-à-dire le nom de
double), le nom de vautour et d'urœus (ce que
l'on nomme depuis quelque temps le nom de nebii
ou des deux couronnes), le nom d'épervier d'or ou
^ Les rois de Nubie se vantaient, et à aussi bon droit que les
éperviers d*Égypte, c'est-à-dire les Pharaons, d*être de véritables
épervicrs.
* Même à la VI* dynastie, pour l'un des Pépis de cette époque,
la sépulture royale est encore désignée par le nom de chAtean.
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D^ABYDOS. 245
d'épervier triomphant, le tout suivi de la désigna-
tion de roseau du midi et d'abeille du nord, avec le
prénom du roi, et terminé par le titre officiel de
fils de Ra , avec le nom officiel du roi. Ce protocole se
composait donc d'au moins cinq désignations, con-
courant toutes à personnifier le même roi; mais ce
serait se tromper que de croire que , ainsi résumé , il
est complet et que les rois d'Egypte l'ont ainsi com-
plet, même sous cette quintuple forme, à toutes les
époques de l'histoire pharaonique. Tout d'abord il y
avait une série de noms ou de qualificatifs séparant
les trois premiers des cinq noms que je viens de rap-
peler, comme taureau vaillant, etc., et de plus, ce
protocole à cinq compartiments eut, comme toute
chose ici-bas, une naissance modeste; il grandit, de-
vint complet, et ne fut adopté définitivement qu*au
cours de la XII* dynastie ^ Pendant longtemps, de
la IIP à la VP dynastie , le nom d'épervier, le nom
de vautour-urœus et même les premières fois qu ap-
paraît le nom d'épervier sur l'or, nous voyons que ,
si les titres sont différents, le même nom qualificatif
sert pour tous. Ainsi le premier que nous rencontrons
avec certitude avec un protocole multiple est un roi
de la m* dynastie, Djeser, dont longtemps on ne
connut que le nom d'épervier "] ^ ^ il a pour nom
de vautour-urœus les mêmes signes, et l'on n'a pas
encore trouvé son nom d'épervier d'or, s'il en eut
jamais un. Après lui vient Snefrou, dont les noms
^ Je Tai démontré tout au long dans le tome V de mes Nouvelles
fouilles d'Abydos, 1898-1899, 2* partie, p. 595-699.
fA6 Uk%%^à%%ÎL If M.
J'êpenirr. de Tautour-oraen» sont ^ ^ : il a le
titiY d'epemer d'or, mais «ans nom |f tkulitr. Ut
m'^lD'^ Kh:ulVHi : .^^ -j^j^ j^- mus o^jOI aprv!»
r*: d-riii-^r titre. Kluifra a poor nom «Tteerri^r '^^i
on n'a pa* rnçor»=r rencontré son nom de Taatoar-
upjeoï. mai» il a U titre de Vs^r œ qui me waàit
étr- un*f % ariante de "W : épamcr dominatwor; mû
il n a pa.^ ponr cr titr? de nom puikidier entrant
dan* !e pr:?*o<':!'». A la V* druasde. Ooserkaf et 5»-
Ynum in* un n-m d'épervier. mais on n*a pa» «*«-
f^TT* rroii^4 l^ur^ ncms de Tautour-anTOs et Jéper-
^-i^r d mînat-iir. Ranooser. le VP roi de cette
d^i-na-i*:!* . a pjur n:^m d-^pervier ■♦. pour oom 4*
va'iV_r-ur7:U5 J^, orr qui me parait qne forme
îri'.'.mpUt- du nom pr:«:»^dent; mais au titra de
jjy il n^ Went «adjoindre aucmi nom paniairii»!r.
A !i Vi* dvnAç»!**. :•=■ Phara>n Pépi iT a poor nom
f-prr.:-: i \ . p.îir nom de vaatom'-m^Xftç.
îàr/. :*: i i ^^ ri Tinto: | i ^ - ^t aucon nom parti-
.i:>f i ' p«Ê:i'>icr d jminatêur '^jl^- ^n socccueor
M-:..: jjêiii'^î a p:':ir r^ jtii d'epenier {-$« de méipft
[«•ju: Tf m li^ 'iuX'ur-urttu:». et ie titre d'épcnrior
î.rnîr.i-.r il ■:?": r».:!*: i \ . ti^ qu: me parait, non
p.-!* un- ".-f^ra*.:-.^ î- •l-:.Mmini:L:-n nouTelle. mais
-L- ''^ri^r::- «ir? :îtfrî que n-'-U.- avon^ liU* préce^
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 247
demment : T\v, jjk. Pour Pépî II, le nom d'éper-
Yxer et celui de vautour-uroeus sont les mêmes, "] Ç ;
le titre suivant, L», na pas de nqm particufier,
A la XI' dynastie, le troisième des Mentouho^p ^ le
même nom d'épervier et de vautour-urœus , **[ à .
sans autre titre; son successeur, Mentouhôtep IV., a
le même nom d*épervier et de vautour-uroçus , 31,
et le titre III , correspondant à celui d'épervier do-
minateur, n'a pas de nom particulier; de même
Mentouhô|;ep V et Mentoiitiôtep VI. A la Xfl[* dv^
nastie, pour les deux premiers rois Amenemhat rLl
et Ousortesen P", les noms d'épervier, de vautour-
urœus et d'épervier d'or sont les mémeb ' / fil •* ^
pour le premier et •^^•^ pour le aecond. Amen*
emhat II a pour noais d'épervier et de vautQur-urceus
1^^^ et son nom d'épervier d'or est Ifjl^: et,
à partir du successeur de ce roi, Ousortesen II, une
révolution s'accomplit dans le protocole : à chaque
titre correspond un qualificatif particulier; ainsi,
pour Ousortesen II, le nom d'épervier est ^, le
nom de vautour -urœus est P::^^\ et le .nom
dépervier sur l'or || ] ; dès lors l'usage est établi et
se continuera jusqu'à la fin de l'empire égyptien,
sans aucune exception.
Ainsi, si nous résumons nos renseignements, nous
voyons tout d'abord qu'à l'époque historique les
noms d'épervier et de vautour-uroeus sont toujours
248 MARS-AVRIL 1900.
les mêmes; que le nom d'épervier d'or n'a pas existé
d'abord, que le titre s'est timidement ajouté aux deux
précédents , puis s'est associé d'abord les qualificatifs
f ' "1 » 1 1 1 ' 1 1 ' p'sic^s uniformément avant le sym-
bole Jk; qu'au commencement de la XII* dynastie
le nom est absolument le même que ceux des deux
autres titres et se place avant le symbole d'abord,
puis après dans le protocole complet enfermé dans
l'ellipse du cartouche :
Ce sont là des faits. De cette constatation on pour-
rait conclure que, toutes les fois que le qualificatif
n'accompagne pas le symbole '^, c'est parce que
ce qualificatif était le même que pour les noms
d'épervier et de vautour-urœus. A l'époque historique ,
de la I** à la XII* dynastie, le protocole se composait
donc de deux ou trois noms , le nom d'ëpervîer-vau-
tour-urœus et ce qui est devenu plus tard le prénom
du roi, en attendant que Tadjonction du titre 7^
accompagnât ce que nous appelons le nom du Hia-
raon égyptien. Si l'on n a pas encore retrouvé l'un
ou l'autre de ces trois noms, on peut toujours
espérer qu'un heureux hasard rendra ces noms à la
lumière, comme ce fut le cas pour le roi Djeser, de
la IIP dynastie, le constructeur de la pyramide à
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 249
degrés de Saqqarah. Ce premier point est donc bien
établi.
Mais ne serait-ii pas possible d aller plus loin et
de montrer que primitivement les rois d*Egypte
n'avaient qu'un seul nom?
Je crois que cest très possible; je crois même en
avoir la certitude, et je vais m efforcer de la faire
partager au lecteur.
Lorsque M. Maspero écrivit en 1896 le premier
de ses articles au sujet de mes fouilles d'Abydos, il
crut pouvoir railler ce que j'avais écrit dans ma pre-
mière brochure, où j'avais déjà entrevu ce que je
vais faire ressortir, en disant : 0 Je recommande sur-
tout aux égyptologues une assez longue dissertation
sur les noms de bannière des Pharaons , où M. Améli-
neau, faute de s'être reporté aux documents origi-
naux, a confondu avec ces noms mystiques, qui
sont renfermés dans un rectangle, le nom et le car-
touche de quatre barons thébains de la XI* dynastie :
une méprise de Brugsch-Bouriant dans le Livre des
rois lui a fait identifier Tépervier qu'on voit au-dessus
de ce rectangle avec le titre particulier d'Horon,
Horou tapi, qui appartient en propre à ces quatre
personnages. H voit là une preuve qu'aux temps où
il se place le double du mort n'avait pas un nom dif-
férent de celui de la personne, par suite que les noms
de double par lui signalés sont les noms réels des rois
€[ui les portaient, ce qui nous rejetterait dans une
antiquité très reculée; c'est toute une histoire écha-
faudée à grand renfort de phrases, et sans autre
250 MARSAVRIL 1 QOÔ.
appui qu'une faute d'attention ou d'impression dans
un livre de seconde main ^ »
Je demande au lecteur de placer sous ses yeux
les paroles qui avaient motivé cette critique ; n Leis
rois dont le nom est gravé dans ces bannières ont le
titre de Horus; mais ce titre est-il un emblème, un
titré réel, et le nom est-il bien celui d'un persout
nage? Ce n'est pas un emblème, c'est un titre réd,
et le nom est peut-être celui d'un personnage» Je tais
le prouver de mon mieux. On a dit que le titre de
Horus ne se trouvait jamais seul; il me semble ce^
pendant qu'il y a des exemples célèbres , même à
des époques beaucoup plus rapprochées de nous,
même sous cette XP dynastie dont il a été si souvent
question dans ces dernières pages. — « Le premier
« des princes fondateurs de la XP dynastie dont nous
« sachions le nom, Entef ^^ n'avait pas droit au car-
« touche : il était simplement noble {erpâ), sans plus
« de titres que les autres grandes familles égyptiennes.
« Son tils Montouhotpou I*", tout en prenant le cajv
« touche, n'est encore qu'un souverain partiel, chef
« des pays du sud, sous la suzeraineté des rois légi-»
« tiraes. Trois générations après lui , Entouf IV rompît
«le dernier vasselage et se fit appeler le Dieu bon,
«maître des deux pays 2.» ^^ Qui parie ainsi P
M. Maspero, Par conséquent on peut trouver, avec le
^ Revue critique d'histoire et de littérature» 1897, 8 février, n'^t
* Maspkro, Histoire ancienne des peuples de VOri<tnt, \* édition,
p. 91-95.
CULTE DES ROIS PREfflSTORIQUES D ABYDOS. 251
nom de Horus , le nom véritable porté parle prince et ,
de fait, les quatre premiers rois de la XI* dynastie,
sans compter le fondateur, qui a simplement le titre
d'erpà, ont le titre de Horus et leur nom est inscrit
dans le cartouche : ce sont Mentouhôtep I*' et trois
Antef ^ » Il me semble que ces paroles ne prouvent
pas que j'aie confondu quoi que ce soit, ni que je
me sois servi dun ouvrage de seconde main, et par
conséquent que je ne mç sois pas reporté aux docu-
ments originaux. Et cependant| je ne lavais pas fait,
et si M. Maspero le savait^ c est que je le lui avais
dit moi-même. Depuis 1 896 , je me suis procuré ces
documents originaux : nulle part il ny a mention
du Horou tapi dont a parié JVf. Maspero, et cette
mention y eût-elle été faite que, je dois le dire en
toute franchise, je n aurais pas abandonné mon opi-
nion. Tout d'abord, dans cette XP dynastie, je trouve
un prénom de roi, ceiui d'Antef-ââ, renfermé dans
le même cartouche aveo son nom d'épervier, et il est
surmonté du titre de roi du midi et du nord : + ^^
(?f \^V^â)"^^\'^^J' ^^ ^^ montre au moins
que ce nom pouvait entrer dans le cartouche au
même titre que le prénom du roi et être précédé de
^ ^ , titre impliquant la royauté sur toute TEgypte.
D'ailleurs ce nom d'épervier ne devait pas nécessai-
rement s'écrire dans le rectangle figurant son château;
on le trouve aussi écrit tout seul, comme ce devint
^ E. Amélineau, Les nouvelles fonilles d'Ahydos, Angers, Burdin,
p. 4..
252
MARS-AVRIL 1906.
une coutume sous les dynasties suivantes, Xll*,
XVIP, XVIIP, XIX^ etc. , dans les protocoles comme
dans les stèles royales. Si nous voulons remonter
plus haut, nous trouverons que, sous la VI* dy-
nastie, le nom du roi Pépi I*' est écrit :
ou simplement :
Il en est de même sous la VP dynastie, où le nom
de Ranouser est enfermé dans le même rectangle avec
son nom d epervier :
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 253
ce qui suffisait amplement à le différencier de ses
confrères, soit en cette vie, soit en l'autre ^ On com-
mence déjà à voir dans ces divers cas que la partie
importante du nom était, non pas le nom ou prénom
du roi , mais son nom d'épervier. Ce nom est d'abord
mis le premier et nous avons vu quon l'employait
tout seul; de plus, quand on commença de distin-
guer les divers noms du protocole royal, on donna
au prénom du roi la même forme à peu près qu'au
nom d'épervier : ainsi, à la XP dynastie, l'un des
Mentouhôtep , ayant pour nom d'épervier ^, a
pour prénom ^ ; l'avant-dernier des rois de ce
nom, qui avait pour nom d'épervier _#_, a pour
prénom ^|; le dernier, dont jusqu'à mes fouilles
d'Abydos on ignorait le prénom , a pour nom d'éper-
vier p ^ ^ et pour prénom ® P ^ |J.
Mais je n'en suis pas réduit à ces raisons par à
peu près, quoiqu'elles me semblent un reste de la
coutume primitive; je peux apporter à ma cause des
arguments probants. Lorsqu'on découvrit le nom de
Perabsen dans la stèle de Scheri , ce nom était écrit
dans le cartouche ( ^ f p ^--^ ; quand je le recueillis
à des centaines d'exemplaires , je ne le trouvai pas
une seule fois écrit dans un cartouche, mais toujours
dans le rectangle
tX
. Il est vrai que ce nom
^ Tous ces protocoles, ainsi que ceux qui précèdent, sont pris
du Kônigsbnch de Lepsius, pi. V-Xïl, et du Livre des rois publié
par MM. E. Rrugsch et Rouriant, p. 4-19.
254 MARS-AVRIL 1900.
n était pas donné comme un nom d'épervier^ mais
comme un nom de ^, laniniai typhonien; maïs
personne n a hésité à reconnaître un roi, D'aiiieurs
ii est qualifié de^ ^^^^ En outre le musée du Caire,
le musée Guimet, le musée de Bcaiin^ ie musée àt
Bruxelles et les musées d'Angleterre et d'Amérique ,
ayant eu part aux résultats des fouilles faîtes par
M. Pétrie, possèdent aussi k un grand nûnjbre
d'exemplaires le nom du roi Qa écrit simplement
V
.J ; mais à côté de ce premier nom qui semMe
n'être qu'un nom d'épervier, nous avons les titres de
^ift et de ^i;^ avec le nom ^^. c'estrà-dire : t
^^^ji» ce qui veut dire fort clairement : le
roi de la Haute et Basse Egypte, le VaUtOUf de la
Haute Egypte et iTJrœus de la Basse Egypte Qa^.
Dans le premier volume de mes Nvuvelle$ fouilles
d'Ahydos j'ai dû m'en tenir à un seul exemplaire, et
le musée Guimet possède les autres; M. Pétrie en a
publié dix exemplaires dont deux seulement con-
tiennent le nom d'épervier Qa^ et les huit autres
donnent invariablemeait les titres deTJfe j tv ^,.
Qa^ est donc bien le nom d'épervier, le nom de
vautour-uroBus et le nom de royauté du roi Qâ , il n'y
1 Fl. Pétrie, tlie royal tombs of ihe first dynasty, U, pi. XXD,
n» 190.
^ £. Amkliskau, Nouvelles fouilles d:Ahydùi, I, pi. VDI; —
H. Pbtrib, Tomhs of the first djnSLstp II, pL VIU. n°' 3, 6, eil,
pi. VIll, 1-3, 910, lî? , }/i ; pL IX, a, 3, 6, 7, 9, 10 et is.
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 255
a pa» à en douter, comme aussi Perabsen est le nom
d'animai typhonien et le nom de royauté du Pharaon
Perabsen pour lequel on n'a pas encore découvert
le titre de vautour-urœus. Il en était de même du
roi ou des rois Khâ^ekhemoui , suit qu'il y ait un
roi de ce nom, comme les autres égyptologues le
disent , soit que sous ce nom on désigne Set et Horus ,
comme je le crois toujours. Le fait est que le nom
de ce roi, ou de ces rois» ^•'f f ^ ®*^ surmonté des
deux symboles, Tépervier et Tanimal typhonien,
^ jy , et que dans d'autres exemples il est précédé
des titres de 4; ^ et de ^ ^ sans que le nom
change. La manière dont sont disposés les signes de
l'inscription est intéressante et digne d'être notée,
car à elle seule elle fournirait un argument en faveur
de la thèse que je soutiens . ^ Ife ^ j^ 48»"^ m.
-Jt-^; les deux éperviers indiquant que les deux
Sekhemoui sont des Dieux sont affrontés, de même
aussi le vautour et l'urœus et il est bien probable
que le roseau et l'abeille doivent Tétre de même. En
tout cas les Sekhemoui n ont qu'un seul qualificatif
pour noms d*épervîer et d*animal typhonien, de
vautour-urœus et de royauté sur l'Egypte entière.
Ce nom je le traduis ainsi : V apparition des deux
Sekhemoui cesse dans le tombeau; en mot à mot : Le
lever rayonnant des deux dieux SekhemoUi se couche
en lui (le tombeau) ^
^ Cette traduction me semble meilleure que celle <{ue j'avalB
d'abord donnée : ont apparu les devuB Dieux comhaUdnï avec les deux
256 MARS-AVRIL 1006.
Pour conclure ce paragraphe, je dirai donc que
pour certains rois d'Abydos, pour tous ceux dont
nous avons les trois noms d'épervier, de vautour-
urœus et de royauté, ces noms répondant à un
triple titre sont les mêmes pour chacun de ces titres,
c est-à-dire qu a ce triple titre ne répond qu*un seul
nom, le nom d'épervier. Je suis donc en droit
de tirer cette conclusion : primitivement les rois
d^Ëgypte n avaient qu*un nom. Quand on aura trouvé
des exemples montrant qu'à partir de la XII* dynastie ,
ou même de la I"*, un roi est désigné par son naai
depenner avec les titres de vautour -urœus et de
Souten-\et (ou Souten-Qab), alors ma conclusion
sera infirmée, mais alors seulement; jusque-là ccst
moi qui suis en possession, et je le serai sans doute
longtemps encore.
IV
Les conclusions qui précèdent sont de la plus
haute importance, car, si les Pharaons qui portaient
les noms que je viens de signaler n en avaient qu'un
tout d'abord, il est complètement impossible d'iden-
tifier ces rois avec lun quelconque des rois appar-
tenant aux dynasties historiques, et c'est là que la
crainte exprimée plus haut par M. Maspero : « ce
ause-tite Sekhem , repos ici, car il nV a qa*ane seule phrase. Les
mots 41^ et _!. sont consacrés à toutes les époques de rhîstoire
égyptienne pour exprimer le le\pr et le coucher an soleil an
on compare ici les clieu\ Sekhemoui.
CULTE DES KOlS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 257
qui nous rejetterait dans une antiquité très reculée »
est complètement justifiée. Ces noms nous indiquent
en effet une période touchant à une antiquité bien
plus reculée que ne pouvaient être la IP et même la
I"* des dynasties égyptiennes. Ainsi quand M. Pétrie
identifie le roi Qa avec Qebeh, le dernier roi de la
I"* dynastie selon la liste d'Abydos; quand il identifie
le roi Den avec Hesepti, le sixième roi.de la même
dynastie selon la même liste, le roi ^^ dont on ne
sait encore lire sûrement le nom, et qu'il dénomme
indûment Zer-ta, avec le roi Teta, le deuxième de la
I"* dynastie; quand il ne craint pas d'identifier les
deux Sekhemoui ou Khâ-Sekhemoui avec Djadja,
le dernier roi de la IP dynastie, etc., il s'arroge un
droit qu'il n'a pas, il va même contre toutes les
données scientifiques qu'il eût pu amasser à loisir,
s'il s'était donné la peine d'étudier les monuments
qu'il avait entre les mains. Les rois de la I** dynastie
n'ont rien à faire avec les rois antéhistoriques , quoi
qu'il en ait cru. Il est vrai que pour deux cas , pour
le roi qu'il appelle Den-Setoui et Azab-Merbapa , il
s'est appuyé sur des monuments qui semblent lui
donner raison tout d'abord. Le premier de ces mo-
numents est un bouchon avec un sceau de nature
tout à fait particulière. Il contient d'abord fépervier
A.
sur le rectangle
, puis le nom du roi Merbapa ;
^ }fe *çc ^ , et M. Pétrie en a conclu que c'est le même
roi qui a pour nom d'épervier Ad, , , (je lirais vo-
17
turaiariiK «m
258 MARS-AVRIL 190IL
iontîers Ad-arep) et pour nom de royauté Merbapa
ou Merbapen, comme dit la table d*AbydoB. Fort
heureusement il est une autre explication, à savoir
que le roi Merbapa fit des offrandes au tombeau du
roi Adarep. Cette explication que j u déjà donnée *
est corroborée par ce fait : dans d autres monuments
du même genre, le nom du donateur est écrit der-
rière le nom du Pbaraon, puis le nom du Pharac»
et le nom du donateur, ainsi de suite ^ Pour le
roi Den
H
, le nom du dédicateur de la planchette
dlvoire est un fonctionnaire pour la Basse Egypte,
Hemaka. Le nom du roi Merbapa est donc d'après
les monuments ie donateur des offrandes» et il en
avait donné en si grande quantité qu'on lui avait
résen é des chambres entières. Si réeUement il avait
été le même que ie roi Adarep ou Azab, conune Ton
voudra, comment aurais-je pu trouver le nom de ce
roi sur un \ ase en schiste ardoisier au fond de f uAe
des nombreuses chambres du tombeau des Khâ-
Sekhemoui ', que M. Pétrie place d'office à la fin de
la II* dynastie? Poser ainsi la question, c'est la ré-
soudre, car enfin il n'est pas naturel qu'un roi ayant
\ écu environ deux ou trois cents ans avant un autre
^ E. Amélineau, Les nouvelles fouilles dAhyâos, III-IV, 1897-
i>>r)8, 2* partie, p. 692.
' Fi. PiTAB, TAr raya/ iowïbi ofthefirst éyMtiy. 1, pL XXfll,
n" 39.
' £. ÀMKLiTiEAU, Les nouvelles JottilUs d^Afydos, i8Q0*lf97«
p. i7i.Ce«l au fond de la rhambre 87 que je fai trouvé,
que j<* Tai Dob^
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 35Q
roi ait pu lui faire des offrandes. La même réponse
suffira pour ruiner l'identification du roi Semenptah ,
le septième de la I'* dynastie avec le roi que M. Pétrie
lit Mersekha , au lieu d avouer tout simplement qu il
ne sait pas le lire.
Jusqu'ici les divers savants qui ont traité la question
des rois d'Abydos n'ont pas voulu tenir compte du
culte des ancêtres qui joua cependant un si grand
rôle en Egypte; il faudra cependant bien en arriver
tôt ou tard à en avoir souci. J'ai eu la chance de
trouver dans mes fouilles de la seconde amiée les
noms des rois qui sont inscrits sur l'épaule d'une
statue du musée du Caire, laquelle portait le n° i
au musée de Gizeh; M. Pétrie les a retrouvés après
moi^. La statue passe pour avoir été trouvée à
Memphis^ et rien ne l'infirme. Au cours de l'année
j 90a , M. Maspero fit exécuter des fouilles autour de
la pyramide d'Ounas , et sous les tombes au niveau
de cette pyramide on en trouva d'autres antérieures ,
et dans ces tombes des vases bouchés et scellés au
nom des deux rois Hotep-Sekhemoui et Ra-neb,
précisément deux des noms inscrits sur la statue n° 1
du Caire. Et pour l'un des deux rois dont le nom
d'épervier est bien Hotep-Sekhemoui, le nom de
royauté et de vautour-urœus est donné, et ce nom
c'est le même que le nom d'épervier, abrégé en _i-
^ E. Amblinsau, Les nouvelles foailles d'Abjdos, 1896-1897,
pi. XXJ, n*" 6 et 7; — FL Pkthib, The royal tombs of thefirst
dynasiy, II, pi. VIU, n"* i, 8, 19.
^ Catalocfue du musée de Gizeh , n° i .
260 MARS-AVRIL 1906.
au lieu de FI, et M. Maspero lui-même l'admet^.
Or, je le demande , comment se fait-il que les noms
de ces rois aient pu être trouvés à la fois à Abydos
d abord et ensuite à Memphis? Les tombeaux de ces
rois ne pouvaient pas être à la fois à Memphis et à
Abydos. Et si j'ai trouvé les noms de ces rois dans le
tombeau de Set et Horus ou des deux Sekhemoui,
c'est qu'apparemment ils avaient fait des offrandes
aux Sekhemoui ou au roi Khà-Sekhemoui. Je n'ai
pas besoin d'insister sur la nouvelle confirmation que
la découverte de M. Maspero apporte à ma thèse.
Enfin les monuments d' Abydos nous renseignent
explicitement sur l'époque à laquelle nous devons
placer ces rois qui sont tout à coup montés au jour.
Pour le roi Qa en particulier, on accole à son nom
la mention qu'il était un j\^. Le signe que je lis j
est ainsi fait ^ , ce qui à première vue semblerait
donner une autre lecture; mais quand, sur la même
planche du premier volume de M. Pétrie sur les
tombes royales de la F* dynastie, où il se trouve au
n** 29, on le rapproche d'un passage tout à fait
parallèle où il est fait j et est accolé au même signe
1||j^, il me semble impossible de ne pas reconnaître
exactement le même signe ^ V- 2, car tous les deux sont
suivis du même traîneau. Les tablettes sur lesquelles
^ Bulletin de l'Institut Égyptien, avril 1902, p. io5-ii6. —
tTun Hotpou-Sakhmoui abrégé en Hotpou», p. 110.
* Ces signes se trouvent sur deux tablettes en ivoire dont Tune
est dédiée à lepervier Qa (le n" 29), et l'autre (le n" a6), Test à
un roi dont j*ignore le nom.
COLTK DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 261
ces signes se trouvent sont dune explication fort
difficile; rien nen a été tiré jusqu'à présent et leur
intelligence demandera encore beaucoup de temps
et de patientes recherches; mais il me semble indu^
bitable qu'elles commencent toutes les deux par
j^. M. Pétrie, à propos de la seconde, a conclu,
de la présence des signes ^ ^ * ^H affrontés à
Tépervier Qa , que le roi Qa avait poiu* nom de royauté
Sert; s'il avait fait attention aux autres tablettes que
lui-même a publiées , il aurait vu que les signes 7
y sont remplacés par d'autres sans que le nom du roi
Qa change, et que, par conséquent il n'y a nulle
sûreté à nommer Qa-sen , comme il l'a fait , le Pha-
raon Qa^ La seule conclusion qu'il soit licite de
tirer de ces deux documents , c'est que le roi Qa était
un j\^. Nous retrouvons ainsi tout à coup sur des
monuments authentiques, ajant appartenu à des
rois qui ont réellement régné, l'appellation qualifi-
cative de Schesou Hor que le papyrus de Turin et
d'autres monuments donnent aux dynasties ayant
précédé Menés et que Manéthon appelait les Mânes,
N/xye?. « Des personnages humains plus anciens que
Menés sont cités dans le fragment du papyrus de
Turin qui résume ces temps divins. Leur nom se lit
\^ i 1 P ^ ^ âl • HorSesu. Je le trouve également
clans une inscription de Toutmès P' comme le terme
^ FL Pétrie, The royal tombs ofthefirst dynastyA, pK XII, n"' 1
et2,et pî.XVIl, n*»' 26eta7îet II, pi. VIII, n** 3, et pi. XII, n" 6.
202 MARS-AVRIL 1006.
de la plus haute antiquité connue : ^ ^ JP ^ -^ J*« »
Ces paroles du grand restaurateur des études ^;ypto*
logiques, Ë. de Rougé^ me tiendront lieu de conclu-
sion; la seule différence qu'il y ait entre les textes
des documents archaïques et ceux que cite Ë. de
Rougé, cest qua 1 époque où les premiers furent
sculptés dans ilvoire Técriture ne faisait que naître,
tandis qu a Tépoque de la XIX* ou XX' dynastie et à
celle où fut gravée la stèle de Tombos sous Tothmès 1*,
récriture était stéréotypée et la loi de majesté régis-
sait le groupe \^ j ] P ^ v^ j .
Il me faut revenir à présent aux inscriptions des
Denkmàler qui font le sujet de ce mémoire, car il
reste encore deux points qui doivent être expliqués.
Le premier a trait au signe ^ qui se trouve placé
soit avant, soit après le signe 1||j^, ^ 1||j^ ou j^Y ^®
signe est très embarrassant, parce qu'il est très rare,
n existant que dans les endroits cités et dans les textes
des Pyramides. H semble tout d abord quon doive
le rapprocher du signe fort connu \ et que ce n en
est quune variante épigraphique ; mais si Ton veut
appliquer les sons reconnus à ce signe, soit qu'on le
lise -^-"^ï "^^^^ ^^ !œ' ^^ s aperçoit bien vite
qu aucun sens ne peut s'appliquer à i'épervier avant
ou après lequel il est placé. Si l'on se tourne vers les
^ K. De RoUGB, Mémoire sur leê monuments qu'on pêUt atùibuer
(iu,T six premières dynusties, p. 12, note 1.
CULTE DES ROIS PRÉfflSTORIQUES D'ABYiX)S. 365
mots dans lesquels entre ce signe "j, soit comme
syliabique^ soit comme détefminatif» on voit qu'il
entre dans un mot A \ i qui est sans doute le métne
que le nom du roi Qa , que je lis Qa pour en donner
une lecture, car il se peut très bien que le signe ««-^
doive se lire autrement, par exemple comwie un
idéogramme. Ce mot ^"j se retrouve dans les textes
des Pyramides et M. Maspero la traduit par lancer,
ce qui pourrait très bien s'appliquer au Dieu Hôrui* ,
s'il s'agissait du Dieu Horus; mais il ne s'agit pas
de lui, puisque dans deux autres cas îl s'agît d'un
roi Sekhem et d'un roi Kheper, comme le montre
péremptoirement l'expression ïh le château (ici le
tombeau) de fépervier Kheper. Dft même, le mot
nègre s'écrit ) p \\ quelquefois , et oe serait si favorable
à une opinion qui m'est chère, à savoir que les
Kgyptiens sont venus de l'intérieur de l'Afrique, que
ce serait trop beau dt peu vraisemblable : je la laisse
donc de côté. Les textes des Pyramides contiennent
aussi fréquemment un mot ^ ^ ayant pour déter-
minatif le signe qui m'occupe; M. Maspero a rendu
oe mot par séparer, oe qui ne me paraît pas non plus
expliquer ce signe dans ^ ^. Il reste une autre expli*
cation qui n'a aucune chance d*êtré admise, c'est que
le signe ^ serait le même que ] , sans la partie mé-
diane : le scribe n'aurait pas pu lire le signe hléra*
' Cette idée m'a été suggérée par M. Lefébure dans une iettre,
fiinsi que pour le mot ] H \\ .
264 MARS-AVRIL 1005.
tique archaïque et l'aurait transcrit par ^, ce qui
donnerait exactrrment le J ^ et ce qui exj^queraît
la place du signe soit avant, soit après le nom de
Tépervier, selon lemploi ou le rejet de la loi de ma-
jesté. Je suis donc obligé de laisser ce signe sans
explication plausible, et j*espère que fun de mes
collègues sera plus heureux que moi.
Il reste encore à expliquer, non plus un signe,
mais un groupe tout entier qui se trouve souvent à
toutes les époques de lliistoire de TÉgypte, depuis
Tépoque antéhistorique d*Âbydos jusqu'aux temps
ptolémaïques ou romains. Cest le groupe j[ ^. On
en a donné déjà plusieurs explications qui, toutes,
sont différentes les unes des autres; je ne citerai ici
que celle de M. Erman qui traduit ce titre par le pre-
mier sous le roi, cest-à<dire le premier personnage
de rÉgypte après le roi, le plus grand des offiders
civils, militaires et religieux ^ M. Maspero, dans son
étude sur la Carrière administrative de deux grands
fonctionnaires égyptiens, traduit ce titre par le pre-
mier de la chambre royale, mais il explique ensuite
que le sens attribué par M. Erman à cette expression
peut .«•e soutenir et qu il ne donne son interprétation
qu a titre de conjecture ^. M. Erman regarde comme
le mot le plus important de cette expression le mot
#, tep, et range ces mots dans Tordre suivant #/D 4^;
je me permettrai de les ranger dans un ordre on
peu différent et de les lire comme il suit : /n#4^,
' ERMA5, JEgypten nnd AUgyptischet Lehen, I, p. \^k*
^ Maspero, op. rit,, p. a 66, dans U^s Etudet égypiiennês, 9* vol*
OULTE DES ROIS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 265
cest-à-dire : avec la tête royale, ou sous la tête royale,
et d y reconnaître celui qui était chargé de porter la
tête da roi dans les cérémonies publiques primitives.
Je ne prétends pas que ce sens soit a priori plus
juste que celui admis par mes devanciers, mais je
demande à exposer les raisons qui me semblent mi-
liter en faveur de cette interprétation, après avoir
averti qu'elle ne m'est pas uniquement personnelle,
car M. Lefébure y est arrivé de son côté dans des
études parallèles et m'a donné toute permission de
faire connaître cette manière de voir *. Je me bornerai
toutefois à signaler les arguments que je trouve
probants, laissant à M. Lefébure le soin d'exposer
tout au long , car ils sont nombreux , les textes et les
représentations qui l'ont amené à cette interpréta-
tion, ainsi que ses arguments personnels, que je ne
connais pas.
Quiconque a étudié tant soit peu les détails du
culte égyptien aura observé que fort souvent dans les
temples égyptiens le double du roi est précédé d'une
longue hampe au sommet de laquelle se trouve le
buste du roi. Hampe et buste sont tenus par des
mains sortant du rectangle qui contient le nom
d'épervier du roi ainsi désigné et derrière lequel se
trouve la conjuration magique assurant au roi que
iejlaide de vie ne s'éteindra pas en lui. Au-dessus du
buste se lit cette légende • iUf fflfiActl' ^'^^^'^
dire : le ka (double) royal vivant dans la caisse. Le
* Dans une leUre datée du 26 décembre igoS.
206 MARS- AVRIL 1000.
mot ^ ^ est très connu : c est odui qu*on emploie
pour désigner les coffres, les sarcophages dans les-
quels on dépose les corps des défunts; il est alon
déterminé par le signe tsjcpii est le tombeau même. Ce
sarcophage était probablement fait en bois de larbre
nommé '^*-J\^^V^' '^^ ^® dernier sens ne peut
rappliquer, mais celui de coffre, de cAosse s*aj^ique
meneilleusement, châsse pour envelopper le crine«
et elle avait sans doute la forme d*un busie comme
le montre la représentation. Où était placée cette
châsse? Un autre texte nous 1 apprend, car sur une
représentation analogue également du temps du roi
Thotmès II. on lit : i^f V^fllfi-Â J-^Jl-
^. C est-à-dire : le double royal vivant du maître des
terres dans la châsse dans la DdU Ce mot ^^ a un
double sens : il signifie ce qu'on nonune ordinaire-
ment très mal à propos ï hémisphère it^érieur, ou
Tenfer, puis il sert aussi à nommer une partie ^pédale
(le la demeure royale dont le temple nétait quun
exemplaire plus riche destiné aux rois s'étant acquittés
de la vie terrestre après avoir rendu de très grands
services à 1 Kg^-pte , comme je fai déjà démontré ^.
Si l'on veut remonter à lorigine de cette coutume,
il faut la prendre matériellement et dire que primi-
tivement cétait le crâne du roi que Ton conservait
dans cette châsse , tout comme Ton consen-ait le crâne
(fOsiris dans une châsse quelque peu difi^érente,
mais dont la forme et la d*^stination avaient beaucoup
- K. AiiELi^EAi'. Histoire g^n'-rnh de la sépalturt ei des fmmê-
vdlU* en E'jvpte, I. p. 37 et *ui*.
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 267
d'analogie avec remblèmequi nous occupe. En effet,
si Ton prend les textes qui semblent les plus anciens
queTEgypte nous ait conservés, on voit, par exemple
dans le sarcophage de Hor-hotep, lequel date de la
XP dynastie mais qui nous a conservé des textes que
Ion retrouve dans les Pyramides , qu il y est fait men-
tion d un chapitre singulier : « Chapitre pour que ne
lui soit point arrachée la tête de quelqu'un ^ » On y
lit à deux reprises différentes : « Je suis le Grand, fds
du Feu , celui à qui Von rend sa tête après l'avoir coupée;
qu'on enlève sa tête à qui on Ta coupée (sans) qu'on
m'enlève ma tête après l'avoir' tranchée » ^ ^ J^
^0^ JP^,;^^^^. Ces paroles nous mettent évidem-
' U teite imprimé porte ^'i^^l^Z-lia^C!' """'*
tout le chapitre ne parle que de la tête Jîi. D*où il me semble im-
possible que le texte eût •#• , à moins d*une faute. — Mémoires de la
mission archéologique française du Caire, I, fasc. ii, Trois années
de fouilles, par M. Maspero, p. iSg.
* Mémoires de la mission archéologique française du Caire, l,
fasc. Il, p. 169, 1. 367-368, 370-371.
268 MARS-AVRIL 1906.
ment en face d une époque à laquelle on divisait les
corps en morceaux, comme Set découpa le corps
d'Osiris. Ce quil y a d'intéressant, cest que cette
coutume s'est probablement conservée jusqua
l'époque où l'Egypte était habitée, car dans leurs
fouilles de Neggadeh et de Ballas, MM. Pétrie et
Quibell l'ont trouvée encore existante et le crâne
était mis à part sur une brique^; mais à l'époque
des rois d'Abydos cette coutume avait disparu, car,
dans tous les tombeaux où j'ai trouvé des squelettes,
et il y en avait dans presque tous, ces squelettes
étaient encore enfermés dans des cercueils en bois
de cèdre, ou l'avaient été, puisque, le cercueil ayant
disparu pour une cause ou pour une autre, on voyait
encore les traces qu'il avait laissées sur les murs près
desquels il se trouvait, traces fort apparentes qui
m'ont maintes fois permis de mesurer la longueur,
la largeur et la hauteur du cercueil. Je dois cepen-
dant dire que l'un des deux squelettes trouvés dans la
tombe de Set et de Horus, ou des Khâ-Sekhemoui
avait les os dispersés et que le crâne était absent.
Ce qu'il y a de plus intéressant encore c'est que
dans le premier tiers du xix* siècle la coutume existait
toujours en Afrique , car, dans la relation de leur aven-
tureux voyage dans la boucle du Niger, les frères
Lànder, gens très simples, mais très curieux et ayant
eu de fort bons yeux , ce qui est important quand on
veut voir, racontent au sujet d'un certain Adouly,
^ FI. Pétrie, Nœgada and Ballas, p. 19- 3 5, Si.
CULTE DES ROIS PREHISTORIQUES D'ABYDOS. 269
roi de Badagny, que « craignant les suites de ses
revers , Adouiy , qui avait tendrement aimé son père
et qui en chérissait ia mémoire autant que sa propre
vie, mû dun sentiment filial qui n est pas rare parmi
les sauvages , déterra la tête du vieux roi et l'emporta
avec lui dans sa fuite , afin qu il ne pût lui être fait
aucune insulte pendant son absence. Le corps du
chef avait été envoyé à Bénin , comme ceux de ses
ancêtres, pour orner avec les ossements le temple
sacré de ce lieu, c'est im ancien usage, religieuse-
ment observé par les naturels de Lagos ^ » 11 n y a
donc pas moyen de douter que, depuis des temps
immémoriaux jusqu'au xix* siècle, la coutume de sé-
parer la tête du reste du cadavre s'est maintenue en
Afrique; nous ne pouvons donc guère nous étonner
de la retrouver en Egypte sous une forme mitigée et
de voir que la tête du roi d'Egypte était une aorte de
palladium pour les temples, tout comme les osse-
ments des rois du Lagos étaient conservés pour l'or-
nement des temples de Bénin : c'est la même idée
(|ui a traversé les siècles.
Je dois encore ajouter ici une particularité qui
fera mieux ressortir ce que j'avance. Il s'est rencontré
dans les constructions faites par les rois de la
XVIIP dynastie au cours de leurs conquêtes en
Nubie, que certains rois de cette dynastie rebâtirent
des temples primitivement construits par des Pha-
^ Richard et John Lander, Journal d'une expédition entreprise
dans le but d'explorer le cours et l'embouchure du Niger, II, p. io4-
io5, trad. française.
270 MARS-AVRIL 1906.
raons de la XIP : ce fut en particulier le cas pour
Thotmès III qui reconstruisit à Semneh le temple
bâti tout d abord par Ousortesen III. Or, il se ren-
contre que le doahle du roi Thoutmès III est repré-
senté dans ce temple ^ pendant que le roi lui-même
est représenté casqué, armé du bâton et du casse-
tétc , d au milieu des doubles de tous les vivants comme
RaétemeHement:^wp|}tJtJfH>iri®2
^; et sur la même paroi Est (partie extérieure), assis
sous un édicule en forme de dais est le roi Ousor-
tesen III lui-même, ayant en arrière son doahle et
derrière le double le nom d'épervier renfermé dans
un rectangle et porté sur la tête du roi qui tient à la
main la hampe au sommet de laquelle est le buste
d un roi , c est-à-dire la châsse dans laquelle est l'en-
fermé ou censé renfermé le crâne d'Ousortesen III.
Ce buste est surmonté de Tinscription suivante : ^i^
^OrDÂnO^-n^l® ^^^^^ ^y^ vivant dans
la châsse dans la Daït^.
Pour en finir avec Thistoire de ce doahle, c'est
ainsi que Ramsès III est représenté à Medinet-Habou
ayant la même inscription au-dessus du buste; quà
1 époque ptolémaïque Philippe Arrhidée, Ptolé-
mée XII Dionysos sont représentés de la sorte; de
même aussi César, Auguste, Tibère, Caiigula et
Vespasien pour ne citer que ceux-là'. La légende
qui accompagne la représentation de la ohâsse est
^ LtPsius, Denkmàler, III, Abth. pi. 5i.
^ Ihùl. IV, pi. 3, 5i, 52, 53, 54, 69, 70, 74. 76 et Si.
CULTE DES ROIS PRÉHISTORIQUES D'ABYDOS. 271
toujours la même, elle ne présente pour les derniers
empereurs romains que des changements peu im-
portants. La fonction de + ^ , que nous retrouvons
en Egypte sous les Romains, avant Imvasion du
Christianisme, existait dès les plus anciens temps,
dès le temps des tombes d'Abydos , car le roi Sekhem-
ab, dont le nom a été retrouvé dans le tombeau
de Perabsen , avait un ^^ ^ ^| ,J]^ , et il y en avait
probablement aussi un autre sous le règne des
Sekhemoui ou de Khâ-Sekhemoui ^.
Elst'Ce à dire que je préconise la croyance d après
laquelle les crânes des rois que j ai cités auraient été
conservés dans une châsse placée dans les temples
égyptiens? Nullement, et il serait trop facile de me
convaincre de folie. On a retrouvé la momie de
Ramsès III et elle n était point acéphale; de même
les empereurs romains n ont pas légué, que je sache,
leurs crânes pour être enchâssés dans les temples
égyptiens. Mais la coutume primitive s'était modifiée
à travers les siècles; de matérielle elle était devenue
symbolique, et Ton portait toujours dans les pro-
cessions religieuses les doubles des rois, comme on
avait porté jadis les crânes des ancêtres. Il existe
une bonne preuve de ces porte-crânes dsius la stèle
C. i5 du Louvre où non seulement Ton voit porté
sur une barque le chef d'Osiris, mais encore trois
autres têtes au sommet des hampes, au milieu
des autres enseignes portées dans la cérémonie,
' FI. Pétrie, The royal toinbs of the first dynasty» II, pi. XXI,
n" i65,elpl. XXIII, n** 169. *
272 MARS-AVRIL 1906.
et 1 une de ces dernières têtes a exactement la forme
d un buste , c'est-à-dire d'une châsse k forme de buste^
Cette charge eut de nombreux titulaires , car sous
la V* et la VP dynastie on trouve au moins 26 de ces
titulaires rien que dans Touvrage de Mariette sur les
Mastabas et dans les Denkmàler de Lepsius, sans
compter ceux que nous ignorons. Elle existait dès les
temps antéhîstorîques et c'est en ces temps-là surtout
qu'on doit prendre f expression j[^ au pied de la
lettre; elle se modifia sans doute, peut-être dès l'An-
cien Empire, probablement sous le Moyen Empire,
certainement sous le Nouvel Empire, mais elle dura
tout l'empire égyptien.
Je crois avoir expliqué maintenant tout ce qui
faisait le sujet de ce mémoire et avoir montré que le
nom d'un roi d'Abydos se retrouvait sous l'Ancien
Empire, avec deux autres noms de Pharaons ignorés
jusqu'à présent, mais indiscutables, et dont l'un,
Kheper, avait un fonctionnaire remplissant la charge
si curieuse de porte-chef dans les cérémonies pu-
bliques après sa mort.
Ghâteaudun, 31 mars 1906.
1 Gayet, Stèles de la XIV dynaslie, a* fasc pi. LIV.
LETTRE INÉDITE DE J.-B. TAVERNIER. 273
UNE LETTRE INÉDITE
DU VOYAGEUR J.-B. TAVERNIER
(1664),
PUBLIÉE ET COMMENTÉE
PAR LE D* E.-T. IIAMT,
MEMBRE DE L*IIISTITUT.
Les lettres autographes du grand voyageur en
Orient, Jean-Baptiste Tavernier, sont extrêmement
rares, quoiqu'il ait prolongé sa longue existence
jusqu'à lage de quatre-vingt-quatre ans, et son l)is-
torien, M. Charles Joret, n'en a pu donner aucune
dans le gros volume qu'il lui a consacré en 1886 ^
Plus heureux que ce savant confrère, M. le vicomte
de Grouchy a découvert et copié dans la célèbre
collection de feu M. Brenot, aujourd'hui dispersée,
la lettre fort intéressante qu'on va lire et qui fut
écrite par Tavernier, pendant son séjour à Smyme
en 1 664 , au premier président Lamoignon, son pro-
tecteur.
^ Ch, JoRËT, Jean-Baptiste Tavernier, écuyer, baron d'Aubonnc,
chambellan du Grand Electeur, Paris, Pion, 1886, 1 vol. in-S* de
\-4i3 p. — - On trouve seulement dan» ce volume, en tête de^
pièces justiGcatives , deux lettres originales écrites aux Saumaise
par Melchior Tavernier, le frère aîné de Jean'Bapti3te.
VII. 1 8
lii»aiMr.aiK «atiosalc.
il\ MARS.AVAIL 1006.
Tavernier était alors engagé dans son sixième
voyage en Orient. H y avait trente-six ans déjà qu'il
parcourait le inonde, et il avait successivement visité
la Turquie et la Perse, l'empire Mogol et le royaume
de Golconde , Java , le Cap , etc. Il avait pris femme en
1 662 et, dès Tannée suivante, il se mettait encore une
fois en route, à l'âge de cinquante-huit ans, pour la
longue exploration de cinq années qui devait ouvrir au
commerce national la route de la Perae et de l'Inde ^.
Parti de Paris, le îiy novembre i663, avec son
neveu Pierre, enfant de treize ans, un chirurgien,
huit serNiteurs de diverses professions, orfèvre, hor-
loger, etc., et une magnifique cai^îson, fl s'embar-
quait à Marseille le 10 janvier 166&, et» après un
certain nombre d ^incidents de toute nature, il entrait
le a ^ avril suivant dans le port de Smyme.
Tavernier resta à Smyme soixant&<iil jours ^;
que fit-il pendant ce long espace de temps» se
demande M. Joret P Tavernier ne nous le dit point; h
seul renseignement qu'il donne, c'est qu'il alla loger
chez un Français , dont l'hôtel se trouvait au haut de la
rue des Francs «ainsi nommée, parce que tonales
Francs, c est4-dire les Européens y demeuroîent *• B
parie aussi dun « furieux tremblement de terre qui -se
fit si bien sentir » que son jeune neveu « tomba de son
^ Les six voyages de M, JeeM-Bapiitte Tavernier, £ci^er. haron
(TAnboHue, tn Turqaie, en Ptrtê et amx Indes, etc. NauY. édil..
Rouen, 1713, in-ia ,T. I.,p.348 et suiv. — Cf. Gk. Joret« op. cit.,
p. i64. 109.
^ Id., ihid,, p. 169.
LETTRE INÉDITE DE J.-B. TAVERNIER. 275
lit » et qu'il s'en fallut peu qu'il en fît autant lui-
même »^ Encore cet événement est- il postérieur
à la date de la lettre à Lamoignon que Ton va lire
et qui n'y fait aucune allusion !
Le voyageur a rassemblé, par contre, toutes les
nouvelles vraies ou fausses qu'apportaient à Smyrne
les navires et les caravanes, depuis les crimes
attribués à Si-Daracha, le prince Mogol qu'il nomme
Cicfarîas Jusqu'aux désertions qui affaiblissent l'armée
turque de Belgrade^; depuis le rassemblement de
la flotte des Vénitiens à Milo ^ jusqu'à la campagne
entreprise par le Shah de Perse contre les Uzbegs,
ses turbulents voisins*. Le reste est une suite de
turqueries qui courent depuis longtemps dans les
écrits relatifs à l'Orient ', mais qui n'en semblent pas
moins intéressants pour cela à Lamoignon et à son
entourage.
Un mois plus tard , le lundi 9 juin , Tavernier quit-
tera Smyrne avec une caravane de six cents chameaux
et d'autant de gens à cheval, s'enfonçant dans Tinté-
rieur pour gagner Erivan, Tauris , Ispahan et Delhi.
' Les six voyages, etc., éd. cit., p. 363.
2 Cf. Gaz,, i66à , p. 723-724.
' On peut saivre toute cette campagne des Vénitiens dans les
numéros extraordinaires de la Gazette^ contenant l^, lettres d' Un
Gentilhomme de la République (n° 88, etc.).
^ Cf. Lettre de Lalain à De Lionne du 1 8 mars 1 665 , ap. Estai
de la Perse en i660 , par le P. Haphaèl du Mans, éd. Ch. Schefer,
Paris, 1890, în-8", p. 307.
*. Cf. De la Répabliifue des Turcs et, là oà F occasion s offrira, de
meurs et loy de tous Muiiamédistes» Poitiers, Ë. de Marnef, i56o,
in-4°, p. 2 , 17, etc. , de la tierce partie.
276 MARS-AVRIL 1906,
Voici sa lettre à Lamoignon :
Monseigneur,
Je croy que vous agréerez que je vous rende compte de
ce que je déjà fait de mon voyage et qu aurez la bonté de me
donner un quart d'heure de vostre loisir pour voir ce que
je vous en escris. Le jeudi , sur le soir, ad' avril , nous somme
arivés en sette ville , ajf anl demeuré en mère depuis Livoume
jusque hissy, sans toucher aucune terre. Ma femme * aura
l'honneur de vous présenter la relation des routes que nous
avons faites jour par jour. Je vous dire , Monseigneur, pour
nouvelles, on connoist icy à la mine des Turcs que leurs
affaires vont mal avec TEmpereur, car ils ne sont pas si in-
solents que de coutume; tous les jours, le grand vizir envoie
Courier sur Courier, au grand Seigneur qui est à Adrînople,
pour avoir des troupes et voudroit qu il vînt lui mesme à
Belgrade afin de tenir en bride les soldatz qui tous les jours
se débandent*. On doute fort s'il se pourra résoudre à ce
voyage , car il n'a point d'argent et dans Constantinople et
plusieurs autre ville de son empire , on euse de grande tirannie
envers le peuple , aussi bien envers les Turcs que les crestiens ,
^ Madeleine Goisse, fille de Jean Goisse, joaillier, et d'Elitaheth
Pitton «Jean Goisse, dit M. Ch. Joret, était parent par la femme
du frère de Jean-Baptiste Tavernier, Mdchior, lequel avait épousé
une demoiselle Pitton; il devait donc évidemment être connu du
célèbre voyageur; d'ailleurs celui-ci qui, dans ses courses en Orient,
s'était, d'une manière toute spéciale, occupé du commerce des
pierres précieuses . . . devait avoir eu des relations avec plus d*un
joaillier. . . > [op, cit.t p. 161-162).
* • Sa Hautesse , écrit à la Gazette le Genùlhonune de la BéfM'
blûfue, (n** 88 , p. 734 ) a esté long temps en disposition de se rendre
à Bellegrade, pour inspirer par sa présence plus de vigœar et de
courage à ses Troupes : et mesme on y avoit déjà préparé le serrail,
tant pour Elle que pour ses Femmes. Mais depuis Elle a changé
de résolution , à cause de différentes Factions tant a Constantinople
qu'ailleurs auxquelles sa cruauté a donné lieu, t
LETTRE INÉDITE DE J.-B. TAVERNIER. 277
mes pour tout cela , ils n*ont trouvé gaire. Néantmolns , s*il faut
qu'il mène une armée à Belgrade ; il faut qu'il trouve g
à lO millions devant que de sortir d'Adrinople, car c'est
la coutume que quand le Seigneur sort d'une ville où il y a
un siège Impérial pour aller den une où il ny en a point, il
doit payer, devant que de partir, à chaque cavalier cinquante
mil aspres qui font cinquante piastres et à chaque fantassin ,
trois mil, qui font trente piastres. Et pour son honneur, il
ne peut aller trouver son grand vizir qu'il n*ayt pour le moins
70 à 80 mil hommes. C'est pourquoy que depuis quelque
tems, les grans seigneurs, quand ils sortent de G)nstan-
tinople, ne vont qu'à Adrinople, à Burse, Monasir^ ou
Smyrne , où il y a serrail qui est la marque du siège Impé-
rial. Tous les gens de gaire* avois ordre sous paine de la
vie de se trouver, pour le i5 d'avril au rendez vous, mes la
plus grande partie s'en sont fuys aus montagnes , et ne veule
point s'y trouver ce cpii a tellement irrité le grand Seigneur
qu'il a anvoié plusieurs commissaires d'un costé et d'autre.
Et autant qu'ils en peuvent atraper, il les font mourir, c'est
ce qui fait qu'à prësant on voit peu de canaille den les villes.
11 n'y a que une heure qu [est arrivé] un vaisseau venant
de Sisille^ [qui] a touché dan l'île de Milo, où il a veu
l'armée vénisienne , composée de six galéasses et vingt cinq
galères dans le port, où elle attend son général avec un
renfort. Tous leurs soldats sont françois , savoyards et alle-
ments. Mais eux et leurs chiourmes sont fort mal nourris,
le biscuit est si noir qu'il parroît de la terre , cela fait que
ces pauvres gens semble des desterrés*.
Nous avons nouvelles touttes récente de Perse que les
Usbecqs * ayant depuis longtems fort incommodé le Roy de
^ Andrinople , Brousse , M onastir.
• Guerre.
' Sicile.
^ Voir les correspondances déjà citf^es , envoyées de Venise à la
Gazette,
^ llzbeg ou Euzbeg , peuple turc , qui constitue encore aujourd'hui
278 MARS-AVRIL 1906.
Perse en luy enlevant souvent son peuple, il s'est résolu
d*y aller eiî personne , mes ce cpii a beaucoup contribué à
lui faire entreprendre ce voyage c'est cpie les Molla de là
cour, qui y sont les astrologues , avcnent prédit qu'il arriveroit
bientôt une grande mortalité en Hispaham. Mes par la grâce
de Dieu, le tems est passé, sen que Ton s'en aye aperçu. Des
Indes, la caravane qui est venue depuis peu, nous aprins
que le grand mogol , qui est Gdarius *, tient tousiours son
père en prison , et pour vivre en repos, ne c'est pas contenté
de faire couper la teste à tous ces frères, il a aussi fait mou-
rir sa sœur qui estoit le Dieu du père, car s'estoit sa fille et
sa femme , à ce ion dit : il est vray que du tems qu'il régoit
elle commandoit tout.
Monseigneur,
Vostre très humble et très obéissant serviteur
J. Tavernier.
De Smyme, ce lo may 1664.
Monseigneur, depuis ma lettre escritte, il est venu une
mauvaise nouvelle pour les pauvres chrestiens du pays , tant
grecs que arméniens, qu'un bâcha doit venir pour enlever
le fond de la population pastorale de la Bouiharie , du Ferghanab
et du Turkestan afghan.
«Je ne manquerai pas de vous informer, écrit De Lalain à
De Lionne, de ce que j'aurai appris qui se sera passé entre les
Persiens et les Uzsbegs; mais l'opinion commune n*est pas qu'il se
doive répandre beaucoup de sang dans cette guerre, la coutume
de ces derniers n'étant que de faire des courses, quand ib le
peuvent avec avantage et non pas de se mettre en campagne quand
ils ravent qu'on les cherche ou qu'on les attend.» (Estât de la
Perse, etc., éd. cit. , p. 307.)
* Si-l)aracha, fils aîné de Chah Gehan-Guir. C'étaient de faux
bruits dont se faisait ainsi l'écho notre voyageur. Voir le chap. xn
(hi tome II de ses Voyages des Indes [Suite des Voyages de M, Jean-
Baptiste Tavernier, etc., 1. 111, p. 279 et suiv., Rouen, 17U , in-8*).
LETTRE INÉDITE DE J.-B. TAVERNIER. 575
les enfans de tribut. Il y a bien 55 ans que cela ne s'étoit
fait, en ces quartiers, ce qui fait croire à plusieurs quil
manque de gens pour commander un jour, car ces enfans sont
mis dans des serrailz où on les fait aprendre à lire et à écrire
et ce qui est de la loy. Puis , selon leur génie , soit pour la
guerre , soit pour la police , on leur fait appi*endrtt et c'est
d'eux que d ordinaire on en fait des cappitaine ou autres
conmiandans '.
On lit au dos de la lettre :
Monsieur le premier Président à Paris .
J ai déjà dît que c est de Lamoignon qu'il est ici
question. Chrétien-François de Lamoignon protégeait
Tavernier et c est son intervention qui décida quelque
temps après le retour du voyageur, en 1 669 ou 1 670 ,
Samuel Ghappuzeau à lui prêter sa plume pour rédiger
ses Six Voyages. « Quelque répugnance que j'eusse
pour bien des raisons , disait ce dernier dans un pam-
phlet fort rare que M, Jorel mentionne , à faire ce qu'il
vouloit, de quoy plusieurs de mes amis ont été té-
moins, il trouva enfin moyen de m y engager par une
force supérieure. Il employa pour cela le crédit de Mon-
sieur le Premier Président de Lamoignon qui ayant
parié au Roy de cette affaire , à ce qu il me fit entendre ,
me dit que sa Majesté désiroit de voiries Voyages de
Tavernier et que celuy-ci ne pouvant donner d'autre
homme que moy, dont il pût s'accommoder pour ce
travail, il ne falloit pas le reculer davantage.
' Voir la Tierce partie îles Orientales histoires de (luiHaume Poste! ,
cosmopolite.
280 MAHS-AVRIL 1906.
« M. de Lamoignon et M. de Baville , son fils , ajoute
Chappuzeau, non sans quelque animosité « aimoient
à Tentendre hâbler de ses voîages, et le premier
étant d ailleurs curieux de médailles, il en avoit
reçu un bon nombre de Taveniier, comme celuy-cy
me la souvent dit, ce qui Tobligeoit par reconnais-
sance à prendre ses intérêts. »
M. Joret ne pouvait pas savoir, quand il reprodui-
sait ce texte, que notre voyageur avait entretenu une
correspondance, dont le fonds fait passer la forme,
avec le futur Académicien auquel il racontait plus
tard , pour son plus grand plaisir, ses souvenirs de
voyages à travers le monde orientale
Cf. Cb. JoRST, op, cît., p. 335-339.
MONUMENTS EPIGRAPfflQUES ARAMEENS. 281
NOTES
SUR
QUELQUES MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES
ARAMÉENS,
PAR
M. J,-B. CHABOT,
I
SUR UNE MOSAÏQUE AVEC INSCRIPTION SYRIAQUE
TROUVÉE X ÉDESSB ^
Le Fr. Raphaël de Ninîve, missionnaire de Tordre
des Capucins , en résidence à Orfa , l'ancienne Edesse,
a eu l'ingénieuse idée de publier un album de pho-
tographies prises par lui , et représentant les vues de
différents points de la- Mésopotamie (Edesse, Nisibe,
Dara, Harran, etc.) 2. Parmi ces photographies il en
est une qui reproduit une mosaïque portant une
inscription syriaque. Dans l'album , elle est accom-
pagnée de cette légende : « Tombeau d'Eftoha , fils
d'Azmo, roi d'Edesse. » Cette interprétation, qui a
^ Communication faite à TAcadémie des Inscriptions et Belles-
lettres, séance du 3o mars 1906.
* Albwn de la Mission de Mésopotamie et d'Arménie, confiée aux
FF, MM, Capucins de la province de Lyon, ( Procure des Missions ,
1 ^ , rue des Tourelles , Lyon. )
282 MARS-AVRIL 1906.
sans doute été donnée au Fr. Raphaël par un Syrien
peu versé dans la paléographie, doit être modifiée
comme je le dirai plus loin.
N'ayant aucun renseignement sur cette mosaïque,
j'écrivis au Fr. Raphaël, qui se trouve actuellement
à Lyon. En réponse à mes questions , il m'a adressé la
note suivante :
« Cette mosaïque a été découverte en 1 90 1 , à l'oc-
casion de la construction d'un khan , en dehors des
murs de la ville, tout près de la porte de Samosate
[Bab Samsât)^. Elle occupe tout le pavement d'une
grotte souterraine, à 4 mètres environ au-dessous du
sol. Cette grotte a environ 4 mètres de longueur sur
3 mètres de largeur. Autour de la grotte, il y a de
grosses pierres taillées, de la longueur d'un homme.
La mosaïque est en couleur. Le bruit court qu'avec la
mosaïque on aurait découvert divers objets précieux,
mais personne n'a de renseignements précis à ce
sujet. Après la découverte, le gouvernement essaya
de faire enlever la mosaïque pour la transporter à
Constantinople ; mais l'opération n'a pas réussi, et
la mosaïque a été en grande partie endommagée.
Le gouvernement fit alors murer la grotte. Cet le
grotte se trouve aujourd'hui à peu près au milieu de
la cour du khan. »
La mosaïque est partagée en trois zones; celle du
I Celte porte est au N.-O. de la ville. Pour la topographie
d'Edesse, voir Sachau, Reise in Syrien und Mesojwtamiea, p. 193
et suiv. (Leipzig, i883.)
MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES ARAMÉENS. J83
fond et celle du milieu sont divisées en deux cases,
et dans chacune de ces cases est représenté le buste
dun personnage; la première zone, la plus rappro-
chée de rentrée , est partagée en trois cases ; à droite
et à gauche sont des bustes analogues à ceux des
cases supérieures, au milieu se trouve Tinscription
syriaque. Elle se compose de huit lignes verticales,
et est ainsi libellée :
X^\X^ Ego
x^ ^o ^^A1^ Aftôhd ,
a*rO"V^^^^*Vi3 Jilius Garma ,
oVaTS AA dX^viSJ^ki. fecidomam
X^ \<n X^ sr\ \^> aetemitatis hanc ,
»V*^\ O A mihi etfiliis meis
o\roaj\j dX'VjAo etheredibus meis y in dies
X^ zn \^. aetemitatis.
Les deux premières lignes se lisent sans difficulté.
Le nom propre i^q^^^kT se rencontre d une ma-
nière certaine pour la première fois dans Tépigraphie
araméenne. On n'en connaît pas d'exemple dans la
littérature syriaque. Il semble qu'on doive le rattacher
à la racine nriD, « ouvrir », qui a fourni en nabatéen
le nom propre nnDî< [CI, S., Il, 206, 207), ar.
j^!. Toutefois, d'autres hypothèses sur letymologie
de ce nom sont encore possibles.
284 MARS-AVRIL 1906.
Je lis le nom du père oso-S.^^ , et non pas ojso\:w.
comme il a été lu. Les lettres .^et .^ se confondent
assez facilement dans Técriture cursive; mais un
examen attentif de la mosaïque ne permet pas ici
cette confusion; la position de la première lettre du
nom est très différente de celle du .^ dans les mots
Vxnrr^w, et r^=7>\^. De plus, la racine Ot:^ n existe
pas en araméen; tandis que "îtD")3i est très fréquent
dans Tonomastique araméenne [CL S., Il, 694,
790, etc.); gr. To[p(io§ (Waddington, îi5i3); c'est
1 abrégé (élément verbal) d'un nom théophore. A
Edesse même, nous le trouvons dans le nom bien
connu D'i:\C?tDC^ {^a(x4fiyépa(xos)^.
XD^jy n-^n tt demeure d'éternité » est le terme tech-
nique des inscriptions palmyréniennes pour désigner
un tombeau. On ne peut conclure de cette formule
que le tombeau est d'origine païenne, car elle est
employée à Édesse même, dans une inscription
chrétienne datée du mois d'octobre 498 de notre
ère^.
La lecture de la 7* ligne, la seule qui présente
quelque difficulté à cause de la ligature des lettres,
est absolument certaine. On doit couper ainsi :
yV\\jAo « et pour mes héritiers » , r<im\>^ XzTaaA
« pour les jours d'éternité » c'est-à-dire « à perpétuité •.
yVxAj est un pluriel régidier avec le suffixe de là
^ Sacbau, Edessenische Inschriften, n" 3. Z. D. Af. G., XXXVI,
p. i58.
' Sachau, n° h , op. ciu» p. 169.
MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES ARAMÉENS. 285
1 " pers. du sing. , Vvmiu est une forme féminine
d apparence, de l'état construit du pluriel du mot
•jpo», forme qui s*emploie concurremment avec la
forme mascidine >ma» .
En dehors de cette dédicace, chaque buste est
accompagné d'une courte inscription donnant le
nom du personnage. Le premier en haut, à droite,
est celui du propriétaire du tombeau : « Aftôhd ,fls de
Garmou. » Le buste qui est au-dessous représente
« Garmou » , sans doute le père du précédent. Au-
dessous de Garmou est un buste de femme dont le
nom semble écrit, à première vue, i^<nAV\; mais
un examen minutieux de la photographie montre les
traces dune ou deux lettres qui précédaient le V\, de
sorte que le nom est incomplet au commencement.
11 y a beaucoup de vraisemblance que ce nom soit
i^cnAVvmi^ Amatallah « servante d'Allah ». On a
trouvé à Edesse ^ un nom de femme xjznjcmyi^, qui
est transcrit en grec Aixa(7(Tdfxrj$ , évidemment pour
AfÀdOdafÂV^; cest cette forme qui nous fournit l'éty-
mologie du nom syriaque, modifié par l'assimilation
du V\ avec la lettre suivante ; x.=OL5cmi^ est pour
*-::73L3t.iiV3r>i^« servante de Sames ».
Le premier buste de gauche, en haut, représente
une femme nommée omcoc Soainou, nom d'une
étymologie douteuse , dont je ne connais pas d'autre
exemple.
^ Sachâu, 11'' 1, op. cit,» p. i46.
286 MARS-AVRIL 1006.
Au-dessous, est un homme jeune nommé eu^ff^
'Asoa. Ce nom peut être rattaché à la racine NDKqui
signifie «• soigner, guérir ». Il est à rapprocher du na*
batéenWX(C./. 5. ,11,499, 1 12^, 1 4a 9). L'échange
des lettres DeXV n'a rien de surprenant; nous en
avons des exemples en palmyrénien où la même per-
sonne est appelée XDJ et XC?J , et en nahatéen où le
même nom est écrit VBi^ et rs-îD (G. /. 5. , II, 1 663 ,
2079).
Enfm , la femme dont le huste occupe le bas de
la mosaïque, à gauche, portait le nom très répandu
de XtAx. SalmaL
A propos de fécriture de l'inscription , on doit
noter les particularités suivantes : la disposition ver-
ticale des lignes, disposition connue par d'autres
exemples épigraphiques (le baptistère de Dehhès
[VoGiJÉ , Syr. centr.; Inscript. , pi. 38] , les restes de Tîn-
scription syriaque de Siloé , signadée par M. Clermont-
Ganneau) '; l'absence totale de points diacritiques
pour les lettres â et ^; la forme particidière du o
qui se rapproche de la forme palmyrënienne; l'abr
sence de règle fixe dans la liaison ou la séparation
des lettres. Ce dernier caractère tient peut-être à
Tinhabileté de Touvrier, de même que la répétition
du A devant VvjC3, à la l\'' ligne, à moins que le se-
cond trait ne soit un défaut de la mosaïque.
^ Tont récemment M. Littmann en a fait connaîtrt d*a
exemples : Part IV oj the publications of an american archmological
expédition to Syria in i 899-1900. Semitic Inscriptions (Princeton,
190/1). Inscr. syr. n°* /| , 5, 0, 7, 1/1 , i5.
MONUMENTS EPIGRAPfflQUES ARAMEENS. 287
L orthographe des noms, dont trois sur six sont
terminés par ie waw, à la manière nabatéenne,
mérite aussi d*être prise en considération. Nous
savons d'ailleurs par les inscriptions de M. Sachau
[op. supra cit.) que cette forme était fréquente à
Ëdesse : <v%\"n , ( Mav W, gén.) ^ q'\\jl ( ^péSov , gén .) ,
cu^, etc. Il semble donc bien que nous ayons là
un caractère qui n'était pas particulier à l'ono-
mastique nabatéenne, mais à tout un groupe ara-
méen^ On peut en tirer un argument de plus pour
contester Topinion de M. Nôldeke qui considère les
Nabatéens comme des Arabes se servant de Técriture
araméenne comme d'une écriture en quelque sorte
épigraphique et monumentale.
L'âge de la mosaïque ne peut être fixé que très
approximativement. Les caractères épigraphiques
ne permettent pas d'en déterminer la date avec
précision. On peut dire seulement avec probabilité
qu'elle appartient à la seconde moitié du troisième
siècle de notre ère ^,
J'avais espéré un instant pouvoir préciser davan-
tage en comparant une autre inscription d'Edesse
^ On rencontre aussi celte terminaison assez fréquemment en
palmyrénîen : ID^pD, IDvD, ^2^D^ etc.
^ Quand je communiquai cette noie à rAcadémie des Inscrip-
tions, M. Clermont-Ganneau fit observer que la plupart des mo-
saïques trouvées dans la région de TEuphrate doivent être attribuées
an in* siècle, et même au commencement du siècle; Tune d*dles
porte sa date. Les lettres 0A<I> qu'on avait prises pour un nom
propre doivent en réalité se lire 0AO=539 (des Séleucides),
2a8 de notre ère.
288 MARSAVRIL 1906.
OÙ se trouve ie nom d'Aftôhà. Cette inscription , en
partie mutilée, est gravée sur une des deux colonnes
antiques qui se dressent encore aujourd'hui dans les
ruines de la citadelle. Elle a été copiée et traduite
par M. Sachau {op. cit., n" a). J'en ai pris moi-
même une photographie en 1897; ^^*® photogra-
phie permet de rectifier légèrement la lecture du
premier éditeur. Je lis ainsi le texte :
i^ôVvÀi^ 1^1^ Ego AJtôï^â,
\rD|?S#ai N ,JHius
V .
i\'vr3i^l[x:soi)Iac"f\rD Bar Semés ,feci
i<^<n i^â\-.^i^ colamnam hanc
€nisn\^^'\ is^J^Â'^i^o et stataam qaae saper eam
(est)
V\\r3 r^V\^\no XjtAjcX rff Salmat reginae , JiKae
T^rxsa,"vÀ âxxTTd Mana p
^P. yVv-v^
Les différences entre ma lecture et celle de M. Sa-
chau portent sur les points suivants : à la l'aligne,
je lis distinctement le nom propre i^m<i^;v^y^, lec-
ture garantie par Tinscription de la mosaïque; —
la 2"" lettre de la s"" ligne est un o et non un <n;
c'est le commencement d'un nom honorifique ou
d'un nom de fonction; — à la 3* ligne, je dis-
tingue les restes d'un t? mutilé, ce qui permet de
rétablir un nom bien connu xj30JLr\r^ (Sachau,
n° 6); c'est le nom du père de cet Aftôhâ, qui est
MONUMENTS ÉPIGRÂPHIQUES ARAMÉENS. 289
par conséquent différent de celui de la mosaïque;
— enfin la première lettre de la 5" ligne est aussi
un ô et non un <n. Pour le reste de Tinscription ,
dans la partie mutilée , on ne peut rien conjecturer
de certain.
M. Sacliau a établi que cette colonne avait dû
être édifiée entre les années 206, date de la con-
struction du palais d*Abgar VIII à l'emplacement de
la citadelle actuelle, et 2 1 6 , date de la fin du règne
de Ma^nou IX, dernier roi d'Edesse. Notre mosaïque
paraît un peu plus jeune d'après la forme des carac-
tères, notamment du ac etdu <n.
Le costume des personnages représentés dans la
mosaïque, et spécialement la coiffure, méritent de
fixer l'attention. Les femmes ont la tête couverte d'un
voile, comme beaucoup de bustes palmyréniens ;
les hommes sont coiffés d'une sorte de bonnet
pointu dont le sommet est rabattu tantôt à droite
tantôt à gauche. Renan a jadis parlé de cette coif-
fure dans un article du Journal asiatique, où il pu-
blia, en i883, «Deux monuments épigraphiques
d'Edesse » ^ : une sculpture dont M. S. Reinach
lui avait communiqué la photographie , et le dessin
d'une mosaïque, avec inscription, rapporté par
M. Clermont-Ganneau. Il en conclut que la dispo-
sition de coiffure appelée xpcôëvXos (ou x6pv(x€o$)
par les Grecs était une mode à Edesse. « Ce sont
bien, dit-il, les cheveux qui, rebroussés de gauche à
' Jonrn. iu., VIIÎ séi»., t. I, p. a 46 (févr.-mars i883).
VIT. 19
twritiMrftir ii«Tio^%i.r.
âOO MARS^AVRIL 1005.
droite, forment le crobyle qui* d«n$la{^otO{|;raphie
de M. Reinaoh, peut être pris pour un bonnet •
Notre mosaïque montre « au contraire, de la façon la
plus évidente que, quelle que soit la disposition des
cheveux, ceux-ci étaient néanmoins recouverts d'un
bonnet,
La mosaïque est trop grossière pour qu on puisse
insister sur les autres détails du vêtement; il devait
ressembler, à peu de chose près, au vêtement des
palmyréxûens, tel quil nous est connu par les bustes
funéraires.
II
SUR UNE INSCRIPTION SYRIAQUE DIT SINAÏ.
M« Levy de Breslau a pubiié en 1860 une petite
inscription de cinq lignes, qu'il qudy£e da ailiiubcfc
[Z. D.M. G. » t. XIV). La oopia reproduite dans m
planche (tab. li > n*" LVI) est empruntée à un ouvrage
assez rare, publié à Saint-Pétersbourg en 1&&7 par
rarcbimandrite russe Porphyrios Uspensky ^
^ Col ouvrage porte pour UVre BoçmotEk sepnçmJMWKJA» l
CaKaû , c*est-à dire : L'Orient chrâlien , l'E^pte et h Sinaî, — U ne
sera pas inutâe, à ce propos, de donner ici des ÎBdîcatîons Inbfio-
grapkiqnes exactes sur ka dififôreols owtnfgm et rTftiiiBamliilB
Porpk^rio» relatifs au SinaÂ^ Cet auteur Et. cm &9âo, aftpxwnitr
voyage dont il publia la relation à S* Pétersboorg en 1^56 sous ce
titre : Uepeoe nymemecmeîe eb cuHaûciciû MOHOcmuph n tSâS 2ochr,
iii-8*, pw S&i. Cet ontrage ne cooliant aucttaa iaacripftiMu "—- Vm
second volume donne le récit d'un autre voyage accompli en i85o;
il parut à S^ Pétersbourg» aussi en i&56l, et a ptmr titre : Bmopoe
292 MARS-AVRIL 1906.
OU sept ^ J en ai rencontré deux autres dans le cabi-
net de M, le secrétaire perpétuel de TAcadémie des
Inscriptions, et Tun de ceux-ci est précisément celui
de notre inscription syriaque. A Taide de ce moulage,
j ai pu lire le texte qui est ainsi conçu :
rdbaArd» + + 0 Dieu,
^'8^3^,^^ As^ Qocui aie pitié de tes serviteurs
\or%<v% Sahlon et Sa*d
^^^ÂoiL^oo'VrDô et. .......
+ rdik^^ aXts ^3o de Béled , pécheurs i
L'inscription est donc' Tœuvre de trois pèlerins
syriens qui visitaient les lieux saints du Sinaï. Ils
étaient originaires d'un lieu nommé Béled, ou Balad,
peut-être de la ville de ce nom située sur le Tigre,
au nord de Mossoul.
Les deux premiers noms ne sont pas inconnus
dans l'onomastique syriaque. Nous trouvons un
certain «^^aiosLûo \:d \ijo4, au x* siècle (Wright,
Cat of syr. ms., p. aSs); ^vâb.fio (arabe *yim) est un
nom très fréquent.
La lecture du troisième est un peu douteuse.
Entre la 4* et la 5* lettre, on a intercalé un petit
» très distinct. Je croirais volontiers qu'il est des-
tiné à corriger la lettre suivante qui a l'aspect un
^ Ils sont reproduits dans le Corpus înser, Sem,, II, tofkiel,
pi. CVI.
MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES ARAMÉENS. 293
peu confus d'un .^3. Le nom serait alors à lire
^.^SoaLSOAra , quelque chose comme Barmahrân.
Le dernier mot i<?V.\^v\ doit évidemment être
lu au pluriel.
La date de Tinscription ne peut être fixée d après
récriture. Elle n'est pas d'une haute antiquité.
III
DIX INSCRIPTIONS PALMYRENIENNES.
M. Emile Bertone m'a communiqué une série
de photographies prises par lui à Copenhague , à la
fin de l'année 1901, et représentant des monuments
palmyréniens qui se trouvent dans la collection de
M. Jacobsen, à Ny-Carlsberg. Quelques-uns des mo-
numents photographiés par M. Bertone sont entrés
dans cette collection depuis la publication du cata-
logue de M. Simonsen^ Je donne ici l'interprétation
de ceux qui portent des inscriptions, en faisant
précéder chacun d'eux de la description rédigée par
M. Bertone lui-même.
1 . « Buste de femme dont le costume modeste contraste
avec la richesse habituelle des portraits de palmyrénîennes.
Ses cheveux séparés en bandeaux horizontaux forment
touffes sur les oreilles et paraissent de chaque côté du cou
en mèches ondulées. Uhimation , qui drape les épaules et la
poitrine , couvre le sonmiet de la tète. Aucun bijou.
Le buste, qui ne comprend , pas les bras est entouré d*une
^ Sculptures et inscriptions de Palmyre, 1889.
294
MARS-AVRIL lOOÔ.
large et riche couronne, compotée de feuiUage, de firuiti et
de rubans; elle passe derrière la tête à hauteur du cou et
donne un aspect particidier au monument. C*est le seul de la
collection qui smt représenté ainsi. Au-dessus de la eouronne ,
le bas-relief est encadré d'une moulure en creuiL Pierre cal-
caire. Hauteur, o m. 62; largeur, o m. 47*» (E. Bbrtonb.)
L'inscription est gravée de chaque côté de la tête :
ic/^\ahhic
i^^^^y,
iCi\y^ViV ^^vll
v.ySx^}i^^^:^
—»J}V >\i\>
v}i^ ai^a
;;y-^3
Kjna nnK
Kin Van
Knnai na
«nVu ma
GCGG row
K^iat 13
XXXVII
Helas 1 Hadd.
femme de Ber'â,
fittedeBoM.
fU
de ZaUatâ,
fih de Zabdelâ,
Année MO
+ 57
xin est, je crois, un nom nouveau en palmyré-
nien. — Les lectures xVl3T et î<nvi3T avec x à la fin,
sont garanties par un excellent moulage que j'ai sous
les yeux. — 437*= i a6 après J.-C.
2 . « Fragment de statue provenant d'un sarcophage. Ce bas-
relief représente un homme couché et appuyé sur le coude
gauche. La main gauche, ornée d'une bague, tient un vase k
anses et à pied sur lequel sont des cannelures obliques. La
main droite, appuyée sur le genou droit qui est légèreioent plié.
MONUMENTS ÉPI6RAPHIQUES ARAMËENS. 195
tient une branche de laurier avec ses firuitt. La tunica dont est
vêtu le personnage e«t agrémentée de bandes brodées où
courent des rinceaux bien et régulièrement dessinés ; une gar-
niture semblable se voit au bas des mancheà, on y a ajouté
un rang de perles en bordure. Le visage est ftssez jeanê, im-
berbe. Les cheveux sont cachés par une petite ealotte et par
le modius ceint d*uiie couronne de laurier ayant pour agrafe
un petit buste semblable au portrait lui-même. Sur lepaule
droite, fibule circulaire. Dans le champ, à hauteur de la tète
et au-dessus du genou droit, est une tête de hyène tenant
dans la gueule un gros anneau qui pend. Une bande d'oves
surmonte le bas-relief; au-dessus règne un bandeau sur le-
quel est gravée Tinscription. Ce fragment « d*une exécution
très soignée, est en pierre calcaire; il est très bien conservé,
le nei seul du personnage est un peu cassé à l'extrémité.
Hauteur, o m. 76; laideur, o m. 8i«»(£. Bbrtoni.)
LVIII t\y^ '•a:;^ h^iT\ nn y^tith ni id*?û
. . . ldaKkott,JHs de LimmaKJih de Ifannahel A'bai (?).
Année 58.
Un morceau de rinsoription a disparu à droite.
Il est impossible de savoir si 13^d est le nom du
personnage figuré dans le bas-relief, ou le nom de
son ascendant.
?33n « misertus est Bel ». Ce nom est nouveau en
pahnyrénien. D y a après ie ^ un petit espace qui
paraît marquer la coupe du mot. — Comp. le nab.
'jNan , gr. Arw^^os.
*>3yK, ou peut-être à la rigueur lavMi la dernière
290 MARS-AVRIL 1900.
lettre n'étant pas très distincte; ce nom ou surnom
parait se rattacher à la racine Msy «densus, spissus
fuit ». Nous connaissons déjà en paimyrénien le nom
pr. K3y (Vogué, p. 86, loa).
Les chiffres qui suivent le mot r)W , sont â lire
JJjy ""^33 (—58). 11 est possible qu'on doive y
reconnaître Tâge du défunt; cependant il est plus
probable que nous avons la date du monument avec
omission du chi£Gre marquant les centaines.
3. ■ Fragment de bas-relief provenant d*iin sarcophage,
d*un grand piédestal ou d'une décoration murale. Il repré-
sente une femme asi^ise dans un fauteuil capitonné ou mar-
queté , comme l'indiquent les losanges qui le couvrent. EDe
est simplement coiffée du bandeau, du turban, et de la
palla, et n'a d'autres parures qu'une fibule sur Tépaule
gauche et des pendants d'oreilles en forme de grappes de
raisin. Elle est vêtue de la stola, du péplum et de lapnfla.
Sa main droite, levée à hauteur du visage, retient lapnfla^
la gauche repose sur les genoux, un pan de ce vêtement
entre les doigts. Les pieds manquent. — Le bii-rdief était
entouré d'un cadre d'oves , qui subsiste sur le côté gauche et
en haut. Au-dessus, un bandeau sur lequd est gravée l'in-
scription. Cet intéressant fragment, d'un joli ensemble,
parait appartenir au même monument que le précédent
Pierre calcaire. Hauteur, o m. 8o; largeur, o m. 5o. » (E. B.)
nnnx ^tr^t p'»n i3 pyotr [n^ia ]
. . .deSimSon, fibde Hairan, (jiU de) pSJsj, sa femme,
11 est presque certain que Tinscription fait suite
MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES ARAMÉENS. 297
à la précédente. Mais, il manque un morceau entre
les deux fragments. Le portrait est donc celui de la
femme du personnage représenté à desni couché;
le nom de cette femme a disparu. Siméon est pro-
bablement le nom de son père.
^c^iiD ou ^c^iiD est un nom nouveau, dont Téty-
mologie m'est inconnue ^
4. ■ Bas-relief représentant un adolescent debout, vêtu
d*un chiton et d un péplum. Dans la main droite il tient la
tige d*une grappe de raisin qui tombe sur le péplum. L*objet
c|u*il tenait dans Tautre main est trop détérioré pour qu*on
puisse bien le reconnaître , mais il me semble que c'était un
oiseau , emblème que l*on voit souvent avec la grappe de rai-
sin entre les mains des enfants. Les pieds sont chaussés. Ce
bas-relief est bien conservé ; il est en pierre calcaire , et me-
sure o m. 4^ xo m. a4-» (1^* B.)
Au-dessus et à côté de Tépaule gauche est gravée cette
inscription :
^iUH ^3n Helasl
^ia^'Ki ^3-)U Nourhel,
jiojri M^ [«X]îD>n -)3 fiUde Taim[ça],
ai>ji '•^HD {fis de) MatnaL
Cette sculpture provient évidemment du tombeau
dont la dédicace (datée de Tan 406 = 95) a été
publiée par M. Clermont^Ganneau , Étades d'arch.
^ M. Blochet me suggère le rapprochement avec le nom pehlvi
Firdoiui, en persan (^«9^^. Je ne sais pas jusqu^à quel point la date
de notre inscription permet d'y insister. D'autant plus que nous ne
savons pas exactement si le mot est employé ici comme nom propre
ou comme surnom.
398 MARS-AVRIL 1006.
or., t. U, p. 55. On y rencontre les mêmes noms.
Par suite, le nom de notre 3* ligne, dont les deux
dernières lettres , dissimulées par la sculpture, n*ap-
paraissent pas sur la photographie, doit 6tre sûre-
ment lu î<stD'»n ; et "^iPO doit être considéré comone
le* père de ce dernier.
5. «Buste d*homme barbu, à chevelure boudée, dont le
caractère est plutôt levantin ou alexandrin que palmyréoien.
La main droite sort des plis de Vhimation et reposé sur la
poitrine; la gauche tient le liber : un anneau orna le petit
doigt de cette main. L*iris est teinté en noir. Ce portrait
est bien dessiné et peut être placé parmi \m meillèars
bustes d*hommes barbus et sans coiffiire de cette collection.
Bas-relief en pierre calcaire. Hauteur, o m. 5o; lar-
geur, o m. 3e.. (E. B.) ;
De chaque côté de la tête se trouve une. inscrip-
tion; mais lune délies appartenait à un autre. buste
qui devait être à côté de celui-ci.
L'inscription de droite se lit sans difficulté :
Yedndjhde
Moqîmu, {Jils de) Kalbu,
Hélas!
La cassure a enlevé quelques lettres. La restitu-
tion des noms propres bien connus ^ayn^ et ip^ptD
n'est pas douteuse. — La dernière lettre de la a* ligne
MONUMENTS EPIGRAPHIQUES ARAMEENS. IWi
ne parait ni sur la photographie ni sur le moulage.
li faut lire n^D ou peut-être '»n^D. Ce nom, n^D
« canîs », est assez fréquent en nabatéen; mais il ne
s'est pas encore rencontré , je crois, en palmyrénien.
L'inscription de gauche est plus difficile à lire,
parce que la pierre a souffert davantage. Elle est
ainsi libellée :
'Xii^jJi 13^0 Malikou^
\S 2^*^ . '^U '?K>[n] in fis de Hayel
V^y h^^ Hélas!
ID^D, lecture à peu près certaine; la dernière
lettre pourrait toutefois être im > au lieu d un ^ . —
Dans ^K^^n , excellente forme de nom propre , la pre-
mière lettre n*estpas certaine sur la pierre. Il semble
que le lapicide ait négligé le jambage de droite et
ait joint celui de gauche au ^ de "13 . Mais , comme
les trois lettres suivantes sont certaines , il parait diffi-
cile de proposer une autre restitution.
Le dernier mot est positivement écrit ^3^, et non
'?3n , ainsi que j'ai pu m'en assurer sur \m moulage.
Je dois encore à M. Bertone la communication
d'un Catalogne d'antiquités qui ont été vendues aux
enchères, à Paris, les 2 et 3 mars igoS. Parmi ces
antiquités se trouvaient quatre bustes palmyréniens.
Leur description est accompagnée d'une reproduc-
tion photofypique à très petite échelle /à l'aide de
300 MARSAVRIL 1906.
laquelle j*ai pu néanmoins déchiffrer ce qui suit :
6. « Haut relief en*calcaire représentant un hooune à mi-
corps; barbu, les cheveux relevés et ondulés; drapé dans
une ehlamyde retenue par la main droite , la main gauche
posée sur la poitrine. Inscription palmyrénienne en quatre
lignes, gravée sur le fond. Hauteur, o m. 6o; largeur,
G m. 45. »
N* 153 du Catalogue de vente. Ce buste a été acquis
pour une collection américaine.
L'inscription gravée à droite de la tète se lit ainsi :
'aaK
San
Hélas!
iCi-ii^
K3'<Jn
Htmtnâ.
iCi^iK ^a
KJ'»3n na
fis de Hantnà.
rt^-» i^KY
p^> K5»
'Oggâ iBQ
L'inscription est très nette, et la lecture maté-
rielle en est certaine à Texception des deux dernières
lettres.
Kiun, comp. Rép. d'épigr. sém., xf* ^'j'j^ ij^^li
ne peut y avoir ici aucun doute sur la lecture du ^.
Le dernier mot paraît être un surnom ; peut-être
Jlavas (?), de la racine araméenne p'ïV La seconde
lettre est i ou n , la dernière est bien plutôt un W (p)
qu'un ji (d). 11 est possible, mais peu probable,
qu'une dernière lettre se trouve dissimulée par la
sculpture.
7. «Haut relief en pierre calcaire représentant un homme
à mi-corps; barbu, les cheveux relevés; il est vêtu d*une ehla-
myde dont un pan est rejeté sur l'épaule gauche , laissant la
MONUMENTS ÉPIGRAPHIQUES ARAMÉENS. 301
main droite découverte; la main gauche est ramenée contre
la poitrine. Hauteur, o m. 60 ; largeur, o m. 45. »
N° 1 54 du Catalogue. Ce buste a été acheté pour une col-
lection américaine.
A gauche de la tète :
M^ 0j^<\0 niW Yark,ai,fiUâs
ÎC\>. K«rW Neia[?).
, , Oji . DC>]''p[0] Moqîmou
L'inscription reproduite à une très petite échelle
est dune lecture difficile. La i** ligne est très dis-
tincte. Au commencement de la seconde, le nom
HV^ est très probable, bien qua première vue le Y/
paraisse lié avec un y : \y. 11 n est pas sûr que le
nom soit suivi d'autres caractères. — Je restitue
la 3* ligne : [io]''P[d] par conjecture; c'est la lecture
qui me paraît la plus probable. Toutefois [l3]''p[y]
n'est pas impossible.
8. «Haut relief en pierre calcaire, représentant un jeune
homme à mi-corps drapé dans une chlamyde dont il tient les
plis de la main droite. La main gauche porte un fruit. La
tète est frisée, la figure imberbe. Hauteur, o m. 47;
largeur, o m. 4o. »
N° i55 du Catalogue; acheté pour une collection amé-
^ui lie.
A droite de la tète :
'aai^
bn
Hélas l
• • •
Km 13
fils de Nesa,
\>\>K
»»n
{fils de) Hasas.
302
MARS-AVRIL 1006.
La seconde ligne D*est pts iisibie sur la reprodoo-
tion. Elle renferme te nom propre du défont, cpri
paraît commencer par im n.
Une inscription bilingue honorifique, datée de
l'an ai de J.-C. , publiée par Euting, Epigr. Mis-
celL, n^ 102, mentionne on certain Wtz "D wn.
[Rép. d'épigr. sém,, n* &&i.) Ktr^ y est transcrit
Neo-de (gén.)» et ^vn À.aéaw (gén.).
9. • Buste de jeiiiie homme, imberlM, emSé dvne katite
couronne ronde (sorte de modk»), dnpé dans mit dbl»-
niyde retenue sur Tépaule droite par une iibiile circulake*
Haut relief en marbre blanc. Hauteur, o m. 5o; lar-
geur, o m. 4o. »
N* i56 do CotaJogoe, Acqun par If. fknie Berlenei.
A gvnche de la ièie ou
[fit:
-»A^'>
X av
Jb«ri7'
i^i^kM ))Y
|1J33 vu
d*lMn;
—^}}} i\i\>
CGC r\w
aiw«e3(W
)))-»33
LUI
+ 43.
A droite r
^ai\
bn
Hélas 1
Vj^Vyo^o
"wri*
ïtâTM.
awxhx ^
apyny la
fils de 'AUaqah .
^va/oM.o
^avT»
(fiU de) YedtM.
a«X3^X
apyny
{/thie)'Ate'aqab.
vjrty
npy
(fb de)'Aqiboa.
Tous les noms de rinscription sont connus,
MONUMENTS ÉPIGRAPHIQDES ARAMÉENS. 303
excepté Je dernier, up3>, qui est à rapprocher de
iO'*p3^, cf. Journ. as.^ avr. 1901; Rép. d'épigr. sém.^
n* 160.
La désignation du joxir du mois dans ies dates est
rare en palmyrénien. Ici, les cbifires qui luarquent
les unités ne sont pas absolumeot certains.
Kanoun 353 = nov. 4i après J.-C.
10. Inscription copiée par moi-même, à Damas, au mois
de juin iSgS, dans une maison particulière. — A droite
d'un buste d'homme. Les lettres sont parfaitement gravées
et du type reproduit ici par les caractères typographiques ,
sauf le lamed final qui est du type cursif , et formé d'une
tige droite munie d'un crochet à son extrémité supérieure.
'>a'>aK
"•aian
Ifabtbt.
i^w ^a
Kv: ^^
Jils de Nesa,
ia^ax
phs
{fils de)'Olban.
\jai^
•jan
Hélas!
Cette inscription appartient évidemment à la
même famille que celles qui ont été publiées par
le P. Ronzevalle, et qui sont reproduites dans le Rép.
d'épigr. sém., n" 44. Elles accompagnent les bustes
géminés de jeunes gens, et se lisent :
B : ^3n p'jy NDi ■)n Kpnn.
Notre copie confirme très distinctement la lecture
du nom p^v, que le P. Ronzevalle a rapproché du
304 MARS-AVRIL 1906.
nom biblique p3^3^ ^3K (II Sam. , xuii , 3 1) et M. Cler-
mont-Ganneau du nabatéen 13^3^ et du grec OXSapof
(Wadd., Qiio, 2111). — A noter le changement
d'orthographe du nom KD: = HV2 , qui s'était d'ail-
leurs déjà rencontré sous ces deux formes, comme
nous l'avons dit plus haut.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 305
NOUVELLES ET MÉLANGES.
SEANCE DU 9 MARS 1906. ^
La séance est ouverte à à heures trois quarts sous la pré-
sidence de M. Barbier db Meynard.
Étaient présents :
MM. Senart, vice-président; Allotte de la Fuye, Bas-
MADJIAN, BOURDAIS, BOUVÀT, CaBATON, CÀRRÀ DE VaUX,
J.-B. Chabot, de Charencey, Combe, Degourdemanche ,
DussAUD, RubensDuvAL, FAÏTLOvitcu, Farjenel, Finot,
Gaudefroy-Dbmombynes, Grimault, Guimet, Halévy,
Clément Huart, Ismaïl Hàmet, .Sylvain Lévi, Manceaux-
Demiau , ' Magler , Margais , Mayêr - Lambert, Meillet ,
Revillout; DE Saussure, Sghwab, Vissièrb, membres;
ChA VANNES, 5CcrA(iirc.
Le procès-verbal de la séance du g février est lu et
adopté <■:':■.
Après la lecture du procès-verbal M. le Président prend
la parole en ces termes :
Messieurs ,
Aujourd'hui encore j'ai à constater un vide cruel
que la mort a fait dans nos rangs. Elle vient de nous
enlever un de nos confrères les plus anciens et les
plus dévoués au bon renom et à la prospérité de
notre société. Edouard Specht a succombé, il y a
huit jours, à la suite d'une courte maladie.
Tll. 20
tMVaillRB» lATtOIAtl.
506 . /M116-AïVWfc;lEW»/:jM/
Par la volonté dû dêfùhf,riiïôttéSté^'j^ par
delà la vie , aucun discours n a été prononcé sur sa
derniers adieux et les regrets de la société qu il a si
bien servie pendant de kmgues années.
Specht , que la destinée vient de frapper à peine
au seuil de la 'vieillesse i* apipâï¥ehàît à la Société
a&iatiquQ depuis quar^tçj §Ln^,.;a,pepdant<,plu5ide
vingt années, en qualité de: ti*éaonerv il U^vintm
finances avec une vigilante sollicitu4e.>Si'jU»g^;pfipn-
tiait parcimonieux . po.ijr ça qui'il aj)pe?^a^^
penses del\ixo — r, çt iious,nôA,'(ai^po^.gîafre^y7-Tn^
revandie, il était d'une libéraJilé'sans JnniMpbuir
tout ce (|ui pouvait contribuer 'àii^plri^hs'èêiié^
études. Lui-même y paftîcip^ f\àr tîirife cèl^ol^lîç^^
mesuré^ , qui ne. Iiyr?ii(. rîén à fj^vei;jtlu;Ç|jBt qÇJÎJtJ»
march(^ prqdâate était 4'autali]^t•piuâ'j^»|tifié^^q;mJf
terrain exploré par lui était alors à pekie^léfiridiébi'!)
. L*histoii:e,da bouddhisme A^m «e^ .irçLaitiions ayec
la Chine attira de bonne heure sa curiosité.So*i»âa
direct^Q de SrtaLni9ia& Julien et. dei P^Mthîop iHwift il
sut concilier fantagonisme, il «adoDnà'HYeolMraeu^
à fétude de la langue chinoise , convaincu que dans
ce vaste amas de traductions et de rtlài!i6rii aes pè-
lerins dbincm^ qui signalèrent iesrpramidriirèi^ de
notre ère et en particnlier le iv^- sièdé^: Mc^cadÉôn^t
dmestknab^es renseignements sur ie^poteéuiel^^lm
oëntralei Son espoir ne fîit pa» déçu. Ea ]88Sv^î)
publia dans notre Journal-'uh preinler essM^d^après
les historien^ «chinois.^ Par un examereiappKofoipdidcB
NOU VELUES BTrMÈLAWGES. «Oî
tedm' chinois et fiônseïrits, il rôiissit à débrouiller le
chdo» dé ïethndgraphie asiatique mi i^ siècle dfel'ère
chrétîentie'et signsdft fes profondes' dilTéreiices d'ori-
gine et de mbeafs (jui sépèii^iept ie^'dau ttîht^s
pr^ndéfantës dans riiîstoire de» TAsie eenWade^à
cette 'époque*' • ' " • ••-• • ".:.^/r:.;;*î '!
' Dans un mémoire qu'il' nous ddnpa eh t-^ go il
siit , grâce à l'ëtude compai'ée des documents <M^
nois et des înseriptions indo-scytheâ , firer «^vec oert
tihidela date die la'conquéle de riïîdë*par te^^Yué-
tdiî.'Ge tïeèt , il'«st -vrai , ^e la prémièris partie df'uâ
tt^rHV auqiael il s'étsât oèndacré dépùîi dé longôès
bnpées; Mais' tdut récehânent j'àtaiii obtenu- de lai
la promesse qu'il le continuerait tsrt^Jë' sais- qu'iJ y
travaillait dans ces dernières semaines:, il est donc
permis d'espérer qupi la suite de son enquête scienti-
nque se retrouvera dan» ses papiers et né sera pas
perdue pour nous. , . , : -
En 1899, Sp/ôcht nous compiuniqua Sjon es&ai
(ïe lecture d*une légende scytnique qui avait 4té. si-
gnalée sur uûe monnaie d'argent de l'époque indp-
sa^sanide. Enfin sa dernière contribution au recueil
de la Société est un mémoire sur Une série de mon-;
naies auxquelles jusque-là on avait attribué une
proventooe toùranienne et que notre 'confrère iap-
peia arVeo plus de précisioti sindo^ephtalite; Gettef
étude rédigée avec le soin et la prudente rés;^pver
qu'il apportait à > tous ses travaùi fournit de préeîecn:''
matériaux à l'histoire de la vaiiée de l'Indus avR?
premiers- siècles de notre ère. » . ^ r
308 MARS-AVRIL 1906.
Exempt par sa situation de fortane des préoc-
cupations de la vie quotidienne; et né cultivant la
science que pour, les satisfactions intellectuelles
qu*dle procure, Spècht accepta de faire un cours
libre de sanscrit-chinois à TEcole des hautes études.
Il finaugura en 1891 et Ta poursuivi avec une méri-
toire assiduité jusqu'aux derniers jours de sa vie. H y
eut, comme élèves et comme coUabôratéurs,, de
jeimes savants qui sont devenus des maîtres et aV^e
lesquels il put rechercher dans les documents indi-
gènes les plus sûrs, notamment dans le Tripitaka
chinois , Téclaircissement des hauts problèmes d eth-
nographie et d'histoire qui furent le but principal
de ses investigations.
Telle fut, Messieurs, la carrière scientifique du
confrère que nous regrettons : douce, paisible, peu
soucieuse de renommée et d'éclat. Mais les' résultats
qu elle a produits garderont leur place dans l'orien-
talisme français, de même que l'homme revivra
dans le cœur de ceux qui l'ont connu plus intime-
ment, confrère serviable, dévoué, donnant aux
travaux autant qu'aux intérêts matériels de notre
Société le meilleur de son temps.
Je ne doute pas qu'un de ses anciens collabora-
teurs ne tienne à rappeler bientôt, et avec la com-
pétence qui me manque, les services qu'Edouard
Specht a rendus à l'histoire du bouddhisme chinois
et à la numismatique de l'Extrême-Orient. Aujour-
d'hui je dois me borner à adresser, en notre nom
NOUVELLES ET MÉLANGES. 309
à tous, à la mémoire de ce confrère estimé nos
adieux les plus sympathiques et Thommage d une
gratitude que le temps n efFacera pas.
Est reçu membre de la Société :
M. Mohammed ben Cheneb, professem* k la Médersa
d'Alger, chargé dune conférence à TÉcole supé-
rieure des Lettres d* Alger, présenté par MM. Basset
et Gaudefroy-Démbmhynes.
M. HuART, membre de la Commission des fonds , est nom-
mé trésorier, en remplacement de M. Specht, décédé. Il lui
est donné pouvoir de déposer et retirer les fonds en compte
courant, signer toutes pièces et tous chèques au nom et
comme mandataire de la Conunission des fonds.
M. DE Charencey est nommé membre de la Commission
des fonds, en remplacement de M. Specht, décédé.
M. Meillet, professeur au.ÇoHège de France, est nommé
membre du Conseil, en remplacement de M. Huart (qui est,
en qualité de membre de la Commission des fonds, membre
de droit du Conseil).
M. Gaudefroy-Demombynes, secrétaire de l'Ecole des
Langues orientales vivantes, est nommé membre du Conseil,
en remplacement de M. de Charencey, nommé membre de
la Commission des fonds.
M. GuiMET présente un exemplaire de son mémoire in-
titulé :Le diea aux bourgeons,
M. Tabbé Chabot dépose, en ajoutant quelques observa-
tions, une brochure de M. A. Mingana intitulée : Réponse
à M. Vabhé Chabot à propos de la chronique de Barhadh-
bsabba,
M. IsMAËL Hamet présente un exemplaire de son livre sur
les Musulmans français du nord de l'Afrique.
310 MAHS-AYRIL '100§. »
M. FA^iBNEL étudie, d'apr^l ie TaTUng kouei ti^Bitief^
v}Xes dn ,^and sacrifice offert âu Ciel p^ i empereur, ^f|
Chine. ; . : . . .
M. Sylvain Lévi décrit un manuscrit du Sùtrâlamkâra
qu'il a eu la bonne fortune d© piïuyoiçîfaira copier w N^^;
cet ouycage a dû être composé enjre, 4^0 et 5 20 ^ de l'ère
chrétienne par Asahga; il renferme un exposé ^«temalîqae
de la .doctrine du Mahâyâna. Iji^ Sylvain Lévi a pu rectifier
les incorrections du manuscrit népalais en se §ervant de la
version chinoise faite en Tan 5âo de notre ère par Pra-
bhàkeramitra ; il publiera prochainement et inidàirk' ce
teinté qui était resté jusqu'ici inconnu des indianiftet;- • 'ni
' M. Hàlévy eludie quelques niôts 'séihitîqués ét'éïjpliâui
Yiotâriirtient le nom (Je Gennesaret, donné aii lac de Tîbï?-
riade, comme signifiant «jardin de oésbstrîs». • ' ' ~
' M. DE Charence^ présenté une observation iur 'dn mot
basque dont il croit pouvoir étabfii^ rbrigîrié befbèfel '" ' " '
• 'Là «éance e^t levée à 6 heures un quart. ' ' ' • ^'•
•; >'iJ«i '(Il
OUVRAGES 6fFERTS X LA SpClélé. .. ' !* .^^^
, . PAa L«g ^UTsu«6 I ;/
Annétte s. Beverioge , Tifee Haydartéad CadéàDof'éké^Bk'
'6flr-iV«ma( Extrait). — London, 1906; in-8". • •i-'j - • ••
Colonel G. E. Gerini, llistorical Rett-ospect ofJmikciyl&n
Idand (Extrait). — S. 1, (Bangkok), igpS; ia-8°. . , -.r
Kanhiya Lal Tï^ivk-ïiii, Shiksha-Darpam [K Manualof
Education). — Bankipore, 1905; iri-18.
' Julien Vtn SON 4 L'Inde et le Mahométisme (Extrait). —*15. 1.
n. d.;'in-8*. . ■ ' ^ .• î
TÀici(*n BorvAT, Monsieur Jourdan, le botaniste parisien
dans le Karahâgh , et le derviche Mèst 'AU Chah, célèbre ma jf-
çjen; çpi^édie ep 4 actes de MînzÀ Fèth^al} ÂKHÙ^infÂDB ,
fraduile du turc aiéfu — Paris, 199.6; in-iS* . . '. ...i.
NOUVfiLCËSnErp/MfiliANGES. 311
Dr. Alfred \VlBDEMAN:^;il/iiini»:a/s HéilmUel (<Ëxtndt)V -
Éusèbe Vassel, La Littérature populaire des Israélites. ttàm^
?ieRi;v>^* foflo- -r-;Rfiwîsv.|.9oft;\itt-f8^ >\-.vr;\ -•..^v r.Ao :-).;r>:\
IsMAÊL Hamet, Les MuiiUmtmi JmLÇêMiAda Mord-ldlb
A. MiNGANA , Réponse à M. Vahhé J.-B, Chabot A f/te^f^de
la Chronique it,BawhidkhsMà\ — S. Ii5tu<i*i.l%8% xV? .A
E. GuiMET, Le dieu aux bourgeons (Extrait). S. 1. n. d.,
'^]e\lédreê[Beviéw; V\ »5v'i l . ♦^^'Seouâî ^1^4 ; în-8*» i
Polybiblion, février 1906, parties ILttéraire «t teAnîcpeL
--i* Pâtis.-, 'tgôfi't in-Bf^ ■\-> ••.■«• r,w-, A , ' • ■.•. •• ^ .: = . 1 . * ■ • ,' >
/4 nthropos , revue internatioiiale d^tlmolQ^e éi de liagiàihr
4iqtu^, l>Vi »'^- Sai^uifgrvigo6v Ift-Ô-V v. •• "■• ;;.^ -./. .J
. èJRàrv^fBthiopfcédam icrij^ùtei^ ocadentàlsi ineè^i'^séeuh
^xVé;\adx^;,.càraiaey\Q...hB(iQAti,^ 6. J- <Vol. -IH,..Pi-»Betri
PAwi, S-sf.1, JÏMfairfa^/W«^fcp,libèï:ITI.etxIV. - Rom»,
.i©a6vin?^?.,^-i.:4 .1'-?;^ -iMi-i ..V.-....' • :. ^■^■•vv^>^.
./.Ui-D, BABNEti;; Some^aymgsjhm UfHudikads^ ^ London,
1905; pet. in-8°. ' :• ' • >
.^itsdùiftfù^ikèbrmsche BibbliàgvdpMe;JK:^\6» r- Emnk-
.ftiPfc â.i Mv, igoB.; in-8%. ..s, •.. ; ■. i • . : '" î •' ;. •; :
The Adyar Library Report for i 905. -v- Madrés, 1908;
Orientalische Bibliographie, XVIII, 3. — Berlin, 1906;
in-8^ . , ., , ..;, .
- v^-»^ :-'.-. y •-• ^ ^--^ PAUtA-SoCÎÉti: " •■ ■■•- •:. -ï. '
:, Ji^uHetiu' de ,lHmtitikt égyptiefi, année 1.904.». f«^» 3»6« —
Le Caire, 1904-1905; in-8". . =: .z* . .? ' .y^..
312 MAHS-AVaiL 1906.
7 Bessarione, fasc. 87. — Roma, 1906; in-S*.
The Geographical Journal, XXYil, 3. — London, 1906:
in-8'.
Rendîconti deUa Reale Accademia dei lAncei, série quinta,
XIV, 7-8. — Roma, i9o5;in-8*.
Bulletin de littérature ecclésiastique, février 1906.— Paris,
i9o6;m-8*. ' \ '
La Géographie, XIII, a. — Paris, 1906; in-8*.
Par le Miiostere de l'Instruction puruqub bt dis Braux-Arts s
Délégation en Perse, Mémoires, Tome VIU. Recherches ar-
chéologiques, 3' série. — Paris, igoB; in-4*.
K.-F. Karjalainen, Zur ostjakischen Lautgeschichte , I.
— Helsingfors , 1 904 ; m-8*.
Tore ToRBiORNSSON , Die gemeinslavische Liquidmetatkese ^
II. — Upsala, 1908; m-8*.
G.-F. Ternling , Fôrsta Kapitlet af Misnatraktaten Pireke
Abote. — Upsala , 1 904 ; in-8*. ...
E. Andersson, Ausgewàhlte Bemerkungen àher den hohai-
irischen Dialekt im Pentateuch koptisch, — Upsala, 190^; in-8*.
Gustaf Karlberg, Den lànga historiska Inskr^Uni Ram-
ses III : s . Tempel i MédineUHahn, — Upsala, 1906; in-ia.
Journal des Savants, février 1906. — Paris, 1906; iii-4*.
Bulletin de correspondance hellénique, XXX, i-a. -^ Paris,
1906, in-8°.
Bibliothèque de V École des hautes études, i54* fasc.,
2* partie : L. Serbat, Les Assemblées du clergé de France^
Paris, 1906; in-8°.
Archives marocaines, VI, 3-4. — Paris, 1906, in-8*.
Par la Bibliothèque nationale :
Catalogue raisonné des manuscrits éthiopiens appartenant à
Antoine d'Ahbadie. — Paris, 1859; ^"^"4".
Catalogue des manuscrits mexicains de la Bibliothèque natio-
nale. — Paris, 1899; i^"S°«
NOUVELLES ET MÉLANGES. 313
Ë. Bloghet, Catalogue des manascrils persans de la Biblio-
thèque nationale, tome I". — Paris, 1906; in-8*.
Par LlIicnrERsiTB d'Oipord :
G. H. PoPK, A Handhook of the ordinary Dialect of the
TamU Language, seventh édition. Part V. — Oxford, 1906;
in-8*.
— A Cateckism of Tamil Grammar, n* a. — Oxford,
1905, pet. in-8\
Par la « Bibliotbca nazionale centrale » de Florence :
Bollettino délie pubhlicazioni italiane ricevuie per diritto di
stampa,Tïvan, 6a. — Firenze, 1906; in-S*.
Par le Gouyernement Indien :
Seshagiri Sastri and M. Rangagharya , A Descriptive
Catalogue of Sanskrit Manuscripts in the Government Orien-
tal Manu scripts Lihrary, Madras, I, 3. — Madras, 1906;
in^*.
Par L*UNiYERsrrÉ Saint-Joseph, à Beyrouth :
Al-Machriq, IX, 3-4- — Beyrouth, 1906; in-8*.
ANNEXE AU PROCES- VER BAL.
(Séance du 9 mars 1906.)
UN MOT BASQUE D'ORIGINE BERB&RE.
Dans de précédentes communications, nous nous sommes
efforcé d'établir combien sont rares les cas d'emprunts faits
directement par le basque aux idiomes sémitiques (phéni>
'■' - I / r
314 HARS-AYUIIi IftOU»
cieii atuci Jbâaa qu arabe). ▲ peine «YOti»A#ufl àîtpiin^erer
deux ou trais.- Tous les autres?, à peu |irès mm.\vsi^9fHj^
aucune , ont eu lieu par l'intermédiaire de Tespagnol.
Moins fréquents eucore seraient ^ mds diopte, les emprunts
du basque aux dialectes chamitiqoes, du moins à partir du
moyen &ge. En voici un pouitant que ndus crd^fttîîs -pbiM>ir
signaler. " ■' ■\ ■:■'■ '■'- *-'-«''"^
Dans son grand dictionnaire trilingue (espagnol-baM|te«i^
lâtîn"^, Larramendi cite alkanéora comilie délJiîg|iiÀt tue
chemise d'homme chez les habitants du Guipiâfcofli',<.et'<C!4*
par opposition à kamisa, kamisea, ou même en dialecte bas-
navamn, mHmthor, rfvqui détigoeraienl spéddemcofe une
chemise de femme.
On ne nbus accusera pas, esjperdQs-)e, d^uné' excessive
témérité , si nous croyons retrouver dans cet alkànJù^ qd*on
chercherait vainement à expliquer par le nëo-latin , le ger-
manique ou le celtique , simplement lé ihâghrébin ^«xiS on
jfy^^s^ ga^dwra^ guiuiour^ et an pluôel gtunfu^r^ ç^\é»^^ la
JiMS, par.Mr.Marçellin Beaussier {DicfM0Mqir9pivltiq9^^^^[j^
y^^llfUIV,4t^ger, 187 1) etpar i autf^ur auonjme^n VçtÇfJkf.M^
parle dans les pays barbaresqaes (Paris et Limoges, i8^]}
Ce terme très usité au Maghreb ne se retrouve point en arabe
oriental, encore' moins dans la lângiiè classique, ce qui
semble bien juiliter en faveur, d'une, origine berbéR^io^l ka-
bvle à lui attribuer.
Le gandoar ou gandoura, ii^iis dit M. Beaussier, est «une
longue et large blouse sans manche , en laine fine ou étoffe
de coton que portent les Maures •• j^BuftODs qu^il est géné-
ralement de couleur blanche , ce qui le rend d un emploi
plus confortable dans les régions chaudes du Maroc et de
r Algérie.
Les Basques , sans doute , furent frappés de surprise à la
vue de ce costumé porté par les conquérants musulmans de
TEspagne, presque tous kabyles d origine, jet qi^irapp^flait
effeciivçtmQnt assez une chemise. liien 4'étonQ4ba|«ptr-4Kii|f ,
à <^ qu'ils aient tire de s>on nom «celui d^leur v^twifll^
NOtJV^LiLf:&iK>T MÉLAf^GES. 315
pirates ' scantiÎQ^firès qUâiiûèrent' lft< ragiim^ l>«pbài*esiqiië' dû
En tout cas , le fiéùxe «|2 dVz^As/i^arcKi'noti^vccoaii^wftoiM
l'article arabe, démontre clairement que le terme a été
transmis àUJè triohtëgnards pyrénéens par l'intermédiaire de
gens dont l'arabe était , pour hrmoins , devenu l'idiome usuel.
La mutation de la gutturale douce en forte chez les Basques
ne doit pas trop ijpj»^ é^pner.^ Optrcf, raç Içs lois de permu-
tation phonétique ne sont pas toujours très rigoureusement
o^jf^i^çe*. 4%"^;^!*^®^^*. f4i9P^ étra^^gèr^* rpi^ reucp^tre
quelquefois, bien que d'up^e /ff^ .^ss.Ç;5 ,jp*jégi}Jièpe,, Iç a
primitif devenant un k ou kh en Ëuskarien. Citons par
exemple kotera « gouttière ». — aker, ra ouiaMdriirfii»boiic »,
du ijieux ffaulqjs ^^o-f, m^is avec l'afîjoiirtlon d'im^iipale
er. somme toute, plutôt euphonique. — Bekhaîn, a «sour-
eu», hïL.uqaoa super aculumn, .de pebi «ocumâK et qcan
^ SMper ». — dohakabe. a «malheureux » , ktt. » sina dono, sine
gTsdia ».,. de dohain « donum • et oaot; , pnvatu , etc. , .
iNous n hésitons pas, maigre la dinorence de sensi, a re-
connaître encore ce même mot gàndotira dans le jji^^^ gah-
Aun éfM, pbiië > l^rGhês^kiré rdes ,mpU iftpagnQls et ■. poi^ais
empruntés à V arabe (J}fixy et;ËiigeliQaii^4i3*i édit*, Vam pX
Leyde , 1 869 ) et qui devient aandul dans certaines provinces
de l'Espagne. Inconnu, riobs dit-oni^ aiik'fe!dqiiéi^ def àfabe
savèknt , 1 il -. est \ttk yigueuk!. « aussi bien (partai ;left i^sf^ans
du, Maroc .ei; dËgypte que parmi l^ft chrétiens >de Malte, de
Grenade et de* >Viïénceiiv S^n/cpie 3liri0n fteiïde gandour
par o^rave.», ce sflbs^tantif reyèt d'ordinaire un sen^ visible-
ment péjoratif^ il ,e^t synonyme de «bellâtre, freluquet » et,
par extension « entrémetteur, proxénète». Son féminin gan-
doura possède , du reste , à peu près la même valeur.
: ,Q^e le nooi d!i|n vétem^t aijL fini pai? i*appliquer > h. .une
certaine onlégorie de per30BAe»j cela i|i«, .sembler paA.dJtffîçJle
àicOmprendre. Eet-Qe . que so»s ,1e. premier En^ij»;. io\^\<çfi
ipû oIél«xt pas militaire ne' se Irouyaitfpas giiaitUiédu tit)^4e
316 MARS-AVRIL 1906.
pékm / à cause des étoffes d'origine chinoise dont s*habillaient
les civils? Ràppelons-nous égalemeiit les chapeaux et les hùà-
mis, ces deux partis politiques qui se disputaient le pouvoir
en Suède , pendant le cours du XYiii" siècle. V.
De Chabkngbt.
SEANCE DU 6 AVRIL 1906.
La séance est ouverte à 4 heures et demie sous la prési-
dence de M. Barbier de Metnard.
Etaient présents :
MM. Allotte de la Fuye, Basmadjian, Bourdais, Bou-
VAT, Carra de Vaux, J.-B. Chabot, de Charengbt, Combe,
Demiau, Dussaud, R. Duval, Faïtlovitch, Faribnbl,
Fevret, Finot, Gaudefroy-Demombynes, Graffin, Q.
HuART, Ismaël Hamet, Sylvain Lévi, Isidore LivY, W. Mab-
çAis, Revilloijt, ViNSON, membres.
Lecture est donnée du procès-veii)aI de la séance du
9 mars 1 906 ; la rédaction en est adoptée.
Sont reçus membres de la Société :
MM. Marcel CuiNET, vice-consul, interprète de Tambas-
sade de France à Constantinople, présenté par
MM. Barbier de Meynard et Vilbert.
Georges Coedès, boulevard de Courcelles, 83, à
Paris (viir), présenté par MM. Sylvain Lévî et
Finot.
M.Carra DE Vaux lit une étude sur la littérature arabe
chrétienne dans laquelle il passe en revue les différents tra-
vaux consacrés à cette littérature , notamment ceux de ITJni*
versité catholique de Beyrouth. Il fait ensuite connaître à la
NOUVELLES ET MÉLANGES. 317
Société le plan du Corpus qu*il se propose de publier avec
M. Tabbé J.-B. Chabot.
M. Cl. HuART fait quelques remarques à propos dlbn El-
Mokaffa\
M. YiNSON retrace la carrière du P. Beschi , missionnaire
dans rinde,< où il arriva en 1711 et mourut en 1747. H
examine les légendes qui se sont formées autour de son nom
et fait la critique de sa rédaction tamoule du Gourou Para-
marta , ainsi que des diverses traductions qui en ont été faites.
M. le capitaine Demiau lit une étude sur la sémantique
du lait et du beurre dans les langues chamitiques.
M. Revillout approuve les conclusions de M. le capitaine
Demiau.
Avant^de lever la séance, M. le Pr^sidext annonce que
l'impression du fascicule de janvier-février, est terminée. Ce
fascicule va être très prochainement distribué.
La séance est levée à 5 heures trois quarts.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIETE.
Par les auteurs :
PoPESGU-CiOGANEL (Gheorghc), Ghîalistan. , . traducere
libéra, — Ploesti, 1906; in -8°.
W. GoLÉNiSGHEFF , Le Pupyras n" 1115 de V Ermitage
impérial de Saint-Pétershoarg (Extrait). — Paris, 1906; gr.
in-8'.
R. Du VAL, Notice sar la Rhétorique d'Antoine de Tagrit
(Extrait). — Giessen, 1906; in-8*.
Par les ËDrrEORS :
Revue critique jio^Sinnée, n" 9-12. — Paris, 1906; in-8'.
The Korea Review, V, 1 2 ; VI, 1 . — Séoul, 1906-06 ; în-S**.
318 '^ M ARS^AYRI L 1 ^MJ O /
Polybiitim,' partie littéràife • et ptt:tie-teehii|qde(«J
1906. — Paris, 1906; in-S". •• •' i ^ » î>''uU'\ .1/
. ,jR.-f* .WiLKiNSON, Malay Beliefs, — London ||^d JLeid|Bii ,
i9oè;ïn-â°. ' ' '" ? '"
Berne archéologique, janvier-février 1906. — Paris', 1^00;
Mémoires de la Spciété de JAngaistique, XIII (iii^tides
mémbres);^XlY| 1. --^Paris, igqS-iQopiJn-o^ ' : , -' I k
Journal of the Ànthropologîcal Society oj Bombay^ Vu, 5.
■;*-t-B0fHbay,y905?Wl»8'.-'î = -. *•■;' //rM-.-M;;:.- •.;:(•. i?î..::;î M
Bulletin de l'Institut égyptien, 4' série, n" 6, fasc. i«»5|y-U.
L^ÇaJre^i^Qo^, ij^:iB^. : ;y ..^^^^^ .î ...:.: iJ^Uuyf
. Journal oj the À meriçari Orien tali J^aciety^ ._ .X^VÎji. ..ff ., -77
New-Haven, iQo!5>î in-d*. ... i \.
Analecta Bollandiana, XXV, I. — Bmxellis, 1906;
Académie des Inscriptions et Belles- Lettres, Comptes rendus
des séances , nQv^emhre^déoeinJbre i^^oS. -:— .X(^(^ ^^ mhj^^hh
1857-1900 dressée par IVf. G. Ledos. — Paris, 1905-1906;
in-8^ . ..•...:;. ..... :J\
The Impérial and A^&iatic Quarterh Review, Apfil 1 906,. —
London, 1906^; in-8*. '.^ ' . '\^^, ,,.
Cjiornflle délia, Società Asiaticd îtal&ana, vol. XYIÏL-—
Roma, Pirenze»Torino, 1906; in-8*, , .'.
Le Giohe^ tome XLVl Êùlleiin, n° i. — Cenève,' loièiël
m-8\ , - « . . -^ » / rii ï
Tne Geographicaï Journal , XXlyiI, i, — t^naon^ioofi;
Atti délia R, Accademia dei Lincei. Série Quinta. Nothne,
Il , 8-9. — Roma, 1906; in-4".
IkiUetin de Utiérature ecclésiasti^me,; mars i^â;'"-^ Pfina.
J506; in-fS*». :• » ' .' . — »■ •%-v,A MV
NOUYBLIiE^. ET/ MJBUi/NGES. 31^
Bulletin des séances de la Société philologique , tome III. —
Paris, 1906; in-8°.,;., ! , r ^'•^.^■
Par le Ministère de l Instruction publique et des Beaux-Arts :
Journal des Sqiiàiits, oiars 1906. -;-, Fans, 1906 ; in-4*'.
. Nouvelles Archives des Missîçns.scîfmtifiQuésetlîiïeraîrés,
Xm, 2. — Pans, iûo5; in-8*.
. ï».,.; s- :-.H . i ;,' j;., . ■;. .;,.;. :^ \, .- ^ .^ \ ;.,. .^^ ;,y
Par le Gouvernement indien :
^i''i4itflii«^îldmàii5(rstioft fUpovtofthe FoK^DêpêrJLeml^itfof
the^'HéutraS: Presidekcy,, i^ai-k^hti -^ Madmst,:? 19061
Epigrapkià indicÊi, YIH', 3. 4.- 'Çdbàttas^ «906 ;>iiié8'.v,; ;f ;
în»::".: ;r «m Pja L'UniYIilftiarÉVÛ^OilQrrsfr ::.':. - fi;, i;.,.
Dubois and de éEÀucHAMP* Hindu' Sfanhèfs , t^usiorÀs àhâ
Cérémonies, Third Edition. — Oxford , 1906 j petît* îii'-^. '^'•
Pa'r l'a « BiBLtOTÈCA NAziôNALB CKJïTRALeV i)E Ï*L^ ! '
■Ai-.: »v '^t.iri ,,::, U} :\y^'.'. >f t.: -.,;•:..*. "i ;.. . ■ ^V.»>"-.-:'/
< ' ^^Hekiino ddie pmbblioÊtzkmi . ikdiamritêf^Êie ^0r diriUo. 4i
ÈibUothecà ïndîca, fasc. lîaS-ijSÔ.* r— Càîdittaf,'i'<i'ôSi
«?'?/. r.-:- ^ ■:-}." ! !•-.•'■ m'. »• .; y . «,' ttiij. :■■•;.;.-•.:.• ;r
'V.fifr :, ,PARjU'UwVBR&l'i;i Si^OT406JM?JBj À J^BYRQUi:»^ '. V. .ru V -
':'! >-v ^-^ r. :.• :•. • .,>•;.• • .!. u iî-, ;.^ ■}■:■■.] F. >.
tl . ' ,
320 MARS-AVRIL 1906.
NOTE SUR LES ETUDES
DE LITTÉRATURE ARABE CHRETIENNE.
I. Cette note a surtout pour but de signaler un inven-
taire des œuvres de la littérature arabe chrétienne, que nous
avons préparé, M. J.-B. Chabot et moi, en vue de Torgani-
sation du Corpus des auteurs chrétiens orientaux.
Il y a quelques années, au Congrès d'Histoire des reli-
gions de 1900, voyant la littérature arabe chrétienne un
peu délaissée7j*avais demandé au Congrès d'émettre.le Vœu
qu*un tel inventaire fut fait /afin que Ton sût au moins ce
que cette littérature contenait , et que Ton pût lui faire sa
juste place dans le champ de Témidition orientale.
Depuis lors — sans que je veuUle me flatter que ce
soit en conséquehce de ce vœu,'— ^ tout un mouvement
s*est produit dans cet ordre d*études. Et voici Tindication de
quelques ouvrages récents. .... .',.,,
lî. La littérature arabe chrétienne jusqu*â Tépoque des
Croisades \ par Georges Graf, 1906 , est une étude très inté-
ressante. Ce n*est pas exactement Tin ventaire ,q<ie nous
avions réclamé; cest plutôt une histoire de cette littérature ^
d'ailleurs très documentée.
La première partie est consacrée à la littérature dite ano*
nyme, comprenant des traductions de TAncien et du Non-
veau Testament, dont les auteurs sont presque toujours
ignorés , ainsi que des Vies de Saints. L'auteur a cru devoir
distinguer dans cette production deux groupes :' on groupe
palestinien et un groupe syrien ; le groupe palestinien ayant
son centre au sud de la Palestine, au monastère de S. Saba,
à 3 heures au sud-est de Jérusalem , et au monastère du
Sinaï , — et le groupe syrien comprenant les villes et les cou-
* Die christlich-arabische Literatnr bis znr Jrânhischen Zeit, eine
litterar historische Skizze, von Dr. Georg Graf, Freiburg, iqoS.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 321
vents du Nord. On peut remarquer que celte division dé-
pend en réalité de la culture des lettres syriaques et de
l'organisation monastique. 11 n*eùt pas été possible d*en
fonder une sur la répartition des populations arabes chré-
tiennes dans les contrées orientales, d'après laquelle on
trouve à Tépoque des origines de Tlslam , des Arabes chré-
tiens dans la région de Hirah au nord -est de TArabie,
d'autres à la frontière de Syrie chez les Gassanides, d'autres
en Arabie, sur différents points du Yémen, à Nedjrân, et
du côté dû golfe persique dans le pays de Katar \
Au reste , la division employée par M. Graf ne parait pas
avoir un intérêt majeur ; nous ne l'utiliserons pas dans notre
inventaire.
La seconde partie de l'ouvrage de M. Graf est consacrée à
une série d'auteurs, exactement 18, dont les plus connus
sont : Théodore Abou Rorrah, Eutychius, Sévère ibn el-Mo-
kaffa', évéque d'Ëchmounaïn , qu'il ne faut pas confondre
avec ibn-el-Mokaffa*, le traducteur de Kallla et Dimna,
Jahya , fils d'Adi , et le syrien nestorien Elie de Nisibe qui
écrivit également en syriaque et en arabe, ir est souvent
difficile de se procurer des renseignements sur les vies de
ces auteurs; nous n'avons pas pour la littérature^ arabe chré-
tienne de grande collection biographique comme celles que
nous avons pour la littérature musulmane. Nous sommes
obligés de chercher des renseignements dans les auteurs
d'histœres générales , et dans les écrits mêmes des auteurs
étudiés, quand par hasard ils en contiennent; l'ancien cata-
logue du Vatican, de Mai, a groupé déjà pas mal d'indica-
tions de ce genre.
m. Je viens de dire que nous n'avons pas de grand ou-
vrage bibliographique pour les auteurs arabes chrétiens.
Nous avons cependant un morceau assez important d'Abou 1-
^ Voir la mention de cette dernière colonie chrétienne dans les
Synodes Nestoriens , éd. et trad. J.-B. Chabot, p. 48o.
VII. ai
tHrBIMr.KH ■ATIOIIALB.
322 M\RS-ÂVR1L 1906.
Barakàt, écrivain daxiv* siècle (mort i363 Ch.) qui, dans le
chapitre vu dune encyclopédie théologique intitulée «La
lampe des ténèbres ■ , nous a donné un catalogue de la litté-
rature arabe chrétienne qu'il pouvait connaître. Ce catalogue
a été édité et traduit par W. Riedel S 190a. La partie bio-
graphique y est nidle; la partie bibliographique est très ap-
préciable. L*anteur a pourtant mêlé aux écrivains propre-
ment arabes des Pères grecs et des auteurs syriens traduits
en arabe. En défalquant ces déments étrangers, le nombre
des auteurs arabes mentionnés n'est guère de |rius d'une
vingtaine; en dehors des noms célèbres que nous indiquions
précédemment , on y trouve ceux d'Els-Safi et d*Ibn el-'Ass&l.
IV. L'étude de la littérature arabe chrétienne a été culti-
vée-en- Orient autour du centre formé par l'Université de Bey-
routh. Depuis longtemps les savants de Beyrouth se sont
préoccupés de faire au christianisme sa pwt dans la littéra-
ture arabe. On connaît leun travaux sur les poètes, et l'on
sait comment ils ont étudié ceux d entre eux qui furent sûre-
ment chrétiens, et conunent ils en ont revendiqué pour le
christianisme plusieurs qui le furent d'une fwjon mokas cer-
taine.
Leurs travaux en ce sens ont été favorisés par la fondation
de leur revue Al-Machriq, Cette revue qui en est, en 1906,
a sa neuvième année, a fait, dès le début, une aaseï large
place aux recherches sur la littérature arabe chrétienne.
C'est ainsi qu'elle publiait en 1903, de Malonf, une édition
du traité De Deo ano et trino, écrit en arabe par ÉUe de
Nisibe; en igoSyde L. Cheïkho, un traité inédit attribué
à Aristote, traduit par le chrétien jacobite Ibn Zora'a (mort
398 H.); en i^oà, du même, des traités pkilosorphiques
de Paul de Sidon ou Paul le Moine; en 190^» de C Eddé,
La logique d'ibn el-'Assal; en 1906, du P. L. Gheïkho, la
* Der Katalog der christlichen Sckriften in oro^ifcAer Spraeke
von AbnI-BarahAt, éd. et trad. Wilheim Riedel, 190s, Gôttînges.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 323
légende arabe de saint Aleids , etc. ; sans parler des rensei-
gnements donnés dans la Revue sur la belle collection de
manuscrits arabes de TUniversité.
V. A la même période d'études (1900-1906) appartient
la publication d'un ouvrage qui serait le plus ancien docu-
ment de la littérature arabe chrétienne, les Homélies de
Théodore Abou Korrah, évêque de.Harran, écrivain du
viii" siècle de Tère chrétienne \
VI. Le plan du Corpus des auteurs chrétiens orientaux
comprend naturellement la publication des auteurs arabes
chrétiens, tant historiens que théologiens. Cette publication
se trouve avoir commencé par des historiens; ce sont eux,
d'ailleurs, qui avaient attiré dès l'abord l'attention des
savants, puisque Eutychius est connu depuis Pococke, qui
travaillait vers 1700, et que l'étude d'EIl-Makin nous fait
remonter à une époque très haute dans l'histoire de l'éru-
dition orientale, son Historia Saracenica ayant été éditée
et traduite par Erpénius en 1625. Quant à l'histoire des
Patriarches d'Alexandrie, de Sévère d'Echmouneïn , elle a
été déjà exploitée depuis longtemps par Renaudot.
Les éditeurs du Corpus ont commencé à publier une édi-
tion complète des Patriarclies d'Alexandrie ; ils ont préparé
une nouvelle édition d'Eutychius dont le premier volume va
bientôt paraître, d'après des manuscrits meilleurs et plus
complets que celui de Pococke, plus corrects notamment en
ce qui concerne les listes des patriarches des divers sièges ; à
cette édition sera joint le supplément encore inédit de Jean
d'Antioche.
VII. L'œuvre du Corpus nécessitait l'inventaire que j'avais
réclamé dès 1900. Cet inventaire, nous l'avons préparé de
^ Majâmir Thâoudouros Abi Korrah, éd. et trad. ' Constantin
BAchA, Beyrouth, 190/1. — Citons encore : Die arabischen Bibel-
iiber-setzungen , par Paul Kahle, Leipzig, 1904.
324 MARS-AVRIL 1906.
façon qu'il puisse rendre les mêmes services qae celui de
Brockelmann rend dans les études musulmanes; nous
apporterons tout ie soin possible à la rédaction des notes bio-
graphiques et bibliographiques. Voici quel en serait le plan ;
ce plan pourrait être retouché d'après les observations et les
avis des savants compétents.
I
APOCRYPHA. LITURGIGA. GANONIGA.
A. Apocrypha sacra. — ( Nous considëroos comme teites bibliques
tous ceux qui sont contenus dans le canon de la Vulgate.)
1° Ancien Testament : a. Textes pseudo-épigraphiqaes; 6. Récits
et histoires concernant TA. T.
2° Nouveau Testament : a. Textes ; (. Histoires et récits concer-
nant le Christ.
3** Textes et récits concernant : a. Les Anges; (. La Vierge
Marie; c. Les Apôtres et les disciples; d, La Croix.
B. LitvLr(jica. — Anaphores et Rituels : i* Sdon le riteja-
cobite; 2** Selon le rite mdkite.
Appendix : Prières (apocryphes et superstitieuses].
C. Canonica. — i* Généralités. Histoires des Condles; a* Ca-
nons dits apostoliques; 3** Canons des Conciles; 4* Canons et règles
attribués à divers personnages; 5° Canons des empereurs; 6** Traités
de droit canonique.
II
EXEGETIGA. THEOLOGIGA.
A. Tliéoloyiens Grecs (dont les œuvres ont été traduites eo
arabe, par ex. : Basile, Grégoire de Nysse, Chrysostome, etc.).
B. Théologiens syriens, traduits du syriaque (comme Bar Saiibi,
Kphrem , Jacques de Saroug , etc. ] , ou ayant écrit en arabe ( AbouH-
Faradj, Elias deNisibe, etc).
C. Théologiens arabes.
Dans chacune de ces catégories les auteurs sont classés par ordre
NOUVELLES ET MELANGES. 325
alphabétique, sans distinction des sectes auxquelles ils appar-
tiennent (jacobites, nestoriens, melkites).
D. Ouvrages anonymes, — i" Commentaires sur TA. et le N. T.;
2" Traités de théologie dogmatique. Professions de foi; 3" Traités
de morale. Homélies; 4** Controverses et théologie polémique.
III
HISTORIGA. HAGIOGRÂPHIGA.
A. Histoire. — 1" Chroniques et Histoires générales; a* His-
toires particulières. Description des villes et des Lieux saints.
B. Hagiographie, — i** S^naxaires et collections de vies de saints;
2° Vies des martyrs et des saints; 3* Histoires et récits concernant
la vie monastique : a. Apophtegmata ; b. Collections d^histoires
ascétiques; c. Récits et anecdotes isolés.
B"*" Carra de Vaux.
BIBLIOGRAPHIE.
NOUVELLES BIBLIOGRAPHIQUES.
Sous le titre suivant : Les Préceptes du Behaisme (Paris,
Ernest Leroux, 1906, in- 18, x-'j2 pages. Prix: 2 fr. 5o),
MM. Hippolyte Dreyfus et Mirza Habib-Ullah Chirazi
donnent la traduction de quelques textes beliaïs recueillis
dans les communautés hindoues et dont voici l'énuméra-
tion : Les Ornements — Les Paroles du Paradis — Les Splen-
deurs — Les Révélations, Ils sont précédés de la curieuse
lettre qu'écrivit Beha-Ullah au sultan Abdul Aziz après son
arrivée à Saint-Jean d'Acre dans lautomne de 1868. Dans
l'introduction , les traducteurs combattent lopinion d'après
326 MAHS-AVRIL 1906.
laquelle le behaïsme se rattacherait à la secte des Horoûfis.
L accueil fait aux nombreuses publications qui, depuis
quelques années, ont été consacrées aux religions du Bab
et de Beha-Ullah nous font bien augurer du succès de cette
intéressante plaquette.
M. Ch. René-Leglerc faisait dernièrement lithographier
à Médéah une carte du Maroc avec légende en arabe,
qui ne saurait manquer d*étre appréciée par les indigènes
de TAfrique du Nord. En même temps il publiait une
intéressante étude sur un sujet qui, bien que plein d'ac-
tualité, était encore peu connu : L* Armée marocaine (Al-
ger, Léon, 1905, in-8", 29 pages avec carte. — Extrait du
Bulletin de la Société de Géographie d'Alger et de V Afrique
du Nord),
M. A. Raox, professeur au lycée de Constantine, nous envoie
La Moallaka de Zohaïr, suivie de la Lâmiyya d'Ihn El Ouardi
et de quelques poésies extraites du Divan de 'Ali hen Ahi Tâlib
(Alger, Adolphe Jourdan, 1906, in-S"). Les textes arabes
de ces poèmes, entièrement vocalises, sont accompagnés
d'un commentaire arabe et d'une traduction française.
Les Leipziger Semitische Studien, publiés par MM. A. Fis-
cher et H. Zimmem à la librairie J. C. Hinrichs, de Leip-
zig , viennent de s'enricliir de deux fascicules dus à M. Hans
Stumme , Tarabisant bien connu. Tous les deux sont consa-
crés à la littérature maltaise. Ce sont d*abord des Maltesiscke
Studien, eine Sammlung prosaischer und poetischer Texte in
maltesischer Spiache nehst Erlàuterungen (1904» în-8*,
124 pages. Prix: 4 marks), puis des Maltesiscke Màrcken,
Gedichte und RàtseV in dentcher Uehersetzung (1904 in -8*,
XVI- io3 pages. Prix : 3 m. 5o).
La librairie Victor LecofFre donnait, il y a qudques mois,
dans sa Bibliothèque de l'enseignement de l'histoire eeeUsias''
NOUVELLES ET MELANGES. 327
tùjue, un remarquable travail duR.P.J. Parooire ils'È^ise
byzantine de 527 à 8U1 [ 1906, in-12, xc-4o5 pages. Prix' 5
3 fr. 5o) excellent résumé de tout ce que nous connaissoni
sur ce sujet. Bien diflérent de cet ouvrage est le dernier
volume qu'elle a édité : Chez les ennemis d'Israël : Amoiy
rhêens. Philistins, de M. labbé Antoine Dard (1906, in>'i6,
333 pages avec figures et cartes hors texte. Prix : 3 fr.5o);
C*csl un journal de voyage en Palestine dans lequel Tauteur
nous retrace avec un talent réel la situation actuelle de ce
pays et Thistoire de ses luttes passées.
Un livre fort curieux et dune lecture captivante, c'élt
celui que le D' Binbt-Sanglé , professeur à TEcole de psycho^
logie« vient de faire paraître dans la Bibliothèque de cette
école sous le titre suivant.: Les Prophètes juifs, étude de psy-
chologie morbide (Des origines à Elie) [Paris, Dujarrie et €'%
1905, in- 18, 324 pages. Prix : 3 fr. 5o].
M. Martin Lbwin vient de donner une utile contribation
aux études syriaques par son édition critique des gloses de
Théodore Bar Kôni sur les chapitres xii-l de la Genèse
( Die Scolien des Theodor Bar Kânî zur Patriarchengeschichte
(Genesis xij-l), heraasgegeben und mit einer Einleitung uni
Anmerkangen versehen, Berlin, Mayer und Mûller, 1906,
in-S", xxxvii-35 pages).
Nous recevons le premier fascicule d'un important ouvrage
de M. MoritzSteinschneider, Die Geschichtslitteratur der Juden
in Druckwerken und Handschriften ( Frankfurt a. M. , Kaufi-
mann, 1906, in-8°, 190 pages. Prix : 6 marks). Ce fascicule
est consacré à la bibliographie des ouvrages en langue hé-
braïque; nous espérons que les autres suivront rapidement.
Rapprochons de cet ouvrage La Littérature populaire des
Israélites tunisiens de M. Eusèbe Vassel, dont le premier
fascicule, comprenant les pages 6-96, a paru récemment
(Paris, Ernest Leroux, 1906, in-8°. Prix : a fr«5o).
328 MARS-AVRIL 1906.
Traduit dans toutes les langues de TËurope, le Code de
Hammourabi de Têtre en persan, et le journal Tèrbiyit
de Téhéran publie cette nouvelle version depuis quelques
mois. Rappelons, à ce propos, que ce fut M.K.-J. Basmadjian
qui, il y a une dizaine d'annés, introduisit rassyriologie en
Turquie avec sa brochure Atoârî vè Kaldânilèrè makhsoâs
khatt-i mîkht ( Constantinople , Bibliothèque de TÂst, i3ia,
in- 16 de 27 pages).
Sept traductions différentes du Chapitre sur les vies
des saints anachorètes avaient été publiées. Aujourd'hui
M. Tabbé F. Nau nous en donne le texte grec original précédé
d'une savante introduction et suivi de deux appendices
( Le Chapitre sar les saints anachorètes et les sources de la vie
de 5. Paul de Thèbes [Extrait de la Revue de l'Orient chrétien].
Paris, Alphonse Picard et fds, 1906, in-8', 3i pages).
Le British Muséum vient d'éditer, avec un luxe véritable-
ment remarquable , un recueil de textes coptes et grecs de
l'époque chrétienne relevés dans cet établissement par l'un
des conservateurs, M. R. Hall {Coptic and Greek Texts af
the Christian Period from ostraka, stelae, etc, in the British
Muséum, London, 1906, in-folio, xi-159 pages avec
101 planches). Reproduits en fac-similé et en caractères
d'impression , les nombreux textes contenus dans ce beau
volume sont accompagnés d'une traduction anglaise.
Lucien Bouvat.
The private diàry of Ananda Ranga pillai, dubash to J.
F. Dupleix . . . Translated from the tamil and edited by Sir
J.-F. Pricb and K. Rangosari. Vol. I. Madras, Gov. Press, 1905.
— In-8°, xlij-445 pages et un portrait.
Le 2 1 novembre 1 844 débarquait à Pondichéry un jeune
commissaire de la marine , Edouard Ariel , qui avait suivi les
NOUVELLES ET MELANGES. 329
cours d*Eug. Burnouf à Paris et qui avait demandé à être
envoyé dans l'Inde pour y continuer ses études. 11 ne tarda
pas à apprendre à fond et le sanskrit et le tamoul; il réunit
bientôt une fort belle collection de livres et de manuscrits.
Au cours de ses recherches, il découvrit, dans une maison de
la ville noire, de très importants documents, fort intéres-
sants pour rhistoire des Français dans Tlnde, qu'il fit copier.
Cette copie , conservée aujourd'hui à la Bibliothèque natio-
nale, à Paris, forme seize volumes grand in-folio. Onze de
ces volumes (n" lài à i54) ^ contiennent le journal d*Anan-
darangappoullé , courtier, c'est-à-dire agent général, de la
Compagnie des Indes, qui embrasse une période de 25 ans,
de 1736 à 1761. C'est l'époque la plus importante de l'his-
toire moderne de l'Inde.
Un autre jeune fonctionnaire de Pondichéry, M. Arthur
Gallois Montbrun, signala ce journal dans une petite bro-
chure qu'il publia en 1847. En 1^70» à l'occasion de l'érec-
tion de la statue de Dupleix à Pondichéry, M. F.-N. Laude,
Procureur Général, fit paraître des extraits de ce journal re-
latifs au siège de 17^8, traduits en français par ses ordres :
mais cette traduction est assez médiocre et incomplète.
En 1889, j'en ai traduit quelques passages dans un volume
publié par l'Ecole des langues orientales à l'occasion du
Congrès des Orientalistes de Stockolm; en 189^, j'ai publié
un volimie intitulé Les Français dans V Inde, qui contient la tra-
duction de plusieurs morceaux du journal, de 1786 à 17^8.
J'ai donné un spécimen du texte dans mon Manuel de la
langue tamoule publié en 1908. On trouve de tout dans ce
journal : des histoires de famille , des cancans , des conversa-
tions , des observations , des détails de conmierce , etc.
Aujourd'hui , le gouvernement anglais a prescrit la publi-
^ En 1 900 , un nouveau volume fat découvert à Pondichéry et
une copie en fut envoyée par les soins de M. A. Bourgoin , conser-
vateur des Archives de l'Inde française, à la Bibliothèque natio-
nale, où eile a reçu le n° i54 bis.
330 l^ARS-AVRIL 1906.
cation compiète de ce mémorial et le premier volume de
cette traduction vient de paraitre.
Le volume est fort élégamment imprimé , avec des som-
maires en marges, un index alphabétique à la fin, une table
analytique des chapitres entre lesquels on a divisé le jooF^
nal , une fort intéressante introduction et deux appendices.
En regard du titre est la i^eproduction photographique
d*un portrait -^ œuvre évidemment d'un artiste médiocre
— conservé dans la famille d'AnandarangappouUé. La
traduction m*a paru exacte et fidèle; elle est édairée de
temps en temps par quelques notes discrètes. Mais j*ai pu
constater que la copie de Paris, exécutée il y a déjà cîn*
quante ou soixante ans sur des originaux mieux conservé»,
pourrait combler certaines lacunes de la copie dont s'est
servi M. Price.
Le premier appendice traite du nom Maçukkarei par le*
quel Tauteur désigne Bourbon et Maurice ; M. Price adopte
ma traduction • Mascareigne » ; c'est que, à Tépoque, .on
disait , en parlant de ces deux îles : « les Mascareignes t où
simplement «lesiles»; Mascareigne était d'ailleurs le nom
primitif de Bourbon.
M. Price paraît désireux de savoir quelle est exactement
la consistance de la copie Ariel (Bibliothèque nationale).
Après l'addition du ms. supplémentaire n** 1 54. hû qui « été
copié par les soins de M. A. Bourgoin, conservateur de ia
Bibliothèque de Pondichéry, sur un registre nouveau dé-
couvert en 1900, le manuscrit va du 6 septembre 1736
au 13 juillet 1761 \ et présente les lacunes suivantes : du
S) 5 novembre 1748 au a 4 juin 1749^ du 20 décembre 17&O
au i5 avril 1761, du 7 mars au a3 avril 175a, du 10 dér
cembre 17 53 au 5 septembre 1754, du a 3 septembre 1758
au 4 janvier 1759 et du 12 mars au 9 avril 1759.
Julien VwîJOH.
^ ÂnandarangappouHé mourut ic la janvier 1761, trois jours
avant ia capitulation de Pondichéry.
NOUVELLES ET MELANGES. 331
M.-A. Stein. — Report of Arciimological Survey work in tue
NortH'Western Frontier Province and Balvchistan , for
the period from January 2**, 1904» to March 3i*\ 1906.
Peshawar, 1906; in-fol. 56 pages.
Le D*^ M.-A. Stein, dont l'activité méthodique sufTit à toutes
les tâches, a joint récemment aux fonctions d'inspecteur
général de renseignement, qu'il exerçait auparavant, celles
Ôl Archœological Surveyor, Nul assurément n'était mieux qua-
lifié que ce sagace et heureux explorateur pour rechercher,
sur le sol du Gandhâra et de l'Udyâna , les restes de cette
antique culture buddhique dont il a su retrouver les vestiges
jusque dans les sables du Turkestan. Le présent rapport, qui
contient la relation des tournées effectuées par M. Stein
pendant l'année 1 god > nous apporte déjà des résultats pleins
d*intérét sur les antiquités du district de Kohat, du Mahaban
et du Baluchistan.
Kohat est un district situé sur la frontière afghane, entre
ceux de Peshawar au nord et de Bannu au sud. Ces deux
derniers forment le bassin de la rivière Kurram, une des
plus anciennement connues parmi les rivières de l'Inde, car
elle est mentionnée , sous le nom de Kramu dans la nadîstuti,
RV. , X, 76. Cette région lut traversée, au v* et au vu* siècle,
par les pèlerins chinois Fa-hian et Hiuan-tsang. Fa-hian,
partant de Hai-lo (Hidda, 5 m. S. de Jalalabad), sur la
frontière du pays de Nagara (Nangrahar), franchit les Petites
Montagnes neigeuses (le Safed-Koh) et arriva au royaume
de Lo-i (haute vallée du Kurram) , où habitaient 3ooo moines
étudiant les deux Yânas. De ià il descendit vers le Sud et
arriva au pays de Po-na (Banna) qui comptait à peu près
autant de moines, mais tous adhérents du Hînayàna ^
Hiuan-lsang, retournant de l'Inde vers Kabul et la Chine,
passa à Lan-po ( sk. Lampaka = Laghman ) , d'où il marcha
i5 jours vers le Sud jusqu'à Fa-la-na (Bannu). Ce pays était
^ Fa-hian, trad. Legge, p. 36 et suiv.
332 MARS-AVHIL 1906.
sous la dépendance du Kapiça; il était limitrophe, à TGaest,
du Ki-kiang-na (le Kikan des Arabes), région montagneuse
habitée par des tribus indépendantes (= Waziristan). La
route suivie par le pèlerin était la grande route qui joignait
la région de Kabul au cours moyen de Tlndus : elle traversait
le Safed-Koh et suivait la vallée du Kurram jusqu^à son
confluent avec Tlndus. Quant à la capitale du pays de FaAa-na,
M. Slein croit en retrouver la trace à Akra, 7 m. S. S. O. de
Bannu, où de nombreux monticules paraissent témoigner de
Texistence dune ancienne cité. Cette hypothèse devra être
vérifiée par des fouilles, car il ne reste sur le sol aucun vestige
caractéristique.
11 n'en est pas de même à Kaiirkot. Sur un platean isolé
du Kliasor Range, qui domine le confluent du Kurram avec
rindus, se trouvent les ruines d'une ancienne forteresse,
consistant principalement en un mur bastionné qui fait le
tour du plateau. La surface délimitée par ce mur parait être
d une vingtaine d'hectares. La maçonnerie est d'nne curieuse
diversité : tantôt des pierres de dimensions énormes, gros-
sièrement épannelées vers Textérieur, mais de formes et de
dimensions irrégulières , sont empilées les unes sur les autres,
les interstices étant comblés par des cailloux (type très
commun dans le Gandhâra et TUdyâna); tantôt les pierres,
de dimensions inégales, sont taillées de manière à former
des assises horizontales , les plus grandes formant la base des
murs, les plus petites le parapet; tantôt enfin un noyau de
moellons est revêtu de deux parements de grès soigneusement
appareillés. Dans cette enceinte se trouvent les ruines de
quatre petits sanctuaires et d une maison d'habitation à deux
étages ; un cinquième temple est à l'extérieur du fort , sur le
bord de la rivière.
(]es constructions paraissent dater du viii' au x* siècle; elles
ne portent aucune trace d'occupation musulmane.
Dans le district de Hazara , M. Stetn a fait une curieuse
oliscrvation concernant le rocher de Mansehra, qui porte une
inscription d*Açoka. Le choix de ce site parait d'abord étrange.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 333
car les environs sont déserts. Mais au pied du rocher passe
un vieux sentier qui conduit de Mansehra au tïrtha de Breri
(5 m. N. 0. de Mansehra) , où on se rend en pèlerinage pour
vénérer un grand rocher qui est une forme naturelle (sva-
yainbhû) de Durgâ (Breri = Bhattarikâ, i. e. Durgâ). La
présence de l'inscription sur le chemin d'un pèlerinage sans
doute fort ancien s'explique facilement; c'est ainsi que les
édits sur roc de Junagadh sont sur la route des sanctuaires
du mont Girnar.
Nous arrivons au chapitre le plus curieux du rapport de
M. Stein : l'exploration du Mahahan. On donne ce nom au
massif montagneux qui s'enfonce comme un coin dans la
frontière indienne, entre les districts de Peshawar et de
Hazara, et qui domine la rive droite de l'indus, en face d'Ab-
bottabad. Il ne jouissait que d'une notoriété modeste lorsque,
en 1 848 , le général Abbott crut y retrouver le roc fortifié
d'Aornos qui fut assiégé et pris par Alexandre. En Angleterre ,
tout ce qui touche de près ou de loin à la Grèce est assuré
d'une célébrité immédiate : le Mahaban devint donc célèbre,
en attendant le jour oii le D"^ Stein devait le dépouiller de son
auréole classique. La chose s'est faite très simplement. Abbott
avait regardé le Mahaban de fort loin : comme il n'en pouvait
distinguer les détails, il s'était facilement persuadé que le
site répondait exactement aux descriptions des historiens
d'Alexandre. Il se plaisait notamment à y voir — in his mind's
eye — un grand plateau abondamment arrosé. Or quand
M. Stein, après de laborieuses négociations avec les tribus,
réussit à mettre le pied sur le prétendu Aornos , que vit-il ?
Au point d'intersection de quatre longues arêtes rocheuses,
une petite terrasse d'environ i3o-i3o mètres de long sur
25-6o mètres de large. L'escorte n'y était pas à l'aise , d'autant
que la source d'eau pure promise par Arrien était aussi invi-
sible que les terres arablei4dont ia culture, selon le même
auteur, exigeait le travail d'un millier d'hommes. En somme,
la question que M. Vincent Smith, dans sa récente Histoire de
VInde, considérait comme «defmitely setlled», Test en effet,
334 MARS-AVRIL 1906.
mais dans le sens négatif : le M ahaban n'est pas TÂornos. Sar
([uel rocher se posera désormais ce nom flottant? M. Stdn
n'est pas éloigné de croire que le fameux siège n*a eu lieu
que dans le pays chimérique où Alexandre accomplit tant de
miraculeuses prouesses. C'est peut-être pousser on peu loin
le scepticisme. Sur un autre point encore , M. Stein tient un
langage inquiétant. On sait cpie la région de Peshawar a
fourni a Tépigraphie un assez grand nombre d'inscriptions
en caractères inconnus. Suivant les renseignements donnés
par leurs inventeurs, les unes provenaient du Mahaban, les
autres du Buner. Or M. Stein a été au Buner et au M ahaban,
sans pouvoir trouver nulle part la moindre trace, le moindre
souvenir de ces inscriptions. Un émule d'Islam Akhun aorait-ii
été à l'œuvre de ce côté ?
La seconde découverte de M. Stein est la localisation du
stiipa du «Don du corps». Il y avait dans l'Inde du Nord
« quatre grands stupas » marquant respectivement les endroits
où le Bodhisattva avait donné par charité un morceau de sa
chair, ses yeux, sa tète et son corps. Le stûpa do Don de ia
tête était à Taksaçilâ (Shah-ki-Dheri , près Peshawar); celui
du Don des yeux a été localisé par M. Foucher à Poskaravati,
aujourd'hui Charsadda (BEFËO., I, Sâg); celui do Don é&
la chair, par M. Stein , à Girarai (Buner). Restait le quatrième,
que Cunningham plaçait à Manikyâla, près de RawalpindL
Pour des raisons que nous ne pouvons examiner en détafl,
mais qui paraissent probantes , il faudrait le chercher sur le
mont Banj , au sud de la chaîne principale du Mahaban,
Nous ne suivrons pas le D' Stein dans son voyage aux
ruines d'Asgram (probablement VAsigramma de Ptolémée)
et dans le Baluchistan. Nous en avons dit assez pour montrer
que le travail archéologique est vigoureusement poussé sur
ia frontière du Nord-Ouest. Nous faisons des voeux pofnr
(}u une œuvre aussi bien commencée ne soit pas arrêtée par
le manque de temps ou de ressources. Le monde savant
aurait une grande joie à apprendre que le Gouvernement
de rinde a donné au D' Stein les moyens de fouiller un grand
NOUVELLES ET MÉLANGES. 335
site historique, tel que ceîui de la vieille Taksaçilâ. 11 est
presque sûr que des trésors scientifiques dorment là à portée
de la main. Lord Curzon avait un goût peut-être excessif
pour les restaurations : puisse , sous le nouveau règne , la
pioche hériter de la faveur dont la truelle hënéficiait sous
Tancien !
Ajoutons que le point de vue archéologique n'est pas le
seul qui ait retenu Tattention du D' Stein. 11 s*e»t préoccupé
aussi de réunir des matériaux pour la géographie ancienne
de rinde du Nord, qui est sa part contrihutive au Grundriss
der indo-arischen Philologie, On apprendra avec satisfaction
que le Grandriss n'est pas mort et enterré, comme on avait
pu le craindre, mais qu'il est simplement tombé dans une
léthargie dont il ne serait pas impossible qu'il se réveillât
dans un avenir plus ou moins éloigné. Du vivant de Bûhler,
il en parut 4 ou 5 fascicules par an ; après sa mort , un ou deux ;
depuis quatre ans il n'en parait plus du tout. L'héritage
d'Alexandre est lourd sans doute : il semble cependant
qu'avec quelques e£Ports on parviendrait à achever l'œuvre
que sa mort a interrompue.
L. FiNOT.
Orientalische Studien Theodor Nôldeke zum siebzigstcn
Geburtstag {2 Màrz 1906) geividmet von Freunden und Sckûlcrn
und in ihrem Aujtrag keraiisgegcben von Cari Bezold. Mit dem Bild-
niss Th. Nôldeke s , einer Tafel und zwôlf Abbildangen. 2 Bande.
Veriag von Aifred Tôpelmann, Giessen, 1906. (Druck von
W. DruguHn in Leipzig.)
A l'occasion du soixante-dixième anniversaire de M. Nôl-
deke, un grand nombre de ses amis et anciens élèves lui
ont présenté un recueil de mémoires qui dans leur ensemble
sont l'image du vaste domaine de la science littéraire où ce
savant règne en maître d'une autorité non contestée. Je
suis un des quatre-vingt-six contribuants et je n'oserais en-
336 MARS-AVRIL ig06.
treprendre de rendre compte du livre, si je ne devais ajou-
ter en touU^ humilité : quorum pan exiguafài.
Le recueil commence par un catcdogue des écrits de
M. Nôldeke, dressé par M. Kuhn, et qui embrasse aussi ses
critiques d'ouvrages d'autres auteurs. Le totcd s^élève au
chiffre respectacle de 56 & numéros, et encore M. Kuhn
m'écrit qu'il n*est pas complet.
Les essais de la première partie (p. i-46i) ont tous rap-
port à la langue , la littérature, la religion et l'histoire des
Arabes. Ils débutent par le mien qui contient une hypo-
thèse sur la vocation du Prophète. M. Buhl a soumis à un
examen critique excellent les traditions sur les préliminaires
de la bataille de Bedr, et celles sur l'émigration des Musid-
mans en Abyssin ie. M. Nicholson décrit le fragment d*une
biographie de Mohammed par al Mottawwil (v* siècle de
THég. ) (jui n'a pas encore été consulté par les savants euro-
péens et dont le seul manuscrit connu se trouve dans sa
bibliothèque. M. Fischer tâche de démontrer que les versets
7 et 8 de la sourate loi sont une interpolation exégétique
et non pas des paroles coraniques mal placées» M. Geyer
traite des vers anciens où la vitesse de la chamelle est attri-
buée à sa frayeur, causée par un chat qui s*est attaché à ses
lianes , doublé parfois d'un co(| ou d'un porc. 11 croit qu'on ne
saurait penser à ces animaux mêmes, mais qu'ils figurent
des êtres démoniaques, des djinn. M. Schulthess a fourni un
très bon mémoire sur ie poète ancien Omaya ibn abi'ç-Çait
et l'authenticité des vers qu'on lui attribue. Ce poète était
hanif, terme ({ue M. Schulthess considère comme étant
arabe, non pas emprunté à l'araméen, et signifiant séces-
sioniste. L'auteur pense que ce poète devait ses connais-
sances bibli((ues aux Juifs du Yémen. M. Houtsma fûgnaie
une version poéticjue du Kalila wa Dimna par Ibn al-Hab-
bâriya (t r>o4 de THég.) qu'on croyait perdue, mais qui
s'est retrouvée en Inde, où elle a été lithographiée en 1900
à Bombay. M. Snouck Hurgronje communique une qa^Sda
NOUVELLES ET MÉLANGES. 55*3
d\in poète du Hadramôt avec traduetion et notes. M. Broc-
kelmann a recueilli les fragments du livre de Mohammed
ibn Sallâm al-Djomahi ( f aSi ) snr les poètes. M. Lyidl pu-
blie un extrait du Commentaire d*Ibn al-AnbirI sur les
Mofaddallyàt dont il prépare une édition. Cet extrait con-
tient le récit de la bataille d*al-Kolâb ' par Ibn al-KelbL
M. G. Rothstein a trouvé dans le livre de Shiboshtl (i Sgo)
sur les monastères un épisode intéressant sur les Tâhirides
dont il donne un aperçu. M. Barthold souniet à un examen
critique tout ce qu'on sait sur les premières années de
Ya'qoub le premier prince SaSaride. M. Derenbourg re*
dresse un passage tronqué du Fakhrî , en insérant un en-tète
qui manque dans le manuscrit. M. Max van Berchem donne
une édition sommaire des inscriptions de Tatâbek Loulou de
Mossoul. M. Torrey publie d'après le manuscrit de Paris
un petit traité d'Ibn Barrï (+ 58a) sur les locutions vi-
cieuses, et M. Brûnnow le traité d*Ibn F&ris (i 596) stir
Taliitération en arabe. M. Mez parie de quelques classes de
verbes trilitères de formation secondaire , conune ceux com-
mençant par un 5 et qui ont été dérivés de la 1 o* forme ou
bien d une forme saj^al, d'autres commençant par un k qui
ont été formés de la A* forme , etc. M. Reckendorf traite de
l'emploi du participe en arabe. M. Friedlânder fait ressortir
les hautes qualités du «Livre des religions et des sectes»
par Ibn Hazm et en analyse la c(Hnposition. M. de Boer ex-
pose la polémique d'ai-Kindî contre le dogme de la Trinité.
M. Cheikho publie un petit traité rdigieux et philosophique
de Honein. M. Fraenkel décrit en détail le droit d'asile ches
les Arabes. M. Goldziher fournit une étude intéressante sur
les éléments magiques de la prière musulmane. M. Becker
donne un article remarquable sur l'usage dumjm^r (chaire)
aux premiers temps de l'islamisme. M. Juynboll sWcupe de
la signification primitive du mot *amm (oncle paternel).
M. Macdonald publie l'Histoire du pécheur et du djinnî
d'après le manuscrit des Mille et une Nuits emjdoyé par
Galland. M. Rhodokanakis décrit trois manuscrits de Çons-
vu. a 3
338 MARS-AVRIL ig06.
tantînople. M. Eating dessine et décrit la seUe de chameau
des Bédouins. M. Yahuda donne on recueil de proverlNis
baghdadiens avec traduction et explication. M. Schwdij
fait k description de certaines coutumes superstitieuses qu*3
a observées au Caire. M. Marçais paile de reuphémisme et
Tantiphrase dans les dialectes arabes d* Algérie. M. Basset
a pris pour sujet de son article les mots arabes passés en
berbère. M. Stumme donne un spécimen d*un poème géogra-
phique en shilhi de &di Hammou, Berbère qui vécut au
XVII* siècle. M. Grimme croit avoir découvert Texistence de
la doctrine du «Logos», à part de la doctrine chrétienne,
en Arabie méridionale et en trouve des traces dans le
G>ran.
La seconde partie du recueil commence par une commu-
nication de M. Braun sur des textes syriens qui ont rapport
au premier synode de Constantinople. M. Duval donne
une notice sur la Rhétorique d*Antoine de Tagrit. M. Chabot
décrit un ouvrage syriaque d'origine nesUxienne intitidé
Le Jardin des Délices, et qui explique le texte des leçons des
Dimanches et Fêtes du cycle liturgique annuel. M. Zetlerstéen
publie un dialogue en vers entre le diaUe et la pécheresse
dans le dialecte araméen appelé fellihî. M. Landauer donne
des notes critiques sur Tédition de Lagarde du Targnm des
Lamentations. M. Gaster traite des accents dans le Penta-
teuque samaritain et de la division en sections. M. Lidxbar-
ski explique les noms d*ange mandéens Uthra et Mdakha.
M. Lôw a dressé une liste très utile des noms des potsaons
en araméen. M. Hjelt a compilé les noms de plante qui se
trouvent dans le Hexaêmeron de Jacques d*£desse. M. Bevan
examine Torigine du verbe araméen kalles « louer ». M. J.-W.
Rothstein insère un Spécimen criticam sur le texte hânnâqiie
de Jésus Sirah; M. Ginzberg donne des notes eiqdicatÎTes sur
te même texte. M. Stade reconstruit la forme poétique dn
psaume xl. M. Witton Davies présente des notes critiqiiét
et explicatives sur divers psaumes. M. Budde ^g^min^ le
NOUVELLES ET MÉLANGES. 33^
système de vocalisation hébraïque de l'école de Tibérias.
M. Nowack s'occupe de la question toujours brûlante de
savoir si la littérature hébraïque a connu un mètre et quel
en est le caractère. Sa réponse à la première question est
affirmative et il croit que ce mètre se basait sur l'accent.
M. Ëerdmans traite de la fête israélite des mazzoth (pain
azyme) qu'il considère comme étant originellement indépen-
dante de la fête de Pâques. M. Marti trace le tableau des
événements du temps suprême selon l'Ancien Testament.
M. Sellin étudie la question très discutée de l'ephod des
prêtres israélites qu'il croit avoir été toujours une espèce
de tablier. M. Westphal étudie la signification originelle de
l'expression «armée céleste» chez les Hébreux. M. Baudissin
tâche d'éclaircir la question de l'identification du dieu phé-
nicien Esmoun avec Esculape. M. Seybold explique les mots
hébreux herîth « alliance » , rôsk keleh « tête de chien » et rôsh
hamôr « tête d'àne ». M. Moore démontre que par le yotèret de
la foi dans le sacrifice il faut entendre le «Lobus caudatus».
M. Kautzsch expose les raisons pour lesquelles on a attribué
à tort à l'influence de l'araméen le doublement du premier
radical des verbes mediœ geminatœ en hébreu. M. D.-H:
MûUer parle des substantifs verbaux et en donne des exemples
en mahrï et en soqotrî. M. Barth signale les changements
que les mots subissent par suite de leur accouplement avec
d'autres mots. M. Toy a intitulé son mémoire : La conception
sémitique d'ane loi absolue. Il entend par là la loi divine
comme elle a été révélée à Moïse et à Mohammed.
M. Soltau s'occupe des légendes sur saint Pierre dans les
Actes des Apôtres et de la composition de cet écrit. M. Niese
a pris pour sujet de son mémoire la lettre du consid Gains
Fannius à l'archonte de Kos en faveur d'une ambassade de*
Juifs, qui se trouve dans le i4* livre de VArcliéologie de
Josèphe. Il démontre que cette lettre a été donnée en 161/0
avant J.-C. et que l'ambassade est celle qui partit pour Rome
après la victoire de Judas le Maccabé sur Nicanor. M. Neumann
parle des causes de la persécution des chrétiens par Decius
340 MAI-JUIN 1906.
le temple, puis les questions et les réponses qui s'en-
suivaient. Dans la iégisiation d'Amasis, c était —
ainsi que dans la législation romaine — le verse-
ment, réel ou fictif, d'un prix convenu, représenté
par un poids du métal formant le numéraire.
« Dans notre acte , cette mancipation a encore les
mêmes conséquences qu elle avait du temps d'Âma-
sis. Elle constitue la cérémonie de ia prise pour
femme et cest ce qu indique la phrase : « Tu m'as
«prise pour femme aujourd'hui, tu mas donné un
« kati fondu de la double maison de vie pour mon
« neb himet en t'établissant mon mari. » Mais ce
prix versé par le mari pour son droit de maîtrise
n'est encore ici considéré que comme un apport
matrimonial, remboursable dans certains cas, du
moment où ie mari n acquiert plus sur sa femme
les droits de quasi -propriété que lui permettaient
d'acquérir les lois d'Âmasis. Par cela même , le mari
devient le créancier de sa femme; et o'èst oette-ci
qui doit parier comme le fait toujours un débiteur.
« D'après les principes légaux du code de Boo-
choris , rien de plus logique que cette première dé-
rivation d'une législation transitoire dont certaines
formes subsistaient encore, alors que le fond s'en
allait, emporté par la réaction des mœurs publiques.
« Plus tard on ne voulut plus admettre que ce fut
la femme qui s'obligeât comme débitrice envers son
mari, tout en trouvant bon que le mari versât à sa
nouvelle épouse une somme d'argent pour son neh
himet Une des formes les plus fréquentes dos ooa-
NOUVELLES ET MÉLANGES. 341
sur son livre « Zoroaster the Propketn. M. Horn a recueilli tous
les passages du Shahnameh où sont décrits la pointe et la
fin du jour, le midi , le soir, la nuit , le lever et le coucher
de la lune. M. Jacob décrit le cabaret, le vin et toul ce qui
y appartient d'après les Gazels de Hâfiz. M. Hùbschmann
propose une nouvelle étymologie du mot grec xteis. M. Giese
traduit deux épisodes d'un roman turc de Hûsën Rahmi, qui
peignent la vie populaire à Constantinople. Le dernier article
est celui de M. Spiegelberg qui examine ce que les monuments
araméens de la période persane trouvés en Egypte nous
apprennent sur la langue égyptienne.
J'ai fait cet exposé sommaire du contenu de ce recueil
pour donner une idée de sa richesse. 11 est tout naturel que
toutes les pièces n'aient pas la même importance, mais il
n'y en a pas , ou presque pas , qui soient dépourvues d'intérêt ,
et celles qu'on peut considérer comme des bijoux ne sont
pas rares. Ensemble elles forment un monument digne de
l'illustre savant en l'honneur duquel il a été élevé.
M. Bezold a bien voulu se charger de la correspondance
et de la rédaction et il s'est acquitté de cette tâche à merveille.
Ensuite il a doublé la valeur pratique du recueil par deux
index, l'un des noms propres, l'autre des mots expliqués.
L'exécution typographique fait grand honneur à MM. Tôpel-
mann à Giessen, et Baensch, de la maison Drugulin, à
Leipzig. Le portrait de M. Nôldeke est très réussi.
Leide, avril 1906.
M. J. DE GOEJE.
KunuKn-ENGiisn dictwnary. Part L By Rev. FercL Hahn, Ev. luth.
Mission, Chota-Nagpore. Calcntta, Bengal Secrétariat Press,
1903, in-8°, (iv)-i84 pages.
Ce livre , qui fait suite à l'excellente grammaire du même
auteur, devra rendre de grands services en contribuant à
342 MARS-AVRIL 1906.
faire connaître 1 une des langues dravîdiennes les plus inté-
ressantes et les moins connues. Les mots sont en majorité
dravidiens, comme il est naturel, mais il y en a un nombre
important dont Torigine parait difficile à établir; on trouve
aussi, mais moins souvent qu on ne s y serait attendu, des
expressions empruntées aux langues gaudiennes environ-
nantes : Hindi, Bengali, Urlya. L'auteur a droit à tous les
remerciments et à toutes les félicitations.
Julien ViNSON.
KaLIN ATH MaKHBRJI. POPULAR BINDU ASTRONOMY. Part I. — Cd-
cutta, igoS.
Le même. Atlas of uindu Astronomy, — Calcutta, 1901.
Depuis plus d'un siècle on étudie lastronomie indone. Les
grands traités indigènes, entre autres le Sârya-Siddkânta ,
ont été publiés et traduits. On sait par quelles étapes cette
science a passé , et il a été possible d en écrire Thistoire. Wus
d'une question est cependant controversée, par exemple
celle des origines du zodiaque lunaire.
M. Kalinatb Mukherji ne s'est pas proposé de résoudre de
tels problèmes. Il a voulu écrire un livre accessible an grand
public lettré et donner de Tastronomie indoue une elposi-
tion « populaire ». Ces modestes prétentions ne Tont pas em-
pêché de composer un ouvrage à la fois utile et scientifique.
Les rapprochements variés dont il a su Tenrichir témoignent
même d'une solide érudition.
La première partie de cet ouvrage traite des constellations
et des naksatras ou astérismes lunaires. On sait quel rôle im-
portant ont joué et jouent encore dans Tlnde ces nakçatras.
Dès la période védique , ils servirent de base an calendrier.
Ils constituèrent un zodiaque de 37 figures avec chacune des-
quelles la pleine lune peut entrer en conjonction. Ces asté-
rismes sont décrits avec beaucoup de soin dans le livre de
NOUVELLES ET MÉLANGES. 343
M . Kalinath Mukherji. Ils sont en outre l'objet d une notice
dont les éléments sont empruntés à la littérature sanskrite ,
en particulier aux Védas et aux Purânas.
A ce titre d*ailleurs, toute Tintroduction est dun vif inté-
rêt. C'est un chapitre très nourri de citations, où l'auteur
montre l'origine astronomique d'un grand nombre de mythes
indous. Parmi les dix exemples réunis, le premier surtout
est instructif; il s'agit de la voie lactée et des différentes
conceptions que s'en firent les sages védiques.
L'atlas par lequel M. Kalinath Mukherji inaugura ses
publications a pour objet d'illustrer les descriptions fournies
par la Popular hinda Astronomy. Toutefois c'est un ouvrage
qui se suffit à lui-même. Il comprend en effet une introduc-
tion dans laquelle les étoiles de chaque partie de la sphère
céleste sont systématiquement classées et leurs caractères
brièvement indiqués.
L*atlas comprend lo planches. Les six premières repré-
sentent la sphère céleste et les constellations qui la com-
posent. Les quatre autres expliquent les phénomènes astro-
nomiques, jour et nuit, saisons, éclipses, etc. 11 faut louer la
finesse et la beauté de ces planches. Entres toutes, la cin-
quième mérite un éloge sans réserve. Elle consiste dans la
carte du ciel avec représentation figurée des constellations.
C'est une véritable œuvre d'art qu'il sera di£5cile de surpasser.
A. GUÉRINOT.
344 MARS-AVRIL 1906.
RECUEIL D'ARCHÉOLOGIE ORIENTALE,
PUBLIÉ PAR M. GLERMONT-GANNEAU.
(paris, S. LEROUX.)
TOME vir, LIVRAISONS 8-1 5. (Octobre igoS-Mars 1906.)
SOMMAIRE.
S 10. l-ne inscription néo-punique datée du proconsulat de L. Ae-
lius Lamia (planche I). [Suite et fin.] — S 11 . La relation
de voyage de Benjamin deTudèle. — S 12. Le pMerioage
de Louis de Rochechouart — S 13, Fiches et I^ottUes :
L*inscription punique C, L S,, 1, n"* 293; Inscriptions
judéo-grecques d^Alexandrie; Anses d'amphores estam-
pillées découvertes à Carthage. — S 14. L'Horacleion de
Rahbat-Ammon Phikddphie et la déesse Aateria. — •
S 15. Une nouvelle inscription nahatéenne de Bostra. —
S 16. Une qkazzia romaine contre les Agriophages. —
S 17. La fête de l'empereur Hadrien à Pidmyre. —
S 18. Le iâdj'ddr Imrou*l-Qais et la royauté gén^le des
Arabes. — S 19. Le dieu Echmoun. — S 20. Infcrip-
tions gi*ecques de Pdestiiîe. — S 21. Nouvellea in-
scriptions latines et grecques du Haurân. — S 22, Inscrîp
tion samaritaine de Gaza et inscriptions grecques aa
Bersahée. — S 23. Les Comptes rendus de TAcadteie des
inscriptions et belles-lettres. — S 24. Fiehei et Natulm :
Inscription grecque Wadd. n** 22 10; Le dieu Ethaos; Le
«priDcc héritier» en phénicien et en hébreu; aSSiSos^ Le
mcmorion; Le comte Patricius; Gérard, de TOrdre de
THôpital, évéque de Balanée de Syrie; Histoire d*Égypte,
de Maqrîzi; Deux projets de croisades des zm* et zi?*
siècles. — S 25. Le sirr sanctifié. — S 26. La Province
d'Arabie. — S 27. Inscription grecque de Esdoûd. —
S 28. L'expédition américaine dans la Syrie centrale. —
S 29. Inscriptions de la Haute Syrie et de Mésopotamie.
— S 30. Fiches et Notules : Le comte Anthimos, gouver-
neur d'Arabie; Inscription byzantine de Sinope; L*édit
d'Agrippa II; Abdalgas et Olbanès; L'ostrakon araméen
Cowley. ( A suivre,)
Le gératU :
RuBENs Dotal.
JOURNAL ASIATIQUE.
MAI-JUIN 1906.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ
(SECONDE PARTIE).
PAR
M. E. REVILLOUT.
(suite et fin ^)
« Il ne faut pas perdre de vue que nous sommes
ici, par excellence, dans une époque de transition.
On avait des réminiscences de ce qui s'était fait
avant qu'Amasis n'essayât de changer les bases de la
société égyptienne ; on avait des réminiscences de ce
qui s'était fait sous Amasis ou au commencement du
règne de Darius; et on combinait cela souvent d'une
façon bien singulière.
« Notre contrat tient à la fois de i acte civil et du
contrat qui, précédant cet acte de l'état civil, était
relatif aux biens.
« Comme les actes de l'état civil , il constate la céré-
monie qui lie le lien conjugal. Dans la législation
archaïque c'était la rencontre des deux parties dans
* Voit* les numéros de janvier-février 1906, p. 57*101, et mars*
avril 1906, p, 161-233.
VII. a 3
tlirUlUaU ■ATIOIALB.
348 MAI-JUIN 1906.
« J'abandonnerai pour toi le tiers de la totalité de
« biens quelconques que je ferai être, sans allouer
« aucun acte , aucune parole au monde. •
« Le tout est attesté par un notaire et quatre té-
moins. »
Nous rayons vu dans fextrait du livre que nous
venons de citer, de même que le contrat de mariage
par créance nuptiale fut, d*une part, iodéGniment
conservé , quand dans des unions qu*on authentifiait
des enfants étaient déjà nés, et, d'une autre part,
dans le cas contraire , devint forigine égyptienne du
contrat proprement dotal; — de même le contrat par
vente du neb himet devint à son tour Forigiiie du
contrat égyptien par don nuptial , qu*on a voulu, bien
il tort, comparer au \-ieux tirhata babylonien. Le tir-
hatu de Hammourabi n*est nullement un don nuptial
fait à la femme, en dépit du nom de nadmum qu*on
lui donne quelquefois : c'est un capital de garantie
pour le serikta. Il ne faut pas, par conséquent.
comme on fa fait, fui appliquer ce que nous avions
dit pour le shep et y voir la trace permanente d*une
untique coemptio , — ce qui est incontestablement
>Tai pour le don nuptial égyptien.
Reproduisons ici le formulaire d'uade cescontrats
par don nuptial, que nous possédons en grand
nombre pour une époque bien postérieure : le temps
des Ptolémées.
« L'an 2 1 , épiphi , du roi Ptoiémée, fils de Ptolé-
niée et dWrsinoé, les deux frères; CaUistos, fils de
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 349
Phiiistion, étant prêtre d'Alexandre et des dieux frères
et des dieux Évergètes, Bérénice, fille de Sosipatre,
étant canephore devant Arsinoé Philadelphe.
« Le Grec Mêlas, fils d'Apollonius, dont la mère
est Chati, dit à la femme Tsetbast, fille de Ptolémée,
dont la mère est Tsetamen :
«Je tai prise pour femme. Je tai donné un ar-
« genteus {outen) , en sekels 5 , un argenteus en tout
« pour ton don nuptial [shep en himet, mot à mot : ca-
« deati de femme).
« Je t'établirai comme femme. Si je te méprise, si
« je cherche une autre femme que toi , je te donnerai
« a argentei, en sekels (statères) 10,2 argentei en
« tout, en dehors de l'argenteus ci -dessus cpie je
« t'ai donné pour ton don nuptial, — ce qui fait 3
« argentei , en sekels 1 5 , 3 argentei en tout.
« Ton fils aine , mon fils aîné , sera le maître de
« tous mes biens présents et de ceux que j'acquerrai.
« Que je te donne le tiers de tous mes biens pré-
« sents et de ceux que j'acquerrai ...»
Ce contrat contient les mêmes éléments (pie
celui de Darius dérivé de l'antique coemptio et relatif
à l'achat du neb himet. L'argent du neb himet est devenu
le shep en himet « don de femme ». Quant à toutes les
autres clauses , elles sont retournées, car, dans l'inter-
valle, était intervenu le code des dynasties natio-
nales révoltées contre les Perses, et qui avait très
écpiitablement réglé l'état des choses résultant des
nouvelles coutumes.
350 MAI-JUIN 1906.
D après ce code, la puissance maritale était
d ailleurs définitivement abolie. G était le mari qui
toujours était obligé d'entretenir sa fenmie, et par
conséquent de lui payer le tiers que la femme ver-
sait après Tachât du neb himeL C'était lui qui devait
aussi dédommager la femme en cas de divorce. Enfin
un article surajouté spécifiait les droits des enfants
-*- représentés par le fils aîné — dstns rhérédité du
père, absolument comme dans Tanden mariage
religieux, comparable à la confarreatio romaine.
La transformation d'un prix d'achat - — mâme
d'usage de la femme — en cadeau de femme i l'oc-
casion de ses noces, était capitale. Elle remettait les
choses il un point dé vue plus acceptable. Aussi lo
don nuptial se généralisa-t-il pour beaucoup dépeuples
voisins de l'Egypte. En Arabie, il devint de règle et
fiit adopté plus tard par Mahomet. Il est encore de
coutume chez les Arabes , et le taux minimum fixé par
le droit musulman suit à peu près la moyenne des
anciens tarifs égyptiens, telle quelle résulte des oon*
trats de mariage ptolémaïques. Ce qui prouve d'ailleurs
que ce n'était pas là un emprunt aux usages sémi-
tiques, mais bien au droit égyptien secondaire, c'est
qu'on ne trouve rien de tel en Chaldée , je l'ai déjà
dit à propos du tirliata.
Quant au tiers des acquêts , fourni d'abord sous
Darius annuellement, tantôt par le mari, s'il s'agis-
sait d'un mariage par créance nuptiale, tantôt paria
femme, s'il s'agissait d'un mariage dérivé de l'antique
coeniplio, il s'échangeait souvent, d'après le nouveau
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 351
code — et cela dans les deux cas — avec une pen-
sion alimentaire au profit de la femme.
Je vais encore citer, au hasard, un contrat de
shep en himet appartenant à ce type.
« An 1 4, épiphi , du roi Harmachis, vivant toujours,
aimant Isis, aimant Amonrasouknt, le dieu grand.
« Le changeur, habitant de Thèbes, Petimaut, fils
de Pabast, dont la mère est Tsetub, dit à la femme
Tbal , fdle de Paret, dont la mère est Tsetimouth :
« Je t ai prise pour femme. Je t ai donné a argentei ,
«en sekels lo, a argentei en tout, pour ton don
(c (nuptial) de femme.
« Que je te donne 36 artabes de blé , les deux tiers
« a4i 36 artabes de blé en tout; plus a argentei
« (outen) et 4 dixièmes (katis); en sekels (statères) 1 2,
« a argentei et 4 dixièmes en tout; plus la xfiSs
a d'huile de sésame, i a )(qvs d'huile de x/x<, ce qui
« fait a 4 x^*'* de liquide , pour ta pension d une année.
« Que je te donne cela par année quelconque, C est
M toi qui prends puissance d exiger le payement de ta
« pension, qui sera à ma charge. Que je te donne cela,
« Que les enfants que tu engendreras soient les
a maîtres de la totalité des biens qui sont à moi et
« que je posséderai,
«Je t'établirai pour femme. Que je te dédaigne,
« que je cherche une autre femme que toi , je te ferai
« 10 argentei, en sekels 5o, lo argentei en tout,
« en dehors de tes a argentei ci-dessus , que je t'ai
«donnés pour ton don nuptial de femme, ce qui
352 MAl-JUJN 1906.
« complète i s argentcî , en sekels 60 , 1 a argentei
« en tout . sans all^[uer aucune pièce, aucune parole
t au inonde avec toi. •
De manas, il n était plus du tout question dans
ce mariage, dérivé pourtant de lantique coemptio.
IjSl manus avait été définitivement abolie dans le
code promulgué par les rois nationaux révoltés
contre les Perses, en même temps, du reste, que le
cens quinquennal qui n'avait plus d'objet légal.
En effet , toutes les aliénations, réelles ou fictives,
des personnes ingénues avaient été supprimées — et
cola en vertu de la loi de Bocchoris qu'a citée Dîodore
de Sicile et qu on promulgua de nouveau.
Plus de nexi, par conséquent, pouvant réclamer
leur liberté au cens quinquennal.
La constatation des mariages était, d'autre part.
laissée aux notaires officiels rédigeant les contrats
de mariage, toujours désormais à base pécuniaire
comme dans la loi chaldéenne de HammouraliS.
Seulement la base pécuniaire pouvait être Constatée,
soit comme versée par le mari , soit comme versée
par la femme. Les registres de Tétat civil et ceux du
ypa^(ov n'étaient plus des livres intermittents , maïs
ils étaient tenus à jour et, paraît-il, en même temps,
soit par les basilicogrammates et leurs subordonnés,
soit par les biérogrammates. En cela encore , on «e
rapprochait de l'ancien régime, celui de la hêrit,
usité sous les dynasties animoniennes, mais avec beau-
coup moins de simplicité et d'unité.
LA FEMME DANS LANTIQUITÉ. 353
Le mariage, basé désormais suri union libre, dont
les contrats de mariage n'étaient quun commence-
ment de preuve par écrit, ne changeait quoi que ce
fût à la situation delà femme, pas plus qu'à celte du
mari , et ne transformait en rien l'état civil propre-
ment dit: état civil réduit aux naissances et aux décès,
dont on donnait officiellement des certificats.
Quant aux naissances , elles n'étaient plus jamais
entachées de la marque de bâtardise , ainsi que l'ont
fort bien dit les Grecs, et comme le prouvent les
documents contemporains; il n'y avait plus de bâ-
tards, plus de véOoi, mais seulement des gens sans
père, des inùLTopes, et encore pouvaient-ils, sur le
tard, avoir un père, par une reconnaissance faite
après coup, par exemple par un sankh, c'est-à-dire
par un mariage par créance nuptiale.
Disons-le d'ailleurs , ce sankh était par le nom assi-
milé aux créances ordinaires, qui s'appelaient égale-
ment sankh. Seulement c'étaient des créances qui , à
côté des mes , ou des enfants de l'argent ( m hcg usura)
qu'on stipulait, avaient déjà produit des mes ou des
enfants [hixc^ puer) du débiteur et de la créancière.
Voici , pris au hasard , un exemple de ces contrats ,
imités (avec transformations ) de cdui de l'an 5 de
Darius dont nous avons parlé précéden)ment :
« L'an 1 3, mésoré, du roi Ptolémée, le dieu Philo-
pator Philadelphe, et des prêtres des rois qui sont
inscrits à Raçoti (Alexandrie).
* Les deux mots s'écrivent de même en démotique , sauf le dé-
terminatif de l'argent surajouté pour le mot MHCe usura.
3M MAI-JUIN 1900.
tt L archentaphiaste Hereius, fils de Pètesé, dont
la mère est Tetoua. dit à la femme Tsetamen, fiUe
de Petosor, dont la mère e^t Tetoua :
«Tu m*as donné, et mon cceur en est satisfait,
" a 1 argentei fondus, du temple de Ptah, ou ao ar-
« gentei plus 5/6 , i/io, i/3o, i/6o, i/6o, ai argen-
« tel fondus, du temple de Ptah, en tout , pour ton
« sankk (ta créance).
« L archentaphiaste Pète^, fils de Hereius, mon
u fils aîné, ton iils aine, et Thomme du même rang,
« Petosor, fils de Hereîus, mon fils, ton fils, les deux,
u mes enfants , tes enfants, que tu m*as engendrés, et
« les autres enfants que tu m*engendreras seront les
« maîtres de tous mes biens présents et à venir.
«Quoje te donne 36 mesures d'olyre, dont les
K deux tiers font 2^,36 mesures d'olyre en tout, plus
« 2 ai'gentei et 4 katis fondus du temple dePtah, ou
« I argenteus et 4 katis plus 5/6, i/io, i/3o, i/6o,
« i/6o, 2 argentei et !i katîs en tout pour ta pension
H alimentaire par an , au liea que ta vaudras. C'est à toi
M qu'il appartient d'exiger le payement de ta pension
n al imentaire qui sera h ma charge. Que je te donne cfda.
« La totalité de mes biens présents et à venir est
a en garantie hypothécaire de ton sankh d-dessos. A
« ton temps que tu le désireras , je te le donnerai. Je ne
M puis faire de serment à fencontre de toi , en dehors
« du lieu où Ton en juge. »
On a pu remarquer l'expression relative à la pen-
sion alimentaire à payer à la femme, au lieu oà elle
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 355
le voudra. L'union libre ainsi comprise ne compor-
tait plus en effet de domicile conjugal. Chacun restait
chez soi. Seulement la loi, nous lavons dit, consi-
dérant rétat d'infériorité dans lequel la grossesse et
la maternité mettaient la femme, obligeait à la
nourrir celui qui l'avait rendue mère ou qui, disons-
le, devait la rendre mère, car ceci était désormais
commun à tous les régimes matrimoniaux.
Il paraît d ailleurs que cette obligation incombait
au père même, quand il n'avait pas du tout l'inten-
tion de contracter ainsi mariage : prescription légale
qui, en définitive, était juste et pourrait être avanta-
geusement imitée par les peuples modernes. Aussi
le solitaire saint Macaire , faussement accusé d'avoir
rendu mère une fille du bourg voisin, fut -il obligé,
par les habitants, de la nourrir par son travail,
et cela jusqu'au moment où ia fille , près de mourir
au moment de ses couches, avoua avoir calomnié
le saint homme.
C'est là une des très nombreuses coutume» juri-
diqiies relatives au mariage, au quasi-mariage, à la
séduction , etc., que nous voyons encore pratiquée en
Egypte à l'époque chrétienne —^ comme elle l'était
déjà dans le droit égyptien classique, ainsi que l'éta-
blit la saisie-arrêt exercée, sous les Ptolémées, par le
père d'une jeune fille contre celui qui l'avait séduite.
La pension alimentaire est dans ce cas remplacée par
la livraison de tout le fonds actuel de la boutique ,
par tous les esclaves du commerçant en question,
qui est obligé de reconnaître pour sa femme celle
356 MAI-JUIN lOOG.
dont il devra rester séparé, sans se prévaloir jamais
de son titre de mari.
Pour en revenii^ à Tabsence du domicile conjugal
que nous constatons toujours dans le formulaire des
actes de sankh, à propos de la pension alimentaire,
nous la constatons aussi dans les régimes dotaux qui
en sont sortis, et même dans les régimes mixtes, par
don nuptial et par dot, bref, toutes les fois que la
femme est censée avoir apporté quelque chose à son
mari.
Dans le contrat par sankh on semble considérer
comme impossible le mépris de la femme par son
séducteur, la répudiation ou la prise d*une autre
femme. Au lieu de spécifier une amende pour ce cas,
on parait n admettre que le divorce provenant de la
volonté de la femme. Le mari spécifie : « Je ne puis
te dire : « Reçois ton sankh ci-dessus. Au temps où
« tu le voudras , je te le donnerai. » En d autres termes ,
la liquidation provenant de la dissolution du ma-
riage ne peut exister qu'à ta volonté. C'est au fond
la même chose que ce que porte, nous le verrons,
Tacte dotal , quand le mari dit : « Je t'établirai pour
femme ; à partir de ce jour, c est toi qui t en iras seule
de toi-même. Je te donnerai fai^nt de ta dot dans
le délai de 3o jours quand je t'établirai pour femme
ou bien si tu t'en vas de toi-même. »
La mention « si tu t'en vas » n'exclut d*ailieurs
pas, nous lavons fait remarquer, pour la femme, la
faculté de se faire payer sa pension alimentaire au
lieu où elle voudra.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 357
Cette clause du domicile séparé possible , comme
la clause connexe donnant à la femme uniquement
le droit de rompre définitivement lunion, ne se
retrouve pas dans le contrat par don nuptial , où le
mari seul est censé avoir apporté quelque chose.
Mais alors il s'oblige à payer une forte amende dans
le cas où il provoquerait lui-même le divorce.
Les deux hypothèses du départ du mari ou du
départ de la femme sont au contraire mentionnées
dans les contrats mixtes, contenant d'abord les for-
mules de Tunion pardon nuptial, y compris celle
relative à l'abandon de la femme, puis la mention
d'un trousseau en nature remis par celle-ci et estimé
en aident, et enfin une sorte de post-scriptum por-
tant : « J'ai reçu ces objets de ta main. Us sont au
complet sans aucun reliquat. Mon cœur en est satis-
fait. Si tu restes à Tintérieur, tu restes avec euiC; si tu
t'en vas dehors, tu t'en iras avec eux. Je t'établirai
comme femme; mais si tu veux t'en aller dehors, je
te donnerai tes biens de femme énumérés ci-dessus
mais en argent , comme il est écrit ci-desàus. » Celle
formule était parallèle à celle qui plus haut portait :
« Si je te méprise, si j'aime une autre femme que
toi, je te donnerai tant. »
Citons ici deux exemples de ces xleux diverses
sortes de contrats. Commençons par l'acte dotal,
surtout usité à Memphis.
«L'an 5o, paophi, des rois Ptolémée et Cleo-
pâtre sa femme , les dieux Evergètes , etc.
358 MAI-JUIN 1906.
« L archentaphiaste Petesis, fils de Ghonouphîs,
dit à sa femme Tetoua, fille de farchentaphiaste
Téos, dont la mère est Tetimouth :
«Je t*ai prise pour femme. Tu m'as donné, et
« mon cœur en est satisfait, j5o ai^entei (outen) ou
« sekels (statère^) 8750, en argentei 750 en tout, ce
« qui fait deux kerker (talents), plus 1 5o argentei, en
« argent dont f équivalent est de i& pour 1/1 o (kâtb}
«d'argenteus (outen) dargent (c'est-à-dire i5ooo
« drachmes de cuivre ou 2 talents de cuivre plus 3oo
« drachmes^ ). Je les ai reçus de ta main. Mon coeur en
« est satisfait. Ils sont au complet sans aucun reliquat.
« Je t'établirai pour femme. A partir du jour ci-
« dessus, c^est toi qui t'en iras seule de toi-même. Je
« te donnerai les 760 argentei ci-dessus dans le dtiai
«de 3o jours (mot à mot : un jour dans les
« 3o jours), quand je t'établirai pour femme, ou bien
« quand tu t'en iras de toi-même (mot à mot : au
« temps de rétablissement pour femme que je ferai,
« au temps de t'en aller seule de toi-même que tu
« feras), si je ne te donne pas les 760 argentei cî-
« dessus dems les 3 o jours.
« Je donnerai aussi 4 chenices d'olyre par jour,
« un )(pvs d'huile de tekem ou nixt et un ;^ofc d^liuile
« fine (de sésame) par mois , plus 7 argentei 5/i o , en
« sekels 87 et demi, 7 argentei 5/i o en tout, en airain
« dont l'équivalence est de 26 pour 2/1 o (d'argenteus
^ Ce contrat est de l'époque de 1 étalon de cuivre, «accédant k
Tantique étalon d'argent , avec la proportion de 1 à iso comme
valeur.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 35r9
« d'argent, ceàt-à-dire 1 5o drachmes de cuivre), pour
«ton argent de poche par mois (ce qui fait
« 1800 drachmes par an). Tu toucheras de plus
« !îoo argentei, en sekeis tétradrachmes 1000,
« 200 argentei en tout, en airain dont Téquivaienoe
«e«t de 2 à pour 2/10 d'argenteus d argent (cest-à-
« dire 4ooo drachmes de cuivre) pour ton argent de
« toilette d'une année , au lieu que tu voudras. C'est
« toi qui prends puissance d'exiger le payement de
«ton orge, de ton huile, de ton argent de poche,
« de ton argent de toilette, qui seront à ma charge.
« Que je te donne tout ce que je possède et tout
« ce que j*acquerrai en hypothèque nuptiale (mot à
« mot : en gage de femme) au nom du droit résultant
« de récrit ci-dessus. Je ne puis te dire : « Je t'ai donné
« l'argent de l'écrit ci-dessus en ta main (c'est-à-dire
« de la main à la main en dehors de la façon fixée par
«le contrat )^ »
Notons-le, l'hypothèque générale de la femme, que
nous avons déjà vue dans les sankh matrimoniaux ,
comme idi dans nos actes dotaux, n'existe que très
exceptionnellement (pour garantir la pension) dans
un contrat par don nuptial , fait en vue d'une liqui-
dation. Elle ne se rencontre même pas^ en dépit du
trousseau apporté par la femme, dans les contrats
mixtes dont nous avons déjà parlé et dont nous
^ En post-scripium la mèfe du futur mari adhère à ce contrat,
ce qui permet de ne pas tenir compte de sa propre hypothèque
nuptiale sur les biens héréditaires hypothéqués par son fils — du
moins en te qui cotitenie les droits résultant du cofitf«t actuel.
360 MAI-JUIN 1906.
allons donner un exemple (contemporain du double
étalon d^argent et de cuivre, et de provenaDce thé-
baine). D est vrai que la tirpaÇi^^ remplace ici l'hypo-
thèque comme dans les actes gréco-égyptiens de
cette époque.
« An 1 Q , 9 choïak, du roi Ptolémée, fils de Pto-
lémée et de Cléopâtre, les dieux Épiphanes, etc.
«L'orfèvre Psemin, fils de Psechnum, dont la
mère est Reri , dit à la femme Ta . . , dont la mère est
Tsemaut :
« Je t'ai prise pour femme. Je t'ai donné i o argen-
cc tei (d'argent), en sekels 5o, lo argentei d'argent
« (200 drachmes d'argent) en tout, pour ton don de
« femme.
«Que je te donne 18 cor de blé, leur moitié est
«9,18 cor en tout, 36 argentei outen, en sekels 1 80,
« 36 argentei en tout, en airain dont l'équivalence
« est de 'i/i argentei outen pour a/io (a katis) d'ar-
«genteus d'argent (ySo drachmes de cuivre) pour
« ton argent de plaisir), 60 argentei, en sekels 3oo,
« 60 argentei en tout , en airain , dont l'équivalence est
«de ik pour i/io d'argenteus d'argent; la hin$
<< d'huile iine de sésame et 1 a hins d'huile de tehem
« ou x/xi , ce qui fait a k hins de liquide par année.
« Que je te donne cela par année quelconque. C'est
« toi qui pi*ends puissance pour le payement de ta
« pension qui sera à ma charge pour une année. Que
« je te donne c^ choses.
* \J exécution parée, comme on (lisait en \ieiu droit firança^.
LA FEMME DANS L'ANrriQUITÉ. âôt
«Ton fils aîné, mon fils aîné, parmi les enfants
« que tu m'engendreras, et les autres enfants que tu
« m'engendreras seront les maîtres de tous, les 'biens
« qui sont à moi et de ceux que je ferai être (qbe
«j acquerrai).
« Description des biens de femme que tu as appor-
« tés à ma maison avec toi : un vêtement metich, ci
M argentei 20; un autre vêtement menchf ci argentei
« 10 ; une tunique, ci argentei 5o ; une autre tunique,
«ci argentei 26; un manteau, ci argentei ào; des
« parfums, ci argentei 1 5o; un plat, ci argentei 10;
« une marmite d'airain , ci argentei 1 5 ; un vase à
« onguents, ci argentei 5; une aiguille à collyre, ci
« argentei 1 o ; un miroir, ci argentei 1 5 ; un ^^n udja
« (porte- bonheur) faisant aureus i/3, 1/8; un anneau
« cachet, argent 3 katis; un collier, 4 katis d'arçent;
«ce qui fait au total 35o argentei, • i ySo sekels,
« 35o argentei en tout, en airain dont lequivalence
« est de 2li pour 2/1 o d'argenteus d'argent
« (7000 drachmes ou 1 talent et 1000 drachmes de
« cuivre) ; plus en argent un total de y katis (ou 7/1 o
« d'argenteus outen); en or i/3, 1/8 d'aureus; pour le
« prix de tes biens de femme que tu as apportés à ma
« maison avec toi. J'ai reçu ces objets de ta main. Ils
« sont au complet sans aucun reliquat; mon cœur en
« est satisfait. Si tu es dedans (si tu restes dans la mai-
« son) , tu resteras avec eux; si tu es dehors (si tu sors
« de la maison) , tu es dehors avec eux. Tu es pour eux
« une créancière, moi je suis pour eux débiteur.
« Je t'établirai pour femme. Si je te méprise ^ si je
IMI-BIHralB lATIOSALB.
361 MAI-JUIN 190Ô.
«pr^uls une autre femme que toi, je te donnerai
« Soargentei, en sekels qSo, ci 5o argentei d'argmt
« (i ooo drachmes d aident), en dehors du payement
« de ta pension alimentaire et de tes biens ds femme
« (de ton trousseau). Si tu veux t*en aller, toi-même,
N je te donnerai les biens ci-dessus , mais le prix en
« argent comme il est écrit ci-dessus , en dehors du soi-
« dément de ta pension. C'est toi qui prends puissance
« pour largent de ces choses , sans qu^il y ait à alléguer
« acte quelconque, pièce qudconque avec toi« •
Parfois on ajoute que le mari ne pourra imposer
à sa femme un serment sur la réalité des apports.
Dans les actes de s€mkh il était de règle de dire qu^il
n'en pourrait prêter lui-même.
Cette question du serment nous amène à cdie des
liquidations judiciaires, faisant suite aux contrats
matrimoniaux.
Ce chapitre du droit est très développé dans cette
période juridique égyptienne.
La faiblesse originaire de la femme était devenue
la cause de la plus tyrannique des puissances.
La transformation s'était faite d'ailleurs tout natu-
rellement.
Du moment que, dans le contrat de samkh, par
exemple, la femme était assimilée à un créancier
ordinaire, elle pouvait, comme celui-ci, user de ses
droits, à la rigueur en exécutant son délntenr.
Cette exécution , d'abord exceptionnelle et que
nous ne trouvons pas du tout à la suite du contrat
LA FEMME DAI^S" L'ANTIQUITÉ. 303
desanhhy sous Darius, par exemple, et même encore
sous Philippe Arrhidée , s'était peu à peu généralisée
et elle était devenue de règle à l'époque ptolémaïque.
On avait même pris la coutume de rédiger un
écrit poar argent ou de vente sur la totalité des biens
du mari (hypothéqués dans Tacte de sankh) è la
même date que cet acte de sankh.
Nous avons cité plus haut le contrat de sankh
rédigé le 129 mésoré de Tan i3 du roi Ptolémée
Philopator Philadelphe par Hereius , fils de Pètesé , à
la femme Tsetamen , fille de Petosor. Eh bien ! en ce
même joxu*, le même mari cédait également à cette
femme tous ses biens.
«L'an i3, mésoré 29, du roi Ptolémée Philo-
pator Philadelphe , sous les prêtres des rois qui sont
inscrit» à R^coti.
« L archentaphiaste Hereius, fds de Pètesé, dont
la mère est Tetoua , dit à la femme Tsetamen , fille
de Petosor, dont la mère est Tetoua :
«Tu m'as donné, et mon cœur en est satisfait,
« l'argent de la totsditédes biens qui m'appartiennent
« et que je posséderai à lavenir : maisons, champs,
t(Oureh {^tXo) tSttoi) kema (terrain de joncs), biens
« d'appartement, or, argent, cuivre, obligations quel-
« conques, paroles d'homme ou de femme, tout au
« monde. A toi appartiennent tous les écrits que
«Ton a faits h ce sujet, tous les écrits que l'on m'a
« faits et tous les écrits dont je justifierai, lis sont
« à toi, ainsi que le droit en résultant.
24.
364 MAI-JUIN 1906
« A toi îiussi ce dont j'aurai à justifier, c'est-à-dire
«ie serment et l'établissement sur pied que Ton
n fera pour toi dans le lieu de justice au nom du
« droit de l'écrit ci-dessus que je t'ai fait. Tu m'obli-
« géras, en outre, au droit de l'écrit de sankh de
« 2 1 argentei que je t'ai fait au temps et jour ci-
« dessus (à la même date que le présent acte) : ce qui
« fait deux écrits. »
Tout ceci était devenu absolument de formule
dans tous les mariages de ce genre. La femme se
trouvait ainsi propriétaire des biens de son mari qui
en gardait seulement la jouissance, car il fallait un
second (ou plutôt un troisième) contrat, un écrit
de cession pour donner l'usage immédiate
Le parallélisme absolu des écrits de sankh et de
vente dans les mariages après séduction est d'ailleurs
attesté par les œuvres littéraires aussi bien que psu:
les documents juridiques de cette époque. Le roman
de Setna nous en offre un bon exemple. Notons-le
d'ailleurs, dans ce cas , comme dans l'acte daté de
Philippe Arrhidée, que nous avons déjà cité plus
haut, à propos du sankh isolé de l'écrit pour argent,
la séduction, soit effectuée , soit projetée, n'avait pas
encore produit tous ses effets. Aucun enfant n*était
déjà né.
Dans l'acte de l'an 8 de Philippe Arrhidée, le tra-
' Dans toutes les ventes Técrit de cession était aatsi indispen-
sable que i*écrit pour argent ou de reçu du prix pour conférer œt
usage à l'acheteur. Mais dans les ventes rédks il se faisait au
même instant.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 365
vaiiïeur Horbek, saisi par le père delà jeune fille sur
le fait de la séduction effectuée , consent au mariage
et lui dit ^ :
« Tu m*as donné 6 argentei du temple de Ptah...
pour le sankh de la femme Djimmoou, ta fille, dont
* C'est un tuteur, proche parent sans doute, qui joue le même
rôle et se présente comme créancier hypothécaire d'un sankh nup-
tial dans un procès grec reproduit par le papyrus XIII de Turin et
que j'ai rétabli et commenté dans ma Revue égjptologiqne. Dans
ce cas, d'ailleurs, comme dans celui du contrat de Philippe Arrhidée ,
le contrat de sankh n'avait pas été accompagné de l'écrit pour
argent, ce qui forçait à une liquidation judiciaire. C'était en effet
resté la coutume, quand un tiers était intervenu au moment d'une
séduction. La liquidation amiable par écrit pour argent n'était pas
possible et Ton ne pouvait pas avoir recours à deux actes parallèles
dont un, au moins, n'aurait pu être adressé à la même personne.
Voici le procès en question :
« L'an 34 1 le 5 tybi , à Memphis du nome Memphite.
i Délibération des juges du palais.
«Alexandre, fils d'Alexandre, le philométorien , Héraclides, fils
d'Héraclide , l'homme de loi , et Sogénès , fils de Sogénès , sont en
conseil jugeant les affaires du roi , celles du fisc et celles des parti-
culiers.
«Ayant pris place comme demandeur, Chonouphis, fils de Pétè-
sis, et celui qui avait été cité, Psammeus, n'ayant pas obéi à la
citation (n'ayant pas comparu], Chonouphis, par l'original d'une
requête remise par lui , a déclaré qu'il avait prêté au prévenu , par
un contrat alimentaire, lequel avait été transcrit au greffe,
cinq cents drachmes d'argent, en faveur de la femme Tavé, sur-
nommée Asclépias — afin qu'il fût fourni par an à cette femme
6o mesures d'olyre et 72 drachmes d'argent — et que la femme
de Psammeus , Tavé, ayant donné son assentiment, ainsi que leur fils
commun Zmanrès, tous les biens de Psammeus étaient hypothé-
qués par ie droit du contrat. D'après cela, Chonouphis demanda
qu'on lui remit les susdites cinq cents drachmes d argent, ainsi que
celles qui représentaient les intérêts de quatre ans: 2 do mesures
dolyre au taux de 2 drachmes d'argent par mesure, c'est-à-dire au
3Ô6 MAI-JUIN 190ft.
la mère est Djetenpun. Que je te donné tant dé
mesures tfolyre et 5/io dargenteus (5 katis) du
temple de Ptah, pour sa pension alimeintaire par
année, aii lieu que tu voudras. C est à toi à exiger ie
payement de sa pension alimentaire qui sera à ma
charge. Que je te donne tous mes biens présents et
à venir en garantie hypothécaire de son sankh.
total 1968 drachmes d*argent, et en outre, pour les frais et dé-
pens, 5 talents de cuivre, afin que, si Psammeus ne comparaissait
pas , il fut mandé au ^pdxTCûp tôSv (evtxSv, de poursuivre jusqu'à
plein achèvement la perception des sommes susmentionnées.
« Le contenu de la requête était venu à la connaissance de Psam-
meus , puisquMl en avait reçu publiquement copie par le ministère
(le rhypi^rète Héraclide , fils d'Isidore. Cependant Taflaire Chonou-
pliis-Psammeus s'étant présentée à Taudience, et antérieurement
et le 2 du mois susmentionné, Psammeus avait également fait
défaut. Il avait donc été cité par Thypérète, qui ravait sommé de
comparaître au tribunal pour Tinstruction de Taffidre -*- tans
quoi on donnerait raison à Chonouphis.
«Conformément donc à ces premières décisions, et peosioit noot
on tenir à l'avis le plus approprié aux faits de la cause et qui en est
la conséquence , nous déclarons qu'il a été donné raison à la partie
présente et nous ordonnons au 'opcUreûp tap SevixAv de poursuivre
jusqu'à plein achèvement la perception des articles rédamés,
« Plaise au roi !
« — Qu'on montre le jugement à Artémidore.
• — Moi, Artémidore, j'ai vu le, . .
« — Au 'opéxTvp tSv ^eviH&v à Memphia : ci-joint la copie de
l'arrêt on question. Qu'il fasse comme il a été jugé.
«L'an 34, le 5 tybi.»
Au revers : «An ^pdxrap tvv (evixâv, à Memphis.»
On voit, que dans l'acte de snnhk, origine de oe JngeiAent, la
i'emme et le fils du débiteur avaient figuré , en qualité de qaasi-co-
débiteurs , comme consentant à l'acte que Chonouphis avait fait
rédiger, à leur bénéfice en définitive.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 367
« Je ne puis faire de serment à {'encontre de toi.
Qu*il soit à faire, tu ie feras dans ie lieu de justice. »
Dans le roman de Setna la séduction était seule-
ment projetée et discutée. Nous avons affaire à un
véritable marchandage et bien entendu au plus haut
taux possible, c est-à-dire avec l'écrit pour argent
transmettant à la fille la propriété de tous les biens
de Tamoureux , comme cela se pratiquait quand
Tenfant, cause légale réelle de cette transmission,
était déjà né.
« Il arriva un jour que Setna, se promenant dans
le dromos de Ptah, aperçut une femme extrêmement
belle, qui n avait pas sa pareille en beauté, et qui
était couverte d'espèces d'or en quantité. Des jeunes
filles raccompagnaient, ainsi que cinquante-<ieux
hommes de service qui lui étaient assignés.
« Quand Setna la vit, il ne sut plus le lieu du
monde où il était. Il appela son page et lui dit :
« Va au plus vite au lieu où est cette femme, et
« sache comment elle s appdle. »
« Le page ne tarda pas à aller au lieu où était la
la femme. 11 appela la femme servante qui marchait
après elle. Il l'interrogea en lui disant : « Qui est
« cette personne? j» Elle lui dit : « C'est Tabubu, ia
« fille du prophète delà déesse Bast, dame d'Ankhta,
«qui vient ici pour adorer devant Ptah, le dieu
« grand. »
«Le jeune homme retourna vers Setna. Il lui
raconta ce qu'elle avait dit.
368 MAI-JUIN 1906.
« Setna reprit : « Va dire à la jeune fille : « Setna
« Kh«aeniuas, fils du roi Rausenna (Ramsès II), ni*»i'
« voie te dire : « Je te donnerai dix pièces d'or pour
« passer une heure avec toi. Sinon tu as annonce de
« violence. Je l'accomplirai à ton égard. Je te ferai
H emmener dans un lieu caché où tu n'es connue de
« persf^nne. »
« Le jeune homme retourna vers le lieu dans
lequel était Tahubu. H appela la jeune servante. D
lui paHa. EHc répondit rudement comme si c'était
un blasphème qu*il avait dit.
« Tabubu dit au jeune homme : i Gesse de parier
« à cette sotte fille. Viens parler avec moi. » Il lui
dit : « Je te donnerai dix pièces d or pour passer tme
« heure avex Setna Khaemuas , le fils du roi Rausenna.
K Sinon tu as annonce de violence. Et puis il te fera
« faire encore ceci : il te fera emmener vers un lieu
« caché dans lequel personne ne te connaît. »
« Tabubu répondit : « Va! je dis ceci à Setna :
M Moi, je suis sainte. Je ne suis pas une personne du
« commun. Est-ce que, si tu veux faire ce que tu dé
M sires avec moi, tu n'iras pas au temple de Bast,
« dans ma maison? il y a tous les préparatifs néces-
M sa ires pour que tu fasses ce que tu désires avec
M moi , sans que personne au monde ne me recoii-
« naisse, car je ne parle à aucune femme dans la
« rue ».
« Le jeune homme retourna vers Setna. Il lui ra-
conta tout ce qu'elle avait dit. il dit, ce qui est
juste : « I lonte à quiconque est auprès de Setna ! »
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 369
« Setna fit amener une barque. Il y monta. H ne
tarda pas d'arriver au temple de Bast. 11 se dirigea à
loccîdent du terrain et vit une maison bien bâtie,
entourée d'un mur et au nord de laquelle se trouvait
un jardin. Il y avait un péristyle devant la porte.
Setna demanda : « Cette maison , à qui est-elle ?» On
lui dit : « Cest la maison de Tabubu. » Setjia entra à
Tinlérieur de l'enceinte; il se dirigea vers le pavillon
du jardin.
« On en avertit Tabubu. Elle prit la main de Setna.
Elle lui dit : « Jure de respecter la maison du pro-
« phète de la déesse Bast à laquelle tu es parvenu.
« Cela me sera très agréable. Viens avec moi. »
« Setna monta par Tescalier de la maison avec
Tabubu pour faire une reconnaissance de l'apparte-
ment supérieur de la maison. Il était bien propre,
peint de couleurs variées , et son intérieur était in-
crusté de lapis et de turquoises véritables. Il y avait
aussi un grand nombre de lits couverts d'étoffes de
byssus. Des coupes d'or étaient suspendues dans la
chambre des purifications. Ils remplirent de vin une
coupe d'or; ils la donnèrent à Setna.
« Tabubu lui dit : « Qu'il te plaise de faire ton
« repas. » Il répondit : « Ce n'est pas ce que je te
« demande. » On mit au feu la nourriture. On ap-
porta de l'huile parfumée , comme c'est la coutume
royale.
« Setna passa un jour heureux avec Tabubu, mais
il ne vit pas encore sa figure. Il dit donc à Tabubu :
« Finissons ce pourquoi nous sommes venus ici. »
370 MAI-JUIN 1900.
« Elle lui dit : « Tu y arriveras. Ta maison esk cdle
« où tu es. Est-ce que, si tu veux faire ce que tu dé-
H sires avec moi , tu ne feras pas un écrit de Bonkh (de
«créance) et un écrit pour argent (de mancipation)
« sur ia totalité des biens qui t'appartiennent? »
« 11 lui dit : « Qu on amène le scribe de la maison
tt d'enseignement. » On lamena à Tinstant. Il lui fit
faire, en faveur de Tabubu, un écrit de tankh et
un écrit pour argent sur la totalité des biens qui lui
appartenaient ».
Je passe rapidement sur une scène de séduction
dans laquelle Tabubu , usant de ses charmes qa*dle
laissa entrevoir à travers une gaie transparente, ob-
tint de Setna de faire d'abord adhérer ses enfimts
aux actes consentis par lui (usage dont nous avons des
preuves fréquentes à l'époque ptolémaaque), pois,
bientôt de s'en débarrasser plus effectivement —
toujours, disait-elle au prince, «afin qu*ils n entre •
prennent pas de disputer avec mes enfants sur tes
biens ».
Certes, Tabubu voulait, ainsi que le porte un
vieux chant d'amour hiératique, « devenir maîtresse
de ses biens en qualité d'épouse»; mais elle allait
bien vite en besogne, et d'ailleurs les enfants dont
elle pariait étaient loin d'être déjà nés **- ce qm
ne lui donnait pas, je le répète, les droits complets
des autres femmes mariées par sankh, à Tépoque de
Darius, aussi bien qu'à celle des Lagides.
Notons-le, du reste, ce désir de devenir wudbresâe
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 371
des biens du mari en qualité d'épouse s'était alors géné-
ralisé pour îes femmes égyptiennes, quel que fût
leur régime matrimonial. Nous le retrouvons même
quand la femme n'avait à exercer aucun droit ré-
trospectif, quand , par exemple , il s'agissait d'une prise
pour femme spécifiée par un contrat antérieur k
rétablissement pour femme, c'est-à-dire aux rapports
conjugaux — même quand pour cet établissement
comme femme, on ne constatait ou on ne suppo-
sait aucun apport pécuniaire de la future épouse,
apport pécuniaire dont les intérêts ou le non-
payement à jour fixe auraient été l'origine d une
dette légitime. La liquidation des biens du mari se
produisait encore, dans ces conditions, après un
des contrats par don nuptial, et, pour cela, on
trouvait facilement des prétextes.
Après un contrat de ^anWi, la pension alimentaire ,
servant d'intérêts au taux de la créance, était sou-
vent par son non-payement — le papyrus grec XIII
de Turin cité plus haut en note le prouve — l'oc-
casion d'une telle liquidation. Dans les actes par don
nuptial , cette pension ne se rattachait en rien à un
apport fait par la femme; mais elle n'en subsistait
pas moins comme obligation imposée par la nouvelle
législation que nous avons décrite. Pourquoi donc
ne pas considérer cette obligation comme point de
départ possible d'un véritable Sdvetov? C'est ce qu'on
fit dans plusieurs contrats que nous avons sous les
yeux. Je citerai , par exemple , la série qui concerne
Patma et son épouse Taketem.
372 MAI-JUIN 1906.
En Tan 33 , choïak, du roi Ptolémée Philaddphe ,
Patma rédigea un contrat de shep ou « don nuptial »
avec une pension alimentaire assez forte. Sauf ce dé-
tail , il suit ie formulaire habituel. Mais il y ajoute une
hypothèque générale garantissant toutes les paroles
du contrat, et ia remise des titres de propriétés qu*il
possède. Trois ans après, Tan 36, méchir, du roi
Pbiladeiphe, il reconnaît, par suite du non-paye-
ment d une partie de la pension , une dette de 3 ai^en-
tei, i5 sekels, ou 6o drachmes d argent, qu'il s'en-
gage à payer ti'ois ans après, en Tan 39, le 3o mé-
chir. Ce capital , par suite de l'intérêt légal de 3o 0/0 ,
sera alors presque doublé , ce qui ne pouvait être dé-
passé sans règlement, d'après la loi de Bocchoris. Si,
au moment du terme, la créance n'est pas soldée,
Patma s'engage à considérer tous ses biens comme
vendus. Trois ans après, en l'an a d'E vergeté I*,
Patma s'exécute et rédige un écrit pour argent et un
écrit de cession sur la totalité de ses biens, c est-à dire
qu'il abandonne non seulement la nue propriété de
son héritage, comme le faisaient les maris memphites
dont l'union avait eu pour origine un sankh, mais
la jouissance actuelle elle-même.
C'est une coutume que nous trouvons «dors habi-
tuelle à Thèbes. Beaucoup d'actes de ce genre
nous sont parvenus, et nous y voyons souvent
ajouter, comme dans un acte de l'an 3 d'Mexandre
ie Grand, après les formules de l'acte de cession,
cette clause vraiment touchante : « Désormais c est
toi qui prendras soin de moi pendant ma vie; et si je
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 373
meurs, cest toi qui prendras soin de ma sépulture^
et de mon monument funéraire. »
Heureux encore , le pauvre mari , si sa femme vou-
lait bien se souvenir de lui. Nous en connaissons qui .
comme Nephoris, d'après la requête de ses propres
fdles , ont abandonné ceux qui leur avaient tout donné
pour courir après de nouveaux amants, quelque sol-
dat de passage, par exemple, tandis que leur misé-
rable conjoint mourait de la plus triste des manières.
C'est là une exception , je le veux bien ; mais ce qui
ne Test pas , c est le rôle infime qu'a l'homme pendant
cette période de la civilisation égyptienne.
Déjà Hérodote, 1. II, ch. 35, disait (dans la vieille
traduction de Salliat) : « Les Égyptiens donque, avec
la faveur du ciel , qui leur est autre qu'a tous hommes ,
et avec leur rivière, qui est d'autre nature que toute
autre, se sont étably loin et coutumes contraires à
celles dont use le demeurant des hommes entre les-
([uelles ceste-cy est , que les femmes conduisant tout
le train de leurs trafiques et marchandises et tiennent
les ' tavernes et cabarets , tandis que les hommes
demeurent assis dans leurs maisons à tistre. »
Alyvirltot olfxa tÇ oôpav^ r<p Karà ar^éas è6tfri ère"
poifjf) xaï T<jj zjotoliâÇ ^licnv iWoirjv ^ape)(Ofxév(f) iî oi
dtXXoi -oroTaf/o/, rà eoXXà vrdvra ifinaXiv roîa-i ctXkoicri
^ Deméme« dans le papyrus 2^29 bis du Louvre contenant un
supplément de donation fait par Pchelchons à sa femme Neschons ,
nous retrouvons la même formule, avec un conseil donné aux
enfants de ne pas disputer à ce sujet. Les textes de ce genre sont
très communs.
374 MAI-JUIN 1906.
ivOpcû^oicrt éa1rf(ravro 0ed re xaï v6(âovs* iv Tofcri ai
jciiv yvva7xes dyopd'Cova-i kûÙ xanmXmiovcri ' ol Se ipipesy
narfoÏMOUt iivrti, ûC^a^uovcn.
De même Sophocle, dans son Œdipe à Cobnne,
vers 337 à 34 1 , nous parle de ces hommes, quî, au
lieu d'agir virilement, sont assis à la maison et s'oc-
cupent Ix tisser, tandis que leurs épouses pourvoient
à leurs besoins :
Ù ^cùfT^éKsivûJ To7s iv AlyM^ viyuois
<t>i<Tiv xarstxaa-ôévTe, xal ^lov Tpo^és.
Ëxe? yàp ol yj^v ipaevee xarà (rléyas
&oixoS(Tiv laloupyovtnss ' al Se crévvofjm
Ti^oj ^lov Tpo^sTa 'Cfopcrivova^dBi.
C'est pourquoi aussi Diodore de Sicile , 1. 1 , ch. 2 7,
2 , nous dit que « parmi les particuliers le. pouvoir est
donné à la femme sur le mari et que, dans les
contrats de mariage, les maris promettent de se
soumettre en tout à la puissance de leurs femmes :
Ka) zsapà to7s iSioirais aupteieiv rijv yvvauxa
7*ivSp6sj èv Tfi Tris ^ufpoixbs crvyypa^p "apOfToyuokxh-
yovTCûv T&v yafiovvTCûV aitama isfeiOapyvftreiv rfi ya^
Le témoignage d'Hérodote, qui écrivait en 45 1
pendant la seconde partie du règne d'Artaxerxès lon-
gue-main , un peu après les glorieuses révoltes des rois
égyptiens Khabash et Amyrtée , et vingt ans avant la
loi des XII Tables, est surtout très curieux; car il
nous prouve que, dès cette époque, le coded'Amasis,
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 373
qu imitèrent les décemvirs romains, n était plus, en
ce qui concerne la femme, pratiqué que pour la
forme en Egypte; ce que nous avons déjà constaté
précédemment. La toute puissance de Tbomme avait
déjà fait place, dans la réalité des choses, à la toute
puissance de la femme. C'est ce qui am?e facilement
quand on rompt Téquilibre. D un excès on passe à
lautre, suitout quand on a voulu réagir contre des
mœurs publiques depuis longtemps traditionnelles
et invétérées. La vérité était 1 égalité des deux sexes
d'après le code Ammonien, immédiatement avant
Amasis. La tyrannie de la femme est aussi illogique
et même bien davantage que la tyrannie de Tbomme.
Du temps de la seconde hégémonie persane en
Egypte, c est-à-dire postérieurement à la promulga-
tion de la nouvelle législation des dynasties nationales
révoltées contre les Perses, le mou\emQni féminUte ,
que nous avons déjà constaté du temps de la pre-
mière, c est-à-dire tf Hérodote, s est encore accentué.
Ce n est plus seulement la femme mariée que Ion
protège, cest encore la fille et la sœur. Tandis que
sous les Ammoniens eux-mêmes , le hir, le chef de la
famille, était toujours un homme, d après le nou-
veau code, ce chef, cet aîné, xvpioff peut être une
femme. Nous possédons un contrat de fan a , athyr,
de Darius Codoman , le roi que vainquit Alexandre ,
qui est très intéressant à ce point de vue. Il porte :
« La femme Isis , fille de Ha , dont la mère est Nes-
borpkhrat, dit au choacbyte d'Amenapi de roocident
376 MAI-JUIN 1906.
de Thèbes Petamenapi , fiis de Nesmin, dont la mère
est Isirashi :
«Je t'abandonne les droits siu* les maisons, les
« terrains nus , tous les biens au monde , droits appar-
« tenant au pastophore d*Amenapi de Toccident de
« Thèbes , Ha , fils de Pchelchons , dont la mère est
« Nesnebhathor, mon père, le frère cadet de Nesmin ,
« fils de Pchelchons , ton père. Je n ai plus aucun droit
« d'action pour jugement, de serment et d'adjuration
«judiciaire, de parole quelconque a te faire. Depuis
« le jour ci-dessus , celui qui viendra à toi pour t'în-
« ([uiéter, pour part de maisons , de terrains nus de
« totalité des biens au monde appartenant à Ha , fils
« de Pchelchons , mon père, celui, dis-je, qui viendra
« parmi les enfants mâles, les enfants femelles, qui-
« conque au monde provenant de Ha , fils de Pchel-
« chons, mon père, je le ferai s'éloigner de toi. Si je
« ne le fais pas s éloigner de bonne volonté, je le ferai
« s'éloigner de force. Je t'obligerai de mon côté au
« droit de l'écrit que tu m'as fait l'an 2 , athyr, du roi
« Darius (la même date que celle qui est inscrite dans
« le protocole de ce document) , sur le ttpooaiXiop et le
« pavillon qui est derrière , et sur le terrain qui est sur
« le pavillon et dont la porte s'ouvre sur le sol. Tu m'as
« donné écrit sur ces choses pour ma part de maison
« de terrain nu et de biens quelconques, et pour la
« part de maison et de terrain nu de Pchelchons, fils
« de Ha, de la femme Muamenra, fille de Ha, de la
« femme Tamin , fille de Ha , et de la femme Tanofré ,
« fille de Ha — ce qui complète cinq parts dans lei-
LA FEMME DANS LANTIQUITÉ. 377
« maisons, les terrains nus de Ha fils de Pchelchons,
« notre père. Je n'ai plus aucune parole au monde
« (aucune réclamation) sur toi depuis le jour ci-dsssus.
« Que je ferme la porte qui ouvre à lorient de la
« maison , que je m ouvre une porte au sud de la rue
« du roi. »
Ici , cette fille ayant un frère légèrement plus jeune ,
sans compter des sœurs , use de tous les droits , fort
étendus, que le code égyptien assurait à Taîné, xv-
pios, non pas dans son propre intérêt, mais pour pro-
téger l'hérédité commune à sa branche. Elle échange
cette hérédité avec celle de son cousin , Taîné , xupios
d'une autre branche , ou plutôt elle partage le bien
commun, par cessions parallèles en interdisant
désormais à ses frères comme à ses sœurs de jamais
réclamer contre ce qu'elle a fait comme magistrat
fiimilial. Le pouvoir quelle revendique ne lui est donc
pas donné par un contrat librement consenti, comme
celui dont il est question dans les contrats de mariage ,
mais il lui vient de la loi même , c est-à-dire du nou-
veau code , en cela en opposition avec celui d'Amasis.
On peut donc affirmer qu'il y a eu là une réaction
violente, une véritable révolution juridique — comme
sur beaucoup d'autres points d'ailleurs.
vil. 2.)
laraiHraii >Anoati.r.
378 MAI-JUIN 1906.
VI
LES MACÉDONIENS EN EGYPTE
ET LA FEMME.
Nous en sommes arrivés à lapogée de» droits de
la femme, limite extrême qui ne pouvait vraiment
plus être dépassée* Il faut maintenant que nous di-
sions qudques mots des modiâcations que les do-
minations grecques et romaines introduisirent, en
Egypte, dans le code des dynasties nationales — tou-
jours, bien entendu, en ce qui touche la femme*
Quand les compagnons d'Alexandre conquirent
sur les Perses f Egypte ( où ils furent accueiUii d'abord
comme des sauveurs), ils eurent smn de laisser sub-
sister, à côté de la leur, la législation du pays» La
distinction decesdeux lois parallèles est encore nette-
ment spécifiée sous les enfants d'Épipkane par un
passage du procès contenu dans le papyrus I de
Turin, dont j ai fait voir la parfaite exactitude*
Or, pour la femme , ces deux lois étaient easen-
tiellement différentes.
Les Macédoniens mettaient la femme en tntdie
perpétuelle, en hii adj(rignant un xiptof pour tous
les actes importants, ainsi que le prouvent une nuàr^
lilude de papyrus. lis durent donc trouver excessi&
les droits accordés à la femme en Egypte.
En ce qui concerne les régimes matrimoniaux
issus de la libre volonté des parties , ils ne voulurent
et ne purent rien y toucher. Mais , tout en laissant aux
LA FEMlitfc l)Af«IS L'ANTIQUITÉ. 379
Égyptiens lelifs lois et leurs coutumes ^ les monarques
se Crurent permis de foire, par décrets ou 'mpôalay^
(i&ffA, Certaines modifiCËtious au code égyptien, qui
rendaient moins choquante Fantinomie. La première
en date de teê ttlodificatiotis fut cdie par laquelle on
sUppriitia la soBfur ainée, xàpêût, pour ne plus ad-
mettre qu'un frère aîné^ képiCfs. Cette modificatioh
dut avoir lieti dès le début de la conquête, car,
depuis Alexandre^ nous n'avons plus jamais dacte
analogue k Celui de Darius Gddotnan. La seconde
mddification fut bdatîcoup jAm tardire. Elle ne re-
monte qu'à Ptolénlée Phîlopator- Ce roi, si ami des
femmes, dont il fut ftoûrent le très huml^ esclave,
trouva pourtant que la femme mariée égyptienne
avait trop d'indépendance^ Il rendit un mpàt/làyiioL
exigeant le Cônsentctoiént An mari à tous les actes
aCccrmpli* par sa femme.
Jusqu'à tei, sotts Al^andre, Philippe Arrhidée,
Alexandre II, Ptdémée Soter, Ptolémée Phila-
dèlphe, Ptolémée Évergète, et même dans ie ooni-
mênCement an régime de Philopator, les contrats
nous montrent les femmes mariées actant avec la
plus grande îndë^ndance , san^i l'assistanœ de qui-
conque. EHesf vendent, achètewt^ empruntent, sans
que leur mari *ii k s'en méier. Ce titre de « mari n, de
fcd, n'intervient nulle part, même quand ies
fetortïes mariées traitent d'ttne affaire de ce genre
afvec letff Conjdnt — ce ^û\m font absoinmmt
comme **H ^'agi^^it d'un étranger .^ A partir du
epéôOâtyfiii de Philopator, au contraire, il n'en est
25.
380 MAI.JUIN 1906.
plus ainsi. Après l'acte rédigé par sa femme, &
regard d'un étranger par exemple, le mari, à ce
titre expressément allégué., intervient pour dire qu'il
y consent.
Cette loi continua toujours à être pratiquée en
Egypte , môme à Tépoque romaine et lorsque les
Egyptiens eurent reçu le titre de citoyens romains
— c'est-à-dire quand le corpus jaris donnait aux
femmes un tuteur autre que leur mari. Les con-
trats coptes de la plus basse époque, aussi bien que
les contrats grecs, nous montrent encore la néces-
sité du consentement marital, tel que le code Napo-
léon devait l'exiger plus tard, malgré l'opposition du
consul Gambacérès.
Notons-le d'ailleurs , si , sur ce point, le droit grec
exerça une véritable influence sur le droit égyptien,
le contraire se produisit également. Même dans les
actes grecs rédigés pour les conquérants, en vertu
du droit macédonien , le xupio^ des femmes ne devint
plus qu'une affaire de style. En fait, la Grecque
jouissait en Egypte d'une liberté aussi grande que
l'Egyptienne.
Les contrats grecs relatifs à la fenune se firent
aussi habituellement suivant des modèles égyp-
tiens : ce qui n'avait rien de contraire au droit,
puisqu'en définitive , dans les questions qui n*étaient
pas réglées par la législation, le contrat, ce que
les Egyptiens nommaient l'acte libre, faisait la loi
entre les parties , et cela aussi bien d'après les codes
grecs , comme celui de Solon , que d'après celui de
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 381
Bocchoris. Or, tout naturellement, c'était le plus
grand nombre dont les coutumes prévalaient.
Nous ne possédons , et cela à l'époque ptolémaïque ,
qu'un seul contrat de mariage gréco-macédonien pur.
Comme les contrats gréco-macédoniens d^dwtf"
^pôÛTiSy emptio-venditio , et d'emprunt-prêt que nous
possédons, il est complètement bilatéral, au lieu
d'être unilatéral dans sa forme, ainsi que cela se
pratiquait pour tous les actes égyptiens.
Bien entendu aussi, suivant l'usage général des
Grecs, il se rapporte au régime dotal pur. Mal-
heureusement une lacune nous en a enlevé le com-
mencement relatif à l'oflTre et à l'acceptation du
mariage, à l'apport et au chiffre de la dot, etc.
Les autres clauses , encore subsistantes , se réfèrent ,
soit à la vie conjugale basée sur une communauté
réelle, et non — comme cela se pratiquait alors en
Egypte — sur une union libre , avec domiciles sépa-
rés possibles, etc., soit à la rupture prévue de cette
vie conjugale.
Bien entendu, il ne peut, dans ce régime fort
simple, être question d'une pension alimentaire,
mais simplement de l'entretien convenable de la
femme par le mari :
« Menécrate fournira à Arsinoé toutes les choses
nécessaires à son entretien, selon sa fortune, ainsi
que les vêtements et tout ce qui convient à ime femme
mariée.
M II ne sera pas permis à Menécrate d'introduire
382 MAI-JUIN 1006.
dans la maison une femme {yvpeuxa) , ni d entretenir
une concubine (tvoXXoiej/v), ni d avoir des enfantsdu
vivant d*Arsinoé, ni d^habiter une autre maison que
celle dont Arsinoé est maîtresse avec lui, ni de la
chasser, ni de Tinsulter, ni de ia maltraiter, ni
(raliéner aucun bien , sans qu*Ârsinoé ait souscrit à
la garantie.
« S'il est démontré qu*il a fait Tune de ces choses,
ou s'il n a pas fourni les choses nécessaires et les
vêtements, etc., comme il a été écrit plus haut,
Menécrate payera à Arsinoé sa dot et Yhéniiotton (la
moitié en plus).
« Réciproquement , il n est pas permis à Arsinoé
do découcher ou de s*absenter un jour entier hors
de ia maison de Menécrate, sans que Menécrate le
sache, ni de s unir à un autre homme, ni de souiller
la maison commune, ni de ùàve à Menécrate
(fuelcjue chose de ce qui apporte de la honte à
lui homme. Si Arsinoé, de son libre arbitre, veut se
séparer do lui, Menécrate la renverra, en lui payant
simplement sa dot , dans les 3o jours à partir de la
d(».mande. S'il ne paye pas comme il est écrit, qu'il
livre Vhémiolion en plus avec la dot.
«Qu'ils aient santé! Mais si lun deux souffre la
destinée^ commune aux hommes et meurt, que tout
ce qu'il a laissé appartienne au survivant et aux
enfants qu ils auront eus ensemble. S'ils nont pas eu
d'enfants ensemble ou si ceux qu'ils ont eus sont
morts avant d'être en âge adulte, alors que les deux
époux sont encore en vie , ou après la mort de l'un
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 383
d eux, on agira de la façon suivante : Si c'est Arsi-
noé qui meurt la première, Menécrate versera toute
la dot ... à sa mère (la mère d'Arsînoé) si elle vit,
ou sinon à ceux qui représentent Arsinoé. S'il ne la
paye pas comme il est écrit ci-dessus, il payera de
plus la moitié en plus (le reste manque). »
Ce contrat est jusqu'ici unique en son genre.
A peine en retrouve-t-on quelque formule de dé-
tail dans d'autres contrats grecs rédigés à Tépoque
romaine, d'après le type égyptien. Notons-le, en effet,
dès l'époque ptolémaïque , c'étaient les actes de ce
type que les Grecs employaient de préférence — et
cek en grec — quand il s'agissait du mariage,
tandis qu'ils avaient soigneusement conservé les
formules macédoniennes pour la vente, le prêt, etc.
Nous citerons, par exemple, cette pièce ptolé-
maïque, qui nous donne J'analyse exacte d'un contrat
dotal du genre égyptien (en laissant de côté, bien
entendu, les clauses périmées, dont l'exécution n'im-
portait pas au demandeur, telle que la pension ali-
mentaire , etc. ) :
« A Posidonius , chef des gardes du corps et stra-
tège, de la part de Ptolémée, fds d'Amadocus,
Thrace.
« Ma mère Asclépias s'était unie à un certain Isidore,
du bourg de Pitou , par un contrat de reconnaissance
que celui-ci lui donna et par lequel il reconnaissait,
entre antres choses, avoir reçu d'elle la dot (^epi»i/)
de 2 talents de cuivre apportés par elle , et s'enga-
.Wi MAT-JUIN 1906.
(jeait à régler avec elle dans V camée de cohabitation,
Jusqiie-ià, ils devaient avoir avvowria ensemble
(omme mari et femme, elle, Asclépias, étant mai-
tresse en commun des biens. S*il ne faisait pas
comme cela avait été écrit, Isidore devait lui rendre
immédiatement la dot avec la moitié en plus. Mais,
dans TintervaUe, Asclépias étant morte, et ses biens
me revenant à moi, puis Isidore étant mort aussi,
certaines gens appelés Ântibios, Isidore, Eudaiuios,
se précipitèrent sur ces biens quils avaient laissés cl
maintenant encore , s en étant emparés , les possèdent,
sans me rendre la dot, etc. »
liC reste de la requête nous importe peu pour le
moment. Il nous suffit de constater que ce docu-
ment, écrit entre Tan a 5 et Tan 36 de Philometor,
nous montn» l'emprunt fait, par des Grecs, du con-
trat de mariage égyptien, unilatéral dans sa forme,
ot mentionnant, après la dot, la clause par laquelle
on s\»ngageait à la rendre et à régler avec la femme
dans Tannée de cohabitation.
Dans Ifs contrats de sankh, le mari disait simple-
ment qui! rendrait cette créance quand la femme le
voudrait, et, dans les contrats de prise pour femme
niemphi tes , qu'il la rendrait dans le délai de 3o jours ,
soit quand il établirait sa femme comme telle, soit
(|uand elle s en irait d elle-même. Mais la suite por-
tait , à propos de la pension alimentaire : « Je te don-
nerai ceci ou cela pour ta nourriture, ton aident de
poche ot pour ton argent de toilette d'une année. ■
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 385
Dans les contrats par don nuptial, cette formule
relative à Tannée de la pension, ne semblait bien
souvent en prévoir qu une , avec continuation pos-
sible , ce qui m'avait fait penser d'abord à une sorte
d'année de noviciat matrimonial. Depuis j'ai renoncé
à cette hypothèse. Mais il faut avouer que le contrat
cité par Amadocus était bien rédigé dans cet esprit.
Je ne donnerai pas en détail les très nombreux
contrats de mariages grecs de l'époque romaine , qui
nous offrent toutes les clauses des contrats de ma-
riages égyptiens, avec pension alimentaire, etc. Les
curieux pourront en lire quelques-uns dans mon
Précis. Qu'il me suffise de dire qu'à côté du type
dotal, du type mixte également décrit plus haut
et comprenant des SSv^ ou « dons nuptiaux » et un
tafpw/Çtt dot », on trouve, et cela très souvent, le con-
trat desankh ou de créance nuptiale, appelé en grec
contrat de dépôt, ^apaOrfxn ou ^apoLxaTaOrfxti.
Ce contrat était surtout en usage pour les soldats
auxquels la loi interdisait de se marier et qui avaient
trouvé commode ce mode de (rwoïKéciov.
Sur ce point la jurisprudence était hésitante. En
l'an 2 G d'Adrien , Gains Juiianus déclare nul ce Sdvetov
èx ^apdvofjLOv ydfiov yevSfxevov. En l'an 20 de Trajan ,
Lupus dit : « Nous pensons que les ^mapaxaTâBrlKcu sont
des dots. En de semblables causes , je ne donne pas de
juges ; car il n'est pas permis à un soldat de se ma-
rier. Mais, ajoute-t-il à la demanderesse, si tu ré-
clames ta dot, tsrpoix»/, je donne un juge. Je penserai
que tu as été persuadée que le mariage était légal. »
390 MAI.JUIN 1906.
Quant au contrat basé sur le seul don nuptial ,
sans apports vrais ou prétendus de la femme , je ne
1 ai pas encore trouvé en grec. Il parait être resté
spécial au droit égyptien pur, et il continua à être
rédigé, soit pour les payens, en démotique, soit
pour les chrétiens, en copte. En copte, nous trou-
vons également , et cela bien après la conquête mu-
sulmane, les contrats mixtes spédfiant le schaat
(cyxxT) ou don nuptial, la shedet (u^eexex) ou dot
de la femme, et la rompe en ouom (ponne AoyuiH),
année de nourriture ou pension alimentaire.
Notons cependant , à propos de la pension ali-
mentaire , que si elle continua à être spédfiée habi-
tuellement dans les contrats grecs et coptes, c était
complètement illégal , depuis Tédit de Caracola éten-
dant la cité romaine à tous les sujets de f empire,
(iordien avait écrit formellement, peu de temps
après cet édit de Garacalla (Dig., V, xvi, ii) :
«Sicut cessât petitio quantitatis, quam de suoma-
ritus uxori in menses singulos vel annos proprii
usus gratia promittit, ita ex ea causa nummi soluti
erogatique non dari repetitionem manifestum est. »
Mais, en cela, la coutume l'emporta sur le droit
strict, comme en ce qui concerne lassistanoe légale,
le quasi-tutelle du mari sur sa femme, instituée par
Philopator, et qui ne cessa pas d'être pratiquée, etc.
Ces coutumes légales ou, en d'autres termes, ces
vieilles lois égyptiennes , étaient soigneusement con-
servées en Egypte, en ce qui touche le mariage, sur
tous les points, avec une obstination digne de re-
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 387
marque; parfois même elles devenaient Torigine
d'abus graves.
Il en fut ainsi, par exemple, pour la loi d'Amasis,
faisant consister le mariage , en dehors de toute cé-
rémonie, dans sa consommation charnelle. Cette
petite condition de la consommation du mariage
permettait aux Egyptiens d éluder la plupart des lois
matrimoniales des empereurs. Ainsi, par exemple,
une loi de Constantin avait interdit de contracter
mariage avec Tëpouse d un frère mort. Or il se trou-
vait que les Égyptiens, d après leur usage local sur
la façon dont il fallait entendre le mariage, préten-
dirent souvent que les femmes de leurs frères * étaient
restées intactes après la mort de ceux-ci, que, par
conséquent , ce mariage , officiellement et publique-
ment célébré, n*était pas un vrai mariage, et qu'il
leur était permis de ne pas en tenir compte.
L'empereur Zenon voulut couper court à cet abus,
et il répondit en ces termes (Code, liv. V, titre v,
1. 8) : a Licet quidam Aegyptiorum idcirco mortuo-
rum fratrum sibi conjuges matrimonio copulaverint ,
quod post illorum mortem mansisse virgines dice-
bantur, arbitrati scilicet (quod certis legum condi-
toribus placuit) cum corpore non convenirint,
nuptias non videri esse contractas ; et hujusmodi
^ On sait d'ailleurs que les Egyptiens regardaient comme licites,
je dirai plus, normaux, les mariages entre frères et sœurs (à l'imi-
tation de celui d'Osiris et dlsis). Nous en avons des exem|^es innom-
brables à toute époque jusqu'à l'édit de Garacalla. Ils n'avaient pas
seulement lieu entre enfants du même père, comme à Athènes, mais
entre enfants du même père et de la même mère.
^SS MAI-JUIN 1906.
ronnubia tune temporis celebrata firmata sunt, tamen
praesenti lege sancimus , si quac hujusmodi nuptiae
contractae fuerint, eas eanimque contractores, et
ex his progenitos, antiquorum legum tenon subja
cere, nec ad exemplum Aegyptiorum (de quibus
supradiclum est) eas videri fuisse firmas vel esse
firmandas. »
li me serait facile de montrer la permanence ac-
tuelle des coutumes égyptiennes relatives tant au
don nuptial qu*au trousseau de la femme, distinct
de son avoir (meubles et immeubles) ne dépendant
que d'elle, bien quen qualité de wiptos le mari dût
par honneur être consulté, d après les textes légaux
actuellement en vigueur (art. aa, îi3, 71, 76 et
titre V, chap. v), et que mon ami, M. Attia Wahby*
a bien voulu me communiquer. Rien n'est changé
foncièrement sous ce rapport depuis deux mille ans.
Mais cet atavisme juridique n*est pas plus étrange
que celui qui fait conserver, nous a dit Oppert, par
les chrétiens des environs de Mossoul, Tancienne
Ninive, le contrat de coemptio ou d achat de la
femme, que leurs ancêtres pratiquaient au temps
d*Assourbanipal ou de Sennacherib,
Le contrat par coemptio , introduit par Amasis, et
que rÉgypte donna à Rome , a au contraire disparu
en Kgypte même, car il était par trop contraire aux
* M. Attia Wahby qui, à coté de sa traduction, m*« donné le
teite arabe de tous los textes légaux et de lenr commentaire «ato-
risé, m*a envoyé aussi les déclarations officielles de mariage fniUss
au patriarchat copte et de très curieux procès contemporains.
LA FEMME DANS L'ANTIQUITÉ. 389
mœurs publiques , très douces et très féministes. Il
est toujours permis à un législateur de tout changer
pour un jour, mais ses réformes disparaissent, si
lame du peuple n'en veut point.
Certes on peut la corrompre , cette âme du peuple.
On peut lui faire abandonner la morale stricte, mais
on ne peut lui imposer longtemps des choses qui
répugnent trop à sa nature et à son tempérament
ethnique.
VII
POST-SCRIPTUM.
Il nous resterait à continuer cette histoire de la
femme , tant en Orient qu en Occident. Peut-être
le ferons-nous quelque jour, mais actuellement le
temps nous manque.
Et cependant il serait fort intéressant de constater
les transformations que le jus gentium, et spéciale-
ment celui d'Egypte, a fait subir au vieux droit civil
romain , devant aboutir un jour à ce droit écrit, paral-
lèle au droit coutumier, et contre lequel les autem's
du code civil eurent tant à lutter.
La lutte fut âpre, surtout pour la libre admi-
nistration des paraphemaux par la femme mariée,
sans intervention du mari, libre administration si
analogue à ce qui existait en Egypte avant le ta'p^-
(rlayfJLa de Philopator.
Bien curieuse aussi serait Tétude, relativement au
mariage , des usages de ces Germains et de ces Bar-
390 MAI-JUIN 1900.
bares de tout genre qaî envahirent f empire romain ,
emportant avec eux leur droit coutumier, devenu,
en partie « le nôtres Disons-le d'ailleurs , oe droit cou-
tumier avait des analogies frappantes avec les plus
YÎeux des droits orientaux. La raison en est bien
simple. Aucun de ces législateurs, modifiant tout à
leur fantaisie, n'était encore intervenu i et les institu-
tions primitives restaient ce qu*eUes étaient.
En ce qui touche la femme , jouant un r^e bien
supérieur à celui qu elle avait dans les codes dits
classiques de l'antiquité ^ comme en ce qui touche
les enfants , devant avoir parts égales dans les biens de
leurs parents, ce droit coutumier, devenu le nôtre,
se rapprochait singulièrement de Tétat des premières
périodes des civilisations primitives de la Ghaldée,
de. TEgypte (restée à ce point de vue le plus conser-
vateur des pays antiques) , etc.
li ne faudrait pas ouUiar non plus Finflaence
très rédle et très profonde du christianisnie --^ sans
pourtant ^ejKagérer^ comme le font quelques-uns,
' Lors de la conversion au ctimfianisme on réagit inéme cfotite
la AflnatîM» M» indépendants de U tmnmt ê» Egypte, etf ifiuipiiapt
d'Atl«;urs de» iraditions de TAncien TeatAmest* Noos citoieiia ceUe
rliarinante page de8 Gnomes :
« Une femme est aimée de Dieu et des hommes k cause dté sa
sagcMc et de la bonne administraliMr de stf naisea; ccf Ift kMMMé
vaine, il y a une xt.'n^canre qui la pouri«it«
« Orne-toi pour ton mari par les œuvres dfe tes mama et jper la
sagesse de ta bouche : les saintes appellent leur mari mon teigkear»
« N'aini<> pas à tf parrer, ^ femme, fMâis atfai>Bu»lw &é Mites i*
LA FEMME DANS L'ANTIQUITE. 391
soutenant que le christianisme a seul donné à la
femme son véritable rôle , inconnu à toutes les nations
antiques.
belles qui sont dans \e séptdcre. Celles mêmes qui gisent sur le lit
de la maladie, la beauté cesse en elles.
f Orne ton âme par Taniour de Diea et donne ton cowr à la pa-
role de Dieu. £coote-le.
« Un homme sage ne s'attachera pas à une femme insensée.
«Mon fils, éloigne-toi d'une femme qui aime la parure; car ce
sont sigfiaax d*adiiltére qne les étalages d^annetdx et de ciocliettes.
f Ta reconnattras une femme qui baii le péché à la pureté de
son visage; quant à celle qui met du noir à ses yeux, elle montre
par la sa futilité.
« Le soin da corps n*a pas besoin de ces choses. (Test vanité que
de les perler* A quoi sert le noir de* yeux? On gâte une beUe image
avec la fumée des lampes. »
Déjà , à la (in du premier ou au commencement du second siècle
de notre ère , tm chrétien racbé , Pblbfbor, dans son admiraMe trmié
de morale, montrait pour la femme égyptieuie, si libre d'allure» et
si autoritaire, une défiance parfois méritée, en lui opposant son
idéaf de fa femme chrétienne :
f Qoond une femme te frfolt , c*eft un mattre qui s'est rétélé en elle.
« Une femme qui n^aime pa» on autre par une liaison amonreuse
(mot à mot : par une cousinerie masculine de femme) est nne per-
sonne sage.
f Elles ne aont pas nombretise» le» femmes indifférentes à famour
coupable (mot à mot : molles dans ce chemin en leur Ame).
« Que pour elles , soit un bon ordre venant de Dieu !
« 11 y a telle femme qui remplit sa maison d'approvisionnements
sans payer.
«Il y a telle autre qui rend Dieu maître de son intérieur (de tout
ce qui la regarde).
« Il y a telle autre que je ferai connaître pour le déshonneur, en
qualité de femme molle et sensuelle.
< Je la crains celle-là , à cause de la crainte que j*ai de la ruine. »
L auteur d'un autre livre de morale, -copié sous les Ptolémée^par
le reclus du Serapeum , Apollonius , disait simplement : • Ne moleste
pas ta femme. Elle entre en lutte. Qu'elle emporte son bien. »
392 MAI-JUIN 1906.
Non ! le christiaDÎsine n*a pas créé, mais îi a res-
tauré la situation de la femme d*après les vieilles
traditions primitives oubliées presque partout.
Il n en est pas moins vrai que , sans lui , ce que
nous appelons la ci>îlisation moderne n'existerait pas
ou aurait revêtu im caractère beaucoup plus égoïste.
C'est Jésus qui , par Tamour, a édairé fâme hu-
maine.
A un autre point de vue, bien intéressante aussi
serait l'étude du monde arabe et surtout des modifi-
cations quy a apportées l'Islamisme, que M. Buart
appelle , avec raison , une hérésie chrétienne. Du côté
doctrinal , en effet , ce n'est guère autre chose qu'une
espèce de nestorianisme remplaçant le Christ par
Mahomet, Paraclet annoncé par lui, prétendait-il.
Mais hérésie, Tlslaniisme le (îit aussi et surtout
par la manière dont il considéra l'état de la femme;
et peut-être peut-on mieux expliquer ainsi, par une
réaction nécessaire contre l'ennemi religieux hérédi-
taire des Croisés, le piédestal sur lequel les chevaliers
francs élevèrent la femme, cette reine d'amour — si
libre parfois.
YAKS À. 393
YAKSÂ,
PAR
M. A.-M. BOYER.
M. Geldner a consacré à l'étude de ce terme un
des articles des Vedische Stadien, III, p. 126-1 43.
On trouvera là, p. 1 43, rénumération des sens quil
lui a assignés, et je la reproduis en note^ Je crois,
pour ma part , que yaksà exprime simplement une
forme (visible de fait ou conçue comme telle) propre
Il étonner le regard , et que son interprétation , sui-
vant Toccurrence , par « fantôme » , « apparition » ,
« apparition merveilleuse » , « forme merveilleuse » ,
« merveille » , explique au mieux les textes et suffit à
tous les cas^. Parce que, au contraire, le sens dTiom-
^ 1. - a. Erstaunen, Verwunderung, Neugierde. - b, Wuiitler,
Ràlsel. — 2. Wunder, Kunststûck, Zauber. - a. Hexerei, Zauberci.
- b, Verzauberung , Verwandlung. - c» Gaukeleî, Blendwerk, H*
lusion. - d, Wunderkraft, VVunderkur, Heiizauber. — 3. Gegen-
stand der Bewunderung oder Neugierde , Kuriositât -^ a. Wunder-
tier. - b, Schaustûck, Fest, (vulgo Zauber). - c. Naturwunder,
wie grosse Baume u. s. w»
* Yaksà, dans ie sens de « fantôme» , signifie le fantôme pris soit
absolument , soit relativement à un possesseur : le fantôme de. De
même yaksâ est employé dans le sens de • forme mervéiUèusp »
absolument ou avec un génitif. Dans le premier cas, il signifie nue
forme merveilleuse prise concrètement, €*est-à-dire un objet en
tant qu'offrant (ou imaginé comme offrant) aq regard une forme
VII, 26
394 MAI-JUIN 1906.
mage et les autres connexes à celuî-là ne conviennent
pas à tous les cas, et qu'il serait, d'autre part, gratuit
de supposer un second terme homonyme d*un pre-
mier qui à lui seul suffit, je repousse dans sa
totalité , comme on Ta déjà fait d'ailleurs , l'interpré-
tation indigène, bien que ses gloses puissent de fait
s'adapter à notre terme dans certains passages védi-
ques, et que le qualificatif yd^a, en particulier,
qui lui est peut-être apparenté et sur lequel je re-
viendrai, donne lieu, en faveur du sens admis par
le commentaire, à des rapprochements comme, h
côté de hdtà pâvaha yàksyah (R. V., VIII, kg [60],
3) : agnih pâvaM ttfyah (III, 'jy, 4), Mdh pdvakà
tdyah [Vil, i5, 10), Sdcih pàvaka vindyak (II, 7, &}•
JTessaierai de justifier dans une revue des textes
ce que j'ai dît du sens de yaksâ.
R.V.,lV,3,i3.
nii kàsya yakfàrp. sàdam id dlmré gâ
ma vesàsya praminatô mipéti \
ma bhritar agne ànjjor jrnAqi ver
ma sàkhyur dàksog/i ripôr bhufema I
Que les Aryas de l'Inde redontassent le retour des
merveilleuse : «forme merveilleuse! est idor» éi[«îviiaii à tnflr-
veiilei, au sens où j*ettieiids ici ce mot (avec UmtafiHs TâYMitage
d'eiprimer mieux la rdatioo de Tobjet au regard). Dana la WK9md
cas, il signifie la forme merveilleuse par laqueik fM éln ae tt"^
fesie (ou est supposé se manifestar) à la vue. Ce lecaaé cm M ae
présentera que dans Sat Br., XI, t, 3» 5 : hMmmifmmuJmÉfmhté,
à c6té du f«ste du piemier i /dl(|^ Moanti.
tAKsA. ^ 305
morts, eusserit-Hs été parents ou amis, est indiqué
parles précautions contre ce retour que sont Certaines
observances funéraire», effacement de la trace des
pas sur la route suivie pso* la marche funèbre, pose
d'une pierre sur ce même chemin, etc. , rites qui ont
bien sans doute pour but d'empêcher la mort de
poursuivre les vivants , mais la mort concrétée dans
le défunt, en qui elle s'est, pour ainsi dire, incarnée,
t) autre part on connaît le rôle d'Agni comme dé-
fenseur contre les génies nuisibles (daiis cet hyrnhë
même, au vers suivant, on Tinvite à ^er le Raksas :
jahi ràksah etc.), et sa protection n'est pas moins
efficace, sans doute, contre les revenants. Il est donc
naturel qu'il lui soit demandé d'écarter tout fantôme ,
fïk^ce celui d'un amî. C'est le sens que me parait
présenter notre texte.
Je vois avec Roth un adverbe dans huràs. Admet-
tant sa dérivation de hvar^ je lui reoonnaia le sens
de «sinueusement», «tortueusement». M. Olden-
berg, traduisant le vers en question, a semblable^
ment adopté pour rendre ce terme « on a crooked
way * ». Le sens de notre premier pâda sera donc
qu'Agni ne doit janiab aller en ligne sinueuse à
n'importe quel fantôme, ce qui veut dire qu'il doit
lui courir sus tout droit* Je traduis :
Ne vas jamais par voie sinueuse au fantôme dé qui qae ce
soit, ni d*un voisin travaillant à nous perdre ni d'un ami.
Ne (nous) réclames pas, ô Agni, la dette d*un frère fourbe;
* Vedic Hymns, àTindex et p. 326. Yakfà est rendii par «spîrit».
26.
396 MAI-JUIN 1906.
que nous n^ayoDs pas à souffrir de l*adresse d'un compagnon
trompeur I
R. V.,V, 70,4.
ma hàsyàdbhntakratà
yàksàm bhajemà tanéblufi \
ma iésasâ ma tàruisà H
Ce vers est une prière à Mitra et Varuna, et je le
crois encore inspiré par la crainte des reyenants et
du mal qu'Us peuvent causer. M. Oldenberg a pro-
posé pour le quatrième pâda du vers précédemment
étudié une correction que je n'ai pas cru devoir
admettre, et suivant laquelle cUftya se trouve diangé
en yak§A^, Il traduit alors : «May we not hâve to
suffer under the spirit which avenges », etc. C'est bien
du moins dans un pareil sens qu'il faut entendre ici
la relation de hhaj et de yaksà. Je traduis :
Que nous n ayons à souffrir, à merveilleusement sages,
de la paii; du fantôme de qui que ce soit, ni par noos-mâmes ,
ni dans ceux que nous laisserons après nous, ni dans notre
|N)Btërité !
R.V., VU, 61, 5.
àmûrà visvà vrsandv imâ vàm
nà ydsa citràrp, dàdrée nà yaksàm \
drdhah sacante Anfiâjdnànârfi
nà vdqi ninyAny acite abhûvan i
Comme le précédent, ce vers est adressé à Mitra
et Varuna.
* Vedie Uymnt, p. 33o.
YAKSA. 3d7
Bien que le padapâtha interprète àmàrà eiviivâ
comme duels , je crois plus probable qu'ils se rap-
portent au même objet que imâh. Du reste ce point
est secondaire dans la question qui nous occupe.
Quant à 1 objet auquel se rapporte ÎTiidA, et ceci est
pour nous capital , je ne puis le regarder avec Sâyana
comme n étant pas formellement exprimé dans le
vers : drdhah semble trop indiqué par le texte lui-
même. Ces Druhs, comme il est dit au troisième
pâda, suivent les iniquités des hommes; mais, de
fait , leur marche est invisible , elles ne se manifestent
sous aucune forme , qu il s'agisse d'une forme brillante
ou même de celle plus obscure d'un fantôme; c'est
ce qu'exprime le second pâda. Je traduirai donc,
en accord pour le sens général avec Berga%ne
[Religion védique, III, p. igS) :
Toutes ces avisées, vos Drahs, ô mâles, en qui n^apparait
ni forme brillante ni fantôme, suivent les iniquités des
hommes; les choses secrètes ne vous sont pas demeurées
inconnues.
R.V.,X,88,i3.
vaisvànaràm kavàyo yajhiyâso
'gnirn devâ ajanayann ajuryàm \
nàksatrarn pratriàm àminac carimd
yahsàsyMhyaksamtavisAmbphàntam B
L'astre en question est clairement le soleil, qui
est une des formes d'Agni. Cet astre est ici qualifié
deyaksâsyâdhyaksah, surveillant dnyàksA. Sans re-
dM MAI.JUIN 1006.
courir à ce fait que le soleil est une forme d*Agni,
d où nous ne cuvons conclure à priori qu'il ait
comme celui-ci pouvoir contre les démons et génies
malfaisants, nous savons par des textes positifs qu*il
possède réellement cette puissance. G*est ainsi qu'il
est dit, A. V. , VIII, 6 , que dans sa réycdution il les fait
disparaître comme fombre ( 8 ) ^ ; qu'ils ne lui résistent
pas , alors qu'il émet du ciel ses rayons bridants ( i a ) ^;
et se glissent loin de lui, comme la bru loin de son
beau-père (a 4)^. Et nous pouvons bien croire que
cette même puissance du soleil s'étendait encore aux
fantômes , qui d'ailleurs ont toujours préféré la nuit.
Ceci posé, nous ne serons pas surpris que le soleil
qui est célébré comme voyant toutes choses, qui
embrasse du regard toutes les races (R. V. , VII , 6o ,
3) ^ et épie tout le monde mobile {IV, i3 , 3)^, ait,
suivant le sens du terme àdhyaksa , l'œil sur les fan-
tômes, pour réprimer leur apparition et leurs entre-
prises tout ie jour. Prenant ici ya^ci au sens collectif,
je traduis :
Les sages adorables, les dieux (Hit fait Agni Vai&vânara
naître Timpérissable , Tastre antique qui ne s*ëpiiise pas, qui
marche, haut et puissant surveillant du monde des fantômes.
* chàyàin iva prà tant siiya^. parikrimtuin win^daU
' je sàiyar[i nâ tltikmnta âtâpantam amum divà^.
^ yé sûryât parisàrpanti sniisêva ivàiuràd âdhî,
* sâT[i yô yûthéva jànimâni caste.
^ spÂéam vUwuya jégatah.
R.V., 1,190,4.
asyà ilôko divfyate piihivyâm
àtyo nà yaîjisad yakfobhfd vicetàh \
mrgânâifi nà hetàyo yànti cemâ
bfhaspàter àhimâyà/l ahhi dyén \\
Quelques remarques d'abord, relatives au sens de
ce texte.
Il y est question du sloka , du chant de Brhaspati ,
et ridée de ce sloka commande tout le vers.
U faut donc comprendre ilokaiiiymiisai, le premier
de ces deux termes étant sous-entendu. Cette inter-
prétation est du reste confirmée par ce qui est dit
au vers précédent : iWicaji yarpsat savitéva prà bàhâ.
En ceci je suis d accord avec M. Geldner {op. cit.,
p.i37).
De même mrgândni nà hetdyah se rapporte au
sloka. « (Son chant est) comme les javelines destinées
aux bétes ». Pour l'assimilation de la parole de Brhas-
pati à une arme de jet, comparer II, 24, 8 :
« De ce contemplateur des hommes les flèches ont
la vue juste ^ avec lesquelles il tire, qui ont pour
place loreiUe »• Mrgânâm nà hetàyaii forme une
proposition détachée; on peut comparer celles du
* Littéralement « sont justes pour voir » , en liant âriâye à sàdhvth.
Les trois derniers termes du demi-vers, nrcàksaso driâye kàrna-
yonayah , sont ainsi raj^rtés respectivemeot mox trois premiers ,
tâsya sâdhvtr isavah, Kàrnayondyak contient un jeu de mots sans
doute intentionnel : irotnndriymia grâkyâ mantrabhûtà âkarnakrstâ
va hânàh ( Sây. ).
hOO MAI-JUIN 1906.
infime genre de 1 , 65 , 6 : diyo nU^man sàrgaprataktah
sindhar nà ksàdah kà irp, varéUe.
Relativement à la comparaison Atyond^ M. Geld-
lier me semble avoir établi de la façon la plus pro-
bable qu'elle vise le hennissement du cheval [ibid.].
Du reste le Seigneur de la prière est lui-même appelé
dans un passage (X, 53 , 9) étaéa. Mais, par contre,
je ne suis pas convaincu par Texplication que le même
savant a donnée de abhi dyàn (0. c, p. i38). Le
commentaire du Taitt. Bràh. sur R. V., I, 33, 11,
reproduit dans H, 8, 3, & dudit brâhmana, glose :
abhi dyûn pratidinam. De fait ahhi est une des pré-
positions auxquelles Pânini reconnaît une valeur dîs-
tributive (I, 4, 91). L'expression abhi dyûn prend
ainsi place a côté à^àna dyun, avec une signification
îmalogue. Que dans le texte du Rg Veda en dernier
lieu allégué , savoir 1 , 33 , 1 1 , la valeur de « jour » ne
puisse convenir à dfyun, ainsi que le veut M. Geld-
ner, cest ce qu'il me parait difficile d*admettre.
Ce texte dît : « Conformément à son propre pou-
voir les eaux coulèrent, il s'accrut au milieu àe&
(eaux devenues) navigables; avec un cœur propice
Indra, d'un coup très vigoureux, le frappa chaque
jour*. » Celui qu'Indra a frappé est sans doute le
Dasyu dont il est question dans ce qui précède : cf.
vers 4 , 7, 9. Si Indra peut , d'après un autre passage,
^ ânu tvadhdm aksarann âpQ tuyâr
vardhata mâdhya à nâvyànâm |.
sadhrîdnena mànasà tâm indra
ôjislkena hànmanâhcuin abhi dyûn ||.
M
YAKSA. 401
conquérir chaque jour les eaux : vfsapatntr apôjayd
divé'dive (VIII, i5, 6), pourquoi né pourrait-il pas
frapper le Dasyu chaque jour ?
Interprétant de la même façon abhi dyun dans le
vers qui nous occupe, je traduis finalement ce
dernier :
Son chant va impëtueusement au cieî et sur la terre;
comme un cheval qu*ii (r)allonge \ le sage qui porte une
forme merveilleuse; on dirait des javelines destinées aux
bétes, et ces (javelines) de Brhaspati s'en vont à qui a des
prestiges d'Ahi , chaque jour.
Je dois maintenant justifier l'interprétation donnée
de yaksabhft dans cette traduction.
Il ne saurait être ici question des richesses que
porte comme son bien [bharate) Brhaspati (cf. II, aA ,
9; 1 3). Ce trait semble assez banale et lui est si peu
particulier quil est attribué en termes exclusifs à
Indra ^. Il ne semble donc pas que nous ayons là ,
à regard de Brhaspati , la matière d une épithète aussi
spéciale que yaksabhft. Ce qui est particulier à ce
dieu, c'est d'être le Seigneur de la prière, la prière
est sa fonction propre, et cest elle aussi qui constitue
la forme merveilleuse dont notre vers le fait porteur.
On sait que les poètes du Rg Veda ont souvent
parié de Téclat brillant de la prière ^; Particulière-
ment intéressants sont, dans cet ordre d'idée, les
* G*est-à-dire : «quii prolonge son chant, comme un cheval son
hennissement ! »
' éko dhânâ bhcurate âpratîtah (V, 3^, 9).
' Voir les textes indiqués par Bérgaigne, Rel, Véd,, I, p. 285.
408 MAI-JOIN 1906.
textes relatifs à Brhaspati, qu'il s agisse de la prière
même de ce dieu , ou de celle qu*il inspire on qui
se rapporte à lui. Je ferai d'abord remarquer qu'un
passage déjà cité (vers 3) du présent hymne met en
r^ard le sloka de ce dieu et les bras de Savitar :
(( Qu'il allonge son chant comme Savitar ses braa. »
Or les bras de Savitar (comme autres choses enoore
en son personnage) sont d'or : « Ses grands bras d'or
déployés ont atteint en s'élevant les extrémités . du
ciel» (VII, 45, 2, cf. VI, 71, i; 5); et leur mise en
regard du chant de Brhaspati ne peut déjà que
favoriser l'opinion qu'on considérait ce chant comme
une forme brillante. Voici des témoignages plus
précis.
«Brhaspati, dès que né d'une grande iumièra
dans le ciel suprême, dieu aux sept bouches, né
puissant , par son bruit , dieu aux sept rayons , dispersa
les ténèbres » (IV, 5o, Ix)^. Les sept rayons corres-
pondent naturellement aux sept bouches : le bruit
mentionné indique qu'ils sont les prières. Bergaigne
( Quarante hymnes du R. V, 1 P' 89) traduit saptâraimi^
par « à sept rênes » , avec la note « pour conduire les
sept prières» (n. i4). Gela est sans doute, tu ie
sens propre du mot roimi, un second sens entendu
par le poète; je ne crois pas que ce soit le sens
obvie. Employé dans un texte qui parie de la dia-
^ bfh€upàtih prathamàifi jé^amâno
mahô jjrâtisah paramé vjàman |
sapiàiyai iuvijâtô ràvêna
vi tapiàraémir adkamat ténUâfisi |
YAKSÀ. 405
persion des ténèbres le mot semble porter, comme
sens direct, celui de rayon.
« L adorable des demeures à la brillante clameui*,
invoquons Tinviolable Brhaspati » (VII, 97, 5)^.
« Aspergeant de douce liqueur la matrice du jia,
jetant du haut du ciel, lui chantre, comme un
brandon , Brhaspati , arrachant de la pierre les vaches ,
a, pour ainsi dire, fendu avec Teau la peau de la
terre» (X, 68, 4)^. Cette chose qui rappdle un
brandon, jetée qu'elle est par le chantre, ne peut
être que son hymne. Il est vrai que arhà possède
dans le Rg Yeda d autres sens que celui de « chant »
et de « chantre » : car, en ce qui concerne la valeur
de ce mot, je crois trop exclusive l'opinion de
Bergaigne*, combattue d ailleurs avec succès par
M. Pischel^, dont cependant je ne puis adopter dans
tous ses points Tinterprétation en ce qui concerne
les textes par lui cités à ce sujet. Mais bien que arhà
se rencontre dans les hymnes avec le sens de « lu-
mière » ou même peut-être de « soleil », il n'est guère
* iàeikrandarfi yajatàip, pastjfànàmi
bfkaspàtim antirvâncaii kuvema ||
^ âprufâyân màdhuna fiâsyayônim
avaksipànn arkà ulkâm iva dyàh |
hfhaspàtir nddhârann âémano gd
hhimyâ ndnéva vi tvàcam bibheda ||
' Bergaigne, après avoir dénié à arkâ toute autre signiGcation
que celle d'i hymne ■ et de • chantre» (RêL Véd,» I,p. 279, n.), ne
lui reconnaît plus que celle d'à hymne» dant J, A,, 1884, II,
p. 194.
* Ved, Stnd., I, p. 93 et «liv.
404 MAI-JUIN 1906.
possibie de lui reconnaître une pareille valeur dans
le vers en question : la lumière, en efifet, descend du
ciel, mais ne jette rien de là qui soit météore ou
étincelle; le soleil jette du ciel sa clarté, mais fassi^
milation serait peu louangeuse, qui la ferait météore
ou brandon; tandis qu'il y a toute raison d'admettre,
par contre , que ]e Seigneur de la prière émette sous
forme ignée son hymne, puisque la prière, ainsi que
je le rappelais plus haut, est souvent conçue comme
objet brillant.
Au surplus ce même hymne X, 68, évoque un
peu plus loin, vers 6, en termes explicites Timage
du feu pour qualifier les chants de Brhaspati :
« Lorsque Brhaspati eut fendu avec des hymnes ar-
dents comme Agni le gîte de Vala qui éclatait en in-
sultes, et qu*il dévora (son adversaire) étreint jwir sa
langue (c.-à-d. par les hymnes chantés par sa langue)
comme par des dents , il fit apparaître les trésors de
rouges ^ » Le sens d'hymne donné ici à arkà se justifie
par la comparaison avec les passages suivants relatife
au même exploit du même dieu : « Il fit sortir les
vaches, il fendit par la prière [bràhmanà) Vala»
(II, 24, 3). « Lui, avec la troupe aux bonnes lou-
anges, lui, avec la troupe qui chante des vers, û a
brisé Vala, le réservoir, par son bruit [ràvena)»
(IV, 5o,5).
yadd valâsja pfyato jàtnxfi hhéd
' bfkatpâtir agnitàpobhir arkaUk |
dadbhir nàjihvd pdrivistam âdad
âvir nididnr akriwà usriyànâm, ||
YAKSA. 405
Je dois ajouter ici une observation au sujet du
vers 9 du même hymne X, 68. H y est dit de
Brhaspati : sôsâm avindat sa svàh sa agnim sa arkéna
vi babàdhe tàmâriisi. M. Pischel (Ved. 5é., I, p. 26)
nie que, dans ce texte, arkà ait le sens dliymne, et
le ramène au sens de lumière. Je ne puis , pour ma
part, me ranger à cet avis. De même que la nature
d'Agni est d'agir par sa lumière ardente, celle de
Brhaspati, qui est le Seigneur de la prière, est d'agir
par l'hymne. Et dans le fait , c esl couramment par
la prière que nous voyons Brhaspati accomplir ses
œuvres. Nous en avons eu à l'instant des exemples.
J'ai également parlé plus haut des richesses de ce
dieu : mais c'est par la prière matt (II, a4, 9; i3)
qu'il les possède.
D'ailleurs un texte analogue au passage en discus-
sion, le vers 4 déjà cité de l'hymne IV, 5o, déclare
formellement que Brhaspati a dispersé les ténèbres
par son bruit, c'est-à-dire par le bruit de ses hymnes :
ràvena vi saptàrasmir adhamat tàmâqisi. Et qu'il
s'agisse là réellement non d'un bruit accidentel à
l'œuvre, mais d'un bruit par lequel elle s'opère, se
trouve indiqué par l'insistance que met cet hymne à
accompagner de l'expression ràvena l'énoncé des
œuvres de Brhaspati. S'il a dispersé les ténèbres
ràvena, U a aussi étayé les extrémités de la terre ràvena
(vers 1), il a, comme nous l'avons vu, brisé. Vala
ràvena (vers 5); ajoutons que, selon ce même vers,
c'est à grande clameur, kànikradat , qu'il a fait sortir
les rouges. Dans le texte en question, X, 68, 9,
40(J MAI-JOIN 1906.
nous avons donc à comprendre d'une façon sem-
blable que Brhaspati a chassé les ténèbres par son
hymne.
Mais, ceci posé, il demeiire possible que, dans
ledit texte , outre le sens d'« hymne », qui s y trou?e
pour arkà le sens direct, le poète ait visé aussi cdai
de « lumière », et employé volontairement un mot à
double entente, amené qu'il était, en mentionnant
le triomphe de la prière du dieu sur les ténèbres, à
suggérer }*idée de la splendeur de celle-ci. C'est ainsi
qu'à propos du même fait nous avom vu au ren IV,
5o, d rappelé par fépithète saptàraJmi fédat brffiMit
decetteprièi'e.Sion admet que dans le vers X, 68, 9
arkà réalise une telle intention , ce texte constituera
un témoignage de plus du caractère lumineux qui
s attache à la parole sacrée de Brhaspati.
Il est naturel que nous trouvions marquée d'un
pareil trait la prière qu'inspire ce dieu : « Je te jdace
(dit Brhaspati à Devâpi) une parole brillante dans
la bouche» (X, 98, 2)*. «I^ace-nous une parole
brillante dans la bouche, ô Brhaspati I» (î6., 3)*.
De même celle qui se rapporte à lui :
« Le fortifiant de prières salutaires tandis qu'en
son séjour il rugit comme un lion,. puissions-nous
acclamer comme victorieux Brhaspati, le mâle, lors
de la conquête des héros, en chaque prise de butin;
« Alors qu'il a conquis le butin.de toutes former,
^ dàdhâmi te dyamâtùfi vicam âsàn,
' asmé (Ihehi (fywndtîin vâcam àiàn hfkoipate.
YAKSA. 407
qu'il est monté au ciel, aux suprêmes demeures, —
fortifiant Brhaspati , le mâle , portant , quoique divers ,
la lumière dans la bouche » (X, 67, 9-10)^
H est bien dair que cette lumière qu'on porte
dans la bouche alors qu on fortifie Brhaspati par des
prières n est autre que la prière elle-même. Sur les
lèvres des adorateurs de ce dieu Thymne est lumière,
comme, nous lavons vu, sur les siennes, rayon.
C'est dans ce rayon, dans cette forme brillante
que Brhaspati porte sur ses lèvres et peut jeter
comme un brandon, qu'il est permis, à mon avis,
de voir \eyaksa , la « forme merveilleuse » en question.
Yaksabhft, quoi qu'il en soit différent par ]a notion
qu'il exprime immédiatement, se trouve ainsi, quant
au fond , analogue à aktliabhft , sdmabhft , de Vil ,33,
1 4 : là ces deux épithètes ne se rapportent pas , il
est vrai, à Brhaspati, mais si quelque autre être peut
se trouver conçu comme portant la prière, à fortiori
ce dieu. B est juste que le maître du brahman porte
le brahman : car c'est bien du brahman qu*il est
ici question ^ Rappdons-nous d'ailleurs qu'en dehors
* tdifi vaitlAijajito matlbhih éwàbhih
siiphàm. iva ndaadataifi, sadhàsthe |
hfhaspàtùjp. vfsanarfi iÈrasâiaa
hhàre-hhare dnu madema jisnàm ||
j€dà véjam étanad viévàrûpam
d dyàm àruksad, uttaràiii sàdma |
hfhaspàtnji vfsanaiii vardhâjanto
ndnâ sânio hihhrato jyôtir âsd ||
* C*esl ce qu'a bien va M. Geldner [op. cit. y p. 137). Seafement
pour lui yaksà ^ ici formeliement • Zauberei v.
408 MÀI-JUIN 1906.
du Rg Veda on retrouve le brahman conçu comine
lumière, et même alors qu'il est devenu le brahman
des upanisads ; il sufifira de mentionner ici deux textes
bien connus : kim svit suryasamamjyàixji. . . brdhma
shytisamamjyàtih ( Vâj . Samh. , XXUl , Ay-iS ) ; hiran-
nwye pare koée virajam brahma mfkalam \ tac chubhiiuii
jyotisàifijyotis tadyad dtmavido vidah (Mund. Up., II,
'i , 9). Ajoutons aussi que la désignation par yaft|d du
brahman n est pas ici un fait isolé : nous le verrons
se reproduire dans les textes que nous avons à
examiner; dans certains même, formellement.
R. V., VII,56, 16.
àtyàso nà yé mardtah svànco
yaksadfso nà sabhàyania màryàït \
té harmyesthàli éUavo ni iabhrà
vatsâso nà prakrïlinah payodhâh |
Max MûUer, qui. rend yaksadfio nà par clike
Yakshas» [S.B.E.y XXXII, p. Sy^), admet aussi,
quoique avec réserve, pour yafoodri, la traduction
« appearing as ghosts » (16., p. Syy). Je crob que
cette dernière traduction approche de lexaclitude,
seulement il ne s'agit pas ici d'apparition effrayante ou
simplement fantastique, mais d'« apparition merveil-
leuse » , le contexte étant laudatif. Suivant un sens que
peut prendre dfê en composition , yaksadfi signifiera
ainsi littéralement : « qui a laspect d une apparition
merveilleuse », c est-à-dire, en somme, merveilleuse-
ment beau (laccent comme dans tàdfé^ etc.). On
YâKSÀ. 409
peut, si Ton veut, rapprocher la présente expression
du texte du Gobhiia G.S. : yaksam iva caJcfusah priyo
vo bhàyàsam^, dont il sera question plus loin, et
qui concerne un jeune homme, comme notre terme
des jeunes gens. Toutefois, ainsi que je le dirai, le
texte du sùtra semble contenir une intention mys-
tique.
Je traduis :
tEax qui, les Manits rapides comme des coarsiera, bril-
lèrent comme des jeunes hommes à f aspect d*apparition
merveilleuse, ils sont charmants comme de jeunes enfants
qui demeurent encore dans la maison , Mâtrâs comme des
veaux qui tètent encore le lait.
Il y a tout lieu d'admettre que yakfin dérive de
yaksà; et, morphologiquement, il est possible que
yàksya en provienne aussi par le suffixe ya avec
transport de laccent à la première syllabe. Nous
ferons donc venir ici les deux textes suivants.
R.V., VII, 88,6.
yà àpir nityo varuna priyàh sàn
tvàm âgàmsi krnàvat sàkhd te \
ma ta énasvanto yakfin hhyema
yandhi smà vipra stavaté vàrûtham II
La prière md. . . yaksin bhujema, adressée à Va-
runa, doit être rapprochée de celle déjà mentionnée
' Où J^admets que caksu^ah n*est pas régi par jaham,
vn, 27
410 MAI-JUIN 1906.
ma kà^ya. ... yaksàm bhujenjia (V, 7.0, 4), adressée
à Mitra et Varuna. La similitude d^eç deux formules
rend fort probable que le qualificatif d'ailleurs inso-
lite yafoin du premier texte, qui correspond comme
position à yaksàm du second , lui correspond aussi
comme sens. Par suite , yaksà dans V, 70 , 4 étant
« fantôme », jafom sera ici « maître des fantômes^ ».
Remarquons que remploi dans le présent texte de
yaksin au lieu de yaksà favorise l'interprétation que
nous avons admise dans V, 70, 4 , pour ce dernier
terme : on ne .pouvait pas demander à Varuna
immortel que 1 on n eût pas à souflFrir de la part de
son fantôme. Mais on pouvait l'appeler maître des
fantômes en vertu de cette relation spéciale qu'il
semble dès l'époque du Rg Veda avoir eue avec la
nuit^.
Je traduirai donc :
Si quelqu'un de tes propres aniis , ô Varuna , quoiqu'il te
soit cher, vient à commettre contre toi des fautes , lai ton
compagnon , que nous n'ayons , coupables à tes yeux , rien à
souffrir, ô maître des fantômes; prêtre, offre au chanteur
d'hymnes un abri.
R.V.,Vm,49(6o),3.
àgne kavir vedhà asi
hàtdpâvakayàksyah |
^ Bergaigne adoptait : «maître des Yaksas» {Rel. Véd,, III,
p. 194).
* Cf. sui ce sujet spécialement Oldenberg , Die Religion des Veda ,
p. 192.
YAKSA. 411
mandrà yùjisiho adhvarésv tdyo
viprebhih éakra mànmabhih \\
YàksyUf comme dérivé de yaksà, pourra signifier
« appartenant au monde des formes merveilleuses »,
c'est-à-dire « merveilleux de forme ». Ce sens se
justifie-t-il ici?
En parlant au début de Tinterprétation indigène
de yàksya, j'ai comparé, comme étant de nature à la
faire valoir, quelques textes à celui actuellement en
question. 11 est donc juste d'en citer maintenant
quelques autres favorables à l'interprétation ci-dessus
proposée. Nous trouvons dit d'Agni ou d'autres :
sàcih pâvakô àdbhuto niàdhvd yajnùm mimiksati (I,
1 4 2 , 3 ) ; pàvasva vrtrahantamokthébhir anumàdyali |
sdcilipâvakà àdbhutah (IX, 2/1, 6); sdcihpdvakà ucy-
ate s6 àdbhutah (VIII, i3, 19); formules qui font
suivre pâvakà d'un vocable, àdbhuta, de sens assez
voisin de celui que nous attribuons à yàksya. Je
n'insiste pas, d'ailleurs, sur ce rapprochement, qui
ne constitue qu'une réplique à un autre de nature
différente. Mais si l'on se souvient de l'admiration
dont les poètes du Rg Veda multiplient les témoi-
gnages à l'égard de la forme d'Agni , des expressions
par lesquelles ils le proclament merveilleux, telles
que àdbhuta dont il vient d'être question , pànistha ,
darsatàj vapasyà, on admettra, je pense, que le sens
proposé pour yàksya ne trouve aucune contradic-
tion dans l'emploi dudit terme pour qualifier ce
dieu : sa dérivation de yaksà n'étant que possible,
37.
412 MAI-JOIN 1906.
nous ne pouvons en demander davantage. Notre
vers se traduirait donc :
Agni, tu es le sage, l'adorateur, le hotar merveilleux de
forme, ô purifiant, le ravissant, le meilleur sacrificateur,
celui que dans les cérémonies sacrées doivent honorer le»
prêtres , ô brillant , par leurs prières.
A.V., V1II,9, 8; 25-26.
8 yàm pràcyutâm ànuyajnâh pracyâvanta
upaththanta upatisthamàndm |
yàsyâ vraté prasavé yaksàm éjati
sa viràd rsayalj paramé vybman \\
2 5 ko nà gadli kà ekarsih
kim u dhâma ka âsisali \
yaksàm pjihivyàm ekavfd
ekartàh katamà mi sàh \\
26 éko yaàr éka ekarsir
ékam dhâmaikadhâMsalj |
yaksàm pjthivyàm ekavfd
ekartùr nàli ricyate \\
Ces deux derniers vers terminent Thymne. Il est à
croire que dans les deux passages ci-dessus, savoir, le
vers 8 dune part, les vers 2 5- 26 de l'autre , le terme
yaksà est pris dans un sens analogue , et en voici la
raison. Que Thymme résulte ou non d'une compila-
tion, les questions qui composent le vers 26, aux-
quelles fait réponse le vers 26, paraissent, dans leur
YAKSÀ. 413
ensemble , suggérées par les idées répandues dans le
texte qui les précède. Pour le mettre en évidence ,
prenons une à une chaque question.
kà nà gaàh. Le vers i parle des deux veaux de
Virâj : vatsau virâjali, assimilée à une vache : kata-
réna diigdhà. Au vers 2 nous lisons : vatsàh kâmadd'
cfho vimjah^ « le veau de Virâj , laquelle donne pour
lait tout ce qu'on désire »^ Au vers 1 5 : pùfica vyàs-
tlr ànu pàfica clohâ gàm pàhcanâmnîm rtàvà 'nu pàfica
« il y a cinq traites correspondant aux cinq splen-
deurs, il y a cinq saisons correspondant à la vache
aux cinq noms (c est-à-dire aux cinq noms de la
vache) »; où d'ailleurs Virâj est encore sans doute la
vache, comme à Virâj aussi se réfèrent les cinq
traites^, car tout ceci répond aux questions que pose
à son sujet le vers 10. Enfin le vers 2 4 s exprime
ainsi : kévaltndrdya daduhé hi grsiir vcisam pvyusam
prathamàm dàhânâ \ àthâtarpayac catdras caturdhà
devân manusyàn àsurdn ntà ffm « car ce n est que
pour Indra que fut traite la génisse, tout d'abord
qu elle laissa couler la grasse liqueur que fut son
premier lait; ensuite en quatre fois elle rassasia les
quatre (groupes suivants) : les devas, les hommes,
les asuras et les rsis ». Notons que de nouveau cette
génisse semble être Virâj, dont Indra est dit le
' En regardant kâniaduijliah comme génitif (à lîàmadàgli),
^ Du reste on retrouve ailleurs ie terme doha associé formelle-
ment à Virâj : ainsi plusieurs Grliyasûtras intro<luisent dans la
cérémonie de l'argha la formule virâjo doho 'si, par ex., Hiran. I,
i3. 1 (éd. Kirste).
414 MAI-JUIN 1906.
veau au vers 1 2 de l'hymne suivant : tàsyà indro
vatsà âsît.
kà eharsih. Notre hymne fait à plusieurs reprises
mention des rsis. Au vers 7 six rsis interrogent Ka-
syapa : sàt tvâ prchâma fsayah kasyapemé, duquel la
réponse suit, et qui, ajouté aux six questionneurs,
complète ici sans doute le groupe des sept rsis. Au
vers 1 [\ : agnisàmâv adadhiir yâ iattyâsid yajnàsya
pahsAv fsayah kaipàyantah « les rsis constituèrent
Agni et Soma ailes du sacrifice quand ils ordon-
nèrent celle qui fut la quatrième »^ Au vers 2 3 :
hliuan saptà saptadhâ «pour les rsis, sept en sept
fois », expressions qui semblent encore viser le
groupe des sept rsis 2. Au vers ai les rsis sont égale-
ment cités , comme nous l'avons vu plus haut.
kim u (IMma. II est dit au vers 1 o en parlant de
Virâj : kà asyâ dhâma [prà veda),
kà âiisah. Il nest point formellement question
dans notre hymne de « vœux » ou de « bénédictions »,
c'est la seule demande du vers 2 5 qui semble intro-
duire» une idée toute à part de ce qui précède. U
faut noter, du reste, que cest peut-être la (piestion
' IjC vers finit ainsi : (jÛYatrim trisUibham jàgatJm anu.ftabhiian
brhadarldm yâjamânâyn svàr âbhàrantJm • la gâyatrî, la trîstnbh,
la ja^atï, l'anustuhh au grand éclat, qui apporte le ciel au sacri-
fiant». Il est possible que «celle qui fut la quatrième» soit dit dîs-
trihutivoment de chacun des mMres ainsi énumérés, ceui-cî étant
dans ce ras consid(>rés comme formant un groupe de qualm (rf.
Ind, Sind., VIII, p. l'i], et chacun étant alors le quatrième par
rapport aux autres.
* (if. aussi vers 17 : saptà suparnâli havâyo ni sedah.
YAKSÀ. 415
relative au dhâma qui amène celle relative aux âsi-
sah : nous retrouvons, en eflFet, les deux mêmes
termes mis en rapport dans un autre vers de TAthar-
va Veda : ùpa érésihà na âsiso devàyor dMmann asthi-
ran (IV, 2 5, 7). .
yaksàm prthivyâm ekavfd ekartdh kalamà nû sàh.
Nous savons qneyaksà se rett'ouve au vers 8. — 'En
face de ekavft on peut citer les complexes contenus
dans les passages suivants : yànim krtvà iribJidjam
(vers 2); kaihàm gâyatrt trivftam vy àpa (vers 20),
sans parler des autres noms de stomas contenus au
même vers : par ailleurs les nombres jouent un
grand rôle dans notre hymne. — Il est enfin au cours
de rhymne plusieurs fois question des saisons : au
vers 1 o , on parle des rtà de Virâj ; au vers 1 5 , nous
avons vu mentionner les « cinq saisons »; au vers 1 7,
on demande de désigner la saison qui, entre toutes,
se trouve en surplus : rtiiin no brûta yàtamà 'tiriktah;
finalement au vers 1 8 : rtàvo ha saptà, « il y à sept
saisons ».
Cet examen me semble justifier ce que je disais plus
haut des deux derniers vers 26-26 de notre hymne.
Dans ces vers il n entre presque exclusivement que
des notions ou déjà énoncées, ou du moins appa-
rentées à d'autres déjà énoncées dans ceux qui les
précèdent. Il y a dans ce fait un indice réel dune
similitude de sens de yaksà aux vers 2 5-2 6 et au
vers 8. Seulement au vers 8 yaksà est pris en géné-
ral; il est particularisé, au contraire, aux vers 2 5
2 6 , par Taddition du qualificatif ekavft et Tapposi-
416 MAI-JUIN 1906.
tion de ekajià. Je comprendrai donc qu'il s'agit dans
le premier cas du « monde des formes merveil-
leuses» en général, dun certaine «forme merveil-
leuse » ou « merveille » dans le second. Et je traduis :
8. Celle à la suite de laquelle, si elle s*éloigne, les sacri-
fices s'éloignent , s'approchent, si elle s*approche ; celle suivant
la loi et rimpuision de laquelle se meut le inonde des
formes merveilleuses , celle-là est Yirâj , ô rçis , dans le ciel
suprême.
2b. Quel est donc le taureau? Qui, Tunique rsi? Quelle,
la demeure? Quelles, les formules de bénédiction? La
forme merveilleuse une sur la terre, celui qui na qu'une
saison*, quel est-il entre toutes choses?
a6. Unique est le taureau; unique. Tunique rsi; unique,
la demeure ; en un seul groupe sont les formules de béné-
diction ; la forme merveilleuse une sur la terre , celui qui n*a
qu'une saison , n'a rien qni le dépasse.
Les remarques suivantes contribueront à édaircir
et justifier cette interprétation de yaksA dans les
deux passages en question.
Vers 8 :
A côté du yaksà, le monde des formes merveil-
leuses, se mouvant suivant la loi et Timpidsion de
Virâj, il faut signaler le bhûtà et le bMtya, le
monde des choses passées et celui des choses futures,
soumis à la volonté de celle-ci , en tant il est vrai , qu^eile
» Comme M. Henry {f^f livres VIII et IX de T Aîkana-Véêa ,
p. 39), je vois dans ekartà un composé possessif. L'accent '<
dans apartii.
YAKSÀ. 417
est identifiée à ia mort : viràn mrtydh sâdhyândmadhi-
râjà babhâva Uisya bhûtàm bhàvyam vase (A. V. IX, i o ,
2 4 ). La conception que prête au vers 8 notre interpré-
tation de yaksà n'est après tout qu analogue à celle ex-
primée dans ce texte ^ Quant aux entités que couvre
ici dans sa généralité l'expression de « monde des
formes merveilleuses » , sous la réserve de la re-
marque qui va suivre elles ne sont autre chose sans
doute que tout objet apte à frapper les yeux par son
éclat, sa beauté ou quelque autre qualité singulière;
et tout d'abord Agni, quoi qu'il soit d'ailleurs de
Yéfithcie yàksya , Sûrya, Candramas : je cite à des-
sein ces entités , car ce sont elles probablement que
représentent les veaux de Virâj dont il est parlé au
début de l'hymne (vers i et a)^, auquel cas, se
^ Quel que soille sens qu*ils y prennent, il est à propos de
noter ici qu'un texte du Taitt. Br. (III, ii, i i et suiv.), que
nous étudierons plus loin , rapproche le ya^.va et le bhûtà : visvajii
yaksâm visvam bhûtâni vis'vam subhûtàm,
* D*accord avec M. Henry ( fjcs livres VIU et IX de l'Atharva'
Véda. p. 65) je crois que, du moins selon toute probabilité, les
deux veaux du vers i sont le soleil et la lune. Pour leur lever de
la mer, cf. A. V. , XI , 4 , 2 1 : salilàd dhamsâ uccàran , où liarfisâh
désigne directement le soleil, comme l'indique le contexte, et
comme aussi le comprend Sâyana. On retrouve d'ailleurs au vers
\III , 1 , 33 , le soleil comme veau de Virâj. Les trois premiers pâ-
das de ce vers pourraient à la vérité permettre de penser au feu
terrestre, mais le quatrième, qui fait du veau le brabman,
semble indiquer plutôt le soleil, que d'anciens textes identifient
formellement au brabman : je rappelerai ici : tàd yài tàd bnili-
niaitàt tàd yàd etàn mândalarp, tàpati (Sat. Br., VllI, 5, 3, 7);
àdityo brahmety âdcsah (Chând. Up., IIÏ, 19, 1 ; cf. 4); et le com-
mentaire du même Sat. Br. ( VII , 4 , 1 , 1 4 ; cf, XIV, i , 3 , 3 et Kaus.
Br. , VIII , 4 ) sur le vers bien connu : bràhmajajnànàip, prathanuiqi pu-
418 MAI-JUIN 1906.
trouvant avec ceJJe-ci en relation étroite, elles mé-
ritent , de ce chef, d'être spécialement mentionnées.
J'annonçais à l'instant une remarque: je dois
noter en effet que Temploi du verbe ejati semble
restreindre ici l'amplitude du collectif yaksà. Ce
ràstâd vi sîmatàh suriico vend âvah etc., qui se retrouve dani
presque toutes les samhitâs védiques; vers dans lequd il est à
croire que puràstâd désigne Torient (ainsi queTentend le Sat. Br.),
sîmatàh, la ligne qui sépare la terre du cid, c'est-à-dire rhoriion,
en sorte que le brahman qui , dés que né à rorient, manifeste de
l'horizon ses splendeurs, semble bien de fait s'identifier dans ce
texte avec le soleil.
Quant au vers 2 , je crois que le veau y désigne plutôt Agni qne
le soleil. Le texte porte : yô àhrandayat saliîàifi makitvd yàniifn
hrtvâ tribhàjaTp, sàyànah | vatsàlt liâniadàgho viràjah sa gûhà cakre ia-
nvàh parûcaih. Sans doute, on trouve (appliquée au sema) la com-
paraison : àkrân dei'ô nà sàryah c tu as clamé comme le diea Sû-
rya» (R.V., IX, 64, 9); le soleil est, en outre , symbolisé par
le cheval blanc, comme nous aurons occasion de le rappder; il
est conçu parfois comme foudre (cf. Sat. Br., VI, 3, 3, 10; Vil,
?t, 2, 10); on peut donc dire qu'il fait résonner de son bruit les
eaux célestes ; toutefois Tensemble du vers me parait convenir plus
parfaitement à Agni sous la forme d'éclair. L'édair tonne avec les
nuées : divônà ridynt stanàYunty ahhraih (R. V., IX, 87, 8); on
peut dire aussi bien qu'il leur fait pousser une clameur. Les nuées,
cVsl-à-dire la mer céleste. D ordinaire le bruit du tonnerre n'est
perçu qu'après la disparition de l'éclair, alors qu'il semble s'être
enfoncé et comme se tenir couché dans le sein des nuages; et, ne
reparaissant pas , il peut aussi sembler s'être caché an UÀn, Nons
avons là toute la substance de notre vers : « Lui qui fit damer la
mer par sa grandeur alors que, ayant fait à triple paroi la matriee,
il était là couché, le veau de Virâj qui donne pour lait tout ce
que l'on désire a caché ses corps au loin. » Le plurid tanvèk rst
usité à l'égard d'Agni; on sait aussi qu'Agni se cache; il y a pent-
étiT dans YÔnini trihiu'ijam un souvenir des trois jôni où il siège
lors du sacrifice : autant de particularités qui nous reportent vers
ce dieu.
YAKSÀ. 419
terme, dans le cas présent, ne vise donc, du moins
directement, que des formes mobiles ou réputées
telles : mais de ce genre sont justement les formes
les plus propres à rentrer sous son acception. Rela-
tivement à Agni, en particulier, et seulement à le
prendre comme feu terrestre , on se souvient de tout
ce qui est dit de la mobilité de ses flammes : il est ,
du reste, proprement qualifié de éjat^y de même que
le soleil lest implicitement dans R. V., X, 3 7, 2.
11 est d'ailleurs évident que tous les astres, soumis
quils sont au mouvement diurne, peuvent ici faire
partie du yafod; sans parler de tout ce qu'on peut
y ajouter iTaurore, par exemple, que la conception
védique regarde comme mobile et dont elle loue
nommément les bons chemins^; ou le soma, si
vanté pour sa splendeur et Tagilité de ses gouttes.
Vers 26-26.
Il n'est d'abord nullement évident que toutes les
questions du vers 28 se rapportent au même sujet.
Quand dans la Mait. Sarnh., par exemple, se pose
la série d'interrogations connue : kà svid âsït pùrvà-
ciitih kirn svid âs'ul brluid vàyali \ kà svid âsU pilippilâ
kâ svid dsit pisangilâ (III, 12, 19), nous voyons par
la réponse qu'il s'agit d'autant d'objets que de ques-
' Dans la devinette qui forme le vers 3o de R. V. ,1, 1G/4
(=A. V, , IX, 10, 8) : anâc chaye turdfjâtu jJrâm éjnd dhruvàm
màdhya à pastyanâin | jîvô mrtdsya carati svadhâhliir ùmartyo mà-
rtyenà sàyonih. Le mot est manifestement Agni.
^ sugôtd te supàthâ pân^atem (R. V. , VI, 64, ^i).
420 MAI-JUIN 1906.
lions : dyadli, àsvah, àvih, ràtrih. Nous n'avons donc
pas à supposer ici à priori que notre texte vise un
seul objet. Nous proposant maintenant de rechercher
quelle est la forme merveilleuse dont il parle, il
nous suffît, par conséquent, de nous en tenir aux
pâdas qu'il consacre nuyahà. La solution détermi-
née, nous pourrons examiner si elle s'applique de
plus au reste du texte : mais sa convenance avec lui
ne prouvera pas que nous ayons rencontré juste re-
lativement au yaksà , pas plus que sa disconvenancc
ne saurait nous convaincre d'erreur.
Je dirai de suite que je crois avec M. Henry {Les
livres VIII et IX de l'Atliarva-Véda, p. 71) qu'il
s'agit du soleil. Il n'est pas impossible, du reste,
que le soleil soit ici le symbole d'une entité plus
métaphysique; j'ai noté plus haut son équivalence
au brahman. Il serait, dans ce cas, la forme visible
sous laquelle est représentée cette entité. Mais ce que
l'auteur nous a décrit , c'est cette forme prise en elle-
même : avait-il Tintention de lui donner une valeur
représentative, nous ne pouvons guère le décider.
Remarquons d'abord que la question portant sur
un objet à trouver « sur la terre » il est naturel de le
rechercher dans le domaine des choses physiques.
A répondre par le soleil nous sommes d'ailleurs
dans la question : le soleil est dit forme merveilleuse
« sur la terre » dans le sens où il est dit briller « sur
la terre » prthivydrn ràcase (A. V., XIII, 2 , 3o). Et
c'est sans nul doute comme brillant sur la terre qu'il
y est une forme merveilleuse.
YAK s A. 421
Le qualificatif ekavft doit nous retenir quelque
temps. Au quatrième hymne Rohita il se trouve
appliqué à une divinité, nommée Savitar au pre-
mier vers, Mahendra ensuite, qui, si elle n'est pas
le soleil , est du moins décrite en des termes ^ qui la
montrent identifiée avec lui. Je m'en tiens à ce
dernier fait, estimant quil s'agit là réellement sous
le nom de Savitar et de Mahendra dune divinité
transcendante : toujours est-il que cette divinité
identifiée au soleil reçoit l'appellation d'ekavft.
Et comme elle est décrite sous les traits même
du soleil, et que c'est lui qui la représente, il
reçoit en même temps la susdite appellation ; et nous
sommes invités par là même à la lui attribuer dans
nos vers 2 5-2 6.
Cette conséquence n'est légitime qu'autant que
l'identification ci-dessus affirmée existe. Pour la
mettre en évidence parcourons donc les vers i - 1 3
du quatrième hymne Uohitii.
1 . sa eti savita svàr divàs pi'sthè ^vacâkasat ||
2 . rasmibhir nàbha dbhriam mahendra ety àvrtah ||
Il va au svar, Savitar, versant sa lumière sur le dos du
ciel.
A la nuée chargée de (ses) rayons Mahendra va enve-
loppé.
^ Je parle du texte pris en lui-même; et c'est ainsi que je l'en-
visagerai dans ce qui suit, sans tirer avantage du fait que cet
hymne est regardé comme consacré à Rohita, parce que ce der-
nier n'y étant pas formellement nommé, on pourrait poser la ques-
tion de savoir jusqu'à quel point sont d'accord le texte même et le
titre qui lui est attribué.
422 MAI-JUIN 1906.
Mahendra est Indra avec le titre de grand, qu'il
reçut, dit la légende ^ en raison de sa victoire sur
Vrtra. L'identification du soleil et d'Indra se re-
trouve ailleurs : « Que lui , le soleil , qu'autour des
larges étendues Indra roule comme les roues de
char» (R. V. , X, 89, 2)^. «Indra est ce soleil là-
bas en vérité, les joueurs sont les rayons; en com-
pagnie des rayons il s'avance pour vaincre. Les
dieux ne distinguaient pas que Vrtra était tué; les
Maruts, joueurs, se jouèrent sur lui, c'est pour cela
qu'ils sont les joueurs» (Mait. Samh., I, 10, i6)',
« Indra est ce soleil là-bas en vérité » (Taitt. Sacnh. ,
I, 7, 6, 3)'*. « Celui qui est Indra, c'est ce soleil la-
bas» (Sat. Br., VIII, 5,3,2)^ — Il va enveloppé,
sans doute par l'espace : séfyasya càksû ràjasaity
àvrtam{R.\.A. 164, i4 = A.V.,lX,'9, ih).
3. sa dhàtâ sa vidliartâ sa vàyur nàbha uchritam \\
à' sa 'ryamà sa vàrunah sa rudrâli sa mahâdevàff, H
5. sô agnili sa 11 sàryali sa a evâ mahàyamâl^ \\
Ji est le créateur, il est le porteur, il est Vâyu, la haute
nuée,
Jl est Aryaman , il est Varuna, i] est Rudra, il est Ma-
hâdeva ,
il est Agni, il est Sûrya, c'est lui qui est Mahâyama.
* Cf. par exemple Taitt. Saiph. , VI, 5, 5, 3.
* sa sûryah pàry nrà vàrài\\sy vndro vavrtyâd râthyeva ciUcri,
^ (uaû vd âdityâ indro rasinâyah hrîdâyah sâkàip, ras'mibhik prà
caratl vijityai dei'â val vrtrdm hatàrp, nd vy àjânaint tai}i montta^
krîddyô 'dliy ahndams td.miât kvlddyalu
* asad va âdityd indrah,
^ dtha ydli sd indro *saû xd âditydL
YAK s A. 423
Rien h remarquer sur cette muitiple identifica-
tion ; ékain sud viprâ bahudlià vadanti (R. V. , I , i6li,
46). Par ailleurs, à une divinité déjà identifiée au
soleil par les vers i et i appliquer le nom de Sû-
rya comme par hasard parmi la masse d'autres déno-
minations divines nest pas plus étrange que, par
exemple, demander à Agni d'amener Mitra, Varuna,
Agni, etc. (R. V. , VII, 89, 5). Au sui^lus il se
peut que Tauteur ait compilé, du moins partielle-
ment, des vers faits d avance.
6. tàmvatsàûpatUthanlyèkaéïrsâno yutàdàsa ||
7. pascal prânca a tanvanti yàd udétivi bhàsati ||
Devant lui se tiennent en adoration les veaux , dix liés
qui n'ont qu'une seule tête ,
De l'occident ils s'étendent vers l'orient : quand il se
lève il rayonne au loin.
Ces dix veaux semblent être les dix doigts de
l'adorateur qui adresse au soleil levant le salut de
Tanjali. Tous les détails indiqués da«s notre texte
sont vérifiés dans cette hypothèse. L'anjali adressé au
soleil est un rite certainement ancien : àdiiydyânja-
lim hrtvâ, dit le Hir. Gr. S* (1^6, 10). Je citerai
aussi le texte suivant, bien qu'il ne mentionne pas
le soleil, à cause de ses points de similitude avec le
nôtre : paicàd ayneh prâncam anjalim karoti (Par. Gr.
S.,III, 2, 8)1.
* Il convient de remarquer que le vers 1, i64 , i4 du R, V. cité
plus haut à propos de âvrtali de notre vers 2 parle encore de dâm
yulitdh qui rappeWeni le yatà dâsa du présent texte. Mais ils ont
424 MAI-JUIN 1906.
8. tâsyaisâ mâruto ganàhi sa eti éikydktiaff. \\
C'est à lui c[u*appartient cette troupe des Mamts; il va
placé dans une suspension.
La souveraineté sur les Maruts appartient natu-
rellement à une divinité désignée sous le nom de
Mahendra, mais nous avons vu aussi, à propos du
vers a , les Maruts identifiés (sous le nom de krïdis)
aux rayons du soleil. Quant à éihyâhrta}i , je le regarde
avec le texte pada comme égal à éikyà+kjiafji , et je
comprends sikyàyàrn kriah. Sikyà doit être sans
doute pris dans le sens de êikyà ou dans un sens ana
logue. Nous sommes alors derechef ramenés au soleil ,
que le R. V., VII, 87, 5 assimile à une balançoire :
gftso ràjâ vàrunas cakra eiàm divi preàkhàm hiranyà-
yam subhé Mm (Sâyana : prefikham dolàvad digdvaya-
sainsparsinam etam sûryam). D'ailleurs, le soleil étant
une forme d'Agni, peut-être est-il possible devoir
dans le fait d aller sikyàkrtah attribué au soleil une
allusion à la marche d'Agni placé sur le iil^à, la natte
de munja suspendue à des cordons en nombre déter-
miné, reliés eux-mêmes à une corde, que Ton
trouve employée rituellement pour le transport du
feu. — Pour une autre interprétation, voir Henry,
Les Hymnes Rohitas, p. 18 et 82.
9. rasmibhir nâbha âbhrtam mahendra ety ivrta^, ||
10. tâsyemé nâva kôsâ vlstambhâ navadhà kitàl^ ||
11. sa prajàbhyo vi pasyati yâc caprânàtiyàc canà\\
par ra])port au soleil un autre rôle que nos dix veaux , celui de
traîner son char : ils semblent donc figurer aussi autre chose.
YAK s À. 425
A la nuée chargée de (ses) rayons Mahendra va enve-
loppé.
C'est à lui qu'appartiennent ces neuf cuves, les étais en
neuf places posés*.
11 fait acte de vision pour les créatures , ce qui respire
aussi bien que ce qui ne respire pas.
Prajàhhyah est datif : cf. sa sàrvasmai vi pasyati
yàc ca, etc. , vers 19. Faire acte de vision appartient
au soleil qui, dans la conception védique, est souvent
identifié à un œil; dire quil fait cet acte pour les
créatures n'est qu'exprimer une conception analogue
a celle qui le regarde comuie l'œil unique de ce qui
existe : suijo bhùU'isyaikam càksuli (A. V. , XIII, 1 , 45 ).
13. tàm idàtn nigalam sâhak sa esâ éka ekavfd éka evà \\
En lui est descendue cette force ; c'est lui le seul un , oui
le seul.
J'adnmets , ainsi que M. Henry [Les Hymnes Roldtas ,
p. 52), que la force ici en question est celle contenue
dans le rite célébré. Les brâhmanas nous offrent
nombre dexemples de l'influence des rites sur le
soleil. C'est ainsi qu'au moyen des rites les dieux
ont transporté ie soleil de la terre au ciel, qu'ils
l'y ont établi et fait briller (cf. par ex. Taitt. Samh. ,
VU, 3 , 10, 1 ; 5). C'est grâce au rite (de l'Agnihotra)
accompli par les hommes que le soleil se lève, se
dégageant des ténèbres comme un serpent de sa
peau (Sat. Br. , II, 3, 1, 5; 6). Aussi la Maitrâyanî
* Neuf cuves : trois cieux , trois terres , trois espaci^s intermé-
diaires ; à chacune de ces divisions correspond un étai.
vu. 28
iMramr.itiit iiATioiikLii.
426 MAI-JUIN 1906.
Saniliitâ Tappelle « celui que par Tobsei'vance reli-
gieuse fortifienlv ceux qui la pratiquent, tous tant
quiis sont, dieux, hommes et pères » (IV, 1 4 , 1 4) *.
i3. été asmiii devâ ekavfto bhavanti ||
En lui ces dieux sont un.
Ce vers ne fait qu'exprimer en une courte formule
ridée identîficatrice détaillée aux vers 3,4,5.
Puis il est dit : klrtii ca yàéai càmbhaJ ca nàbhai
ca brâhiiianavarcasàm cânnam cânnâdyam ca B i 4 II
yâ etàm devAm ekavftam véda || 1 5 II « La renommée
à la fois et la gloire à qui sait que ce dieu
est un ». La suite du texte, où entrent des redites,
n'apporte aucune lumière nouvelle.
De la discussion du précédent passage il résulte ,
semble-t-il, que la divinité qualifiée là d'ehavft y est
traitée en identifiée au soleil, lequel, en vertu du
moins de cette identification , se trouve ainsi porter
le qualificatif en question. Il n'est donc que juste,
étant conduits, comme je fai dit, à chercher notre
yaksci dans Tordre des choses physiques, que nous
pensions à le reconnaître, en tant que ehavft, dans
le soleil.
Quant à eharld , M. Henry l'explique conjectura-
lement par le manque de phases du soleil [Les livres
VIII et IX de l'A. V.y p. 71). J'admets, pour ma
* vratcna yâm vratino vardhàyanii
dei'à maniisyàh pitàras ca sdrve |
tâsyâdiiyàsya prasavâin manâmake
yàs ivjasà pmthcunajà vihhiti ||
YAKSA. 427
part, que ce terme exprime simplement, en opposi-
tion aux divers changements produits au cours de
i année sur la terre , qui nous font distinguer plusieurs
saisons , l'invariabilité de Taspect du soleil.
Enfin il est bien clair que Ton peut dire de lui
que rien ne le dépasse. Et c est justement son excel-
lence dans le monde visible qui motive le choix qu on
fait de lui pour des identifications comme celles au
brahman et à Indra déjà mentionnées , pour ne parler
que de celles-là.
La « forme merveilleuse » des vers 26-26 est donc
selon toute vraisemblance le soleil. Il reste à examiner
la première partie de ces deux vers : j ai dit plus
haut ce qu'il fallait, à mon avis, lui attacher de
valeur dans la question qui nous occupe. Je crois
d'ailleurs que le soleil fournit encore une solution
possible de toutes les énigmes.
Le nom de gô ne saurait guère faire difficulté.
En faveur de la désignation dans notre texte du
soleil par eharsi j apporterai les textes suivants.
Dans l'hynme XIII, 1 , de TA. V. , Rohita qui désigne ,
je ne dis pas exclusivement, mais en première ligne,
le soleil, porte le nom de fsi : tàsmâd [yajhâd] dha
jajiia idàm sàrvarn yàt kim cedàm viràcate rôhitena
fsinàbhrtani \\ « De ce sacrifice est né cet univers , et
quoi que ce soit qui apparaît en ce monde, apporté
par le rsi Rohita » (55). On peut comparer R. V. , X,
170, II, où il est dit, comme il semble, de Sûrya :
yéneinà visvâ bhdvanàny âbhjtâ.
Dans la Brh. Ar. Up. , on lit : hiraamayena pâtrem
38.
428 MAI-JUIN 1906.
satyasydpibitarn makhani \ iat tvam pâscmn apâvma
satyadhai^mâya àniaye || pûsann ékarse yama sùrya
prdjàpatya vyûlia rasmîn samûha tejo yat te ràpam
kalydiiatamam tai te pasyâmi yo 'sâv dsaa purasah so
'liant asmi (V, i5) : «Par une coupe d'or est cou-
verte la face de la vérité : toi, Pùsan, découvre-
la pour celui dont la loi est la vérité, afin qu'il la
contemple I Pùsan, ekîirsi, Yama, Sûrya, fils de
Prajâpali, écarte les rayons, contracte la splendeur!
Ta forme la plus belle, je la vois.Gelui qui est
là-bas, ce purusa de là-bas, je suis lui.» Mani-
festement, il s agit là du purusa qui est dans
le soleil, purusa présenté d'abord par notre texte
comme le satya (qui peut ici être le brahman)^
recouvert du vase d'or, c'est-à-dire du disque
brillant du soleil, puis comme la forme la plus
belle d'une divinité invoquée sous les multiples
dénominations de Pûsan , ekarsi , etc. Maintenant il
parait bien que la divinité qui reçoit ces dénomina-
tions parmi lesquelles se trouve celle de Sûrya soit
le soleil lui-même, invité à écarter ses rayons et à
découvrir le purusa. Nous avons ici, par suite, le
nom d' ekarsi attribué au soleil , même si Ton regarde
dans notre texte ekarse comme apposé à jm^an^
puisque Pûsan s'y trouve identique au soleil. Da
reste que le soleil l'eçoive dans ce texte le nom de
' Dans la même upanisad nous lisons : satyaifi ky eva brakma
(V, 4; cf. V, 5, i). Cf. Chûnd. Up. : tajtya ha i>â etcujra brahmano
nfima sattiram iti (VllI, 3, 4); Taitt. Dp,: satjtanjnânam antMitan
hralimu yo veda (H, i, i); etc.
YAKSÀ. - 429
Pûsan n est pas un fait anormal : quoi que Ton pense
de la nature originelle de cette divinité, que je n ai
pas à discuter ici , il demeure que plus d un trait la
met dès le Rg Veda en relation avec le soleil, et que
nous trouvons son nom attribué d'assez bonne heure
à celui-ci. Quant à Tidentifi cation ici implicite de
Yama au soleil , elle est formellement exprimée dans
le texte suivant du Sat. Br. : esà vai yamô yà esà
làpati[WS ^ 1,3,4). Pour le qualificatif Prâjâpa-
tya, il va de soi.
La Prâriâgnihotra Upanisad parlant des feux qui
sont dans Thomme s'exprime ainsi : sàijo 'gnir nâma
sûryamaiidalâkrtih sahtsrarasmibhiii parivrla ckarsir
bhâtvâ mûrdhani tisthati « Le soleil , feu assurément
en forme de disque solaire, entouré de mille rayons,
étant devenu Tekarsi, se tient dans la tête » (2). C'est-
à-dire que le soleil est identifié à ïekarsi. Et cest
bien ainsi que semble le comprendre Nârâyana qui ,
commentant le passage suivant du premier khanda
de la même upanisad : tûsnlm ekâm ekarsaujahoii,
explique : ekarsâv agnau tadnâmni sûiye.
De tout ceci semble résulter que Yekarsi de nos
vers 25-26 peut fort bien être le soleil. Dhâman,
quen l'absence de toute indication précise je ne
traduis que conjecturalement par « demeure », peut,
dans ce sens, y être également dit de lui. Car
renonciation, dans notre texte, de ce terme sans
addition de déterminatif semble alors indiquer qu'il
s'agit là de la demeure par excellence, la demeure
divine qui est le svarga loka : siivargô lokô divyàm
430 MAI-JUIN 1906.
dhâma (Taitt. Samh., Il, 6, 7, 6); or ridentîlîcation
du svarga loka ou, ce qui revient au même, do
devaloka au soleil se rencontre çà et là dans les
textes védiques : asaà va àdiiyàh svargô hhâh (Maît.
SaiTih., III, 6, 1); devaloko va àdityah (Kaus. Br.,
V, 7,); asdd khàla va àditydh suvargô lokàh (Taitt,
Àr. , V, 9 , 11); svargà vai lokàh séryojyétir nttanuim
(Sat. Br., XII, 9, 2, 8). On se rappelle aussi que
certains vers du Rg Veda (cf. X , 107, 2 ; 1 , 126, 6)
donnent une demeure solaire aux trépassés qui Tont
méritée par leurs œuvres.
Reste à parler des formules de bénédiction que
Ton déclare réunies en un seul groupe. Admis que
dans le passage déjà cité de TA. V. (IV, 25 , 7) :
àpa irésihà na âsiso devàyor dhâmann asthiranfdhàman
signifie demeure , nous avons là une indication pour
finterprétation de notre texte : de même que là les
formules de bénédiction sont réunies dans la demeure
des dieux Savitar et Vâyu, ici nous pouvons com-
prendre qu'elles sont en un seul groupe en tant
qu elles se trouvent toutes ensemble dans le soleil.
Laissant de coté les textes qui mettent en relation
plus ou moins intime les mètres et le soleil, nous
pouvons en noter, en effet, qui font expressément
de celui-ci le lieu des paroles et en particulier des
paroles sacrées : « en vérité, à ce soleil qui est là-bas
vont toutes les paroles; quand il se lève, elles sont
toutes émises» (Mait. Samh. III, 6, lo)^ t Celle
anuh» vd âditYàm sdirâ vâro (jarlianti ta udyati sànSh srjjrantê.
YAK s À. 431
qui est cette Vâc, cest ce soleil de là-bas les
les sont le disque Ce qui étant ce disque luit
ardemment, c'est le Mahaduktha , c'est les rcs, cest
le lieu des rcs » (Sat. Br. ,X,5, i,/i;5;2,i)^
« Ce soleil, en vérité, qui est ce disque, luit ardem-
ment; en lui sont ces rcs, il est le disque des rcs, il
est le lieu des rcs» (Mahânâr. Up., 12, 2', éd.
G. A. Jacob) ^. Il ne répugne dpnc pas que les
formules de bénédiction se trouvent en un seul
groupe en tant que réunies dans le soleil.
A. V., X, 2, 32.
L'hymne X , 2 se termine par les vers suivants
où le sens de « forme merveilleuse » s'applique au
mieux à yaksà :
29. yàvai tâm hràhmano védâmftenâvrtdTn pûram \
tàsmai bràhma ca bràhmâs ca càhsuh prànàm prajâm
àadnh ||
30. nà vai tâm càksar jahâti nd prânà jaràsah para \
pùram yà hràhmano véda yàsyâh pûrusa ucyàte ||
3 1 . asiâcahrd nàvadvârâ devândm pur ayodhyà \
tàsyâm hiranyàyah kàsah svargà jyàtisâvrtah \\
3 2 . tàsmin hiranyàye kàse tryàre tripratisthite \
iâsmin yàd yaksàm dtinanvàt iàd vai brahmavido vidah \\
' sa yrt sa vâg asau sa âdityàli jruindalam evà rcak
yàd etàn màndalam tàpati lân makàduktham ta fcah sa rcâm lokàh,
^ âdilyo va esa etan màndalam tapati tatra iâ rcas tad rcâm man-
dnlnm sa rcâm lohah.
432 MAI-JUIN 190C.
33. prabliràjamândm hàrinîm yàiasâ sampànvftàm \
pùram hiranyàyim bràhmâ viveiâpcu*yitâm |
Je traduis :
Celui , en vérité , qui connaît cette citadelle du brahman
entourée d*immortaiité , à celui-là et le brahman et ceux qui
^ont au brahman donnent la vue , le souffle , la postérité.
Ni la vue, en vérité, ne Tabandonne, ni le souffle, avant
la vieillesse, celui qui connaît la citadelle (pur) du brahman
d'où il tire le nom de purusa.
A huit roues, à neuf portes est la citadelle det dieux
inexpugnable ; dans celle-ci est un coffre d'or, céleste , entouré
de lumière.
Dans ce coffre d'or, à trois rais, triplement soutenu, la
forme merveilleuse animée qui est dans lui , en vérité ceux
qui connaissent le brahman la connaissent.
Dans la rayonnante, jaune, tout entourée de ^ire, dans
la citadelle d'or, invincible , est entré le brahman.
Nous avons à déterminer quel objet couvre cette
expression : « forme merveilleuse ». Pour M. Geldner
[op cil., p. l28)^ le hàSa est le cœur; ieyakfà, le
brahman. Pour M. Henry [Les livres X, XI et XII
de VA. F. , p. 52 , 53 ) le kôsa et ]eyaks(i sont le soleil.
Il faudrait cependant distinguer, semble-t-il : car le
yaksâ étant renfermé dans le kôSa, ils ne peuvent
guère représenter tous les deux identiquement la
même chose. Pour ma part, il ne me parsdt pas, de
fait, qu'il y ait, étant donnée la teneur du texte, h
chercher la solution de notre problème ailleurs que
' Cf. aussi ScHERMAN, PhUosoph, Hymn,, p. 46 suiv.; Dbdsss!I,
Allq. Gesch. der PhiL, I, i, p. 370.
YAK s A. 433
du côté de Thomme ou du côté du ciel. Nous dis-
cuterons successivement ces deux modes d'inter-
prétation.
Mais d abord je noterai qu à mon avis c est bien
la citadelle du brahman qu'entendent décrire les
vers 3 1-33 , quoique le sujet de début de la descrip-
tion soit devàndrn j>uh, non bràhmanah pâh, car tout
le passage se conclut par raflirmation de rétablisse-
ment du brahman dans la pur àparâjiiâ, laquelle se
présente comme une réplique de la pur ayodhyà qui
est celle des dieux ^ Ceci ne préjuge en rien la con-
tinuité de composition de ces vers, ou, pour parler
de tout le passage cité, des vers 29-3*3 : y eût-il là
compilation, on ne peut affirmer, en quelque
mésestime qu on ait les hymnes philosophiques de
TAtharva Veda, qu'elle s'est faite complètement au
hasard , et le plus sage est , je crois , de prendre comme
rapporté au même sujet ce qui se présente comme
tel. Du reste les vers 29 , 3 1 , 33 se retrouvent réunis
(dans l'ordre suivant 3i, 29, 33) dans le Taitt. Ar.
(I, 27, 2; 3; 4) : et malgré les divergences que l'on
note dans ce dernier texte ^, le fait de cette réunion
répétée constitue du moins une indication en faveur
de Fappartenance de nos vers au même cycle d'idées.
Ceci posé, je viens d'abord à l'interprétation de
^ Relativement à 1 équivalence de la pur du brahman et de celle
des dieux voir d*ailleurs plus bas, p. 443.
* En particulier brahmà au lieu de brâhmd du vers 33 de TA. V.,
et rinterpolation de lokâh au dernier pâda du vers 3i, ainsi :
svargo lokô jjôtisàvrtah.
434 MAI-JUIN 1906.
notre texte comme se rapportant h lliomme, d'après
laquelle, le kàsa est le cœur: la pur du brahman qui
le renferme , l'homme lui-même. Une pareille con-
ception est entrée, de fait, dans la pensée hindoue,
et elle s*affirme en même temps comme suffisamment
ancienne : on se souvient du texte fameux de la
Chând. Lp. relatif au petit lotus renfermé dans le
brahniapura. et contenant lui même un petit espace
VIII, 1, 1 et suiv.^'. Mais cette conception est-elle
celle de notre texte ?
11 est certain que le vers 3o rapproche de la par
du brahman Thomme en déclarant que cest d'elle
quil prend son nom. Car c'est bien l'homme que
désigne dans ci^ vers le mot piimsa. L'hymne a pour
objet . dans son ensemble , le purusa. La plupart des
expressions qui dépeignent ce purusa s'appliquent à
rhomme réel; quelques-unes, au contraire, ne con-
viennent qu au punisa mythique dont il est question
R. V.. X, 90 :cf. A. V., XIX, 6); mais pour ce qui
concerne IVmploi do piini^a au vers 3o, ce terme
s*applique naturellement à Thomme réel, à qui re-
viennent les avantages que procure la connaissance
de la citadelle du brahman. Mais d'où vient ici que
rhomme tire son nom de cette pur du brahman P
Le rédacteur de notre texte la r^ardait-il comme
intrinsèque à rhomme ; ou ne concevait-il entre die
et rhomme qu'une relation d'ordre extérieur; et
n'avons-nous pas là , surtout , un pur jeu d'étymologie ?
N'ayant , de la part de notre texte , aucune réponse
directe à ces cjuestions, il nous reste à nous référer
YAK s A. 435
à la description de la citadelle du brahman, telle
qu'il la donne , et à voir avant tout, si elle comporte
l'équivalence de cette citadelle à Thomme.
D'abord, c'est donc l'homme qui, dans ce cas,
porte l'appellation de devànâm péh. Le passage de
la Chànd. Up. rappelé plus haut déclare précisément
que l'espace renfermé dans le lotus qui est dans la
demeure du brahman , c'est-à-dire l'espace renfermé
dans le cœur qui est dans l'homme , contient le ciel
et la terre, et toutes choses (VIII, i , 3 ). II suffit de
ce souvenir pour justifier l'attribution à l'homme de
la susdite appellation. Notons d'ailleurs qu'il y a dans
l'Atharva Veda d'autres exemples d'objets nommés
demeure des dieux : la maison de la nouvelle mariée ,
comme il semble, dans XIV, i , 64 ^; dans V, q8 , les
trois métaux qui forment l'amulette ( i o ) , et spécia-
lement lun deux, l'or : pûram devànâm amftam hi-
ranyam (i i). C'est à dessein que je néglige, dans le
cas présent, des témoignages aussi expressifs que
ceux d'A. V. , XI, 8, d'après lesquels les dieux sont
entrés dans le purusa (i3 et 29), les divinités y
habitent comme les vaches dans l'étable (32 ), sont
entrées dans le sarîra (3o) : dans cet hymne, en
effet, n'apparaît pas assez immédiatement la part
de l'homme réel.
Les deux épithètes nàvddvâra, astâcakra s'appli-
quent à l'homme en tant que corporel. Pour la
première, pas de difficulté : les neuf portes senties
• anàvyâdhàm deimpnrâm prapàdya
sivâ syonà patiloh' vi râja j|
436 MAI-JUIN 1906.
neuf orifices du corps. Quant à astàcakra, dans son
commentaire sur le Taitt. Ar. où se retrouve, comme
jefaidit, une partie de notre texte, Sâyana, qui inter*
prête piir par sarlra, explique cette épithète ainsi :
cakravad àvaranabhntds tvagiisriimàmsamedosthirnaj'
jàsukraajorùpâ astaa dhâtavo ya^dh seyam astàcakra.
Ainsi les huit cakra sont les huit éléments considérés
comme enveloppes à la façon de cerdes. D après son
commentaire sur le vers 22 de A. V. , XI, 4 , qui con-
tient le même terme , les huit cakra sont encore les huit
éléments, considérés comme roues du char qui est
le corps : te 'tra rathdtmanà vartianiyasya iarirasya
cakratvena rûpyante. Je ne discuterai pas ces inter-
prétations , et retiens seulement d'elles que Ton peut
dire , en ce qui concerne notre texte , que Thomme
est astàcakra parce qu'il possède huit éléments cor-
porels. Au surplus, si nous traduisons, comme je
fai fait, astàcakra par «à huit roues», auquel cas
rhomme qui est la devàndrn puli se trouve implicite-
ment assimilé à un char, sans recourir au témoignage
se référant directement au corps tiré par Sâyana de
la Katha Up. dans son commentaire sur A. V., XI,
4 , 22, ci-dessus cité , nous pouvons justifier cette
assimilation par TAtharva Veda même : «Lève-toi,
marche, cours, (devenu) char aux bonnes roues,
aux bonnes jantes, aux bons moyeux , tiens-toi ferme
debout ' » , y est-il dit au patient (IV, 12, 6).
^ sa lit tistha prélii prâ drava
ràthah sucahràh supavih snnàhhih |
pràti tlsihordhvàh {|
YAK s À. 437
Venons au qualificatif ayodhyà. Appliqué ainsi à
l'homme , en manière d'attribut caractéristique , il sur-
prend bien quelque peu. On peut dire que l'homme
reçoit cette épithète en tant qu'elle convient à l'âtman
qui est en lui , comme il recevait les deux précédentes
en tant qu'elles conviennent au corps. Et, pour n'avoir
pas à y revenir, c'est aussi de la sorte qu'on pourrait
expliquer que l'homme , ainsi que le dit de la citadelle
du brahman le vers 29, est entouré d'immortalité.
C'est encore en vertu de l'âtman qui est en lui
qu'au vers 33 l'homme sera àparâjita, comme il est
ayodhyà; et entouré de gloire, comme il l'est d'im-
mortalité ; qu'il aura l'éclat d'un astre et de l'or. Car
si , dans les textes anciens qui nous occupent actuelle-
ment, dépareilles qualités sont attribuées à l'homme ,
il n est d'usage de les lui accorder que comme con-
séquence d'une science ou d'un rite dont elles sont
le prix : laissant voir ainsi qu'on les conçoit comme
n'étant pas propres à l'homme et lui venant d'ailleurs ;
c'est ainsi , pour citer un exemple entre tant d'autres ,
que le vers 26 d'A. V., XI, 5 , nous représente sous
une même image la splendeur du soleil et de qui
s'est soumis aux pratiques du brahmacarya. Mais
dans notre texte rien de tel : un énoncé pur et simple
des qualités que possède la demeure où l'on dit
qu'est entré le brahman; sans qu'il soit suggéré même
qu'elle les possède en vertu de cette entrée; énumérées,
en un mot, comme lui étant propres. Il ne nous
reste qu'à imaginer qu'elles sont ainsi dites de l'homme
en vertu de l'âtman.
438 MAI-JUIN 1900.
Maintenant, il faut avouer que cette appellation
multiple dans notre vers 33 de rhomme par les qua-
lités de latman parait bien forcée, et qu'en fin de
compte, toute la brillante description contenue là
ne semble guère lui convenir. On pourrait, il est
vrai, se souvenant de la distinction donnée par la
Chând. Up. entre le brahmapura (qui est Thomme)
et le vrai brahmapura qui est Tâtman (VIII, i, 5),
dire quil s'agit au vers 3i du premier, au vers 33
du second ; et cette explication conviendrait suffi-
samment, en effet, aux deux vers pris à part l'un de
l'autre. Seulement, admise cette interprétation, et
toutes les autres similaires (celle, par exemple, de
la pur àparâjiiâ par le cœur lui-même) dont le détail
serait fastidieux, il faut renoncer à. ne voir qu'un seul
et même objet dans la pur ayodhyà qui contient le
kàsa et la pur dparâjitâ : pour moi il me parait plutôt,
ainsi que je 1 ai déjà dit , que ces deux expressions,
réunies dans ce passage de telle sorte que la seconde
ne semble que répéter la première, ont en vue un
unique objet.
Le premier mode d'interprétation paraissant ainsi
défectueux, arrêtons là son examen, et venons au
second qui nous permettra, je crois, une explication
plus satisfaisante de notre texte.
Une demeure désignée par le même terme aparâr
jita et en relation avec le brahman nous est, comme
on sait, connue d'ailleurs, et elle est au dd. Arant
de parler des textes ici en cause, je dois, pour les
YAKSA. 439
mettre dans toute leur valeur, présenter quelques
brèves observations
Dans les bràhmanas, l'homme désire se fixer fina-
lement dans le svarga loka, qui est le devaloka :
région lumineuse, plus ou moins complexe, située
dans les hauteurs de l'espace. Cependant nous y voyons
déjà poindre la pensée d'atteindre le brahman et de
demeurer avec lui, et Ton conçut dès lors un brah-
maloka. La notion du brahmaloka devait s'affiner
par l'exercice des spéculations, gagnant désormais
en importance, sur le brahman lui-même: il n'en
est pas moins vrai que tout d'abord elle ne put que
ressembler fort à celle qu'on se formait du devaloka ,
dont le monde du brahman ne représentait sans
doute guère qu'im aspect nouveau et meilleur ou
un étage surajouté. Et naturellement se transportèrent
au monde du brahman les idées qu on se faisait du
monde des devas : or dans le ciel védique, qui ne
consistait nullement dans la contemplation de la
vérité pure^ les formes matérielles, imitées de ce
monde, ne pouvaient manquer. Déplus, le monde
du brahman étant conçu comme le couronnement
du monde des devas, il était indiqué qu'on y accédât
par le chemin qui menait chez les dieux , le deva-
yâna, dont la notion nous apparaît suffisamment
définie, quant à sa substance, dans les plus vieilles
upanisads.
^ Sur ce [)oint il sulTil de renvoyer à Muir, Sanscrit tcxls, V,
p. 3o7 et suiv.
440 MAI-JUIN 1906.
11 est clair qu en tout ceci les détails pouvaient se
diversifier à Tinfini suivant les esprits et les écoles ,
quil pouvait même se produire sur des points impor-
tants des opinions divergentes; mais je crois qu*en
somme tel fut le processus doctrinal : je crois aussi
que le premier adhyâya de la Kausïtaki Up. nous
livre au sujet du brahmaloka une théorie appartenant
a la phase que je viens de décrire.
D'après la dite upanisad on accède donc au monde
du brahman par le devayâna, étant devayânam pan-
thânam âsddya. Au-delà du monde du feu, du monde
de Vâyu, etc., on atteint le brahmaloka. Indra et
Prajâpati^ les Apsaras même, ont leur place en ce
monde suréminent. Vers le nouveau venu qui sy
présente celles-ci accourent au nombre de cinq cents,
portant en leurs mains couronnes, onguents, etc.,
et le revêtent de la parure du brahman. C'est ainsi
paré quil s avance vers le brahman lui-même,
brahmaivâbhipraiti ( I , k)^^- Or tout le long de sa
marche il rencontre , et notre upanisad les énumère ,
un certain nombre d'objets remarquables contenus
dans ce monde : Tétang Ara, larbre Ilya, etc., et,
' Désignés comme portiers , mais placés en même temps, par la
nomenclature que je rappellerai à Tinstant au milieu même des
objets qui se trouvent dans le monde du brahman.
^ Et c'est devant Brahman qu*il arrive; ici le brahman sous la
forme personnelle parce qu'on lui prête la parole : toiii brahmâ
prcchati ho 'siti (I, 5). Même avec la leçon : taifi 6raAiiiâAa ko
*sîti, l'interprétation par Brahman demeure encore ceUe qui s'in-
dique. On peut comparer la Ghând. Up. : tad dkaitad brahmâ pra-
jâpataja uvâca (111, 1 1, i et Vlll, i5, i).
YAKSA. kh\
parmi tous, celui qui nous intéresse ici, le palais
Aparâjita, apardjitam àyatanam (I, 5).
Dont nous avons, comme on sait, une réplique
dans la Chând. Up. (VIII, 5, 3). Il nous est dit là, et
ceci appartient clairement au courant d'idées d où pro-
cède la précédente description, qu'il y a danslebrahma-
loka deux mers. Ara et Nya, et que ce brahmaloka
est dans le troisième ciel à partir d'ici-bas. Et là se
trouve la citadelle du brahman Aparâjita : aparâjita
pur brahmanah. Nous avons déjà rencontré l'étang
Àra et ce n'est pas la seule ressemblance entre la
description de la Kausïtaki Up. et celle de la Chândo-
gya. Ici encore se trouve un arbre , de nom différent,
il est vrai : c'est un figuier, appelé Somasavana. Et il
paraît bien que l'expression prabhavimitam , qu'on
peut lire prabhu vimitam, corresponde, comme on
l'a fait remarquer dès longtemps ^ au vihha pramUani ,
la salle Vibhu, contenu dans fénumération de la
Kausïtaki. Du reste , si les Apsaras ne sont pas ici
mentionnées, celui qui atteint le brahmaloka n'y
perd rien : car il a toute liberté dans tous les mondes
[ib., 4), et parmi les mondes dont peut jouir après
cette vie celui qui connaît ici-bas fâtman (VIII, i,
6), le strïloka n'est pas oublié (VIII, 2,9).
De ces citations, jointes aux remarques qui les
ont précédées , nous pouvons conclure à une vieille
conception plaçant dans le monde du brahman,
situé dans les hauteurs des cieux, une demeure,
^ Cf. Ind. Stud,y 1. p. 397, n. 3.
vu. 29
443 MAI-JUIN 1905.
citadelle ou palais ou quoi ce soit du même genre,
désignée par le terme aparâjiia ^. Je regarde oomme
bien probable que la citadelle qualifiée par le même
ternu» au vers 33 de notre texte n est autre chose que
cette même demeure. Et quelle se trouve être à la fois
Tinexpugnable citadelle des devas n y saurait faire
obstacle. La conception du brahmaloka ne se forma
pas, ainsi que je Tai noté, comme celle d'nn monde
séparé du svarga loka : qu*il en soit la plus haute
cinip, comme parait le supposer la Kausîtaki l-p.,
il donne place cependant, nous lavons \u^ non pas
seulement à des dieux suprêmes, hidra etPrajàpati.
mais aux Apsaras; la Chând. Up. nous parle des
dieux qui sf)nt dans le brahmaloka (VIII, la. 6);
la Brh. Ar. L'p. déclare qu'il y a trois mondes, celui
des hommes, celui des Pères, celui des devas, et
(pie ce dernier est le meilleur, ievaloko vai lokânàm
sresthah ( 1 , 5 , 1 6 ) , regardant ainsi , dans ce passage ,
le inonde du brahman comme inclus dans oeluî des
devas. Maintes fois d ailleurs, dans les anciennes
upanisads, revient la pensée d*aller chei les dimix,
d atteindre le svarga loka, laquelle atteste que 1 on a
l'impression de trouver les dieux dans le mcmde du
brahman ''^. Dans ces conditions, c était chose fort
^ Dont U cooceplion a pu être empruntée aa mande apv^ùm
d'Indra (Kaus. Br. , \X, i ).
« Ainsi :
kaus. Up., U^ lï : sa tad tfacchati yatraUe dmpm tmt ^riftym ymd
lunrtâ dnâs lad amrto bliaiati va cvam rtila.
If'id., II, i3 : svanjâhl lohân kâmân âpnnhi [dit le fils au père
dans la cérémonie du intâptilrh'am saif^pnLdÂnBm).-
YAK s A. 443
naturelle quil advînt que la citadelle du brahman
fût aussi regardée comme citadelle des dieux.
Nous plaçons ainsi la citadelle du brahman et
des dieux dans le ciel. Qu'elle soit environnée d'im-
mortalité, rayonnante, etc., ne fait pas difficulté.
Quant aux deux épithètes astâcakray nàvadvâraf il
faut convenir qu'il n'y a aucune raison de rejeter leur
application à une citadelle céleste. Que cette citadelle
soit conçue comme munie de roues , c'est-à-dire ca-
pable de se déplacer, peut provenir de cette idée,
vieille dans l'Inde , qu'une des qualités de la béatitude
consiste à se mouvoir au gré de son désir : le Rg
\ eda compte Yanukdmàm càranam parmi les sujets
de félicité que l'on trouve dans le ciel (IX , i 1 3 , 9).
Que les dieux jouissent dudit privilège sans quitter
leur citadelle, qu'elle ait ainsi quelque chose des divins
vimânas qui abondent dans la littérature plus tardive,
ne peut, je crois, soulever d'invincible objection.
Quant au motif cpii a fait choisir ici un composé
formé avec asta plutôt qu'avec tout autre nombre ,
2)eut-être repose-t-il sur une comparaison d'ordre
cosmique; on pourrait, par exemple, penser aux
dis comptées au nombre de huit, mais toute conjec-
ture sur ce point reste nécessairement incertaine :
il se peut aussi d'ailleurs qiiastàcakra n'indique ici
Ait. Up. , V, /i : sa etena prajnenâtmanâsniâl lokâd utkramyâmus'
mint svarije loke sarvân hâniâti àptvâmrtah samabhavat.
Brli. Ar. Up. , I, 5 , i t yo vai tâm aksitîrii veda so 'nnam atti pra-
tïkena | sa devân apigacchati sa ûrjam upajtvati |{
Chând. Up., VIII, 3, 3 et 5 : ahar-ahar va evamvit svaryarfi
fnimm cii.
29-
YAK s A. 445
retrouvent ces deux vers explique atharvanah sirah
par etad grantharûpam : il n'y a pas à insister. C est
une interprétation beaucoup plus sérieuse que celle
admise par M. Deussen dans Allg. Gesch. der PhU. ,
I, 1, p. 269 : je dois dire, toutefois, qu'elle n'en-
traîne pas ma conviction. En tout cas, pour lui, le
devakosà est la tête de Thomme, non pas, comme il
ladmet pour le kàsa en question , le cœur.
Que le terme kôéa puisse désigner le cœur, cela
est incontestable : à Tappui de quoi je ne voudrais
cependant pas citer le vers bien connu de la Mund.
Up., IL , 2, 9 : hiranmaye pare kosè virajarn brahma
niskalaniy etc., parce qu'il ne m'est pas démontré
que le texte entend parler là du cœur. Mais, d'autre
part , rien ne s'oppose à ce que ce même terme s'ap-
plique au soleil, que nous avons déjà vu figurer
comme pâtra dans Brh. Àr. Up. , V, 1 5 ; de la même
façon qu'il s'applique, semble-t-il, à la lune (cf. le
commentaire de Sâyana) dans le vers III, 1 1, 4-5
du Taitt. Àr. *; où le rapprochement de cette seizième
partie [kalà) désignée comme « kosa d'or entouré de
l'espace » et du pied [pàda) du saddhotar semble in-
diquer qu'il s'agit d'une kalâ de ce pied, de même
qu'il est question, dans la Chând. Up., IV, 5-8, des
quatre kalâs de chacun des quatre pieds du brah-
man, parmi lesquelles, justement, sont comptés la
* suvàrnam kôéam râjasâ jMrlvrtam |
devdnâm vasudhdnîjn viràjam |
amftcLsya pûrnâip, tdm u kaldm vl caksate |
pàdajfi sàddhotVLT nâ hilâ vivitse \\
446 MAI-JUIN 1906.
lune et le soleil (et aussi le manas, etc. , mais non le
cœur).
Je crois donc vraiment* probable que ie hôia qui
se trouve dans la citadelle des dieux et du brahman
est le soleil. Et sans doute celui-ci, que l'on a iden-
tifié au brahman lui-même, a bien pu être aussi
conçu comme placé dans le monde du brahman. U
est clair que cette conception ne répond pas à
nos idées cosmographiques; il suffit toutefois de
remarquer que, dans le cas présent, la position du
soleil n'est guère plus extraordinaire que cdiie, par
exemple, que lui assigne Ja Brh. Àr. Up. , VI, a , 1 5,
en le plaçant entre le monde des devas et, après un
intermédiaire, les mondes du brahman. Quant aux
épithètes du kàêa, celles du vers 3 1 , à savoir qu'il est
d'or, céleste , entouré de lumière , s'appliquent par-
faitement au soleil : reste à en examiner deux
autres, données par le vers Sa, tryàra, triprati'-
sfhita,
La seconde s'explique assez facilement. On se sou-
vient que les textes védiques nous parlent parfois du
soleil comme consolidé ou comme solidement établi.
Ce dernier point de vue se trouve en particulier exposé
sous différentes formes par Sat. Br. , X, q , 4 , 3-6. Or
le paragraphe 4 dudit texte déclare que ie soleil est
prâtisthita sur les quatre régions cardinales et les trois
inondes, qui, dans ce passage, sont dits les sept
mondes des dieux: [asâv àdityàh) saptàsa devalokéfu
pràtislhitah saptâ vai àevalokàs cdtasro diéas tnfya imé
lolat été vai saptâ devalokâs tésv esà pràtifthitali. Nous
YAK s A. 447
pouvons ainsi croire que tripratisihita se réfère au
kàsa soleil comme fondé sur les trois mondes.
L epithète iryàra trouvera son explication dans la
relation inverse. Nous lisons, R. V., I, i6Zi, i4,
que tous les mondes ont leur point d attache au so-
leil : sàiyasya càksà ràjasaity àvrtam U'isminn ârpità
bhàvanâni visvà. Il est permis de penser que tryàra
exprime la même idée : le soleil a trois rais, parce
que les trois mondes s y attachent comme les rais au
moyeu. Ou peut-être encore tryàra doit-il s'entendre
des trois saisons : cest ainsi que pei/icâra , qui semble
désigner les cinq saisons, exprime un attribut so-
laire dans Taitt. Ar. ,111, 11,8 (où prthd est, selon
moi, adverbe) ipàncârarn cakràrn pari vartate prthà
hiranyajyotih sarirçuya màdhye « J^a roue à cinq rais
accomplit sa large révolution , brillante comme lor,
au milieu de Tocéan (céleste). » . \
Quant au yaksà, la forme merveilleuse qui est
animée et se trouve dans le soleil , il n est pas difficile
me semble-t-il , de la désigner. C'est le purusa qu'il
contient, que nous apprenons à connaître dès les
brâhmanas (Cf. Kaus.Br., VIH, 3; î^at. Br., VII,
4 , 1 , 1 7 ; X , 5 , 2 , passim) , ' et dont la Chànd. Up. ,
le décrivant (1,6, 6-7) , nous dit qu'il est d'or jus-
qu'au bout des ongles, y compris la barbe et la che-
velure. C'est ce même purusa que nous avons vu
recouvert par le disque brillant du soleil qualifié de
vase d'or : le pâtra de Brh. Ar. Up. , V, 1 5 , est ici
un kosa. Et qu'ici encore il soit possible que ce pu-
rusa représente le brahman, représentation dont
448 MAI-JUIN 1906.
ridée semble d'ailleurs suilisamment ancienne,
comme l'indique le passage du Kaus. Br. ci-dessus
allégué ^ rien ny contredit, semble-t-il; et je ne
voudrais pas le nier.
A.V.,X, 7, 38.
mahàdyaksàm bhdvanasya màdhye
tàpasi krdntàm salilàsya pfsthé \
tàsndm chrayanteyà u hé ca devâ
vrksàsya skàndhah parita iva sàkhàh ||
C'est au skambha , Tétai , qu'est consacré l'hymne
X , 7 , lequel est regardé comme formant un tout
avec X, 8. Dégagée des considérations incidentes,
la notion de ce skambha , telle qu'elle semble résulter
de notre hymne (X, 8 , n'y ajoute rien ), est la sui-
vante. Le skambha est le soubassement universel
sur lequel repose toute chose : terre , atmosphère .
ciel, et le temps, et les astres, et les dieux. Non
qu'il soit conçu comme un support extérieur aux
êtres qu'il soutient : il est en eux, au contraire, les
ayant pénétrés, sans qu'à les pénétrer, toutefois, il
épuise toute son étendue (cf. vers 8). Mais, d'autre
part , de même qu'il est en toute être comme soutien ,
tout être est aussi en lui : skambha (padapâtha :
skambhé) idàmvUvam bhdvanain â vivesa (35); àsac
ca yàtra sàc càntah (10). Toutefois il n'est pas conçu
* yam etam âditye purmam redayanfe sa indrah sa prajâpatis tad
hrahma.
YAK s A. 449
comme l'émetteur de Têtre : celui-ci est Prajâpati dis-
tingué du skambha au vers 7, où ce dieu est dit
avoir fondé tous les mondes sur le skambha; au
vers 8 où, en propres termes, est attribuée à ce dieu
rémission de toutes choses , celles d'en haut, celles
d'en bas, celles du milieu, dans lesquelles a pénétré
en partie le skambha; on peut ajouter le vers 4 1 , où
le Prajâpati secret [gûhyah prajdpatih) est dit celui
qui connaît le roseau d'or, image du shambha^
Mais si le skambha n'est pas l'auteur de l'imivers,
il est, d'après tout ce qui précède, le principe sur
lequel repose l'existence de l'univers et qui , pour lui
soutenir cette existence, le pénètre de telle sorte
que tout ce qui le compose y est réciproquement
plongé et contenu.
Tout ceci regarde le monde physique : mais il
* Je dois reconnaître cependant qu'au vers 1 7 il est dit : yô véda
parcLmesihinam yàs ca véda prajdpatim | jyesihài\i yé bràhmanam
vidas té skambhàm aniisâmviduh. Ainsi qui connaît Prajâpati con-
naît consécutivement (c'est le sens qui me semble le plus exact)
le skambha. Mais je dois dire aussi qu'une pareille formule n'éta-
blit pas inévitablement l'identité des objets connus, c'est-à-dire
pour le cas présent , de Prajâpati et du skambha. Je ne me place
pas au point de vue logique, de ce côté c'est assez évident, je
parle du fait. C'est ainsi que dans un chapitre de la Brh. Âr. Dp. ,
sur lequel j'aurai à revenir plus loin , il est dit que celui qui con-
naît le sûtra et l'antaryàmin connaît les mondes [sa lokavit)^ les
êtres [sa bhûtavit) etc., mais à l'explication il se trouve que le
sûtra est Vâyu et que l'antaryàmin qui est Tàtman est différent de
chaque chose : prthivyâ antarah, e'c. (B. A. U., m, 7). Parlant t*ut
à l'heure de l'équivalence du skambha aiajyesthâm bràhma je n'ap-
porterai donc pas en témoignage ce vers 17, d'autant que je ne
suis nullement sûr que dans nos deux hymnes brdhmana et bràh-
man soient de sens identique.
450 MAI-JDIN 1900.
faut s attendre à ce que le skambha de l'univers
soit aussi celui des choses religieuses et morales, la
liturgie, lascétisme, etc., et il en est en efiet ainsi.
Quant à Tentité couverte par ce nom d*étai, il
semble bien d'après les vers 82, 33, 34, 36, cf. ^4;
cf. X, 8 , 1 , que ce soit lejyesthàm bràhma. En tout
cas, il me paraît beaucoup moins certain qu*à
M. Deussen [Allg. Gesch. der Phil, I, 1, p. 3i4)
que le skambha soit réellement 1 atman mentionné
au vers final (44) de X, 8. Que cette longue suite
de quatre-vingt-huit vers formée par les deux hymnes
ait voulu réserver pour son dernier mot le vrai nom
de Tétai, cela nest pas impossible sans doute :
mais rien ne le prouve, et il est, à dire le moins,
tout aussi possible que la mention de i'âtman
vienne audit vers simplement parce que le pré-
cédent (X, 8, 43) a parié du yàksàm âtmanvdt et
que ridée d'âtmanvàt a amené celle de ïâtmàn.
Nous aurons à revenir sur ce vers X, 8, 43.
Pour terminer ce qui regarde la notion du skam-
bha, je ne vois pas, pour ma part, que cet hymne
X, 7, se prête à une conclusion d'identité du skam-
bha et du soleil ; ils sont même distingués formelle-
ment ciu vers 1 2 : ydtrâgnis candràmàfi séryo vâtas
listhanty ârpità skambhàrn tàm, etc. Notre vers 38
peut sans doute s'entendre du soleil, et je reviendrai
sur ce point tout à l'heure , mais il peut aussi sug-
gérer l'image d'une colonne qui s'élève sur la sur&ce
de l'océan céleste , et cette interprétation est favo-
risée par la seconde njoilié du vers.
YAKSA. ^51
Queie vers, par ailleurs, ait pour objet le skam-
bha , résulte de sa teneur même , puisqu'il s'agit de l'ap-
pui des dieux. Le yaksà sera donc cejyesthàm bràhma
qu'est le skambha. La traduction de yaksà par
« forme merveilleuse » ou « merveille » se justifie ici
par la description même que donne du skambha
notre vers, que je rends comme il suit :
La grande merveille au mUieu du monde s*est élevée au
sein d'un éclat brûlant (ou de l'ascétisme, cf. 36) sur le
dos de Tocéan (céleste); les dieux, quels qu'ils soient, s'y
appuient, comme au faîte de l'arbre, tout à l'entour, les
branches.
Ainsi que je le disais plus haut, nous pouvons
entendre que le skambha est conçu là comme co-
lonne ardente , de même qu'il est représenté comme
colonne brillante au vers 4 1 qui en fait un roseau
d'or debout sur l'océan : vetasàm hiraiiyàyani tisthan-
iam salilé. Il faut toutefois reconnaître que dans ces
dernières expressions on peut voir là représentation
du skambha sous l'image d' Agni ou du soleil , sur-
tout si l'on admet avec Sàyana que dans le vers R. V.,
IV, 58, 5, dernier pâda : hiraiiyàyo vetasô màdhya
âsdm (les torrents de ghrta), le roseau dor est Agni
éclair ou Agni soleils
Et maintenant, en ce qui concerne le soleil, il est
clair que notre vers, même traduit comme ci-dessus,
s'applique fort bien à lui : à plus forte raison , si l'on
traduit kram par « cheminer ». Que le soleil soit au
' Noter cependant la variante /m/(/Aje ary/jé/i . Vâj. Samli., XIII,
38; Mail. Samh., II, 7. 17.
452 MAI-JUIN 1906.
milieu du inonde ne fait pas difficulté : esà imaà
lokàv àntarena tapati. . . . vyàdhve hy èsà itdh, dit lé*
Sat. Br., IX, 2, 3, i4-i5. En outre, la fonction
d'étai n'est pas étrangère au soleil : j'ai eu déjà l'oc-
casion de citer le vers du Rg Veda (I, 16&, i/i)
d'après lequel tous les mondes s*y appuient, et dans
le même recueil il est proprement qualifié de skam-
bha : divâ skambhàh sàmitah pâti nàkam « dressé en
étai du ciel il garde la voûte céleste» (IV, i3, 5).
Nous allons voir du reste en traitant du vers X , 8 ,
1 5 , à quel point cette notion d'étai peut se rattacher
au soleil. Cependant, à mon avis, la composition
du présent hymne X, 7, qui serre d'assez près son
objet principal et ne semble se relâcher que vers la
fin , ne nous autoriserait pas à supposer ici une di-
gression en faveur du soleil. Mais ce qui est possible
c'est que, bien que le skambha soit, comme nous
l'avons vu, tout autre chose que le soleil, nous
ayons dans notre vers une description de ce skambha
sous les traits du soleil-étai ; il est possible même que
le vers , composé d'abord en l'honneur du soleil , ait
été introduit tout fait dans Thyume pour y être ap-
pliqué au skambha. Dans ces conjonctures, yak^
désignerait directement le soleil, indirectement le
skambha; le sens du terme d'ailleurs demeure le
même. Et la supposition que tel soit ici le rôle du
terme yaksà est à son tour favorisée par le fait que
si , au vers X , 8 , 1 5 , le mahùd yaksàm hhàvanasya
màdhye (la même expression que dans notre vers
X, 7, 38) désigne le skambha, il ne le désigne que
YAK s À. 453
de cette façon , c est-à-dire indirectement , et se réfère
directement au soleil. C'est ce que nous allons main-
tenant exposer.
A.V.,X, 8, i5.
duré pûrnéna vasati
(làrà ûnéna hlyate \
mahàd yaksàm bhdvanasya mcidhye
tàsmni balim râstrabhfto bharanti |
J'ai déjà rappelé que Thymne X, 8 est regardé
comme également consacré au skambha et faisant
suite au précédent. Il importe de se souvenir toute-
fois que les deux hymnes différent notablement.
Ij'hymneX, 8 ne s'occupe ouvertement du skam-
bha que dans les deux premiers vers , dont le pre-
mier le désigne sous l'appellation àejyesthàm biAhma.
Suivent quarante et un vers plus ou moins énigma-
tiques , suivis eux-mêmes du vers final où est nom-
mé l'âtman. Dans cette série de quarante et un vers,
où il est en somme fort peu question d'étaiement,
du moins d'une façon explicite, il semble certain
que le soleil (avec ses connexes, Agni, l'aurore, les
divisions du temps) joue un rôle important, pour ne
pas dire capital. Et même, exception faite pour le
vers 1 1 ^ dans tous les cas où, à partir du vers 3 ,
il s'agit dune fonction quelconque qui rappelle un étai ,
* Il s*agit dans ce vers de la conjonction de Têtre mobile et
de rimmobile, de Tanimé et de Tinanimé, en un seul être que rien
ne désigne spécialement comme le soleil.
454 MAI-JUIN 1906.
celui auquel se trouve attribuée cette fonction est dé-
peint en des termes qui s'appliquent au mieux au
soleil , ou du moins peuvent fort bien s'appliquer à
lui : ce que j'essaierai de faire voir tout à iTieure,
allant droit pour l'instant à la conclusion.
En insistant sur le caractère réaliste de notre
hymne, je n'entends nullement nier qu'il pour-
suive, au cours de ses énigmes compilées, Tidëe de
ce jyesthàrn brâhma qui étaie le monde : il y a des
signes d'intention mystique , au contraire ; ainsi , au
vers \ Ix qui précède immédiatement celui qui fait
l'objet de cette discussion, et où le* porteur d*eau
peut fort bien être encore le soleil , dont le Rg Veda
(X, 27, 21) mentionne le pàfisa^, il est déclaré du
dit porteur d'eau que tous le voient par les yeux,
mais ([ue tous ne le perçoivent pas par Tesprit. Il
n'en est pas moins vrai que nous avons parmi ces
vers un certain nombre de petites descriptions qui
ne se réfèrent par elles-mêmes qu'à des choses de
l'ordre naturel , et n'atteignent au delà que par Tin-
tention supposée du rédacteur. C'est le cas de notre
vers qui s'applique directement au soleil.
En effet. Comme le suggérait avec hésitation
Ludwig [der Rigveda, III, p. 896), conune Tad-
njet entièrement M. Henry [Les livres X, XI et XII
^ Cf. les eaux lavec lesquelles est le soleil» (H*V., I, aS, 17);
celles iqui sont en baut dans la splendeur du soleil» (III, 3S,
3), le soleil étant censé attirer à lui Teau quii évapore; aussi
est-ce lui qui dans le monde de là-bas porte le pluie : sérjena 9a
amûsminl hlié vf.slir dlirtd (Taitt. Br., I, 7, i, i).
YAK s À. 455
de VAtharva-Véday p. 29), il semble bien que le
premier demi- vers fasse allusion à la lune : rien du
reste ne nous contraint de prendre là pûrnà au sens
strictement astronomique. 11 est simplement opposé
à ûnày dont le contraire, dfiâna, désigne aussi la
lune dans un vers du livre VII qui vise le darsà
(81, 3), sans doute par une sorte d'antiphrase pro-
pitiatoire. Le second pâda exprime bien la marche
du croissant s'éloignant du soleil : c est par l'abandon
de celui-ci que la lune commence son cours : tyajalo
'rkatalani iasinah pascâd avahmbate yaihâ saaklyam
etc. (Brhatsamhitâ, IV, 3). Il est vi^ai que, lors du
décours, le croissant se rapproche au contraire
du soleil; mais ce serait être bien rigoureux que de
refuser à notre vers le droit de ne décrire qu'une
partie du phénomène, celle qui du reste frappe,
d'ordinaire , le plus.
Pour l'expression bhdvanasya màdhye , je renwoie à
ce qui a été dit précédemment à propos du vers X ,
7, 38. Quant au dernier pâda il signifie l'hommage
rendu au soleil à l'instar d'un roi. Car il est la divine
souveraineté , le suzerain de tous les êtres : àdityo vai
daivam ksatram àditya escun bhûtdndm adhipatili (Ait.
Br., XXXIV, 2,2). Sans doute il est dit du skam-
bha, au vers 39 de l'hymne précédent, que les
dieux lui présentent le tribut' : yàsmai devâh sàdà ha-
lim prayàchanti; mais nous voyons d'autre part qu'il
y a autour du soleil des dieux qui sont des rûs-
trabkftah^ les siens naturellement : yé devà râstra-
bhfto *bhito yànli suryam (XIII, 1, 35); et pourquoi
456 MAI-JUIN 1906.
le soleil ne recevrait-il pas le tribut, quand il est
reçu, sans sortir de TAtharva Veda, par la terre
(XII, 1, 62), par exemple, ou Agni(XI, 1, 6)?
De tout ceci je conclus que notre vers vise direc-
tement le soleil, qui est ainsi le yaksà. Quant à ien-
tité transcendante qu est le skambha , il n'en peut
être ici question qu'en tant que le soleil est censé la
figurer. Je traduis :
Elle habite, à longue distance, avec la pleine (lune],
elle est abandonnée à longue distance par la (lune) incom-
plète, la grande merveille au milieu du monde : à celle-ci
les l'eudataires apportent le tribut.
Notre interprétation trouve un appui dans le fait
que nombre des vers énigmatiques du présent hymne
peuvent s'expliquer par le soleil; en particidier
comme je fai dit, ceux , sauf la restriction faite plus
haut, où il est question de soutien ou de support :
arrêtons-nous maintenant à ces derniers.
Vers 3. De fait il ne s'agit guère d'étalement dans
ce vers; je le cite pourtant, parce qu'à le vouloir
absolument, on pourrait peut-être en soupçonner ici
l'idée. Je ne vois aucune raison de refuser pour les
tisràh prajàh et les anyàh une intei*prétation telle que
celle donnée de R.V. , VIII, 90 (101), i4, parle
Sat Br. (II, 5,1, i-4) : rien ne saurait interdire à
notre vers de faire allusion à une légende, celle que
raconte ce brâhmana ou une autre analogue.
Ainsi donc , « trois groupes de créatures dièrent par
delà ; les autres prirent place autour de la lumière ».
YAK s A. 457
La lumière, même à ne pas rendre arkà par soleil,
peut fort bien signifier ce dernier : toutes les créa-
tures sont rangées autour de lui , car nous avons vu
quil est au milieu du monde. Quil soit sublime,
qu'il mesure fespace, ne fait pas difficulté. Quant
à la fin du vers : hÀrito hÀrinlr à viveéa « le jaune a
pénétré les (femelles) jaunes », j'adopte encore ici
volontiers une interprétation semblable à celle du
Sat. Br. (II, 5,1, 5) au sujet de R. V., VIII, 90
(101), ili (où haritah au lieu dehàrinih) : diso vai
haritah. De fait le soleil pénètre de ses rayons les
régions de l'espace. Hàrita peut fort bien être accep-
té comme appellation du soleil; hàriiû, pour dési-
gner les régions de l'espace, vient de soi-même, une
fois qu'elles sont conçues comme les femelles du
hàrita.
Vers G. Avili sàn nihitam gdhà. L'opposition est
ici simultanée plutôt que successive : quoique mani-
feste, il est caché. Le soleil, en effet, a un éclat bril-
lant et un éclat noir : anantàm anyàd ràsaà asya pàjah
krsaàm anyàd dharitah sàm bharanti (R.V., I, ii5,
5 ). Durant le jour il présente à la terre sa face bril-
lante, au ciel sa face noire, faisant ici-bas la lumière,
là-haut l'obscurité; visible ici-bas, invisible là-haut :
inversement durant la nuit (cf. Ait. Br., XIV, 6,
6-10). Il est donc à la fois manifeste et caché. Le
reste va de soi : le soleil peut être dit vieux sans
doute, encore qu'il soit dit ailleurs, et tout aussi
bien, toujours jeune; c'est un grand séjour, car il
\u. 3o
t kAri*«AI.K.
458 MAI-JUIN 1906.
reçoit les morts qui méritèrent dy prendre place, et
nous l'avons vu identifier au séjour des dieux; je
n'ai pas à revenir sur son rôle dappui.
Vers 9. La coupe dont l'ouverture est horizontsde,
dont le fond est en haut et qui contient toute sorte
d'éclat, s'explique parfaitement par le soleil que nous
avons déjà vu figurer comme pàtra et comme hosa;
pour les sept rsis qui siègent là on peut comparer,
R.V., X, i5/i, 5, les rsis qui, sages aux mille
voies, gardent le soleil.
Vers i4 : voir p. Zi54. — Vers i8(= XIII, 2, 38;
3 , 1 4) : l'assimilation du soleil à un oiseau, sa vue
universelle, sont trop connues poiu* qu'il y ait à in-
sister.
Vers 19. J'ai déjà parlé de l'identification du so-
leil au brahman : il est aussi le satya : satyàm e§à yà
esà tàpati (Sat. Br. , XIV, 1, 2, 22), et encore le
prâna : udyann u hhala va àdiiyaljL sarvâni Ihûtàni
pranayaii tasmâd enam prâna ity âcaksate (Ait. Br.,
XXV, 6, 3). En tant que comprenant toutes ces
entités, on peut dire qu'il luit d'un éclat ardent au
moyen de la vérité, qu'il regarde au moyen du
brahman et respire au moyen du souffle. Il semble
bien d'ailleurs que notre vers fasse allusion à la
triade Sûrya, Vâyu, Agni, dont il reconnaît les acti-
vités dans un seul être, le premier d'après notre
explication.
Vers 2/4. S'agit-il ici d'étaiement? Eln tout cas
YAKSA. 459
l'étayeur serait un dieu qui brille, devô rocate, et le
soleil se trouverait dès lors prendre rang dans la ques-
tion. De fait il semble que ce vers obsciu* puisse s in-
terpréter de lui. On peut traduire ainsi : «Cent,
mille , dix mille , cent millions , une foule innom-
brable s'est posée en lui comme son bien propre :
ils frappent ceux qui portent les yeux sur ce (bien)
qui lui appartient [tid asya)-^ c'est grâce à lui
(ce bien), de cette manière, que ce dieu brille. » Et
les rayons du soleil, considérés comme réunis en
son disque avant leur divergence, seraient le mot de
l'énigme : ils constituent le bien propre de cet astre ,
aveuglent qui les regarde, et forment sa splendeur.
— Y aurait-il de plus ici allusion aux âmes des
justes dont la foule va former les rayons du soleil^?
Vers 34. Pour l'intervention de la mâyâ divine à
propos du soleil, on peut comparer R. V-, V, 63,
d; X, 88, 6. Le soleil peut être dit fleur des eaux
aussi bien qu'il est dit lotus : « Agni , en vérité , est
le lotus de cette ( terre )-ci; Aditya, de ce (ciel) là-
bas» (âat. Br., IV. 1, 5, i6)^. Nous avons dit de
même plus haut qu'il n'était pas impossible que le
vetasa d'or de X, 7, /i i , fût métaphore solaire^.
* Cf. Sat. Bp. , 1 , 9 , 3 , 1 o : ya c^a tdpati iàsya yé rasmàyas té
sukftah,
^ agnir evàsyai puskaram âdityà 'mûsyai,
^ Ce que je ne rappelle pas, du reste, pour suggérer que Tap^
pûspam de notre textç soit le vetasa. Il est bien dit, Mait. Samh.,
III ,3,6; Taitt. Samh. , V, 4 , 4 1 2 : apârp, va état pûspajji yâd veta^
sàh : mais ce n'est là qu'une de ces formules égalisantes qui pul
3o.
460 MAI-JUIN 1906.
Vers 36. Naturellement celui qui, étant le por-
teur, prend pour sa part le ciel, est le soleil, mis en
énumération qu'il est avec celui qui se revêt de la
terre : Agni, et celui qui fait le tour de latmo-
sphère : Vâyu.
Vers 37-38. «Qui connaîtrait le cordon tendu
auquel sont enfilées ces créatures , qui connaîtrait
le cordon du cordon, connaîtrait le grand brâh-
mana. — Moi, je connais le cordon tendu au-
quel sont enfilées , etc. » On lit dans le Sat. Br.
que le soleil enfile les mondes à un cordon :
asâv evà tàd àdityà imAm hkànt sutre samâvayate^
(VII, 3,2, 1 3). Nous pouvons voir dans ce cordon
celui que mentionnent nos vers. Le cordon est Vâyu,
d après le ^at. Br., XIV, 6, 7 (Brh. Àr. Up., UI,
7), et comme il ressort également du même aat.
Br. au lieu ci-dessus cité. Car il s'agit là du cheval
blanc flairant les briques « naturellement perforées »
iulent dans les brâlimaiias et n'entendent nullement définir, mais
seulement identifier; en d'autres termes, ce texte ne restreint nul-
lement à la désignation du vetasa Temploi d^apàtii pàspam, pas
plus que remploi âHapâqi yônih ou d''apâqi rûpâm n*eftt restreint
à Tavakâ par ce qui est dit un peu plus haut au même paragraphe
de la Mai t. Samh. : apàm va esàyôniryàd àvakà; apàm va etàdripâiii
yàd àvakâ. De fait, quand une formule d*oblation qui se retrouve
à diverses places (cf. Tàiid. Br., 1, 6, 8;Taitt. Br., lO^V* i4*
3-3 ; Làt. Sr. S., III, 3 , 8] s'exprime ainsi : opôifi jmspam aty ofa-
dhviâm rasah, etc., ce nest pas sans doute à on roaeaii qa^dle
prétend assimiler le soma ou Tâjya, et ce i^'est pas non plot dans
ce sens que l'interprète le commentaire de Sâyana.
' Sûyaiia : manivat samâvayate samyak protân haroti.
YAK s A. 461
[svayamâtmnâh) , lorsqu'on construit 1 autel d'Agni :
le cheval faisant passer son souffle dans les briques
est assimilé au soleil faisant passer le cordon à tra-
vers les mondes ; le cordon est donc mis en regard
du souffle, et rien de plus juste que dy voir Vâyu.
On sait d'ailleurs que le cheval blanc est une figure
authentique du soleil : déjà le Rg Veda nous parie du
beau cheval blanc qu'amène l'aurore * ; et le Sat. Br.
ne manque pas au lieu cité (VII, 3, a, i3, cf. lo;
I 2 ; i6) d'affirmer leur équivalence, et y revient à
d'autres reprises^.
Quand au cordon du cordon, il peut désigner
l'être qui soutient le cordon , comme le cordon sou-
tient les mondes, et par conséquent le soleil qui
tient le cordon auquel il enfile.
Ce même hymne présente de nouveau le terme
yaksà au vers 43, dont les deux derniers pâdas sont
identiques aux deux derniers de X , 2 , 32.
A.V.,X,8,/i3.
pnndànkajfi nàvadvdram
tribhir gunébhir âvrtam \
tàsminyàiyaksàm âtmanvàt
iàd vai brahmavido viduh \\
M. Geldner traduit les deux premiers pâdas :
* hetârn nâjantî sudrsîkam âsvam (R. V., VU, 77, 3).
* Je renvoie, pour rindication des passages, kind, Stud,, XIII,
p. 247, n. 3.
462 MAI-JUIN 1906.
«Die neunthorige Lotusblume, die von den dreî
Gunas umhùUt ist » ( Ved. St, III, p. i a8); et est de
l'opinion que le pundàrîka est le cœur, pris toute-
fois, à cause de Tépithète nàvadvâra, avec le corps
qui Tenveloppe : le yaksà est le brahman. Et sans
doute on peut entendre le texte de cette façon; sur-
tout, car autrement on ne voit pas bien pourquoi
l'ensemble du cœur et du corps serait dit enveloppé
des trois gunas , si Ion admet avec M. Garbe [die
Sàinkhya - Philosophie y p. i3) que dans ce vers les
trois gunas ne sont pas ceux du Sâmkhya, et que
Texpression tribhir gnnébhir dvrtam signifie simple-
ment, suivant que l'interprète, et tout au moins
avec beaucoup de vraisemblance, le dictionnaire de
Saint-Pétersbourg (s. V guna, b) «triplement enve-
loppé» : pour M. Garbe, la triple enveloppe se
compose de la peau, des ongles et du système pi-
leux, qui servent de couverture au corps humain.
Admise cette explication des deux premiers pâdas,
qui est possible, on pourrait aussi entendre par le
yaksà ce purusa qui brille dans le cœur : hrdy antar-
jyotih purusah (Brh. Ar. Up. , IV, 3 , 7). En tout cas,
désignant ce purusa ou directement le brahman, il
signifiera toujours une forme merveilleuse.
Pour ma part, à parier du sens primitif du texte,
je crois plutôt avec M. Henry qu'ici encore nous
avons affaire au soleil, auquel, nous Tavons vu,
notre hymne fait de fréquentes allusions. Cependant
non pas au soleil uniquement.
A vrai dire, notre vers se présente comme étroi-
YAK s A. 463
tement lié aux vers 3 1 -3 2 de Thymne X , 2 ; et il
est juste d'adopter ici une interprétation en rapport
avec celle admise là. Nous avons là ; nàvadvârâ devd-
ndrn pâh; tàsydm. . kàsah. . jyàtisâvrlali ; tàsmin yàd
yaksàm âtmanvàt tàd vai brahmavido vidnh. Notre vers
8,43 résume dans le pundàriha la citadelle des devas
et du brahman et le kosa-soleil. Sans quitter nos
anciens textes, ce rôle du pundàriha figurant des
objets célestes nous est connu d'ailleurs : yàni pundà-
rlkâni tâni divà rùpàm tâni nàhsatrânâm rûpàm (Sat.
Br. , V, à, 5, ik); et nous avons déjà vu d'autre
part le soleil représenté par la « fleur des eaux », le
puskara, peut-être le vetasa. Nous pouvons donc
admettre que le pmdàfika représente ici la citadelle
renfermant le soleil -, il est ainsi nàvadvârâ. Qu'il soit
triplement entouré se laisse facilement expliquer :
car nous pouvons estimer sans doute que cet ensem-
ble du soleil et de la .citadelle du brahman se trouve
favorisé au moins autant que la vache du brahmane
qui est enveloppée de vérité, de beauté, de gloire :
satyénàvrtâ iriyd pràvriâ yàsa^â pàrivrtd (A. V., XII,
5 , 2 ); et justement l'hymne X , a fait le hàia entouré
de lumière (3i); ce qui convient aussi bien à la
citadelle elle-même; la citadelle, d'immortalité (ag);
de gloire (33). Que notre vers vise de fait ces trois
enveloppes ou d'autres du même genre, ou une
seule entourant triplement, peu importe; la voie
d'interprétation reste la même.
Quant Siuyaksà, la forme merveilleuse, il sera
comme pour X, q, 32, le brillant purusa qui est
464 MAI-JUIN 1906.
dans le soleil, ou si on le préfère, cette splendeur
qui est le brahman. La traduction sera :
Le lotus h neuf portes, triplement entouré, la forme mer-
veiUeuse animée qui est dans lui , en vérité ceux qui connais-
sent le brahman la connaissent.
A. V., XI, 2, ^4.
tûhhyam âranyâh paéàvo mrgâ vâne hitâ
harnsâh suparnâh iakanâ vàyàrnsi \
tdva yaksAm pcuiupate apsv ànUïs
tdbhyarp, hsaranti divyà àpo vrdhé ||
Ce vers est adressé à Rudra qui y porte le nom de
« maître des troupeaux ». Au point de vue métrique
vâne paraîtrait interpolé, mais la comparaison avec
XII, 1, àg, suggère plutôt que nous avons dans
âranyâh y etc. une formule toute faite mise en œuvre
dans le vers : ce qu'étant admis., tdbhyam ne semble
pas régi par hitâh qui fait partie de cette formule.
J'estime que tdva, se trouvant en regard de idbhyam
du premier et du quatrième pâda, signifie non « de
toi » (ton yahsd), mais « à toi » (appartient le yaksà).
Je traduirai donc :
Pour toi sont les animaux des bois, les bètes placées dans
la forêt, les flamants, les oiseaux de proie, les grandi oiseaux,
les petits oiseaux; à toi la merveille, ô Paâupati, (qui est)
au sein des eaux; pour toi coulent les eaux célestes, pour te
fortifier.
Le yaksd est inclus dans une énumération d'objets
matériels : il ny a guère de doute qu'il en soit un
YAK s À. 465
lui-même. 11 y a un ordre apparemment voulu dans
cette énumération , telle que la présente notre vers :
d abord les bêtes qui sont sur la terre , puis les oiseaux
qui volent dans Tair, ensuite le yaksà qui est dans
les eaux : ces eaux, comme il semble, sont les eaux
célestes qui terminent la série donnée par le vers.
Le yaksà peut donc être le soleil, comme l'admet ici
encore M. Henry [Les livres X, XI et XII de VAtharva-
Véda, p. ikk) : pour ma part, je suis porté à croire
que la lune est plutôt indiquée. Pour la lune apsv
àntàh pas de difficulté : on peut se rappeler R. V. ,
I, io5, 1 : candràmd apsv àntdr à suparnô dhâvate
dm(=A. V.,XVIII, 4, 89); VIII, 71 (82),8:jô
apsà candràmd iva sàmaé camusu dàdpée. Ma raison
d admettre qu'elle se trouve désignée ici , plutôt que
le soleil, est que le yaksà en question appartient
à Rudra.
On sait qu'un certain nombre des attributs exté-
rieurs ou physiques de Siva, sans parier du côté
moral, se constate de bonne heure, les mêmes ou
les analogues, dans Rudra. Siva reçoit l'appellation
d'o habitant des montagnes» girisa, et autres du
même genre, il est réputé pour la disposition en
forme de kaparda de sa chevelure, il a trois yeux,
sa gorge est de couleur bleu noire, il est vêtu d'une
peau de bête, porte à la main le pinâka, est accom-
pagné des ganas. En regard de ces particularités, je
rappellerai les expressions suivantes appliquées à
Rudra dans le chapitre du Satarudriya du Yajur Veda ,
que je cite d'après la Taitt. Samh. , IV , 5 , 1 et suiv. : gi-
'ir»fi MAI-JUIN 1900.
risâ ( I , 2 ; 5 , i ) et autres de même sorte ^ ; hapardia
(i , /i; 5, i; g, i; lO, i;cf.R. V., I, 1 1^, i et 5);
sahasrâksà ( i , 3 , et /i ; 5 , i ; cf. dans notre hymne
incarne, les vers 3, y, 17); ntlagriva (1, 3; 5, 1);
lifttim vàsànali ( 1 o , 4 ; cf. hrttivâsah dans la formule
csâ te rnârn hhàgàli etc., 1, 8,6, a); pindkam bibhrat
(10, /i-5 ; cf. pinâkahasta , 1 , 8 , 6 , a ] ; ajoutons sàhi-
(jana (Mai t. Sanih. , II, 9, 10; cf. le gânapaiya de
Kudra, Vâj. Samh., XI, i5) : du reste on sait assez
i\\w Rudra est chef de bandes : cest à ses associés
que va une bonne partie des invocations du Sataru-
(Iriya; et notre hymne même adresse aux armées de
ce (lieu son dernier vers. Sans doute il n'y a pas
('(juation parfaite entre tous ces traits de Rudra et
ceux sus-mentionnés de Siva : le nombre des yeux,
quoique anormal dans les deux cas, est loin d'être
le même^; en outre je dois noter qu'auprès de nÛa-
(jiïva (5, 1) on trouve sitihàniha, où iiti, bien
entendu, signifie «blanc» : les analogies ou ressem-
blances demeurent frappantes, cependant. Maînte-
nîmt nous savons que d'assez bonne heure Siva nous
^ (ir. (jirir val rudrâsya jonih (Mail. Samh., I, 10, 20). Cette
|)liras«\ corrcspondaiil dans le texte à Tinvitation, précédemment
adressée k Rudra, p<ir6 mûjavatâ 'tîhi, montre de plus que la Mait
Suinh. entendait par cette dernière formule l'envoi de ce dieu à
imc région montagneuse comme à son lieu propre, d'oii il est
permis d'inférer chez les autres samhitâs la même conception
dans iVmploi de la môme formule, interprétée du rerte gënérale-
nwnt dans un sens semhlahle.
•^ C'est l'interprétation d'un autre qualificatif do Rudra passé i
Si\a, iryamhdha^ par «à trois yeux», qui paraît avoir fixé à trois
])0ur C(» «Icrnier leur nombre.
YAKS A. /i67
est dépeint comme portant en diadème la lune sur
sa tête, et rien n'établit d'ailleurs que ce trait soit
de source non aryenne. En présence des analogies
cjue je viens de rappeler, et qui nous montrent les
attributs de Siva issus pour une bonne part de ceux
de Rudra, il est donc permis, semble-t-il, de se
demander si nous n'avons pas dans notre texte un
témoignage de la première phase d'une conception
qui , mettant d'abord Rudra en relation avec la lune ,
aboutit à placer celle-ci sur la tête de Siva.
Au surplus, il est peut-être possible d'indiquer
comment s'établit cette relation de la lune et de
Rudra. On sait qu'il en existe une, ancienne, sur
laquelle M. Hillebrandt a justement insisté [Ved.
Myth. , I , p. 3 53) entre Soma et Rudra ou les Rudras.
Le Rg Veda présente un certain nombre de couples
de divinités : Rudra y est associé sous cette forme à
Soma seul, dans l'hymne VI, 7 4 qui leur est consacré.
Et cette association est aussi rituelle : on offre le
somâraudraé carnh [saamâ°) [cf. Mait. Samh., II, 1, 5
et 6 ; Taitt. Samh. ,11, 2 , 10; oat. Br. , V, 3 , 2 , 1 ].
D'après cela, Soma est naturellement au nombre
(les divinités qui reçoivent l'épithète rudràvant (cf. A.
V., XIX, 18, 3; Mait. Samh., II, 2, 6; Taitt.
Sainh., II, 2, 1 1, 6). Dans le Satarudriya se trouve
la formule d'hommage, remarquable à cette place :
nàmali sàmdya ca radràya ca (cf. Taitt. Samh., IV,
5,8, 1 ) , et cette invocation à Rudra : àndhasas paie
(cf. ihid. , 10, 1 ). De plus nous voyons Soma uni aux
Rudras on face des principaux dieux unis à d'autres
468 MAI-JUIN 1906.
groupes; cela, soit dans les invocations : Ojfnî/i pra-
ihamô vàsubhir no avyât sômo rudrébhir abhi rakfotu
tinànâ | indro maràdbhir jiadhà krnotv àdityair no
vùrunah sàm sisâtu (Taitt. Samh., II, i, ii, a;, cf.
M ait. Samh. , IV, 12, 2 ) ; soit dans la légende :
devâh .... caturdJià * vy àhrâmann agnir vàsubhifi
sàmo vadrair indro maràdbhir vâruna âdityaiji (Taitt.
Saiiih., II, 2, 1 1, 5; cf. Mait. Sainh., II, 2, 6; lU.
Maintenant, quelque opinion que Ion tienne au
sujet de la thèse de M. Hillebrandt sur Tidentification
de la lune et de Soma dans le Rg Veda , il est indis>
cutable et du reste admis qu il existe des traces d*une
telle identification dans les parties tardives de ce
recueil : au début de lliymne X, 85 tout au moins.
En dehors du Rg Veda identification est maintes
fois formellement exprimée par les textes védiques;
pour rappeler quelques exemples : somo ma devô
muhcata yàm âhiis candràmâ iti (A. V., XI, 6, 7);
sômo vai candrc'unâh (Mait. Samh., II, 1, 5); sàmai,
pûrnàmâsah (Taitt. Samh., II, 2, 10, 2); sômo vai
candrâmâh (Taitt. Br. ,1,4, 10, ']];esAvai sômo ràjâ
devânàm ànnam yàc candrâmâh (Sat. Br. , II, 4, 4,
i5), etc. Ainsi Rudra était en relation spéciale avec
Soma , et Soma s'identifiait avec la lune : une relation
put donc s'établir tout naturellement entre cette
dernière et le premier.
* Taitt Samh., VI, s 3,1: pancadkd, par Taddition de hfhat-
pâtir vUvair devalh^ sur quoi cf. Sat. Br., UI, à* 9t i«
YAK s À. 469
A. V.,XI,6, lo.
divam bràmo nàksatrâni
hhumirn yaksâni pàrvatân \
samadrâ nadyb veèantâs
té no nmiicantv àmhasah ||
Ce vers se retrouve Mait. Samh., H, 7, i3.
M. Henry [op. cit. , p. 1 1 8 et 1 55) et M. Bioomfield
[Hymns of the Atharva-Weda, p. 161) regardent ici
yaksà comme un nom propre : il s'agirait des Yaksas.
M. Geldner [op. cit., p. 1/12 suiv.) pense que le
terme désigne ici les « Naturwunder und Naturschôn-
heiten ». Mon interprétation s'accorde fort avec
celle-cî.
J'estime en effet, pour ma part, qu'il n'y a aucune
raison de chercher à yaksà dans notre texte un autre
sens que celui de «forme merveilleuse, merveille».
Celles dont il est ici question étant mentionnées
après bhàmi semblent dès lors se rapporter à la terre :
elles ne sont pas toutefois nécessairement confinées
à sa surface , mais peuvent aussi comprendre la lune
qui l'éclairé, le soleil qui l'illumine (l'un et l'autre,
nous l'avons admis, sont des yaksà) et encore tout
ce qui dans l'atmosphère est de nature à émerveiller
le regard.
C'est dans ce sens que je traduis :
^u ciel nous adressons Tin vocation, aux constellations, à
la terre, aux formes merveilleuses, aux monts : les océans \
les rivières, les étangs, qu'ils nous délivrent de la détresse !
^ Morphologiquement, on pourrait voir dans scanndrd un accu-
470 MAI-JUIN 1906.
V. S., XXXIV, 2.
yéna kàrmâny apàso manlsino
yajiié krnvànti vidàthesu dhtrâh \
yàd apûrvàm yaksàm antàh prajàndm
tàn me mànali Sivàsamkalpam asta \\
Ce vers fait partie, comme on sait, de Ja Sivasani-
kalpa Upanîsad, formée des six premiers vers de
Vâj. Samh.,'xXXIV.
Ici le yciksd est ie manas, qui est lejyôtisârp. jyàtir
ékam (vers i), lejyôtir antàr ajnftamprajdsa [yers 3).
L'interprétation de yàksà par «forme merveilleuse,
merveille » ne semble donc pas soufiFrir difficidié, et
je traduis ;
Celui par qui, actifs et rëilëchis, les sages opèrent les
rites lors du sacrifice, lors des cérémonies cnltaeiles; qui est
la merveille sans première au dedans des créatures; qae cet
esprit , qui est mien , soit favorablement disposé I
T. B. , III , 11, 1 , i suiv.
ti'àyldàm antàh\ vUvain yaksdrn viivajn bhûtàqi
visvam sabhûtàin.
Le texte du Taitt. Br. , 111, 1 1, i, i-ai, contit^nt
les mantras relatifs à la mise en place des vingt et
satif, soit pluriel neutre (cf. R. V., VI, 73 , 3) , soit dud. ToutefoU
ie padapàtlia a : samudrâh; et cf. ie troisième pâda du vers i5 qai
présente, dans les mômes conditions, le nominatif. Dans la Maît.
Saiph., sumudrâik . vesanlàn.
YAKSÀ. 471
une briques d'or (ou bien pierres dorées) employées
pour le nàciketacayana : à chaque brique correspond
un inantra. Chacune d'elles est identifiée respective-
ment au monde , au tapas etc. , et dans chaque mantra
revient la formule ci-dessus, sauf la modification
subie par le pronom initiai , lorsqu'une des briques
est identifiée à une dualité ou à une pluralité.
Cette formule, à la fois mystique et laudative,
par le fait même qu elle est laudative laisse fort bien
traduire yaksà par « forme merveilleuse » ou « mer-
veille », expressions qui ne semblent pas déplacées à
côté de subhâtci « prospérité ».
Je comprends donc :
En toi est cet univers : toute merveille, tout être, toute
prospérité.
T.B.,m, 12,3, 1.
pralhamajàm devàrn havisd vidhema
svayarnbhd bràhma paramàrn tàpo yàt \
sa evà putràh sa pitâ sa mâtA
tàpo hayaksàrn prathamàm sàm babhâva H
IjC commentaire nous donne ce vers comme une
yâjyâ pour Toffrande du caru au tapas. Le tapas est
le dieu premier-né : un dieu peut être traité de
« forme merveilleuse », d'autant que ce dieu est à la
fois ici le svayarnbhd bràhma , et je rappelle que nous
avons reconnu le brahman comme « forme merveil-
leuse» dès le Rg Veda (R. V., I, 1 90, 4). Le tapas
étant le dieu premier-né, on pourrait comprendre
472 MAI-JUIN 1906.
aussi qu il fut la première « apparition », je préfère
toutefois la première interprétation. Ainsi donc :
Honorons par Tofirande le dieu premier-né : savoir, le
brahman existant par lui-même , le suprême tapas. C'est loi
le fils; lui, le père; lui, la mère. Le tapas vint à Tétre
comme la première forme merveilleuse.
S. B. , XI, 2, 3, 5.
té haité bràhmaiio mahatt yaksé \ sa yè kaité hràh-
maiw mahatt yaksé véda mahàd dhaivàyaksàni bkavalL
11 s agit du nom et de la forme : le nâman et le
rûpa sont les deux grands yaksâ du brahman. Le
brahman sen est allé à lautre côté du monde ;
bràhmaivà pardrdhàm agachat [ibid., 3); et c est par
le nom et la forme qu'il est redescendu dans ces
mondes -ci : dvâbhyàm evd pratyàvaid râpéna caivà
nàmnâ ca [ibid). Le nom et la forme sont donc les
deux représentants du brahman en ce monde :
comme tels, ils j>euvent être qualifiés de formes
mi^neilieuses du brahman , c'est-à-dire par lesquelles
il est censé se manifester au regarda Doù la tra-
duction :
Ce sont là les deux grandes formes merveilleuses du
brahman. Celui qui sait que ce sont là les deux grandes
formes merveilleuses du brahman devient nne grande
forme merveilleuse.
* Cf. p. 393 , n. 3. — A côté de la prière conçue comme c ferme
merveilleuse» (cf. ce que nous avons dit aa sa jet de RV., I, 190,
4) on ne peut n^fuser nne pareille conception pour le niman.
YAK s A. 473
G. B., I, 1, i.
brahma ha va idam agra âsit svayambhv^ ekam eva
tad aiksata mahad vai yaksam tad ekam evàsmi hantà-
ham mad eva manmàtram dvifiyam devarn nirmimd^
iti.
Mahad vai yaksam, etc., a été traduit, dubitati-
vement, dans l'introduction de Râjendralâia Mitra au
Gop. Br. , p. 12 : « I alone exîst as the highly ador-
able » ; par Bôhtlingk [Ber. , p. i 2 ) : « Dass icb dièses
Einzige bin, ist ja eine gewaltige Spukerschei-
nung »; par M. Geldner [op. cit, p. i3o) : « Das ist
wahrhaftig ein grosses Wunder, ich bin ganz allein
dièse Welt ». Je crois, pour ma part, qu'au point de
vue de la construction, la traduction donnée par
l'éditeur hindou est la plus exacte. Je suis d'avis , en
effet, que nous avons ici affaire à une de ces phrases
où ta se réfère à un membre de phrase regardé
comme absolu, qui le précède; comme, par
exemple : àhah sàntam upâmsàm \ tàm râtraajahoti
(Sat. Br., IV, 1, 2, i3); cf. Delbrûck, Alt. Synt,
p. 2 1 5. Je rapporte d'ailleurs ekam eva à tad. Nous
savons que le brahman est une «forme merveil-
leuse», et je n'insisterai plus désormais sur ce
point.
* Correction de M. Geldner à l'édition de la Bibliotkeca indica,
op. cit., p. i3o; n. édition : svaj'an tv e", avec indication de la
variante svayambhaveham de trois mss.
* Correction de Bôhtlingk [Ber. d, hôn. sàcJis, Ges, d, Wiss,,
1896, I, p» 12). Edition : ninnama,
VII. 3i
mmiiRaiB RATioii*t.K.
474 MAI-JUIN 1906.
La traduction sera :
En vérité au commencement l^univers c'était le brahman,
existant par soi-même , tout seul. Il considéra : ■ Je stds une
grande forme merveilleuse, en vérité, toute setde. Allons I
il faut que je tire de mûi-môme un second dieu pareil à
moi.»
C'est-à-dire une autre grande forme merveilleuse.
Âiors le brahman peine et s échauffe , une moiteur
se forme sur son front, et il s'écrie :
mahad vai yaksam suvedam avidâmahîti^
«Nous avons trouvé à peu de (rais une grande forme mer-
leuse , en vérité. »
B.Â.U., V, 4,
sa yo haitan mahad yaksaqi praihamajani veda sa-
tyani brahmetijayatîmânl hkàhjita in nv (isâv asadya
evain etan mahad yah^aqi prathamxgaqi veda saiyoMfi
brahmeti.
Celui qui sait que cette grande forme merveilleuse est la
première-née, estimant que le brahmnn est la réalité, con-
quiert ces mondes. Peut-il donc être vaincu celui qui sait
ainsi que cette grande forme merveilleuse est la première-
née, estimant que le brahman est la réalité ?
Au point de vue qui nous occupe , ce texte n'ap-
pelle aucune nouvelle observation. Il en est de
même du texte suivant.
^ Gorreclion de Whitney, Grani., n° 848, a« Bohâingk (^ e&.,
p. i3] propose avidam aham iti. Édition : a»id8maha îfi»
YAK s A. 475
Ke. U., m, 2 suiv. (J. U.B., IV, 20, 2 suiv.).
tebhyo ha prâdîjir babhâva tan na vyajdnanta Mm
idam yaksam iti.
n s agit du brahman se manifestant aux dieux :
Il se manifesta à eux; ils ne le reconnurent pas î tQu est-
ce que cette forme merveilleuse ? », dirent-ils.
Le terme revient dans la suite du texte avec le
même sens : il s agit de savoir kim etad yaksam et
Ton ignore yod etad yaksam.
K.S.,XCV, 1.
atha yatraitdni yàksdni drêyante tad yaihaitan m/ir-
katah évdpado vdyàsah pnrnsarûpam iti tad evam déah-
kyam eva hhavati.
Nous avons affaire dans ce texte aux mauvais
présages énoncés en seconde place au paragraphe
XCIII lyaksesn.
Ceux-ci s adressent particulièrement au regard :
yakfâni djiyante. Parmi eux est mentionné le paru-
fampa. La suite du texte, qui reprend le markata^
le ivâpada et le vâyasa, remplace le parasarâpa par
le purasaraksasa. D après cela, Têtre à forme hu-
maine en question est un homme-démon : doù il
semble bien que nous devions comprendre ici par
purasaràpa « un (démon) à forme humaine 1.
Si le purasaràpa est tel , il est fort croyable que le
3i.
476 MAI-JUIN 1906.
singe , la bête féroce , ia corneille sont aussi des êtres
démoniaques sous les formes de ces animaux. U s^agit
donc de démons apparus au regard sous ces aspects
ou d'autres encore (interprétation non rejetée du
reste par M. Geldner, op. cit. , p. i 4o) et le sens « ap-
parition M convient ainsi parfaitement à notre terme.
Je traduis :
Maintenant quand s offrent à la vue ces apparitions , par
exemple , un singe , une béte féroce , une corneille , on pu-
rusarûpa , alors il y a les mêmes craintes à $ivoir.
G.G.S.,m,/i, 28.
àcâiyam saparlsatkam ahkyetyâcàryaparisadam îft-
sate yaksam iva caksusah priyo vo bhûyàsam iti.
Le mantra est donné par le Mantrabrâhmaça ,
1., 7, \li. Dans son commentaire à ce brâhmana,
Satyavrata Sâmasramin rapporte caksosafi non à
yaksam, mais à ce qui suit; c'est aussi dans ce sens
que traduit M. Geldner [op. cit., p. i4o), et c'est
également de la sorte que je comprends. Nous avons
vu que d'après le Sa t. Br. (XI , 2 , 3,5) c'est une fa-
veur que de devenir une « grande forme merveil*
leuse ». Le brahmacârin souhaite ici à son tour de
paraître comme une « forme merveilleuse ». On con-
çoit le prix attaché à la réalisation de ce désir; le
brahman , nous l'avons vu , étant et se nommant lui-
même « grande forme merveilleuse ». Sans doute ie
brahmacârin récite le mantra après s'être baigné,
revêtu de vêtements neufs, paré, et couronné d*une
YAK s A. 477
guirlande, et il y a un rapport nettement intention-
nel entre tout cet appareil et le sens du mantra :
mais il est bien à croire que celui-ci renferme aussi
une allusion qui, par- delà la beauté corporelle, vise
la conformité avec le brahman. Je traduis :
Etant allé au maître accompagné de son entourage , il re-
garde l'entourage du maître , disant : puissé-je être aimable
à votre vue comme une forme merveilleuse !
J^arrête ici cette étude. Il n entre pas dans mon
dessein d'examiner les rapports du yaksà et des
Yaksas. En terminant la sienne , M. Geldner s'exprime
ainsi : «yaksà n. gehôrt zum Wesen der Yaksas»
(p. 1 43). Le genre des valeurs que nous avons attri-
buées à yaksà ferait cette proposition trop ambi-
tieuse sous notre plume. Mais on conçoit fort bien
cependant que ce terme , tel que nous Favons com-
pris, ait pu servir à former le nom d'une classe de
génies de la nature des Yaksas , redoutés et beaux :
je me borne pour le présent à constater la possibi:-
lité du fait.
NOTICE SLR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 479
NOTICE
SUR LES MANUSCRITS SYRIAQUES
CONSERVÉS
DANS LA BIBLIOTHÈQUE DU COUVENT DES CHALDEENS
DE NOTRE-DAME-DES-SEMENCES,
PAR
M^« ADDAI SCHER,
ARCHEVéQDB CHALD^EN DE S^BBT.
A neuf heures au nord de Mossoul, dans la mon-
tagne de Beith'Edri, se trouve un des plus anciens
couvents chaldéens , le seul qui soit habité actuelle-
ment par des moines. Ce couvent a été fondé vers
la fin du vi* siècle, par Rabban Hormezd, disciple
de Rabban Bar 'Edta^; il a été très florissant au
x" siècle^. Vers le commencement du xv* siècle,
({uand il ne resta plus de chrétiens à Bagdad, les
patriarches nestoriens y transportèrent leur rési-
dence^. On y trouve les tombeaux de neuf des
* Livre de la ChcLsteté^ ï^* 89.
* Cf. J.-B. Chabot, Histoire de Rabban Youssef Bonsnaya , Pari?
1900, chap. 1, 2, 3 et suiv.
^ Cependant ils habitaient la plupart du temps le village d*Al-
qoà.
480 MAI-JUIN 1906.
patriarches qui dirigèrent l'Elise nestorienne depuis
i5o4 jusqu'à i8o4.
A la fin du xviif siècle, le couvent était aban-
donné. Gabriel Dambo le répara; cet homme esti-
mable, un des plus riches marchands de la ville
de Mardin, ayant renoncé à ses biens, se rendit
en 1808 à AlqoS, dans le but d'habiter le couvent;
il rencontra, de la part de la famille patriarcale, de
très grandes difficultés , qu'il surmonta par sa patience
et sa confiance en Dieu. En peu de temps, il eut de
nombreux disciples qui suivirent avec lui les rè^es
de saint Antoine le Grand.
Dambo fiit massacré en i83a par les soldats de
Mohammed Pacha, émir kurde de Rawandouz,
qui, s'étant révolté contre la Porte, avait commencé
à piller et à massacrera
La bibliothèque du couvent de R. Hormetd était
riche en manuscrits syriaques. En 1828, beaucoup
de ces manuscrits ont été pillés et déchirés par
Moussa Pacha, gouverneur de *Amédya, qui avait
imité Témir de Rawandouz dans sa révolte contre la
Turquie. Quatorze ans après, 147 ouvrages manu-
scrits ou imprimés , syriaques , arabes et latins, furent
pillés et déchirés par Ismaël Pacha, successeur de
Moussa Pacha. Aussi, la plupart des manuscrits
de la bibliothèque du couvent ont été acquis depuis
18/42. Ils ont été tous transportés au couvent de
Nbtre-Dame-des-Semences (i^Hàii.\-^ >V\\sa^ Y^'\*n) ,
* Voir la note finale du cod. 94.
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 481
bâti en 1867 au pied de ia montagne, à une heure
au sud-est du couvent de Rabban Hormezd,
En visitant cette bibliothèque en 1902, nous
avons pris des notes suffisantes sur chaque manuscrit,
sans toutefois noter le format et le nombre de pages
de tous les volumes. Nous publions maintenant ia
liste de ces manuscrits. Nous n avons pas cru né-
cessaire dy ajouter des notes bibliographiques,
surtout pour les ouvrages dont la publication est
déjà ancienne et qui sont bien connus de tous les
Orientalistes.
Pour un certain nombre de manuscrits qui ont
été copiés sur ceux de la bibliothèque épiscopale
de Séert nous nous bornons à renvoyer au catalogue
de cette dernière ^
I
LIVRES SAINTS.
CoD. 1 . — Pentateuque (rAunoi^^ i^i=îV\A j , se-
lon la version PSitta.
Achevé en 1 867 de notre ère , par Rabban Ibrahim *Abbo ,
de Kerkouk.
CoD. 2. — Livre des Sessions (ivica^v i^zaitvâ.
i^=iV\aro), selon la version dite P§itta ; savoir :
Josué, Juges, Samuel, Rois, Prov., Ecclés. , Ruth,
Cantique, Job.
* Addai Scher, Catalogue des Mss, syriaques et arabes conservés
dans la Bibliothèque épiscopale de Séert, Mossoul , 1 goS.
-j8i> iMAl-JUlN 1906.
Achevé dans le couvent de Rabban Honneid en 1817 de
notre ère, par R. Joseph Aude, devenu plus tard patri-
arche.
CoD. 3. — Mêmes titre et contenu que le cod. a.
Achevé en 181g de notre ère, dans le couvent de Rabban
Hormezd , par Rabban Isaac.
CoD. 4. — Même titre que le cod. a.
Terminé en 1828 de notre ère, dans le couvent de Rab-
ban Hormezd, par le prêtre Bernard, de Telképé.
CoD. 5. — Même titre que le cod. a.
Terminé en 1828 de notre ère , par Siméon, diacre. — Soit
le livre de Tobie , traduit de l'arabe en syriaque par Siméon
Asmar, de Telképé, en 1818 de notre ère.
CoD. 6. — Livre des Prophètes («i-siw^
rd.V.'^i-^), selon la version dite Psitta; savoir : Isaïe,
Joël, Amos, Abdias, Jonas, Michée, Nahum, Haba-
eue, Sophonie, Aggée, Zacharie, Malachie, Jéré-
mie. Lamentations de Jorémie, Ezéchiel et Daniel.
Achevé en i854 de notre ère, dans le viUage de Cardess,
par le prêtre David , fils de Jean , lils de Nisan , fils de Gorge,
du village de Barzané , dans le district de Zehbar.
GoD. 7. — Même ouvrage que le cod. 6.
Ecrit en 1 8 1 8 de notre ère , dans le couvent de R. Honneid «
par Rabban Etienne.
CoD. 8. — Ancien Testament, contenant les deu-
téro-canoniques suivants : Machabées, Paralip., E»*
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 483
dras , Sagesse , Judith , Esther, Suzanne et les lettres
de Jérémîe et de Baruch.
Ecrit en 1826 de notre ère, dans ie couvent de R. Hor-
mezd, par ie moine Clémendos, fils de Pétros, de Telképé.
CoD. 9. — Nouveau Testament, d'après la ver-
sion Héracléenne.
Sans date ; i écriture est d*avant le xiii* siècle.
Volume en parchemin ; écriture nestorienne sauf n et "S
qui sont écrits à la manière des Jacobites. Elle est très soi-
gnée. Les marges sont couvertes de mots grecs.
CoD. 10. — Nouveau Testament, d après la ver-
sion dite P§itta.
Volume en parchemin; le premier cahier manque. L écri-
ture est en stranguéli et très bonne. Achevé en i5ii des
Grecs (1200), 696 des Arabes, dans le couvent de R. Hor-
mezd , par Rabban Isô*.
CoD. II. — Même ouvrage que ie précédent.
Terminé en 2028 des Grecs (1717), à Aiqos, au temps
de Mar Elia , patriarche , par le prêtre 'Abdisô\ fils du prêtre
Hadbesabba.
CoD. 12. — Même ouvrage que le cod. 10.
Achevé en iggS des Grecs (1682), à Arâdén, au temps
de Mar Elia, patriarche, par Qouriaqos, diacre, fils de *Ai)d-
isô*; il a été écrit pour ie prêtre Ewed (tvoi^), fils du
prêtre Denha , du village de Douré , dans le district de Beith
Tannoura.
Cod. 13. — Même ouvrage que le cod. 1 o.
L'écriture est en stranguéli; elle est très soignée. On y
484 M\I-JU1N 1906.
ti^ouve quelques ^^rands dessins, dun goût doateax, par
exemple, Tentrée triomphale de Jésus à Jénisdem. '
Achevé en 20o5 des Grecs (1694]. du temps de Ifar
Elia, patriarche, par le prêtre Guiwarguîs, fils du prêtre
lâraël, fds du prêtre Hormezd, fds du prêtre Israël; fl a été
donné au couvent de R. Hormezd par un autre prêtre Gni-
warguis et son frère Jean , fds du prêtre Sahmàno.
CoD. 14. — Même titre que le cod. 1 o.
Suit TÂpocalypse de saint Jean traduite en syriaque
par Saumo , prêtre , du village de Pios.
Saumo vivait dans la première moitié du xvm* siècle ; il a
écrit un poème sur la peste qui dévasta son volage en lySS.
CoD. 15. — Apocalypse de saint Jean.
Traduite de Tarabe en syriaque par le prêtre Saumo de
Pios. Sans date, xviii' siècle.
CoD. 16. — x^ tr »^ujo ^^j\ % \ y^ioi^^ i^sVi^
i^(vA2k. « Livre du saint Evangile partagé en leçonis
pour tous les dimanches de Tannée , les fêtes (deN.-S.)
et les commémoraisons (des Saints), selon le:rite du
couvent supérieur (de Mar Gabriel et de Mar Abra-
ham , aux environs de Mossoul). »
Ecriture en stranguéli , très soignée.
Achevé en i883 des Grecs (iSya), 979 des Arabes, k
Gazarta, par le prêtre Ataïa, fiis du prêtre Faradj Maqd&aya,
fds du diacre Marqos , d* Alqos ; écrit sur Tordre du patriarche
Elia pour le couvent de R. Hormezd.
Suit une note qui conunence ainsi : • Ce livre a été éerit
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 485
et copié sur i autographe de notre B. Père , digne du Ciel ,
Mar 'Ëbedjésus , métrop. de Nisibe et d* Arménie , surnommé
Bar Brikha, l'auteur du livre des Maqamat (Paradis d'Éden).
11 avait copié ce livre en 1696 des Grecs (i285), alors qu'il
était évéque de Sigar et de Beith 'Arbayé. 11 a été ensuite
nommé métropolitain de Nisibe et d'Arménie; il a passé de
ce monde plein de misères au pays de vie et de joie les pre-
miers jours de novembre i63o d'Alexandre (i3i8). Que le
Christ lui accorde du repos dans son royaume des cieux , et
qu'il nous obtienne le pardon par ses prières! Amen. »
CoD. 17. — Même ouvrage que le cod. 16.
Ecriture en stranguéli, très soignée. — Achevé en i853
(15^2) à Gazarta, par le prêtre *Ataïa, fils du prêtre Faradj ,
au temps de Mar Siméon, patriarche, et de Mar Gabriel,
évéque de Gazarta.
Une autre note déclare que le livre a été donné au cou-
vent de R. Hormezd par Marie , religieuse d'Arbèles , fille du
prêtre Hormezd, fils de Salomon.
Une dernière note dit qu'il a été copié sur l'autographe
de Mar 'Ëbedjésus, métrop. de Nisibe.
CoD. 18. — Même ouvrage que le cod. 1 6.
Achevé en 1910 (iSgg) et 1006 des Arabes, dans la ville
de Gazarta, par *Abdelahad, prêtre, fils du prêtre Joseph, de
la famille de Beith Athéli, au temps de Mar Elia, patriarche,
et de Mar Elia, év. métrop., originaire de Séert et adminis
trateur du diocèse de Gazarta. 11 a été donné par le prêtre
Abraham et par Gouria, fils de Salomon, pour l'ég^se de
Saint-Georges, dans le village de Dyok.
CoD. 19. — Même ouvrage que ie cod. 16.
Achevé en 2o33 (17221), à Alqôs,^par Khausaba, prêtre,
fils du prêtre Daniel, fili du prêtre Elia, au temps de Mar
48Ô MAI-JUIN 1906.
ÉLia , patriarche , et de Mar Hnanito' ( it^kMrusttk "^^^ ) i U il
été donné à l'église de Saint-Georg^es de Beith-Hendoyé par
Kanoon, fils du prêtre Matté, dn susdit village.
Il
COMMENTAIRES SUR L'ÉCRITURE SAINTE.
CoD. 20. — mV\H-^-»\t\ t^XAA^^ i^!sVvÀ
?uât\ rcllvrao^n « Livre de causes des Psaumes du
B. David.
»
Ce volume est divisé en deux parties. La première
renferme : i* Le traité de ^Ahob Qatrâya sur les
Psaumes. — 2° Le traité de Nathniel , év. de Sahenor,
sur le même sujet. — 3** Psaume de David quand il
lutta contre Goliath. — 4° DisputQ contre Origène et
ses partisans.
La deuxième partie , beaucoup plus longue , a pour
titre : Kf>ria\|-:\ i<rHa.mv.2o-:\ i^^niXi^^ K^aoboi
r^â=7>\^ « Eclaircissements sur le livre des Psaumes
de David, composé par Rabban Denha, docteur, ou
selon d'autres, par Rabban Grégoire, moine parfait,
du couvent de Gamré. »
Volume de 1 8 centimètres sur 1 3 , compose de 3a cahiers
de 10 feuillets.
Terminé en i884 de notre ère, par Issa, fils d*Isale, du
village d'Aqror.
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 487
GoD. 21. — Même ouvrage que le précédent.
Achevé en i8g3 de notre ère , pnr Rabban Isa!e et Etienne
Raïs.
COD. 22. ^ \y<V nr> ^ t<^\ "TOtl I^OKL^
v^jkS^oon « Eclaircissements sur les mots difficiles
et obscurs qui se trouvent dans le Pentateuque, re-
cueillis dans les commentaires du B. Théodore (de
Mopsueste), les traditions des Syriens, Mar Aprem,
Abraham et Jean de Beith Rabban , Mar Michaêl et
les autres docteurs. »
Copié sur un manuscnt de Séert (cod. ai), en 1887 de
notre ère.
L*auteur vivait après le ix* siècle , car il y cite Isô*dad ,
év. de Hdattha (vers 85o). Les autres écrivains mentionnés
dans cet ouvrage sont : Narsaï, Gabriel Qalraya, Aba I*',
Babaï le persan, Ahob, Aprahat, Jacques d'Edesse, Théo-
phile le persan, Soubhalmâràn , moine, Daniel Bar Touba-
nita et Iso* barnoun , patriarche.
CoD. 23. — : r^V\^V-SA':\ r^LraX-a^-^ r^^cncL-i
^^ v.rvjc.» y\j:Tï r^'isvjtLà'SiJty i^Vv^v.^.'^ i^jlà\j930
i^^^viiitv T^âjajDAÀr^ t^\Q\m « Eclaircissements
sur le Nouveau Testament, compilés par les soins
de Mar lsô*dad de Merw, év. de Hdattha , tirés de
488 MAI-JUIN 1906.
nombreux livres des commentateurs et docteurs de
la sainte Église. »
Sans date. Ecriture du xvii' siècle.
CoD. 24. — Même ouvrage que le cod. 2 3.
Suivent : i"* Quelques extraits du traité d'Abra-
ham de Nathpar sur la vie ascétique. — a" Quelques
questions avec des réponses sur TEvangile. —
3° Quelques fragments du livre de I§ôl>okht, mé-
trop. de Perse, sur Thexaméron. — 4" Capita âi~
stincta du livre des questions de saint Pierre sur les
sacrements. — 5" Quelques extraits du livre de
Mar 'AbdîSô (Joseph Hazzaya). — 6** Traité sur les
étoiles (i^\»oaLiA i^sdSjc.), extrait du livre de JSô*-
barnoun, qui habitait dans le désert. — 7* Abrégé
de lexphcation des offices de TÉglise, par ^Ëbedjésus
de Nisibe.
Volume de 38 cent, sur 18, composé de 3a cahiers de
10 feuillets.
Achevé en 2009 (1698), à Alqôs, par Homo, prêtre, fils
du prêtre Daniel, fils du prêtre Elia, au temps de Mar Oia,
patriarche , et de Mar Iso yahb , métrop. de Mossoid. Il a été
donné par le prêtre Abraham à Téglise de Mar Christophore
dans le village d'Edlep.
CoD. 25. — rt^UicÀ^x.^ t<r\*o xryA Ydr>)^^
>'v:73 t^Lsci^vjaA n^>^v.'^ :i^Ar3\':\ K^nriN^, Ash.
rdliâJÀ \r3 ^mo» « Livre d'archéologie ou histoire
du monde temporaire composé par saint Jean Bar
Penkayé. »
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 489:
L'ouvrage est divisé en deux sections ; la première
comprend neuf chapitres et la deuxième six. Ils ont
pour sujet Thexaméron, le déluge, Thistoire du
peuple élu; les livres inspirés, leur but, la doctrine
quils contiennent, etc.; l'erreur des Gentils, la Tri-
nité, l'Incarnation, la Rédemption, etc. Les deux
derniers chapitres sont consacrés à l'histoire; ils
parlent de la prédication des Apôtres, des persécu-
tions suscitées par Sapor contre l'Eglise, du roi
Constantin, des rois persans et romains, du concile
d'Kphèse, de la fin du royaume des Perses, des
rois arabes ; il s'arrête aux événements qui eurent lieu
en 67 des Arabes (686), époque à laquelle vivait
l'auteur.
Volume de 3o cent, sur 20, ayant 17 cahiers de 10 feuil-
lels.
Terminé en 1883 de notre ère, dans le couvent de Uabban
Hormezd , par Guiwarguis , moine , Gis de Guéliana , du village
de Taqia. Copié sur un ms. de la bibliothèque du patriarcat
chaidéen de Mossoui.
CoD. 26. — n i>^^t\ ,^^ajAoâb£oi^t\ rslraSjva.
« Livre de Scolies , composé par le docteur Théodore ,
du pays de Kaskar. »
Copié sur un manuscrit de Séert (cod. 23), en i884 de
notre ère , par Salomon Adamo.
Cod. 27. — w^çA^orC?^ i^SoKuti i^^Vns^
490 MAI-JUIN 1906.
v<^vT\if ^*n « Livre de réclaircissement de rÉvangile
de saint Jean , composé par Théodore l'interprète. »
Écrit en 20i5 (i'joi)y à Alqôi^, an temps de Ifar ^ia,
patriarche, par Guiwarguis, prêtre, fils du prêtre Israël, fils
du prêtre Hormezd , fils du prêtre Israël.
CoD. 28. — r^-\a-ro\-so •Kcno-i'^i i^LaVv-jx
'uotvtv « Eclaircissements sur les Psaumes de David. »
Ce livre, dont lauteur ne m'est pas connu, est
différent de celui qui est contenu dans le cod. ao.
Terminé en 2020 (1709), à Telképé, au temps de Mar
Elia, patriarche, par Sabriso, diacre, fils de 'Adymaîa; il a
été copié à la demande de Khatoun et de sa mère Setté , fille
.du prêtre Ëiia , pour le couvent de Mar Guiwargois de Beiifa
Ouiré (r^\»a.^^ Vvjcd).
Cod. 29. — ^vxrxb^-^ t^"rv<Y)A*n W^^ i^aVvsk
^^^-»^Ha.^t\ i<'vf\,y^-n.\ « Livre du Jardin de
Délices , composé par l'Interprète des Turcs. »
Ce volume renferme des commentaires sur toules
les leçons de l'Ecriture" pour tous les dimanches,
fctes et commémoraisons de Tannée.
Copié sur un ms. de Séert (n* 28); il est complet, tandis
que l'original a, depuis, perdu quelques feuillets. L'inter-
prète des Turcs appartient au xni" siècle, car il cite Sabriiô*
Bar Paulos qui vivait au commencement du xiii* siècle , et il
est cité par *Ebedjésus de Nisibe qui mourut en i3i8.
Coi). 30. — A » -^ s,t\ rd\Hr^ S-ortf^ r^^sH^j^
i^A23i^ \rx\ « Livre du Magasin des mystères
composé par Barhebraeus. »
Cet ouvrage contient des commentaires sur TAnden et le
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 491
Nouveau Testament; il a donné lieu à de nombreuses publi-
cations partielles. (Voir R. Duval, LitL Syr,, a* éd., p. 80-81).
Achevé en 2022 (i-yi i), à Alqôs, par Guiwarguis , prêtre,
fils du prêtre Israël.
CoD. 31. — j.^^iA rc?vsoi^DaA r^=ai(Vâ.. Pre-
mier tome du « Livre des discours métriques de
Narsaï ».
Ce volume contient vingt-sept i^AJSordso; la plu-
part sont des homélies exégétiques et des interpré-
tations sur différents versets ou passages de l'Ecriture
sainte.
Volume formé de 3o cahiers de i o feuillets de 3o centi-
mètres sur 21.
Ecrit en 2 190 (1879), ^^^ ^® couvent de R. Hormezd, par
le prêtre Nicolas.
GoD. 32. — Deuxième tome du même ouvrage.
Ce volume contient quarante-deux r^Hjsoi^Da. La
plupart de ces discours ont été publiés cette année à
Mossoul par le P. Mingana.
Volume formé de 38 cahiers de 10 feuillets de 3o centi-
mètres sur 2 1 .
Achevé en 1898 de notre ère, dans le couvent de Notre-
Dame des Semences, par R. Pauios Ejadan.
CoD. 33. — oxrTXûû-ïv ^o^osA oovAx^ i^cncki
^■v.v\aj \.r3 tt>Q\^^ rdscijtja r^^raSi^A ^^AktX\
^cvjÀ ^so':\ ^^^=300^ i<jtjjgjo « Eclaircissement de
32.
492 MAI- JUIN 1906.
TApocalypse de saint Jean, composé par Jean
Etienne, Jésuite, traduit du latin en arabe par
Pierre, prêtre, fils de Jean d'Alep, et traduit de
l'arabe en syriaque par le prêlre Saumo de Pios. »
Achevé en 2107 (1796), h Tella-Zqipa, par Abraham,
prêtre , fils de Marbéna.
CoD. 34. — ^so'v r^V\ca\r3t3o AâN.'^i t^Wio^i.
y> vv fA i> \ i^?tj^r3kâ^^ :i^jLOi\ i^lro^\b^Q Vvije.\a
t^ATDje. « Poème du prêtre Isaac Sbednaya sur la
Providence, depuis le commencement jusqu'à pré-
sent. »
Achevé en 1 888 de notre ère , dans le couvent de Notre-
Dame des Semences, par Basile, moine, de ^qlÂwa.
Coi). 35. — ^i>^^-^ :rd£ôa» WvAi^n i^=ai)(vak
«Livre de l'Hexaméron, composé par Emmanuel,
inlerprète au couvent supérieur (de Mar Gabriel à
Mossoul). »
Ce livre est un long poème en 28 chants; le se-
cond chant manque; le copiste déclare qu'il faisait
défaut dans le volume qu'il transcrivait. Les seize
premiers chants sont sur les six jours de la Création ;
les douze derniers sont sur les prophéties, la venue
du Christ, ses miracles, ses paroles, la résurrection
des corps et le bonheur éternel. Ce volume contient
en, outre une homélie sur le baptême.
Achevé en 1876 de notre ère, dans le couvent de R. Hor-
mezd.
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 493
m
THÉOLOGIE ET PHILOSOPHIE.
GoD. 36. — y\snS '^try\^,^ : i<lx>H-s\ t^lraXi^
t^AA\ TKI .^g If.» ^rS'Hn 1^\a':\^ 1^^\aUa r»^M> ak,%
v^VA*73 VxoA'v i^oaAi^A « Liber capitum , composé
par Isaac, le docteur habile, moine du couvent
de Rabban Isô*, sur le but caché de la Providence
divine en ce qui concerne les êtres raisonnables. »
L'ouvrage est divisé en dix chapitres ayant pour
sujet des questions théologiques, par exemple : Les
décrets providentiels de Dieu sont-ils éternels ou
occasionnels? Dieu est-il invariable ou non dans ses
décrets? Connaît-il la fin des démons et des hommes
impies? Est-ce par amour éternel qu'il a créé les
créatures? Jjes hommes sont-ils créés mortels ou
immortels? Y a-t-il un avantage à la mortalité? Le
but de Dieu est-il le même dans toutes ses différentes
lois ? etc.
Viennent ensuite un discours en vers de sept syl-
labes, et quelques lettres du même auteur sur le
même sujet. Le style est pur et très élégant.
Volume de 1 7 centimètres sur 1 1 , contenant 7 cahiers de
10 feuillets.
Terminé à Alqôs en 1 884 de notre ère , par Tsa , diacre ;
je n'ai pu savoir sur quel manuscrit il a été copié.
COD. 37. ^ ^, ^ ^ ^^"^ '^'^ Kf "-l^tV— a.
494 MAI-JUIN 1906.
^^.m ^J3^ T^jc^^ÀTTs i^ae.\^ ^»^tv,â z^jq-Ho^
\^jÂi<S «^^oçvxVj'H i^fAt>\*-i (( Livre du discours sur
la divinité, iliumanité et la personne de cette ado-
rable union qui eut lieu pour notre salut, composé
et divisé en chapitres distincts par Rabban Mar
Babaï, supérieur du grand couvent dans Je mont
Ida, sur la prière des frères (moines),»
L ouvrage est divisé en sept sections; chaque sec-
tion est subdivisée en chapitres ayant pour sujet :
la foi; la nature divine, la Trinité, Tlncamation;
pourquoi Dieu le Verbe s'est uni à notre humanité
et non le Père ouTEsprit; comment il faut entendre
rUnion du Verbe; quand elle a eu lieu; différence
entre rdiTxa» et r<lJSioJ\!^ ; les attributs de Notr^
Seigneur; son baptême, sa résurrection , etc.
Ije style de fauteur est pur et très élégant.
Volume de 3o centimètres sur 19, composé de 16 cahiers
de 10 feuillets.
Copié en 1888 de notre ère sur un ancien manuscrit du
village de *Eyel, dans le pays des Nestoriens.
CoD. 38. — r^Ai^-^.t\ %<<Vv \ \ ^ra^ r^ijràxjsk
« Traités sur les fêtes. »
Ce volume contient treize traités sur Noël , la fétc
(le la sainte Vierge, TKpiphanie , le Carême, le Jeudi
saint, la Passion, la Résurrection, la Toussaint,
r Ascension, la descente du Saint-Esprit, le Vendredi
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 495
d'Or (i*' vendredi de Pentecôte) et les Rogations.
Les traités sur Noël et TËpiphanie ont été composés
par Thomas d'Edesse ; ie traité sur la sainte Vierge par
Michaëi Badoqa; un des deux traités sur le Carême
par Possi; le traité sin™ la Toussaint par I§aï; les
deux traités sur le Vendredi d'Or et les Rogations
par Hnânâ d'Adiabène , et les autres par Qyoré. La
plupart de ces traités sont divisés en chapitres.
Copié sur le manuscrit 8a de Sëert, en 1887 de notre ère.
COD. 39. ^ % '■\S,-:\ 1^-Aa \^nr>t\ 1^.;Di(V.^
.^^oA .^Tx^Kf ^tlxjl <ii:=)X^t\ « Livre de la Tour,
du prêtre Sliba , fils de Jean , de Mossoul , composé
en 1643 des Grecs (iSSa). >»
Cet ouvrage est en arabe. C'est une recension
abrégée du Livre de la Tour, composé par Mari bar
Soleiman, auteur nestorien du xii* siècle. (Cf. R. Du-
val, Li«.^r., 2'' éd., p. 2 10-2 i 1.)
Volume de 3o centimètres sur 2 1 , contenant 36 cahiers de
10 feuillets.
Copié en 1894 de notre ère, sur un manuscrit de la biblio-
thèque du patriarcat chaldéen à Mossoul.
CoD. 40. — AxTxsw-sv Kfi^K^v 1<^i^^\sfc.^ KtaXa.
rdkj'KVv cy)oi<r^ nrfc % \^\ « Livre des Causes des
sacrements, composé par Timothée IL »
Assémani a donné l'analyse de cet ouvrage (Bibi or,,
t. m, pars 1, p. 567-580).
Copié sur le manuscrit 84 de Séert.
496 MAI-JUIN 1906.
CoD. 41, — KfÂ'Vx. A:^ Y<fitv*j\^\.3o^ ^^-^^
rdxV30'Ki<?:\o Ktaoy^i r^ \^ %\<\^^\^^sn « Livre de
]a Perle, sur la vérité du christianisme, composé par
^Ebedjésus, év. deSigar, devenu ensuite métrop. de
Nisibe et d* Arménie. »
Publié par Mai, Script, Vet. nova coUeclio, t. X. — Ms,
sans date. Ecriture du xvi* siècle.
CoD. 42. — A^ rcfVvMic.ar7x:3 ^jcajk.^ K^sai^^
>T>>-o\ -Sra ^loickj « Livre en vers , sur la foi ortho-
doxe, composé par Rabban Jean Bar Zou^bi. »
Sans date. Ecriture du xvi* siècle.
CoD. 43. — KfVvjno.rj'sv-^ ^^^^^ «Livre de
TAbeille», composé par Salomon, métrop. de Bas-
sora.
Achevé en 1 88 1 de notre ère , dans le couvent de R. Hor-
mezd.
GoD, 44. — r^i^jQ^-vso r^X»v>x.so^ i^lia^iv^
r^j^n)r\ ^..i^ojA -^pjuûdt\ « Livre du Miroir pur»
composé par Joseph II, patriarche, »
Achevé à Barzâné, en 1 865 de notre ère , par le prêtre
Jacques, fds du prêtre Kanoun.
CoD. 45. — r^ \^\\-A i<l.=a^iv.^ a Livre des
Rayons », composé par Grégoire Barhebraîus. »
Voir Tnnalyse dans Assemani, ^iW. or.. H, p. 297.
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 497
CoD. 46. — r^H-X^>r\ >r\\-V^>r\^ i<l=3^
« Livre du Commerce des Commerces » , composé
par Barhebraeus. »
Abrégé de Touvrage intitulé : Crème des sciences
(cod. Ay).
Suit un discours de Jean Bar Zou*bi , en vers de
sept syllabes, sur les quatre problèmes de la philo-
sophie ;i<r \ ^ni<r .\ ^ •^i.^cL.SQn \<!!\jy^x^Lm
t^^n r\*i v=3^^wci\ ^x>&cljA i^^Z73ti t^jspxâ^ra
Achevé à Diarbekir, en 1825 de notre ère.
Cod. 47. — - i^XsoiijA V\orc^^ y<^Vvà « Livre
de la Crème des sciences », composé par Gr. Barhe-
braeus. »
Cet ouvrage est ime vaste encyclopédie renfer-
mant la philosophie péripatéticienne tout entière. H
est divisé en trois parties.
Volume formé de 28 cahiers de 10 feuillets, de 3o centi-
mètres sur 23. Terminé dans le couvent de R. Hormezd en
1818 de notre ère, par Joseph Audo, moine (devenu ensuite
patriarche ).
Cod. 48. — a:^s^Xj':\n KÎraX^ w Livre des Dia-
logues. »
Cet ouvrage est divisé en deux parties : la logique
et la philosophie. L auteur n est point nommé.
[Probablement le a* livre des Dialogues de Jacques de Tagrit
(oaaa. va). Comp. Wright, Cat, of syr, mss,, p. ii65,
n" Dccccxvc; (J, B, Chabot).]
498 MAI.JUIN 1906.
Au milieu du livre on trouve cette note : « Priez pour le
faible Joseph II (patriarche).»
Achevé à Diarbekir, en iSsS de notre ère, par les frères
(moines) Etienne et Joannis, au temps de Joseph V et de
Tabbé Gabriel , supérieur du couvent de R. Hormexd.
CoD. 49. — rsU^ \^ m ti^n r<Lj3!ix.^
oouiSo\\;n^o i<^f>i>\^o\irtf^o « Livre de Tlsa-
gogé, des Analytiques et des Catégories. »
Ce volume contient : i** Tlsagogé de Porphyre,
traduite par Probus, prêtre, archidiacre et archiatre
à Antioche. — 2" I^a dialectique d'Aristote. — 3° Le
traité de Sarguis , archiatre , stir le but des catégories
dWristote. — 4** Lccrepi ^p|Li»;i;e/a$d'Aristote, traduit
du grec en syriaque par le m^.me Probus; il y a
quelques lacunes dans ce traité; le traducteur y
ajoute souvent un commentaire.
Sans date. Ecriture du xvn* siècle.
(]oD. 50. — Même titre et même contenu que lo
précédent.
Suivent : 1 " L'éclaircissement abrégé du vrepï ép-
fiDv^lasj composé par Paul le Persan, et traduit du
persan en syriaque par Sévère Sabokht, év. de Qen*
nésrin. — 2*" Une lettre du même Sabokht, adressée à
Yaunan , visiteur, sur la logique d'Aristote.
Sans date.
CoD. 51. — , ^>*r>^7l^^. ,\*\\ i^^Al^itlraVv^
i^.^^A^Vvr73 ^skAt^-^ r^n'Vse.'tv « Livre commun à
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 499
tous les peuples vivant sous le Ciel, dans lequel on
enseigne la connaissance de ia vérité, »
La dernière clausule est celle-ci : « Fin de ce livre
de Causa Caasaram, » ^(Asw^ «iicn rd*aà;v& -^x^jt.
Ouvrage publié par Kayser. — Copié en i883 sur le
ms. 90 de Séert.
CoD. 52. — Ce volume contient :
1 ° Traité sur Thoname considéré comme micro-
cosme , composé par Michaël Badôqa , docteur et in-
terprète des livres divins. — 2° Discours sur la philo-
sophie première de la théologie. — 3° Livre des Défi-
nitions , composé par Michaël Badôqa. — 4** Livre de
TEntretien de la sagesse, composé par Barhebraeus.
— 5° Les dix Catégories , par Isô*bokht de Riwarda-
siv. — 6° Grammaire de Mar Elia, patriarche, qui la
composa avant d'être évêque de Tirhan. — 7"* La
cause de l'établissement des écoles, composé par
Barhadbsabba 'Arbaya ; ce traité est incomplet.
Volume composé de 1 1 cahiers de 10 feuillets, de qq cen-
timètres sur 16.
Sans date. Ecriture du xv" siècle.
OUVRAGES LITURGIQUES.
CoD. 53. — KCjkcoA-si r^lxfiuâj^ « Ordre des
prêtres », c'est-à-dire Rituel.
500 MAI-JUIN 1906.
Ce volume contient :
1° Prières [orationes) à réciter par les prêtres, le
matin et le soir. — 2° La messe des Apôtres. —
3° Messe de Théodore de Mopsueste, — 4** Messe de
Nestorius. — S'' Rite du Baptême, — 6** Rite de la
Pénitence. — y** Bénédiction de Teau. — 8° Re-
nouvellement du Levain. — 9" Consécration du
calice. — 1 0° Prières à réciter sur la fiancée , etc. —
1 1" Bénédiction des rameaux d'olivier. — 1 a* Rite
pour faire prêter serment. — 1 3* Consécration de
fautel sans Thuile.
Volume composé de 19 cahiers de 10 feuillets, de 31 cen-
timètres sur 1 5.
Achevé en 1 88g ( 1 678 ), du temps de Mar Elia, patriarche,
et do Mar Joseph, mëtrop. de Gazarta; il fut écrit par *Alaia,
prêtre, fiis du prêtre Faradj, pour Salomon, prêtre, (ils
de Mano , du village Rahahi f situé sur le Tigre , au nord de
Gazarta.
Une dernière note est ainsi conçue : « Ce livre fut écrit
dans une caverne de la forêt de Mar Jean TEgyptien^ dans le
pays de Penk. »
CoD. 54. — Même titre et même contenu que
le manuscrit précédent , sauf les numéros VI et sui-
vants. Mais on trouve ici en plus : 1" L'ordre de la
Bénédiction du genre humain (du mariage). —
2" Huit prières (r^sôVvayi) à réciter à la fin de la
messe, composées par 'Kbedjésus de Nisibe.
Achevé en 1882 de notre ère, par *Isa, fils d*Isaïe.
CoD. 55. — Même titre et même contenu que
le ms. 53.
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 501
Suivent plusieurs r^sôVxcku composés par *Ebcil-
jésus de Nisibe, les prêtres Israël, Guiwarguis et
Damien d'Alqôs.
Achevé en i856 de notre ère, par ie prêtre Abraham
Sekwana.
GoD. 56. — Même titre et même contenu que
le ms. 53.
Suivent : i** Avertissements touchant l'autel. —
2° Quelques prières à réciter avant et après le repas.
— 3° Plusieurs r^£ô)r\avi composés par *Ebedjésus
de Nisibe, 'Abdîsô^ de Gazarta, et le prêtre Israël.
Terminé en 2027 (1716), à Alqôs, du temps de Mar Elia,
patriarche, par Homo, prêtre, fils du prêtre Daniel, fds du
prêtre Elia; il a été donné par le prêtre Joseph pour Téglise
de Notre-Dame dans le village de Ilourdapna.
CoD. 57. — Même titre et même contenu que
le uis. 53.
Suivent les prières du matin pour les fêles , com-
posées par le patriarche Elia III, surnommé Abou-
halim, et plusieurs r^sôVuiiA.
Achevé à Mansouiya , par Joseph, prêtre, fils du prêtre
David. — Sans date. Ecriture du xvii* siècle.
CoD. 58. — KfiHKSx r^fA ^ \^ «Ordre de la
Liturgie. »
Suit le livre de la nourriture des prêtres et de la
préparation à la messe. Ouvrage traduit du latin en
syriaque , en 1 7 9 5 de notre ère , par le prêtre Joseph ,
fds d'Abraham , de *Ainkawa.
!>0S M AI- JUIN 1900.
CoD. 59. — Livre de pii^M liturgiques compre-
nant : i"" Le Psautier; a"" La partie du Bréviaire
appelée nVvzDAO •jpajoa.
Achevé en ai5a (i8ai), à Beridjya de Tehonma, par
Moïse , prêtre.
CoD. 60. — Prières appelées ^Avra^o yai^uy^.
Terminé en 2102 (1791), à Guessa en Tehouma, situé
tout [très du couvent de Mar Sunéon bar Çabba'é. Ecrit par
llaydéni, diacre, fils du prêtre Yabo, fils de Moïse.
GoD. 61. — KfÂ^uxuti r<!siki^ « Bréviaire. »
Ce livre contient 1 oiTice des dimanches de toute
Tannée, des fêtes mobiles et des jours du Carême et
des Rogations.
A la fin du livre se trouve le calendrier nestorien
[r^\jL2DSfy i<?!i\,\a^) , arrangé par le prêtre Israël
d'Alqôs.
Achevé en 2016 (1706), à Alqôi, par Gniwargiiîs , prêtre,
i ils du prêtre Israël.
CoD. 62. — Même ouvrage que le précédent.
Achevé en 202 6 ( 1 7 1 5 ] , du temps de Mar ^a , patriarche ,
par Guiwarguis, prêtre, fils du prêtre Israël, fils da prêtre
Jiorinezd, fils du prêtre Israël; il a été donné par Dawonda,
ch(;f du village de Cardess , pour Téglise de Notre-Dame da
même village.
CoD. 63. — Même titre que les deux précédenta.
Terminé en 20/(9 (1 738) , à Alqôs , du temps de Mar Hia,
par le prêtre Joseph, iils du prêtre Gniwargaif, fils da
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 503
prêtre Israël; il a été donné par Azdyé, fille de Sapar
d'Aiqôs , pour le couvent de Rabban Hormezd.
CoD. 64. — i<!iHAOt\-:\o Kf'^t^^n i<r\V^« Of-
fice pour les fêtes de N.-S. et les commémoraisons
(des saints). »
Ce volume renferme les offices suivants : i** Fête
de Noël. — a'' Commémoraison delà sainte Vierge. —
y Fête de TEpiphanie. — 4° Commémoraison de
saint Jean-Baptiste, — S** des saints Pierre et Paul,
6** de saint Etienne , — y** des docteurs Grecs, — 8° des
docteurs Syriens, — 9** de l'Unité de Personne, —
1 0° des Défunts, — 1 i** des Confesseurs, — 1 2° de
saint Georges, — 1 3° de Smoni et de ses enfants. —
1 Ix" Fête de l'Ascension. — 1 5° Commémoraison de
saint Thomas , — 1 6° de saint Cyriaque. — 1 y" Fête
de la Transfiguration. — 1 8° Fête de la Croix.
Achevé en iqSS (1672), à Alqôs, par le prêtre 'Abdisô',
lils du prêtre Hormezd, fils du prêtre Israël. Ecrit sur les
oixlres de M ar Eiia , patriarche , pour le couvent de R. Hor-
mezd.
CoD. 65. — Même titre et même contenu que le
précédent.
Terminé en 2087 (1 726 ) , à Alqôs, du temps de Mar Ella ,
par Yalda, fils du prêtre Daniel, fils du prêtre Eiia, fils du
prêtre Daniel. Il a été donné pour Téglisede S. Christophore ,
par Matté , Ibrahim et le prêtre Israël , du village de Dezzé.
CoD. 66. — i<r^tv-xA.-ro,xm Kf^rxoA^^i i<1idVv^
504 MAI-JUIN 1906.
'Uk-rann r^^'S f\*i ncLV^^"^ r^^ÙM^j^ « Office
complet de la Gommémoraison de Mar Siméon bar
Sabba'é, composé en 2 06 5 des Grecs {1 y 54), parle
prêtre Warda , fils de I^azare, du village de Darband
dans le pays de Tragawar. »
Achevé en 3097 ( 1786), à Beith Daïwé, dans le district
de Sapai, au temps de Mar Siméon, patriarche, par Djalalî,
pr(>trc , fils de Khoso , fils de Hazzo.
A la iîn se trouve une oraison funèbre (l^jcÂ^^so) com-
posée par le prêtre Sapar sur la mort du susdit prêtre Warda;
celui-ci mourut en 3068 (1757), frappé par le choléra.
CoD. 07. — AcLtLit^ Kaskoul; partie du bréviaire
contenant TOfTice pour les jours de la semaine. C'est
un extrait du grand Houdra (cod. 61).
Ecrit en 3089 (1738), à Alqôs, au temps de Mar Eiia,
par Siméon, prêtre, ills du prêtre Yalda, fils du prêtre
Daniel.
Coi). 08. — i^.30uV5<*^'^ tdiaVvA « Livre
d'Homélies. »
(le volume contient A 2 k2sp3X5^^9 <lon^ ^9- ont
été composés par 'Ebedjésus de Nisibe, a par
Khamis, et un par *Abdîsô* de Gazarta.
Suit le livre des chants (i<r^iu\,a.M^i^a2kV2k) pour
tous les dimanches et les fêtes de Tannée.
Sans date. ?iCriture du xvi* siècle.
CoD. 09. — Même ouvrage que le cod. précédent.
Achevé en 1 883 de notre ère , par Elia, moine de Saqlawa.
IJÉ
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 505
CoD. 70. — i^-sôVxoyitv 1^— liXx '^ «Livre de
prières à réciter à la fin de la messe. «
Ce volume contient i g rd£ô)r\ayi dont quelques-
uns sont attribués au prêtre Israël d'Alqôs, à Mar
'Abdisô' de Gazarta ; cinq sont en karsouni et attribués
à Joseph II, patriarche, et au prêtre Kheder de
Mossoul.
Les i^=ô)r\avi (conclusions), qui se récitaient au-
trefois à la fin de la messe, sont maintenant tombés
en désuétude; ils sont écrits pour la plupart en
strophes acrostiches et en vers de douze syllabes.
Achevé en i8/i3 de notre ère, par Louis, moine, dans le
couvent de R. Hormezd.
CoD. 71. — vd»H.jL.u-ftn i<rX,fc-\,n^
vdsciHjc K Ordre de la cellule pour les moines no-
Volume composé de 21 cahiers de 10 feuillets, mesurant
20 centimètres sur li.
^ Ce volume contient : 1° Office des vêpres, de la nuit et des
heures, pour tous les jours de la semaine. — 2° Prières avant de
se coucher. — 3° Office des morts pour tous les jours de la semaine.
— 4" Prières à réciter avant la lecture du N. T. — 5° Prières de
l'Itinéraire. — 6" Ordre de l'Alimentation de la grâce. — 7° Prière
à réciter avant de se coucher, composée par Elia de Nisibe. —
8" Livre des vivants et des morts dont on lit les noms aux fêtes
de N.-S. — 9° Office pour les moines étrangers et solitaires,
composé par Rabban âoubhalisô*, R. Yalda et R. Moïse, le fonda-
teur du couvent de Beilh Sayaré. — 10° Prières à réciter avant
et après le repas. — 11" Diverses prières. — 12" Prières avant et
après la Communion , etc.
VII. 33
506 MAI-JUIN 1906.
Achevé en 'j 1 'j8 ( 18 1 7 ) , dans Téglise de Notre-Dame , aux
environ» du village de Siador, dans le pays de Tyaré , par
llaydéni, prêtre, fils du prêtre Yabo, du village de Gucssa.
CoD. 72. — Même ouvrage que le précédent ^
On trouve à ia suite : 1* Prières du matin pour
les fêtes de N.-S. , composées par Elia III, patriarcho.
— 2" Discours en vers de douze syllabes, sur ie
jugement dernier, composé par Jacques (de Sa-
roug?) — 3° Discours en vers de douze syllabes
sur Mar Samli, composé par son disciple Brikhisô\
— A° Discours en vers de douze syllabes sur Mar
Yozadaq. — 5** Discours en vers de douze syllabes
sur Mar Denha, patriarche (publié par Chabot et
(ensuite par Bedjan). — 6° Discours envers de douze
syllabes sur ia perfection , intitulé i^jjX^^ rtfVsot^sa
composé par Barhebraeus et augmenté par Khamis.
Sans date. Ecriture du xiv" siècle.
CoD. 73. — rd'-kt^ ^ ^ r^\-^^ i^ituLA^
r^)r\cLA^ .raoVvo . *Tr>. % \ v\<\ *ni<r r^ v ^Xv np^n
i^iAïkJcnti i<^Aif. (( Prières du matin pour les
fêtes (de N.-S.), composées par Mar Élia III, pa-
triarche, surnommé Âbouhalim, et autres prières
|>our les dimanches, les commémoraisons, les ven-
' Dans cet exemplaire manquent les numéros 9^ iu% ii% et ia\
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 507
dredis du Carême et autres, composées par Sallita
de Res^ayna. »
A la fin se trouve l'ordre de la procession pour ie
jour de Pâques (rd^iTa^o-rv \^iX^^-a r^cv>"\^).
Achevé en 1994 (i683), à Alqôs, par Yaida, diacre; il a
été écrit pour Tég^ise de Karsawa.
CoD. 74. — Même titre et même contenu que le
précédent. Suivent quelques hymnes composées par
Gabriel de Mossoul, Khamis, Isaac Sbednaya et
Isô'yahb barMqadam.
Sans date. Ecriture du xvi' siècle.
CoD. 75. ^"^Vv. 9X=3^ KfSjJA^'^ ^^=3Vv^
« Livre de Toffice pour les défunts séculiers. »
Suivent les rites pour les enfants et pour le second
et le troisième jour des funérailles; puis les KjcHnro
pour tous les ordres.
Achevé en 20^2 (lySi), à Alqôs, au temps de Mar Elia,
patriarche , par Siméon prêtre , fds du prêtre Yalda , fils du
prêtre Daniel; il a été donné par Hélène, fille de Nisan,
du village de Dezzé , pour Téglise de Mar Christophore.
CoD. 76. — rdraifvj^ Vv k ^or^ r^^ % iox^a
t^oi^k^ v^k^a^w-^ « OflBce pour la sépulture des
prêtres. »
C'est le complément du précédent.
Achevé en 2o35 (1724), à Alqôs, du temps de M ar fiia
par 'Abdisô' , prêtre , fils du prêtre Hadbsabba.
33.
508 MAI-JUIN 1906.
CoD. 77. — Même ouvrage.
Achevé en 1882 de notre ère, par Elias, moine de Saq-
lawa.
GoD. 78. — Kf)(ui.^..=3'3i r^^^jsmt^sfy-si x^ry^i^
T^aiAi-si « Livre d'homéiies pour les Rogations des
Ninivites », choisies parmi les homélies de Mar
Aprem et Mar Narsai. Cet office est inséré dans le
Brcvarium Chaldaicam (pars 1), édité par P. Bedjan.
Achevé en 1868 de notre ère, dans le coavent de Notre
Daine-des-Semences , par Augustin , prêtre.
Coi). 79. — i^WAx'Vi^ r^Vv9C.dbLac)r\'3i t^omu
i^i^cu « Exposition de tous les offices de TEglise, et
différentes notices sur la vie de N.-S. et sur les fêtes
dominicales , par un ami de la science. »
Voir lanalyse de cet ouvrage dans Assémani
[B.O.y III, pars i, 5i8-54o). L auteur est Guiwar-
guis d'Arbèles.
Achevé en 1887 ^^ notre ère, par Elias, moine de Saq-
law a.
CoD. 80. — •^^cnîrxo.ra A^k.'^ i^\.:o«^-.SP9
\<A^\<?=\ « Poème sur la grandeur du sacrifice de la
messe. »
Ce poème, en vers de douze syllabes, figure sans
nom d'auteur dans plusieurs manuscrits; qudques-
ffflÉtfi-.ifciii?^iri i ■
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 509
uns Tattribuent à 'Abdîsô' de 'Elam ; d autres , plus
vraisemblablement, à Narsai. Il a été publié }3armi
les homélies de Narsai, par le P. Mingana [Narsai
homiliœ, Mausilii, 1906, t. I, p. 270).
CoD. 82. — r^Var3k«V\'^ r^ojjoci i<1^JL!^
r^Vxo^-v—B'^a-m'^ Vv-x-â^civ^ « Ordres et canons de
la pénitence, c'est-à-dire de la confession. »
Ce volume traite des péchés, de la contrition, de
la confession, des règles à suivre dans l'application
des pénitences, des devoirs du confesseur, etc.
Volume composé de 9 cahiers de 10 feuillets, mesurant
17 centimètres sur 12.
Achevé en 2o58 (1747), à Alqôs, du temps de Mar Elia,
patriarche , par Hanna , prêtre , fils du prêtre Homo , fils du
prêtre Daniel, fils du prêtre Elia.
CoD. 82. — « Uecueil d'exposés Uturgiques. » Il
renferme :
1" Poème sur la grandeur du sacrifice de la messe
(cod. 80). — 2" Explication des offices de TEglise,
composée par Abraham bar Lipéh. — 3"* Questions
des saints Grégoire et Basile. — 4° Extraits du
chapitre ix du livre des Scholîes (cod. 26). —
5** Extraits du livre de Guiwarguisv/rArbèles
(cod. 79). — 6** Discours en vers de douze syllabes
de Jean bar Zou*bi sur le saint sacrifice de la messe.
— 7** Discours du même, sur l'origine du saint
levain et des saints mystères. — 8" Extraits du
livre des Causes des sacrements, composé par Timo-
thée II (cod. 40).
510 MAI-JUIN 1906.
Volume Ibmië de 22 cahiers de 10 feuillets, mesurant
3o centimètres sur 21. Achevé en 1894 de notre ère, par
Paulos , moine.
CoD. 83. — rcrifVJC-3Ôje.V\ pLjt.€L^t\ ^ -^ ^
r^oÀ-^ci « Explication des offices de TEglise , par
(jueslions et réponses, composé par le patriarche
Joseph II. »
Cet ouvrage est divisé en cinq sections; il traite
(le la prière, des ordres, des offices, du saint sacre-
ment de Taute] et du baptême.
Achevé en 2io4 (179^), à Tella-Zqipa , par Abraham,
prêtre, fils de Marbchnam.
CoD. 84. — Même ouvrage que le précédent. A
la fin se trouvent deux lettres du pape Innocent
adressées à Joseph II, patriarche, en 1698, et tra-
duites en syriaque par le destinataire lui-même.
CoD. 85. — Recueil d'hymnes de Khamis bar Qar-
dahé; savoir :
1 ° Vingt hymnes sur les fêtes de N.-S. , ie Carême ,
lunité de personne et le jugement dernier. — a"
Poème sur le ver à soie et sa comparaison avec
rame. — 3*" Satire sur la rusticité des Ârbéliens.
— /i° Poésie sur la louange d\m certain écrivain.
— 5° Discours métriques sur toutes les lettres
(le l'alphabet. — 6" Diverses poésies (r^-:b»SV\
iO(Uk3ê.coo-^) : a. 2 7 poésies en vers de douze syllabes ,
sur les attributs divins el la sagesse; b. 27 poésies
NOTICE SUR DES MANUSCRITS SYRIAQUES. 511
contenant autant de modèles de lettres amoureuses;
c. l\lx poésies sur la sagesse; d. 46 poésies par les-
quelles se connaît lamour; e. Ix'] poésies contenant
des conseils touchant les choses éternelles;
/. 168 poésies sur divers sujets : la rose, la cire,
le silence, Téventail, etc. — 7** Trois hymnes
sur le mystère plein de splendeur. — 8° Sur la sortie
de Tâme du corps. — 9" Deux hymnes sur le vin.
— 10" Hymne du prêtre Halya(i<a\M) sur le
vin.
Sans date. Ecriture du xvii" siècle.
GoD. 86. — Recueil d*hymnes et de poèmes,
i*" Poème de Gabriel de Mossoul sur Sabrîsô',
fondateur du couvent de Beith Qôqa. — 2** 18
hymnes de Khamis sur la pénitence et les Rogations.
3° Hymne du prêtre Sliba, fils du prêtre David,
sur les Rogations. — 4" Huit hymnes de Khamis
sur TA vent, Noël, le Jeudi Saint, Pâques, l'As-
cension et la Groix. — 5° Poème de Khamis sur
Isô'sabran, martyr. — 6" Hymne d'Isaac Sbed-
naya sur les Rogations, composée en lySi des
Grecs (i/i/40). — 7** Deux hymnes du même sur
saint Georges et sur la Croix.
Achevé en 1868 de notre ère, à Alous, par Jacques,
moine.
GoD. 87. — GoUection d'hymnes de Guiwar-
guis Warda.
Ge livre contient plus de 1 20 hymnes de Warda..
512 MAI-JUIN 1906.
sur les fêtes de N.-S., de la sainte Vierge, des saints,
tous les dimanches de Tannée, les Rogations, le
jeûne et la pénitence, etc. Il contient encore
quelques autres hymnes dun auteur anonyme, sur
les docteurs syriens , sur les apôtres , sur les saints ,
sur les patriarches nestoriens depuis Addai jusqu*à
Timothée II, etc. Quelques autres hymnes sont attri-
buées au prêtre Sliba de Mansourya , à Salomon do
Bassorah, Ix Mari bar MSihaya, etc.
Achevé à Alqôs, en 2o3i (1720), du temps de Mar ^a,
par Joseph , prêtre , fils du prêtre Guiwarguis , fils du prêtre
Israël , fils du prêtre Hormezd ; il a été donné par le chef
Dawouda à Téglise de Notre-Dame de Cardess dans le dis-
trict de *Aqra.
CoD. 88. — Même contenu que le cod. 87.
Achevé à Telképé en iggS (1682), par le prêtre Kando,
iils de Hanna , fils de Khoidjaq ; ii a été donné à Téglise de
llourdapna par le prêtre Joseph.
CoD. 89. — Même contenu que le cod 86.
Suivent : 1° Hymne sur la pénitence, composée
par le prêtre Israël d'Alqô§, en 190*1 (iSgi).
— 2** Neuf hymnes de Warda sur la pénitence.
Sans date.
[La suite an prochain cahier.)
NOUVELLES ET MÉLANGES. 513
NOUVELLES ET MELANGES.
SEANCE DU 11 MAI 1906.
La séance est ouverte à 4 heures et demie sous la prési-
dence de M. Barbier de Meynard.
Etaient présents :
MM. Seka^t, vice-président, Allotte de la Fuye, Bas-
MADJIAN, BOURDAIS, BoUVAT, A.-M. BoYER , Ca BATON , CaRRA
DE Vaux, J.-B. Chabot, de Charencey, Coedès, Decourde-
manciie, RubensDuvAL, Dussaud, Faïti.ovitcii, Farjenel,
FiNOT, FossEY, Gaudefroy-Demombynes, Graffix , Grenard ,
Halévy, V. Henry, Cl. Huart, Labourt, Sylvain Lévi , Ma-
cler, Meillet, Pelliot, Revillout, Schwab, Tamamghef,
Thureau-Daxgin, membres; Ciiavannes, secrétaire.
Le procès- verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Le président donne communication d*une lettre par la-
quelle le Comité constitué à l'occasion de la fondation de
Goejc exprime ses remerciements à la Société pour Tappui
qu'elle lui a prêté.
Sont reçus membres de la Société :
MM. le général de Beylié,' 26, rue Godot-de-Mauroi ,
Paris, présenté par MM. Finot et Pelliot.
Henri Galbrun, 11, rue de Luynes, présenté par
MM. Fossey et Meillet.
M. Schwab présente un livre de M. A. Fevret, intitule :
Antiquités égyptiennes , grecques et romaines appartenant à A,
Philip.
514 MAI-JUIN 1906.
i\I. FiNOT sipn^ale la découverte faite par M. Parmenticr
près du temple de Pô Nagar (Ànnam) d*uii vase de cuivre
portant une inscription chame de 1117 caka = iig5 A. d.
M. DK CiiABRNCBY propose d'expliquer par le mot turc^a-
rahataq, signifiant « cormoran » , le terme d*argot « se carapa-
ter ».
M. Basmadjian rectifie une erreur commise par les histo-
riens au sujet du roi de la Petite- Arménie Lusignan , cin-
quième du nom.
M. Halkyy discute ia théorie de M. Boll et celle de
M. Chavannes concernant le cycle des douze animaux : il ex-
pose les raisons pour lesquelles il estime que ce cjcLe doit
être d'origine égyptienne.
W Graffix présente le fascicule I du tome IIl de la Pa-
irologia orientalis (Histoires d*Ahoudemmeh et de Marouta,
par F. Nau).
A la suite d'observations présentées par M. Fosaey, et
après une discussion à laquelle prennent part MM. Barbier
de Meynard, Senart, Sylvain Lévi, Decourdemanche , la
Société décide que la Commission du Journal se réunira
dorénavant une fois par mois et statuera sur les articles qui
seront proposés pour être insérés dans le Journal.
La séance est levée à 6 heures.
OUVRAGES OFFERTS X LA SOCIÉTÉ.
Par m. lb Président :
SiDi Abou Ali El-Ghauthi ben Mohammed. Traité de
musique (on arabe). - Alger, 1904; in -8".
Par les Auteurs :
Edouard Ciia vannes. Le Cycle des douze animaux (Extrait).
- Leide, 1906; in-S".
A. Mkillet. L'éiai actuel des études de linfjfuittiqae. —
S. l.,i9o();in-8\
F. Naii. Patrologia Orientalis, III, i. Histoires d'Ahoademmêh
NOUVELLES ET MÉLANGES. 515
et de Maroata, suivies du Traité d'Ahoudemmeh sur l'homme.
- Paris , s. d: ; gr. in-8".
A. Fkvret. Antiquités égyptiennes, grecques et romaines
appartenant à A, Philip et à divers amateurs. - Paris, igoS;
in-8\
Par les Éditeurs :
Revue critique, 4o* année, n"* 13-17. " P^rîs» 1906;
in-8^
The Korea Rcview , VI, 2. - Séoul, 1906; in-S**.
Revue archéologique, mars -avril 1906. - Paris, 1906;
in-8".
Polyhiblion, avril 1906 (partie littéraire et pairie tech-
nique). — Paris, 1906; in-8*.
Revue biblique, avril 1906. - Paris, 1906; in-8*.
The American Journal of Semitic Languages and Literaturcs,
XXll, 3. - Chicago and New- York, 1906; in-8*.
Bessarione , fasc. 88. - Roma , 1 906 ; in-8°.
Atharva Veda Samhità, translated. . . by William Dwight
Whiïney. . . revised by Charles Rockwell Lanman. -Cam-
bridge, Mass., 1906; 2 vol. in-8*.
César Benattar , El-Hadi Sebaï, Abdelaziz Ettéai.bi.
L'Esprit libéral du Coran. - Paris , 1 906 ; in-8''.
Oriens Christianus , W-, 2. - Rome, 1904; gr. in^**
Rev. G. U. Pope. A Handbook of the ordinary Dialect oj
ihe Tamil Language. Part. IV: -4 w English-Tamil Dictionary,
Sevcnth édition. - Oxford, 1906 ; in-8°.
The Indian Antiquary, February 1906. - Bombay, 1906;
in-/r.
J)' Samuel Poznanskj. Arabischer Commentar zum Bûche
der Richter. - Frankfurt a. M., 1906; in-8".
Par la Société :
Strails Branch of the Royal Asiatic Society. Journal, n°' 37-
44. - Singapore, 1902-1906; in-8°.
Bataviaasch Genootschap van Kansten en Wctemchappen,
516 MAI-JUIN 1906.
Tijdschrift,XLVm, 3-4. — Verhandelingen , LVI, 2-3. -
Batavia, 1906; in-8* et in-/r.
Revue des études juives , n" 10a. - Paris, 1906; in-8*.
The Journal of the Royal Asialic Society^ April 1906. -
London , 1 906 ; in-8*.
Bulletin trimestriel de l'Académie mjolqache, III, 4* -Tana-
narive , 1 904 ; in-8°.
Journal of the China Branch of the Royal Asiatic Society,
XXXIV, 1. - Shanghai, 1901-1902; in-8*.
The Geographical Journal, XXVIÏ, 5. - London, 1906;
in-8^
Bulletin de littérature ecclésiastique, avril 1906. - Paris,
1906; in-8°.
O Oriente Portuguêz, II, 11-12; III, 1-2. - Nova Goa,
1905-1906; in-8°.
Iai Géographie, XI F, 3-4- - Paris, 1906; in-8*.
American Journal of Archœlogy, January-March 1906.-
Norwood, Mass., 1906; in -8*.
Reule Academia dei Lincei^ Rendiconti, XIV, 9-10. —
Atti, II, 20-12. - Roma, 1 906 ; in-8° et in-4*.
•
Par le Ministère de lInstruction publique et des Beaux-Arts :
Adhéinard Leglère. L^s Livres sacrés du Cambodge, i** par-
lie. - Paris, 1906; in-8*.
Revue de Vhistoire des religions, fasc. 1 56 -167. - Paris,
1 906- 1 906 ; in-8°.
Emile GriMEX. Conférences faites au Mutée Gaimet, —
Paris, 1906; in- 18°.
Journal des Savants, avril 1906. - Paris, 1906; in-4*.
Bulletin de V Institut finançais d'archéologie orientale, IV, a.
- Le Caire , 1 905 ; in-4*.
Bulletin de Correspondance hellénique, XXX, 3-5. - Paris,
1906; in-8'.
Mémoires de l'Institut français d'archéologie orientale.
Tome XIV : Fouilles de Qattach, par MM. E. Chassinat,
IL (iAiTiEiv et 11. PiBRRON. - LcCairc, 1906; in-4*.
NOUVELLES ET MELANGES. 517
Par le Gouvernement indien î
District Gazetteers of the United Provinces, Vol. XLll :
Kheii, by H.-R. Nevill. — VoL XLIV : Ganda. byH.-R.
Nevill. Allahabad and Naini Ta! , igoS; 2 vol. in-8".
Madras District Gazetteers, Statistical Appendixfor Karnool
District. - Madras, 1906; in-8°.
Par la « Bibliotega Nazionale Centrale » de Florence :
BoUettino délie puhblicazioni italiane ricevate per diritto di
stanipa. Indice alfabetico pel igoS-igoG, n° 64. - Firenze,
1905-1906; in-8°.
Par l'Université Saint-Joseph, a Beyrouth :
Al-Machriq ^IX!" année ^ n" 7-9. - Beyrouth, 1906; in-8",
ANNEXE AU PROCès- VERBAL.
(Séance du 11 mai 1906.]
UNE TROUVAILLE ARCHEOLOGIQUE
AU TEMPLE DE PÔ NAGAR À NHATRANG (aNNAm).
L'ancien Champa avait deux grands sanctuaires nationaux:
le temple de Bhadreçvara, à Mï-so»n, dans le Quang-nani
(v" siècle), et celui de Bhagavatï ou Pô Nagar, à Nhatrang,
dans le Khanh-hoa (lin du viii' ou commencement du
ix* siècle).
L'invasion annamite fit à ces deux temples un sort diffé-
rent: le premier, après un pillage en règle, fut abandonné;
l'autre fut adopté par les envahisseurs, qui continuèrent à
offrir à la statue de Pô Nagar les hommages qu'elle recevait
naguère des Chams; il est encore aujourd'hui très révéré de
la population annamite.
Ce monument est un des plus beaux spécimens de Tarchi-
518 MAI-JUIN 1006.
teclure chame; malheareusement des vices de construction
ou (les tassements de terrain en ont compromis la solidité ;
de laides lézardes le sillonnent de la base au faite. D ya trois
ans environ , les Annamites Justement inquiets de ce délabre-
ment croissant, demandèrent rautorisatton d*eSectuer des
réparations qu'ils étaient manifestement hors d*état de mener
à bien. En leur interdisant d'exécuter ce travail, nous pre-
nions rengagement moral d y procéder nous-mêmes. Les
désirs parfaitement légitimes de la population indigène,
non moins que le soin bien entendu de notre domaine archéo-
logique, nous en faisaient un devoir. 11 fut donc décidé que
les travaux seraient entrepris aux frais du Gouvernement
général sous la direction de TEcole française d'Extrême-
Orient. Nous avions par bonheur a TEcole Thonmie le mieux
qualifié pour cette tâche délicate , M. Parmentier, qui possé-
dait une connaissance approfondie des monuments chams
et avait déjà consacré à Pô Nagar même une excellente mono-
graphie.
M. Parmentier vient de se mettre à Tœuvre et les premiers
coups de pioche ont déjà fait sortir de terre une intéressante
trouvaille. Ce sont deux vases sacrés : Fun est une coupe
d'argent en forme de calice de fleur à cinq pétales; l'autre
esl un simple vase de cuivre, de matière moins précieuse
que le premier, mais d*intérét plus sérieux, car il porte,
gravée sur le pied, une inscription chame, ainû conçue :
Pô yân pu râja bhagavanta on Çakrânta arâà Mandânijaya vuk
pak yân pu nacjara çakarâja iiiJ,
fl Sa Majesté le roi auguste , sieur Çakrânta , homme de Mandi-
vijaya, a donné [ce vase] à la déesse Pu Nagara, en çaka 11171
{=1195 A. D.).
LHnscription tombe dans cette période de guerre civile et
étrangère qui dura 32 ans (iiia-iiil4 çaka) et durant
laquelle des usurpateurs établirent en différentes régioni du
royaume des souverainetés éphémères. Il est probable que le
donateur du vase de Nhatrang était un de cet rob impovisés.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 519
En effet , d'après le protocole cham , les noms royaux complets
se composent de trois éléments: i" le nom de sacre (abhi-
sekanâman) , terminé en varman : Indravarman, Sûryavarman,
etc.; 2° le nom personnel, précédé dé on «sieur» ou de cci
« prince » ; 3° le nom de fief terminé en -vijaya « district » et
précédé de arân « homme » \ Or notre personnage porte bien
les deux derniers noms, mais le premier est remplacé par
hhagavanta, qui n'est probablement qu'un qualificatif, qui
en tout cas n'est pas un nom de sacre. Il n'était donc pas
sacré, et s'il ne Tétait pas, on ne peut guère voir en lui le
roi légitime , mais plutôt un des nombreux aventuriers qui ,
à celte époque troublée, se disputaient la couronne.
Cette découverte est encore intéressante en ce qu'elle
fournit un document de date certaine pour rhistoire des arts
du métal au Champa. Les objets trouvés jusqu'ici, bronzes,
vases funéraires, bijoux ne pouvaient être datés qu'avec une
grande incertitude ; celui-ci donne un point de repère très
sûr.
Enfin cette trouvaille permet d'espérer que d'autres pièces
du trésor du temple, enterrées à l'approche des années an-
namites, ne tarderont pas à revoir le jour. Nous souhaitons
([ue M. Parmentier retrouve ici les succès qui ont signalé ses
fouilles de Dong-du>o>ng et de Mî-so>n. Nous sommes en tout
cas assurés qu'il y apportera la même habileté technique et
la même conscience scientifique.
L. FiNOT.
' Les princes portaient apparemment le nom du district qui
constituait leur apanage : on disait «homme de Turai-vijaya»
comme nous disons «comte de Ponthieu|) ou «duc de Berri».
520 MAI-JUIN 1906.
ANNEXE AU PROCÈS-VÉRBAL.
(Séance du ii mai 1906.]
LES LUSIGNANS DE POITOU AU TRONE DE LA PETITE ARMENIE.
En 1096 la première croisade entra en Cîlicie.
La dynastie arménienne de ce pays venait à peine d*y
être formée , les Arméniens étant gouvernés par des princes
indépendants.
Le pouvoir était alors entre les mains du baron Constan-
tin (1 09 5-1 099 ) qui , à cause de son dévouement pendant les
croisades et les secours qu*il donna aux Croisés pendant le
siège d'Antîoche, reçut des Francs les titres de «comtes et
de « marquis ».
Constantin ne refusa pas de donner sa fille en mariage à
Josceiin de Courtenay , comte d'Edesse ; et son frère Thoros,
accorda volontiers la main de sa fille Arda, à Baudouin de
Boulogne, frère de Godefroy de Bouillon.
Et ainsi le premier lien entre les Francs et les Arméniens
fut établi.
Les Lusignans de Poitou , comme toutes les noblesses de
l'Europe , prirent part aux croisades. Mais il faut ajouter que,
même avant l'arrivée des Croisés, un des Lusignans, Robert,
était entré en Terre-Sainte (en 1062) pour protéger, contre
les attaques des Infidèles, les pèlerins se rendant à Jérusalem.
En 1210, Léon 1" « le Magnifique », premier roi de la
CiUcie arménienne, qui avait épousé, en 1189, la princesse
Isabeau d'Anlioche et qui avait marié sa sœur Doleta ou
Dalilaavec Bertrand de Gil)elet, épousa, après son divorce,
en secondes noces, Sibylle, fille d*Amaury de Lusignan,
roi de Chypre. Le fruit de cette union fut une fille unique ,
Isabelle, qui hérita du trône royal et épousa un Franc,
Philippe d*Antioche; ce dernier recueillit la succession du
royaume d'Arménie (1222-1225), en régnant avec sa femme.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 521
Cette union franco-arménienne fut comdiidée par ie fait
quun des Lusignans, Guy, Ait appelé plus tard au trône
dWrménie (i34a-i344). Guy élah le oe^rea 4e Henri II,
roi de Chypre , et le fils d^Anuroiy de Loagnaa.
Le second prince de Lungwui épà oocnpa k trdae d*Ar-
ménie, était Tinfortané Léon Y, appelé par erreur Léon VI,
dernier roi d*Arménie, mort ii Paris, en iS^S.
Par conséquent, émx et aecdenient deux princes Luri-
gnans ont régné en Arménie, et non cinq, eonmie on pré-
tend à tort jusqu'à présent.
L*faistorien bien connu , Etienne de Luaîgnan , dit tlMU ses
ouvrages, par eiem[^e, dans son Hi^eire des rûymKmes de
Jémsaleni, Chypre, Armhde, etc. (p. Su*) et dans sa Des-
cription de ffle de Chypre (p. ^oi"^ , qa*3 y arait en Arménie
cinq rois Lusignans, qm sent :
i"" Hugues j fils d*Amaury de Lusignan, seigneur de Tyr
et de Sidon ;
2° Jean, fils de Hugues, qui abdiqua et entra dans
Tordre des Frandscains;
S"" Léon, neveu de }ean et fils d*Amaury, connétable
d'Arménie;
i^ Liuon (Léon), troisième fils de Hugues, c^est-à-dire
frère de Jean et du connétable Amaury; enfin
5° Léon, le dernier roi d'Arménie.
Du Cange^ conservant le même nombre, donne une
autre généalogie^ :
1** Guy, fils d*Alméric de Lusignan;
2* Constant;
3° Constantin;
4* Drago, et
5" Léon , le dernier roi d'Arménie.
Dulaurier commit la même erreur, en donnant, conmie
les précédents, cinq rois* :
> Familles dOntr^mer, édîL Ray, p. i46-t54.
^ i2ec.Croûai2e««Doc Armén., t.l,p* 703*7 lé et p. 7^5 «note 3.
Tii. 34
522 MAl^JUIN 1906.
1* Juan-Constcuitin;
2" Guy, frère de Juan ;
S"" Constantin , fils de Baudouin ;
4" Pierre 1'^, roi de Chypre , et
5° Léon, le dernier roi d* Arménie.
Toutes ces erreurs proviennent de ce que tous ces histo-
riens, comme Etienne de Lusignan, Du Gange, Le Labou-
reur, MiUin, Lenoir, Dulaurier, Lang^ois et bien d'autres,
lisent dans Tépitaphe du dernier roi d* Arménie : « Léon de
Lusignan , quint roy latin ». — Et Dolaurier, pour appuyer
sa thèse, ainsi que celle de ses prédécesseurs, parle du tes-
tament de ce dernier roi, qui aurait été écrit ainsi : iLéon
de Lusignan , quint roy latin du royaume d'Arménie ^ ».
Quoique Etienne de Lusignan soit un auteur ancien». il
est curieux de constater qu'il ignore les faits qui se sont
passés presque à son époque. Par conséquent, je n*hésite
point à dire avec Saint-Martin qu'il y a i beaucoup d'incer-
titude» dans ses ouvrages'. — Cet historien raconte, par
exemple, que Léon de Lusignan a préparé son testament
en 1 396 et qu'il est mort en 1 4o4 '- Mais nous lisons dans Tépi-
taphe de ce roi qu'il est mort en 1 3g3 ; d'autre part nous sa-
vons que Léon avait préparé son testament un an avant sa mort.
Quant à Du Cange , Dulaurier et d'autres qui se basaient
sur l'épitaphe et sur le testament de Léon , ils se sont cer-
tainement trompés ; car en faisant moi-même des recherches
sm* les lieux, je n'ai pas trouvé le texte rédigé ainsi : t Léon ,
quint roy latin du royaume d'Arménie » , avec une ponctua-
tion après « Léon » , ni dans son épitaphe , ni dans son testa-
ment. Même si elle existait, d'après ces historiens, Léon
serait le sixième roi latin d'Arménie , le premier ayant été
Philippe d'Antioche.
»
^ DuLÂURiER, op, cit,, p. 735, n. 3.
2 Cf. Mém. Acad. Ins. et B.-L , i836, vol. XII, p. 1^9.
•'' Description» etc., fol. 202'.
NOUVELLES ET MÉLANGES. 523
Voici ce que dit l*épitaphe de Léon : «Cy gist très noble et
excellët prince, lyon de lizingne quït roy lati du royaume
darménie qui rédi lame a dieu a paris le .xxix*. jour de
nouêbre lan de grâce . m . ccc . un . et xiii . pries pour lui. »
Le tombeau de Léon se trouve actuellement à l'abbaye de
Saint-Denis, parmi les tombeaux des rois et des hommes
illustres de France.
Le testament , ou plutôt la copie du testament de Léon ,
conservée aux Archives nationales de France (LL. i5o5),
ne dit pas que Léon était le cinquième roi latin d'Arménie,
mais cet acte est mentionné ainsi qu'il suit dans un inventaire
provenant des Célestins de Paris : « Testament authentique
du bon Roy Léon de Lusignan quint roy latin du Royaume
d'Arménie \ »
On voit nettement que dans aucun document Léon n'est
nommé «Léon, quint roy latin». Cette erreur sera aisément
réparée, si nous lisons : «Léon de Lusignan quint, roy latin
du royaume d'Arménie». Ceci est indiscutable, car Thistoire
d'Arménie du moyen âge nous apprend qu'il y eut quatre
Léon , rois d'Arménie , avant le dernier Léon de Lusignan ;
par conséquent celui-ci est bien le cinquième du nom, —
Dardel , qui était le confesseur de Léon V, ne cite , dans sa
Chronique d'Arménie , que deux rois Lusignans en Arménie :
ce sont Guy et son neveu Léon, et il appelle ce dernier
«Léon V». Je dois mentionner aussi que M. Gh. KoUer,
chargé de la rédaction du tome II des Documents Arméniens
du Recueil des historiens des Croisades, est du même avis que
moi.
Pour compléter mon esquisse sur les Lusignans d'Armé-
nie, je présente la liste généalogique des rois de la Petite
Arménie, liste qui diffère de toutes celles dressées jusqu'à
présent. Cette liste ne comprend que les princes ayant
occupé le trône d'Arménie.
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NOUVELLES ET MELANGES. 525
BIBLIOGRAPHIE.
M. Ismaél Hamet. Les Musulmans français du nord de l'Afri-
que, 1 vol., in- 12 de 3i6 pages avec deux caries (Paris, 1906 ,
librairie Armand Colin, 5 rue de Mézières).
Dieu sait si l'on a beaucoup écrit sur T Algérie depuis ia
conquête de i83o. A coup sûr, les ouvrages consacrés à notre
colonie africaine suffiraient , à eux seuls , pour former une
vaste bibliothèque. Le livre que publie, en ce moment,
M. Hamet, nous serait une preuve qu'il restait fort à dire
encore et que le sujet ne pouvait passer pour épuisé.
En effet , africain d'origine , musulman de religion et en
même temps tout dévoué à la France dont il est devenu le
fds adoptif , qu'il sert en qualité d'officier interprète , notre
auteur se trouvait dans les conditions les meilleures pour
bien juger ses compatriotes d'Algérie , se rendre compte de
leurs tendances et de leurs aspirations. Aussi son livre con-
tribuera t-il , nous osons l'espérer, à dissiper plus d'un pré-
jugé et parfaire, pour ainsi dire , l'éducation du public français.
L'ouvrage de M. Hamet se divise en trois parties intitulées :
M Le passé, le présent, l'avenir ». Avec lui, nous assistons aux
débuts , ainsi qu'aux progrès de la civilisation apportée dans
le nord de l'Afrique par les Carthaginois d'abord , ensuite par
les Romains. Puis vient l'invasion des Vandales dont la
puissance éphémère sera bientôt brisée par les Byzantins.
A ceux-ci ne tardent pas d'ailleurs à succéder les Arabes.
La race indigène , avec sa flexibilité habituelle , accepte tour
à tour le genre de vie et les croyances de ces vainqueurs
successifs, mais tout en absorbant ces derniers, grâce à sa
supériorité numérique.
Nous savons peu de pages plus propres à piquer la curio-
sité du lecteur que celles ou l'auteur fait un éloge, somme
toute justifié , de l'esprit de tolérance dont furent longtemps
526 MAI -JUIN 100.6.
preuve les Kiialifes de Cordoue et de Bagdad. Les chrétiens
d^ailleurs en bénéficièrent non moins que les Juifs. Bien
souvent, leur politique sur ce point méritera d*étre citée
comme exemple aux puissances occidentales. Toutefois, il
ne faut pas exagérer et nous demandons pardon à notre
auteur s*il nous semble, sur ce point, un peu porté à voir
les choses en beau.
Les Musulmans montrèrent souvent des tendances véri-
tablement libérales dans leurs relations avec les dissidents.
Niera-t-on que cet esprit de tolérance ne se soit trouvé parfois
renfermé dans d'assez étroites limites?
M. Hamet cite lui-môme l'exemple de plusieurs chrétiens
d'Espagne auxquels un esprit trop ardent de prosélytisme
valut la couronne du martyre. Avouons que leur zèle les en-
traînait bien loin , puisqu'ils allaient prêcher contre Tlslam
jusqu'à la porte de ses temples. Néanmoins, le châtiment
semblera, croyons-nous, très sévère pour de simples mani-
festants et qui ne nourrissaient, à coup sûr, aucun désir d*in-
ventorier dans les mosquées.
M. Hamet passe assez rapidement sur la question des
emprunts faits par la chrétienté au monde de Tldam, pen^
dant le moyen âge. On ne saurait contester que, pendant
deux ou trois siècles, les Arabes, héritiers de la culture
grecque, n'aient joué vis-à-vis des Occidentaux, le rôled*im-
tiateurs, du moins dans le domaine scientifique. Toutefois,
nous ne ferons pas a notre auteur, un reproche de sa briè-
veté. S*il avait voulu approfondir, plus en détail, chacune
des intéressantes questions par lui traitées, quel serait le
chapitre de son ouvrage qu'il n'eût fallut transformer en
un gros volume?
Ce qui concerne l'administration turque en Algérie nous
a paru aussi complet qu'on peut le désirer, mais c*est là
un point de nature à attirer l'attention des émdits de
profession plutôt que celle du public.
Nous ne tiendrons pas le même langage en ce qui con-
cerne rétablissement de cette féodalité maraboutique.
NOUVELLES ET MELANGES. 527
laquelle se répand dans tout le Maghreb, surtout à partir du
XII' siècle. Elle constitue un des phénomènes historiques
les plus curieux à étudier. Ajoutons que Tinterdiction du
mariage imposée par l'église romaine aux clercs fut sans
doute ce qui contribua le plus à rendre impossible Tappari-
tion d'un état de choses analogue en Occident.
Passons maintenant à des époques plus rapprochées de
nous. M. Hamet n'hésite pas à signaler les fautes , les erreurs
commises par nos gouvernants en ce qui concerne la coloni-
sation de l'Algérie. Mais comment ne pas lui savoir gré de
l'équité de ses appréciations et de la bienveillance, non
imméritée d'ailleurs , avec laquelle il juge la nation française
prise dans un ensemble ? A coup sûr, en dépil de leurs travers
et de leurs faiblesses, les enfants de ces vieux Gaulois si
empressés, nous dit Strabon, à prendre en main ia cause
du faible et de l'opprimé, se signalèrent toujours par leur
génie vraiment sociable. Plus que toutes les autres nations,
ils surent user de ménagements vis-à-vis des races inférieures
que la victoire soumettait à leur domination , et bien rare-
ment on les vit rester sourds à la voix de l'humanité.
C'est, du reste, ce dont les populations algériennes se
sont vite rendu compte. Jouissant, en ce qui concerne
la pratique de leur loi religieuse, d'une liberté que bien
d'autres auraient peut-être sujet de leur envier, elles
n'ont pas tardé à comprendre les avantages découlant
de l'occupation européenne. La justice rendue d'une façon
plus impartiale, la sécurité succédant à un état chronique
de troubles et d'anarchie , voilà quels en furent les premiers
fruits. Comme conséquences, signalons le développement
de l'agriculture, du commerce et de l'industrie, les indigènes
s'initia nt petit à petit aux méthodes scientifiques les plus
avancées. Les preuves les plus indéniables de progrès accom-
pli, ne sont-ce pas tout à la fois, la disparition du noma-
disme dans le Tell, ou la vie agricole tend chaque jour davan-
tage à remplacer l'existence errante du pasteur, et l'accroisse-
ment aussi rapide que constant de la population ? Le nombre
528 MAI-JUIN 1906.
des miisuimans d'Algérie ne s'éieyait pas eniSSo a ^os <le
deux millions et demi d'âmes. H d^asse aujourd'hui quatre
millions.
Ausû , en dépit des prédictions d'écrivains tant soit peu
pessimistes , M. Hamet ne désespère-t-3 pas de voir dans un
temps donné la fusion la plus complète s'établir entre nm-
sulmans et chrétiens d'Algérie. Ce jour-là, on ne comptera
flus dans notre belle colonie au sud de la Méditerranée,
que des Français de cœur aussi bien que de langue.
Nous aurions voulu nous pouvoir étendre davantage sur
un livre si rempli de faits et d'aperçus nouveaux, mais il
faut savoir se borner. Un vœu du moins, avant de déposer la
plume. L'ouvrage sur les Musulmans français du nord de
l'Afrique semble fort de nature à intéresser chez nous un
public nombreux. N'y aurait-il pas lieu de souhaiter qu'il
fût répandu à profusion , et qu'un exemplaire puisse en être
déposé dans la plupart de nos bibliothèques de province?
DE Charencet.
M. C. Madrolle a étudié, dans la Revue iiido-chinoise de
janvier et février 1906, les groupes thai du haut Tonkin.
(]e travail, intitulé Les T'ai de la frontière indo-chinoise, est à
la fois historique et descriptif. L'histoire des Nong, en parti-
culier, est traitée avec un grand détail. Les caractères chinois
sont donnés pour tous les noms propres.
TABLE DES MATIÈRES
CONTENUES DANS LE TOME VII, X» SÉRIE.
MÉMOIRES ET TRADUCTIONS.
Pâget.
Une amulette judéo-araméenne (M. Sghwaa] 5
Une version nouvelle de la Brhatkathâ de Gunâdhya [M. F.
Lacôte) . 19
La femme dans Tantiquité (M. E. Retillout) 57
Notice sur la vie et les œuvres de Dadîsè' Qatraya (M^ Add-ai
Scher] i o3
La femme dans l'antiquité (M. E. Revillout). [Suite] 161
Le culte des rois préhistoriques d'Abydos (M. £. Amélineau ]. 3^3
Une lettre inédite du voyageur J.-B. Tavemier (D' E.-T.
Hamy) 273
Note sur qudques monuments épi^aphiqnes araméens (M. J.-
B. Chabot) 281
La femme dans l'antiquité (E. Revillout). [Suite et fin.}. . 345
Yaksâ (A.-M. Boyer) 393
Notice sur les manuscrits syriaques conservés dans la biblio-
thèque du couvent des Chaldéens de Notre-Dame-des-
Semences (M^' Addai Scher) 479
NOUVELLES ET MÉLANGES.
Procès-verbal de la séance du 13 janvier 1906 119
Ouvrages offerts à la Société %. 120
Procès-verbal de la séance du 9 février 1906 i33
Ouvrages offerts à la Société 126
Annexe au procès-verbal de la séance du 9 février 1906 :
Sur une glose de Bar Bahloul (J.-B. Chabot.) 128
Note sur l'inscription de Piprawa (E. Senart). i32
Le sens du mot hébreu içtjf (P. Joûon) 137
Langues dioscuriennes et-médique (C*' de Charencey). ... i^i
Bibliographie (janvier-février) i44
The Naka'id of Jarîr and al-Farazdak, by Anthony Ashley
Bevan (Cl. Huart). — Der von Himmel gefallene Bricf
530 MAI-JUIN 1906.
Christl, von Maxîmilian Bittncr (R. D.). — Persian historical
texts, vol. 111 (L. Bodvat). — W. Caland et V. Henry :
L*Agnisloma (A. Gdémnot). — G. Le Strange : The Lands
of the'Eastera Caliphate. Mesopotamia , Persia and Central
Asia (L. Boovat) A.-W. Ryder : The litlle day Cart (A.
Gdbri!iot). — Nouvelles bibliographiques (L. Boovat). —
Un épitrope royal nabatéen à Milet (Clbbhoht-Ganhbao).
Procès-verbal de la séance du 9 mars 1906 3o5
Ouvrages offerts à la Société 3io
Annexe au procès-verbal de la séance du 9 mars 1906 :
Un mot basque d'origine berbère (G^ de Charengey). . . 3i3
Procès-verbal de la séance du 9 avril 1 906 3i6
Ouvrages offerts à la Société 317
Note sur les études de littérature arabe chrétienne (B^ Carra
DE Vaux) 3ao
Bibliographie (mars-avril] 33 5
Nouvelles bibliographiques (L. Bodvat.) — The private
diary of Ananda Ranga Pillai , edited by Sir J. F. Priée and
K. nangosari (J. Vi!cso!i). — M. A. Stein : Report of ArchaBolo-
gical Survey vrork in the Norlh -Western Frontier Province
and Beluchistan (L. Fihot). — Orientalische Studien Theodor
Noldeke sum siebâgsten Geburtstag, Veriag von A. Tôpelmann
(J. DE Goeje\ — Kurukh-english dîctionary. Part i, by Rev.
F. Uahn (J. Vinson). — Kalinath Mukbeiji : Popular hindu
Astronomy. Part i; et Atlas of hindu Astronomy (A. Gobrinot).
Procès-verbal de la séance du 1 1 mai 1 906 5i3
I Ouvrages offerts à la Société 5i4
|i Annexes au procès-verbal de la séance du 11 mai 1906 :
Une trouvaille archéologique au temple de Pô Nagar à
Nhatrang (Annam) [L. Finot] 617
Les Lusignans de Poitou au trône de la Petite Arménie
(K. J. Basmadjian) 5ao
Bibliographie (mai-juin) SaS
M. Ismaèl Haraet : Les Musulmans français du nord de
rAfric[ue (C^ ob Charbrcby). — Les Tai delà frontière indo-
'' chinoise.
Le gérant :
RUBENS DnvAL.
JOURNAL ASIA^Î^UE
OU
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS X L'HISTOIHE, X LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES
ET X LA LITTÉRATDRE DES PEUPLES ORIENTAUX
n io iG i
PAU MM, BAilMER DE MEÏWAnD , A. BARTU
n, BASSET» CHAYANNES, CLEnMONT-GAWIfBAU
DALÉVT, UOEJDAS, UASPEBO
RUDË^S DïTVAL , E, SESAHT, ETC.
ET PUBLIÉ PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE
DIXIÈME SÉRIE
TOME VII
N- 3 — MAI-JLiIN 1906
Tableau dsfi jours de aëancQ poiir l'annés 1906.
Lps léancrB ont ïïflu le second vendredi du mais , ù !i hfjurc» et ârmiv »
3u «îègc de Jii Société , me de Seine, u^ i.
jiiriiLit.
rriviJït.
mitï.
IVfilL.
itit.
itIN.
lïILl.iPllT'^lcrT.'QCI.
■ DT.
Pie,
12
0
0
G
11
SéiDC*
Vbcédcu.
*J
14
BibOotixègue,
L;ï [jibilrtthr^rjue de là Sûcïflét rue Je Scioei ti' i, eit ouvrrle ton* Ica
•.irncdiB, de a heure* à 6 heufcs.
PARIS
ERNEST LEHOUX, ÉDITEUR
Ll&RAlftE DU JIIJIISTànH DE U ï JIS T RO CT [ O ï rCHLïgCK, DE LA SOCLETR ASlATrQIIR
[>Ë L'£COLË Dâ^ LA:^(;ilf.â CniEATALE5 VlfAXTEa
J^UB BOKAPARTE^ N" 28
ERNEST LEROUX, EDITEUR,
RUl BONAPARTE, ÎS'' a 8.
OUVRAGES PUBLlfô PAH LA SOClïiTÉ ASIATIQUE,
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DsrmesLeter, précédés rruiïe iiJtrodiirlion sur la langue, l^bjstoirr et ta lilté»
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ERNEST LEROUX, ÉDITEUR,
RUE BONAPARTE, N* 28. t^^
PUBLICATIONS DE L'ÉCOLE DES LETTRES D'ALGER.
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RECUEILLIS, TRADUITS ET COMMENTES
PAR MOHAMMED BEN CHENEB.
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BIBLIOTHÈQUE ÉGYPTOLOGIQUE
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TOME XII.
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